Chapitre 2

Edenelle

  Encore sous le coup de la vive émotion qu'ont suscitée les révélations de ma mère, je traverse à nouveau la salle de restaurant, pour rejoindre la sortie.

- Attention, chaud devant ! hurle un serveur venant en sens inverse.

Surprise, je me déporte brusquement sur la gauche, et heurte violemment une autre personne. Je pousse un petit cri étouffé en me retrouvant plaquée contre le corps d'un homme. Je perçois soudain la fermeté d'un torse musculeux sous mes mains et sa chaleur au travers de la chemise. Après quelques secondes d'etonnement, je lève la tête, lentement, pour rencontrer une bouche sensuelle aux lèvres pleines, une mâchoire carrée à la barbe de trois jours, des iris d'un vert incroyable.

Je crois n'avoir jamais approché d'aussi près un type si beau !

Et putain, ce qu'il sent bon.

Je me redresse en prenant appui sur ce torse qui me brûle soudain les doigts.

- Pardon, je...

Je devrais m'excuser davantage, mais là, tout de suite, j'en suis incapable. Je ne fais que me perdre dans ces iris qui continuent de m'observer intensément, mon cerveau envahi par les sensations que procurent ses doigts qu'il glisse subrepticement jusqu'à mon avant bras nu, qu'il caresse, de façon quasiment hypnotique, semblant lui aussi surpris et subjugué.

Jamais un homme ne m'a regardée avec autant d'intensité.

Mon cœur ne cesse de tambouriner comme un fou, mon souffle devient ardu, et j'ai de plus en plus de mal à aligner deux pensées cohérentes. Je devrais surtout m'éloigner pendant que je le peux encore.

- J'espère que vous ne vous êtes pas fait trop mal.

En percutant son torse aussi ferme qu'un roc, il veut dire ? Je crois que je survivrai !

Sa voix est grave, chaude, avec un léger accent.

- Non, ça va. je suis désolée, réitéré je.

Encore ce sourire enjôleur. Une petite fossette apparaît sur sa joue droite, le rendant encore plus irrésistible.

- Je vous en prie, c'était un plaisir. J'aime quand de jolies filles me tombent dans les bras.

Pardon ?

Ce n'est pas tout à fait ainsi que les choses se sont produites, mais malgré moi, je rougis. Intensément. Je me mettrais des baffes d'être si réceptive à ce que cet homme dégage. Ses doigts continuent de se promener sur ma peau, de haut en bas, puis de bas en haut, déclenchant des milliards d'agréables petits frissons. Mais si agréables qu'ils soient, je ne suis pas du genre à me laisser draguer par un inconnu, surtout avec ce genre de phrases faciles.

- Est ce que je peux vous offrir un verre ? Ou... autre chose ?

Il sait jouer de sa voix, et sa technique d'approche est bien rodée !

Je me raidis et échappe à sa main ainsi qu'à son regard de feu où est né, au fil des secondes, un désir mordant qui me bouscule, bien malgré moi. Je pourrais l'envoyer se faire voir, mais son sourire, son charisme et son extrême beauté, je dois bien le dire, m'en empêchent.

- C'est gentil, mais non. D'ailleurs, je dois y aller. Excusez moi !

- Est ce qu'au moins je pourrais connaître votre nom ?

- Je n'en vois pas l'intérêt. Bonsoir !

Je tourne les talons, enfile ma veste et franchis la porte. J'ai hâte de rentrer chez moi, de retrouver la sécurité de mon appartement et de me blottir sous mon plaid, avec une tisane bien chaude, devant un bon film d'action qui me fera oublier le futur mariage de ma mère, son départ avec Nyria, et qu'un inconnu a mis mes hormones en ébullition à un niveau jamais atteint.

Je dois être en manque, je ne vois que ça.

Je ne suis pas sortie depuis des mois. Je n'en ai pas le temps, avec les révisions des examens de fin d'année, donc... je n'ai pas eu des rapports depuis des mois ! La dernière fois remonte à si longtemps que je ne me souviens même pas quand ni avec qui. C'est la seule raison, sinon, comment expliquer ce que je viens de ressentir ? Comment expliquer que ce type m'a fait vibrer des pieds à la tête, de façon tout à fait indécente ?

Après plusieurs centaines de mètres, je ralentis mon allure et m'oblige à respirer calmement pour faire le point, tout en resserrant mon perfecto sur ma poitrine. Je frissonne alors que l'air est encore tiède, la journée ayant été particulièrement chaude pour une mi-juin.

J'oblique à gauche pour entrer dans une bouche de métro, lorsqu'une main se referme sur mon bras.

- Attendez, mademoiselle !

Je me retourne, plus surprise qu'apeurée, car j'ai reconnu la voix. Sa voix !

- Vous ?

Un sourire me répond :

- Oui, moi !

Je ne sais pas pourquoi je lui souris, ni pourquoi et comment une bouffée de désir pour cet inconnu m'enflamme tout entière. Mon corps me trahit. De façon si soudaine que j'en suis la première étonnée.

Profitant de mon silence, l'inconnu de la brasserie s'approche.

Et plus il approche, plus je recule face à son regard impérieux dans lequel je me noie, jusqu'à me retrouver coincée entre lui et le muret de la bouche de métro. Il y a foule autour de nous, les gens nous contournent tout en nous ignorant. Nous sommes à Paris, tout le monde se fout de tout le monde. C'est comme être seuls au monde, dans une autre dimension, ni plus ni moins. Une dimension créée uniquement pour nous, où il n'existe que lui, moi, la formidable attraction qui nous pousse l'un vers l'autre et ce désir aussi soudain qu'inattendu.

Je lève les yeux, à nouveau happée par son charme évident auquel je n'ai plus aucune envie de résister. Il ne dit rien, il n'en a pas besoin, ses iris brillants, ardents, brûlants me dévoilent tout ce que j'ai besoin de savoir. Il me veut. Il me désire tellement que son souffle accélère, au diapason du mien.

Et soudain, après ce que je pense être un juron, puisque prononcé dans une langue étrangère gutturale, et comme s'il luttait contre lui même et son désir, ses mains sont autour de mon visage et ses lèvres sur ma bouche. Son baiser est incroyable. Si incroyable qu'un petit gemissement m'échappe.

Jamais ! Jamais je ne me suis laissé embrasser en pleine rue de cette manière, comme si.. comme si nous allions baiser, ici et maintenant. Non, je ne l'ai jamais fait, mais c'est... Ce que je suis en train de vivre dans les bras de cet inconnu est... tout ce dont j'ai toujours rêvé sans le savoir : un pur moment d'excitation avec un grand E. Un moment d'extase d'autant plus intense que, justement, il est inattendu. Un moment d'un érotisme insoutenable, où seule parle la passion des corps.

Un moment d'égarement.

Il est là, maintenant, ce pur moment d'égarement, il me foudroie, tandis que nos baisers s'intensifient, deviennent encore plus passionnés, encore plus passionnels, encore plus incroyables. Nos gémissements se répondent, incontrôlables, nous enflamment : nos corps se frottent l'un contre l'autre, également incontrôlables, comme s'ils étaient mus par une vie propre, par quelque chose qui nous dépasse totalement. Je réponds presque farouchement à ses baisers, mes mains partout sur lui. Les siennes glissent sous mon perfecto, puis à la rencontre de ma peau, sous mon pull. Ses doigts sont glacés, son corps bouillant.

Je frissonne à nouveau. J'ai froid, mais je brule en même temps. Son plaisir est

é

vident, et quand il gémit, mon excitation grimpe encore d'un cran. Je l'attire à moi, plaque son bassin contre le mien, effarée de découvrir à quel point nos corps s'harmonisent à merveille. Jamais je ne me suis aussi bien « imbriquée » dans le corps d'un homme. Ni n'ai éte autant soumise à mes instincts primaires d'accouplement, avec un petit quelque chose d'animal et de totalement jouissif. Cet inconnu me fait littéralement perdre la tete, et c'est bon !

Merveilleux. J'oublie tout le reste. C'est de ça, exactement, que j'avais atrocement besoin, de ce genre de moment dans les bras d'un inconnu, dans les bras de cet homme dont je ne sais rien, pas même le nom. Ce dont je me fous, car je ne le reverrai jamais ! Ce moment qui, j'en suis sûre, restera gravé dans ma mémoire comme le plus fou que j'aie jamais vécu.

- Je te veux. Sa voix, chargée de désir, me fait redescendre sur terre.

Il aurait dû se taire. Ne pas énoncer une criante réalite. Oui, il me veut, il a envie de moi autant que j'ai envie de lui, mais nous sommes en pleine rue ! Il nous est impossible d'assouvir ce désir. Et je ne me vois pas, mais alors absolument pas, le suivre quelque part pour coucher avec lui.

Le charme est rompu.

Je pose mes mains sur son torse, contre son cœur que je sens battre comme un fou, tout comme le mien, et je le repousse. Fermement.

- Je suis désolée. Je ne peux pas.

Ses yeux marquent la stupéfaction la plus totale, et je pourrais m'en amuser, si un sentiment assez proche du regret n'était pas en train de me submerger.

Il est si beau, putain !

Pourquoi je ne peux pas accéder à son désir, à notre désir, encore si vibrant d'intensité ? La magie s'est enfuie. Je ne peux pas prendre le métro, l'emmener chez moi, ou le suivre je ne sais où. Après tout, j'ignore tout de cet homme, même s'il est super beau et me plaît infiniment. Il y a des tordus plein les rues ! Et je peux encore moins le laisser me baiser dans une ruelle sombre. Je ne suis pas ce genre de fille, et je ne couche pas le premier soir !

Il repousse une mèche derrière mon oreille, caresse ma joue. Il est si tendre, si respectueux, si... bien élevé, en tout cas à mille lieues du connard arrogant qu'il pourrait être avec une plastique comme la sienne. Il plonge ses magnifiques prunelles émeraude dans les miennes, m'observe ardemment, son souffle toujours irrégulier.

- Pourtant... tu l'as senti toi aussi, susurre t-il de sa belle voix rauque. Tu as senti qu'il y avait quelque chose de spécial entre nous.

Je me laisse encore envoûter par sa voix mélodieuse.

- Oui, je l'ai senti. La mienne se réduit à un souffle.

- Mais cela ne change rien. Je ne coucherai pas avec toi ce soir. Une autre fois, peut être.

Je lui fais un sourire mystérieux.

- Je saurai te le rappeler, rétorque t-il, joueur, conscient comme moi qu'à moins d'un miracle nous ne nous reverrons jamais.

Il passe son pouce sur ma joue.

- Laisse moi au moins t'offrir un verre.

- Non, je.. je vais rentrer chez moi, c'est mieux !

Je ne suis plus très sûre de ne pas lui céder si je passe du temps avec lui. Hormis le fait que je ne couche jamais le premier soir, je ne peux pas me permettre de penser à un garçon et à la façon dont il m'a embrassée et serrée dans ses bras avec passion. Ce type si parfait ne peut être qu'un super coup ! L'essayer, c'est l'adopter ! En moins de deux, je deviendrais accro. Il est hors de question que je prenne ce risque. Je n'ai pas le temps, j'ai mes études, mon avenir à construire...

Oh... et puis merde ! Je n'ai pas à me justifier ! C'est non, point !

- C'est vraiment ce que tu veux ?

- Oui, c'est ce que je veux !

- On aurait pu...

Quoi ? S'éclater ? S'envoyer en l'air ? Prendre du bon temps ? Oui, OK ! Mais après ? Je ne rêve pas du grand amour, enfin... pas dans l'immédiat, mais je pense mériter mieux qu'un coup à la va vite !

- Oui, je sais. Et je suis sûre que ça aurait été merveilleux !

Je me hausse sur la pointe des pieds et lui fais un baiser sur les lèvres. Mais au moment où je me détache de lui, il attrape ma nuque et m'embrasse encore passionnément. Si passionnément que mon cœur est transpercé de milliards d'aiguillons et mon corps parcouru de longs frémissements. Puis il quitte mes lèvres subitement pour ensuite me dévisager, comme pour graver mes traits dans sa mémoire. Est-il conscient, lui aussi, que nous ne nous reverrons jamais ? En éprouve t-il des regrets ? Il est beau gosse, les filles doivent toutes être folles de lui, il m'oubliera vite.

Sans un mot, je m'éloigne.

Nos doigts s'effleurent jusqu'au dernier moment, refusant de se quitter. Nos corps continuent de se désirer encore de longues secondes, jusqu'à ce que notre contact se rompe. Je descends d'un pas rapide l'escalier menant au métro. Je fuis. Je fuis ce que cet homme m'inspire. Je fuis ce que je serais capable de faire ou de lui demander de me faire si je restais et lui permettais d'encore m'embrasser. Je fuis ce que crie mon corps, et ce désir qui hurle dans ma tête.

Arrivée en bas, je m'arrête.

Je tourne la tête, et regarde vers le haut. Il n'a pas bougé. Nos regards se croisent une dernière fois, une toute dernière fois. Mon cœur fait un ultime bond dans ma poitrine. Je me détourne, emportant avec moi l'image de son si beau visage et de ses yeux encore chargés de désir.

Chapitre 3

James

  Je sors sur la terrasse face à ma chambre, m'appuie au parapet de pierres. Le regard perdu sur le paysage, j'inspire à fond pour chasser les dernières brumes de fatigue : ma nuit a été courte ! Je l'ai passée à discuter avec mes potes de l'école tout en visionnant des films et en descendant des bières. Je m'étire, le corps parcouru d'un intense sentiment de plénitude.

Putain, ça y est, je suis diplômé !

Depuis hier, je suis un putain d'enfoiré de diplômé d'un MBA en finances, je pourrais obtenir un poste dans l'empire familial, mon rêve de toujours ! Empire où travaille dejà mon frère aîné, Daniel, alors que Lucios, mon autre frère, est acteur, allant ainsi à l'encontre des desirs de notre père.

Pour lui, la famille est tout.

Mais il a beau être autoritaire, parfois dur et exigeant, souvent intraitable, je lui voue un amour, une reconnaissance et une admiration sans bornes. D'autant plus que je n'ai que lui comme parent. J'ai grandi sans mère. Quand il nous a annoncé qu'il allait se remarier, je n'ai d'abord pas su qu'en penser, et j'ignore encore si c'est une bonne chose pour lui et notre famille. Lorsque nous étions enfants, mes frères et moi, nous nous amusions à faire fuir ses petites amies. Certaines situations me reviennent soudain en mémoire et je ne peux m'empêcher de sourire : comme cette fois où nous avions mis l'une de mes souris dans le sac à main de... comment déjà... Christina. La pauvre, elle avait failli avoir un malaise !

Elle avait quitté la maison en nous traitant de dégénéres pourris gâtes, ce qui nous avait bien fait rire. Je crois que nous voulions tout simplement protéger notre père des femmes dans son genre, car il avait une fâcheuse tendance à ne nous présenter que des pétasses qui nous déplaisaient.

Ensuite... eh bien... les années ont passé, et s'il a eu des aventures, il est resté très discret sur le sujet et ne nous a plus jamais présenté personne. Il semblait ne vouloir se consacrer qu'à ses affaires. Mais je comprends que la solitude lui pèse et qu'avoir une jeune femme dans son lit est stimulant à son âge, alors s'il est heureux, nous le serons aussi.

Est-ce que Madelline le rendra heureux ? Je n'en sais foutre rien ! Ne l'ayant jamais rencontrée, je n'ai pas pu me faire une idée sur le sujet. En tant que fils aimants et reconnaissants pour tout ce qu'il a fait et fera encore pour nous, nous nous devons de l'accompagner dans cette nouvelle vie, c'est la moindre des choses. Car malgré ses affaires qui lui prenaient tout son temps, il en a toujours eu pour nous. Il a toujours été présent dans toutes les étapes importantes de notre vie, et nous n'avons jamais manqué de rien, ni d'argent ni d'amour. Sauf celui d'une mère.

Je retourne dans ma chambre, puis j'entre dans la salle de bains.

Le miroir me renvoie l'image d'un mec fatigué. Je passe mes doigts sur mon menton. J'asperge mon visage d'eau glacée, passe mes mains dans mes cheveux pour les plaquer, et remets ma chemise dans mon pantalon. Voilà, je suis un peu plus présentable. Je ne voudrais pas que mon père pense que je ne fais pas d'efforts pour me montrer sous mon meilleur jour en l'honneur de Madelline et ses filles.

Quelques minutes plus tard, j'entre au salon, pour aussitôt recevoir dans les bras une tornade blonde qui visiblement m'attendait.

- James !

Son cri manque de faire eclater mon cerveau.

- Salut, mon neveu préféré ! J'adore ce gosse, et il me le rend bien !

Tout en serrant son corps fluet entre mes bras, je regarde par dessus son épaule et aperçois mes aînés en pleine discussion, l'air.. soucieux ?

- Que se passe t-il, j'ai loupé un truc ?

Émilien gigote, estimant certainement m'avoir témoigné suffisamment d'affection. Je lui repose les pieds au sol.

- C'est normal, je suis le seul ! répond-il avec un petit sourire. Son expression m'alarme aussitôt. Je me mets à sa hauteur, inquiet.

À 8 ans, Émilien est un enfant grand pour son âge. Blond, le visage fin, les yeux bleus, il est enjoué et exubérant, du genre à chanter à tue tête les trucs qu'il écoute sur son iPhone et à hurler au monde qu'il existe. Il est bien coiffé et a troqué sa tenue noire et verte contre un bermuda écru et une chemisette blanche, mais je doute que ce soit ça qui le dérange, à moins que Daniel ne lui ait pas laissé le choix.

- Qu'est ce qu'il se passe, Émilien ? Ça ne va pas ?

Il colle sa bouche contre mon oreille et la cache avec sa main, comme pour me délivrer son plus grand secret.

- Mes parents divorcent !

Je ne suis pas surpris ; leur mariage était une erreur et voué à l'échec depuis le début. Daniel a assumé ses responsabilités en l'épousant lorsqu'il a appris qu'elle était enceinte (elle l'a piégé pour se faire épouser !), mais il n'était pas heureux. Je suis d'ailleurs étonné qu'ils soient restes ensemble si longtemps. Certainement pour le bien être d'Émilien.

Je le prends par les épaules, scrute son visage.

- Zut ! Ça va, toi ?

- Ouais ! Tout' façon, j'en avais marre qu'ils se disputent, et mon père va m'acheter un chien ! s'écrie t-il, semblant soudain plus enjoué. Tu veux bien venir avec nous pour m'aider à le choisir ?

- Quand ?

- Tout à l'heure !

Je lui ébouriffe les cheveux.

- Bien sûr ! Tu peux compter sur moi !

- Qu'êtes vous en train de comploter tous les deux ? dit Daniel, mon frère aîné en s'approchant.

Il m'enlace, et je lui rends son accolade.

- James va venir avec nous pour aller chercher mon chien ! s'exclame Émilien, visiblement ravi.

- On verra ! Je ne t'ai rien promis.

J'observe mon frère aîné. Nous nous ressemblons beaucoup tous les trois, surtout habillés à l'identique : d'un jean et d'une chemise blanche, sans nous être concertés. Mais Daniel, avec ses iris pareils aux miens et ses cheveux courts, est celui auquel je ressemble le plus. Alors que Lucios à les cheveux bouclés, et les yeux noirs.

Je ne sais pas ce qu'il s'est passe entre Daniel et sa femme, mais je suppose qu'il nous en parlera dès que nous serons seuls.

Un sourire m'échappe lorsqu'Émilien tente de faire pression sur son père.

- Mais si, t'avais dit que...

- Émilien ! le prévient Daniel pour désamorcer la crise qu'il sent sur le point d'exploser. Je n'ai pas dit « non », j'ai dit « nous verrons ».

- Mais..

- Va faire un tour dehors ! Tu reviendras quand tu seras calmé !

- J'm'en fous ! Si tu changes d'avis, papy m'en achètera un ! crie t-il avant de déguerpir. Parce qu'il est mille fois plus sympa que toi !

- Certainement, ouais ! bougonne Daniel en se dirigeant vers une console sur laquelle trônent une bouteille de whisky ainsi que des verres. Putain, faire des gosses ! Que des emmerdeurs !

- Il ne le pense pas ! me dit Lucios, mon autre frère en riant.

- Je sais, Daniel adore son fils. Je prends Lucios dans mes bras.

- Tu m'as manque, vieux frère !

- Toi aussi, p'tit con ! répond-il avec un coup de poing dans l'épaule.

Il en a toujours été ainsi entre nous : nous nous traitons de tous les noms, mais cela ne nous empêche pas de nous respecter et de nous aimer. Mon père, Émilien, Daniel et Lucios sont les personnes que j'aime le plus sur cette terre.

- Tu viens d'arriver ? Je lui demande.

- Il y a pas longtemps. Daniel est venu me chercher à l'aéroport. Et toi ?

- Hier !

- Et ce diplôme ? Tu as eu les résultats ?

- Je l'ai ! m'exclamé-je.

Mes frères me tombent une nouvelle fois dans les bras pour me féliciter, avec des tapes dans le dos, sur la joue, et bourrades dans l'épaule.

Daniel fait semblant d'essuyer une petite larme.

- Je suis fier de toi ! Qu'a dit Anthonin ?

- Il est content. Enfin, je suppose, il ne s'est pas étendu sur le sujet quand je lui ai annoncé, j'imagine qu'il a d'autres choses en tête !

- Notre père va se remarier, les mecs ! clame Lucios.

Sacré merdité de nouvelle.

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MY TORRID STEPBROTHER !

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