Chapitre 2
Mais comme à chaque fois qu’elle venait les week-end et qu’il se voyait, il ramenait le sujet, ça finissait en dispute et Assy repartait souvent en larme, ne comprenant pas tout ce qu’il lui reprochait au final.
- Pourquoi tu ne m’as pas rappelé bébé ? Insistât-il
- Je t’ai dit hier que je n’avais pas de crédit voyons…
- Mais je t’ai donné 2000 francs le dimanche.
- Oui, mais on est vendredi aujourd’hui et je l’ai utilisé pour mon transport pour aller à mes cours.
Il soupira.
- Mais le transport pendant 5 jours ça ne fais pas 2000 francs toi aussi.
Elle l’interrompit en se relevant de son matelas
- Elhadj, s’il te plait. J’ai eu une journée difficile. Si tu m’appelles pour que je te rende compte de tes 2000 francs, il va falloir attendre un autre jour. 2000 francs…
Il a gardé le silence un long moment. Il n’aimait pas la façon dont il lui parlait. Elle avait changé sa Assy. Il fut un temps, elle n’aurait jamais osé lui parlé de cette façon.
- Qu’est ce qui te prend Assy ? Tu ? Tu as changé maintenant. Il va falloir qu’on discute sérieusement de tout cela.
Comme il s’y attendait, elle a eut honte et s’est mise à s’excuser. Il la connaissait.
- Excuse-moi. Mais je viens de te dire que je suis fatiguée.
- Tu rentre demain non ? Je passerais chez toi.
- Ok
- Je t’aime ma chérie…
- Oui moi aussi…
Elle a raccroché le cœur lourd. Elhadj Tall. Son beau toucouleur. Ils sont ensemble depuis 4 ans. Au début c’était son ami, son confident, son grand frère. Mais au fil du temps, un sentiment plus intense s’est installé entre eux et tout naturellement, ils ont commencé à sortir ensemble. Tout le monde dans le quartier connaissait leur relation. Assy et Elhadj. Elle l’appréciait pour son calme, les conseils judicieux qu’il lui prodiguait et aussi le soutien sans faille qu’il lui apportait pour ses études. Oui, elle l’aimait. Même s’il n’était pas bien riche. Au contraire. Elle se demandait même parfois comment il comptait l’entretenir une fois qu’il serait marié. Maintenant qu’elle avait ce petit travail ca allait. Mais avant, il lui arrivait de venir chez lui le ventre complètement vide car sa maman n’avait pu trouver de quoi faire bouillir la cocotte. Et parfois, il était obligé de solliciter un petit crédit auprès du boutiquier pour lui donner. Oui, il n’était pas riche, mais elle l’aimait. Même si ces temps ci sa jalousie commençait à la peser. Quand il se voyait les weekends, elle avait droit à un interrogatoire en règle sur les hommes qui l’avaient abordée, à qui elle avait parlé…enfin bref, il pensait qu’elle était une proie facile. Et elle ne le comprenait pas.
Après avoir raccrochée, Assy est restée un long moment à réfléchir sur cette relation. Son amie Khady, ne comprenait pas pourquoi elle restait toujours avec Elhadj. Mais elle l’aimait. Malgré ses crises de jalousie, elle n’a connu que lui. khady avait un copain qui la couvrait de cadeaux et satisfaisait ses moindres désirs. Mais avec Elhadj c’était plus compliqué. Il n’avait pas les moyens. Mais ça n’était pas un problème pour elle. Il lui faisait sentir qu’il l’aimait et qu’elle devait patienter car il avait de grands projets. Oui, elle s’accrochait à cet espoir. Et en plus, elle espérait réussir d’elle-même.
N’arrivant pas à trouver le sommeil, elle s’est levé et a tiré la plaquette de paracétamol que lui avait donné sa mère. A force de réfléchir elle en avait des maux de tête. Il faisait très tard et tout le monde devait dormir dans la maison. Elle se leva et se dirigea vers la cuisine sans faire attention à la lumière qui venait du salon. Elle finissait de boire son médicament quand elle a senti une présence dans la cuisine, uniquement éclairé par la lampe du réfrigérateur ouvert. Elle a failli crier quand elle a reconnu tonton Ibrahima.
- Ça va Assy ? demanda t’il l’air un peu inquiet
Elle a souri
- Oui, ca va tonton. Je n’arrivais pas à dormir et je me suis levée pour prendre un médicament
- ahh. Massa. C’est tes cours qui te fatiguent ? Ou bien c’est Sophie qui te rend la vie impossible ? demanda t-il avec un petit sourire.
Ils se regardèrent un moment.
Qu’est ce qu’elle était belle, se dit Ibrahima. Il ne pouvait détacher ses yeux de son visage fin, de ses beaux yeux en amande, de ce nez droit, ces longs cheveux qu’il voyait pour la première fois détachés. Il la regardait et un moment, il sentit sa gêne car elle baissa la tête et voulut refermer le frigo. Mais comme il faisait alors trop sombre, elle l’a encore ouvert. Il a alors cherché le contact et a allumé la lampe de la cuisine. Il l’a alors vu essayer de se cacher derrière la porte du frigo. Mais la porte ne cachait pas grand-chose. Elle n’avait qu’un vieux teeshirt qui lui arrivait à mi cuisse et qui dévoilait la courbe de ses seins merveilleusement bien galbés, sa taille fine, ses jambes interminables, sa peau si claire. Elle était tout simplement sublime. Il la regardait comme s’il la voyait pour la première fois. Et oui, c’était bien la première fois qu’il la regardait sous cet angle. Et il était ébahi par autant de charme. Et elle ne semblait même pas s’en rendre compte. Elle était aussi vraiment jeune. Mais à cet âge, beaucoup de ses camarades commencent déjà à s’émanciper et à faire des choses pas du tout catholique. Mais Assy semblait différente. Et elle était là toute intimidée devant lui. Il n’aurait pas du, mais il n’a pas pu s’empêcher de laisser trainer son regard sur son corps et après avoir remonté jusqu’à son visage et remarqué le trouble et la grande gêne qu’elle éprouvait à se retrouver devant lui dans cet état, il s’est excusé.
- Excuse-moi Assy.
Il est alors sorti rapidement pour aller rejoindre le salon ou il regardait un documentaire, vu que sa femme boudait et refusait de lui adresser la parole depuis leur petite prise de tête de tout à l’heure. De toute façon, Nafi n’avait même pas besoin de prise de tête pour bouder. Il a sentit une ombre passer rapidement devant le salon et n’a pu s’empêcher de sourire. Il la trouvait tellement timide, tellement discrète qu’il s’étonnait qu’elle aie pu en si peu de temps arriver à tous ses résultats avec sa fille Sophie. Avant elle, aucune n’avait accepté de rester plus d’un mois. Et aucune maternelle n’avait aussi accepté de la prendre car elle devenait parfois violente. Mais depuis qu’Assy était là, elle s’était adoucie, communiquait parfois, souriait, vivait. Et c’est pourquoi il ne supportait pas que Nafi passe son temps à la brimer. Non c’était trop injuste.
Chapitre 3
Et c’est pourquoi il ne supportait pas que Nafi passe son temps à la brimer. Non c’était trop injuste. Il ne comprenait d’ailleurs pas l’attitude de protection qu’il avait envers cette petite. Lui qui n’avait jamais de rapports particuliers avec le personnel. Jamais. Il a toujours veillé à toujours gardé une distance avec ces femmes. Non pas qu’il soit hautain, ou qu’il cherchait à les rabaisser, non, c’était juste par principe. Mais il admirait quand même cette petite qui alliait étude et travail. Finalement, il se décida à aller dormir il reçut un grand « tchiippp » de la part de Nafi,sa femme, quand il se glissa sous la couette. Elle avait bien changé depuis la naissance de leur fille. Mais il l’aimait et lui pardonnait toujours ses écarts de langages. Même si ces temps ci ça devenait de plus en plus compliqué.
- ne t’avise surtout pas de me toucher…commença t’elle alors qu’il avançait lentement sa main.
Il suspendit son geste et poussa un gros soupir.
- Nafi, je suis ton mari…
- je m’en fiche…
Il renonçât et se tournât de l’autre côté. Et sans s’en rendre compte, l’image d’Assy se cachant derrière le frigo lui revint en mémoire….
Au même moment dans la pièce à côté, Assy se recoucha le cœur battant. Tonton Ibrahima l’intimidait. Elle le trouvait trop beau, trop clair, trop calme, trop gentil. Ses airs distants en faisaient un personnage totalement inaccessible. A chaque fois qu’il prenait la peine de lui parler, elle avait toujours cette impression bizarre. Cette sensation qu’elle ne pouvait expliquer. Oui, il l’impressionnait. Il était très attaché à sa fille et toute les conversations qu’il avait eu avec elle jusque là la concernait. Oui, Sophie, malgré sa maladie était la chouchou de son papa. Ça se voyait qu’il aimait sa fille. Elle le voyait comme le père qu’elle n’a jamais connu. Oui, elle l’appréciait beaucoup. Elle finit par s’endormir en pensant à lui….involontairement
Le lendemain, après son travail habituel, elle se préparait pour rentrer. Comme c’était la fin du mois, elle avait vraiment espéré que tata Nafi lui remettrait de l’argent. Elle voulait donner à sa mère pour qu’elle puisse passer sa radio. Heureusement qu’elle travaillait. Elle était prête depuis une bonne heure mais attendait un peu en espérant que tata Nafi l’appellerait pour lui donner son argent. Fatou, l’autre bonne se moquait d’elle.
- Toi rentre. Tata Nafi depuis ce matin ne cesse de riposter en disant que tu l’énervais. Même si elle avait ton argent, elle ne te donnera rien.
- aye Fatou, ne dis pas ça. Ma mère est souffrante et je n’ai que 300 f sur moi…
Elle a rigolé, sans aucune pitié pour la pauvre Assy
- et ton thiof là qui t’appelle tout le temps. Il ne peut pas te donner l’argent pour acheter un médicament à ta mère ?
Elle ne comprenait pas Assy. Elle pourrait avoir tous les hommes à ses pieds et pourtant, elle ne parle que de ce type qui apparemment n’est même pas capable de lui offrir du crédit pour appeler. Et elle ne semblait pas se rendre compte de tout ce qui lui passait sous le nez
- Fatou, laisse mon Elhadj. S’il le pouvait, il me donnerait tout ce qu’il a. Mais pour le moment, il n’a pas les moyens.
- tchhiippp tu m’énerve Assy. Tu n’as vraiment aucune ambition.
- Merci…répondit-elle en souriant. Attend que je rentre walay…on ne me donnera rien.
- et tu vas faire comment pour les médicaments de ta mère ?
- je ne sais pas. Tu n’as pas 5000 à m’avancer ? Je te rembourse dès que j’ai de l’argent.
A ce moment tonton Ibrahima est rentré à ce moment dans la cuisine avec Sophie sur ses talons. Elles se sont tues toutes les deux, intimidées par sa présence. Tonton Ibrahima forçait le respect par sa prestance. Il a prit une bouteille d’eau avant de ressortir rapidement.
Elle en profita prendre congé car Fatou refusait de lui avancer la somme d’argent. Elle ne savait pas trop comme faire en s’avançant vers l’arrêt des cars quand elle fut rattrapée par la voiture de tonton Ibrahima. Sans aucune parole, il descendit juste la vitre et glissa dans ses mains une liasse de billet de banque. Avant qu’elle ne puisse réagir, il était déjà parti. Elle est restée sur place des minutes à regarder la voiture s’éloigner. Il y avait 40 000 ; exactement sa paie. Tient peut être que finalement tata Nafi avait changé d’avis se dit-elle ravie. Sans trop se poser de question, c’est d’un pas plus léger qu’elle a attendu le bus qui devait l’amener dans la lointaine banlieue de Pikine. Là ou depuis quelques années, sa mère avait trouvé une chambre en location.
- Bonjour maman, je suis là, dit-elle toute heureuse de retrouver sa maman. Il faisait tard et le chemin a été long depuis Ouest foire jusqu’à Pikine.
- Assy, namenala. Si tu savais comme je suis seule en semaine sans toi.
Elle s’est blottie dans les bras de sa mère en quête d’affection, de chaleur humaine. Elle s’en voulait tellement de la laisser seule avec son frère pendant toute la semaine.
- mais ou est Abdoulaye ? demanda t’elle soudain, remarquant son absence
C’était son jeune frère. Il avait une dizaine d’année, mais passait son temps à trainer dehors avec ses copains au lieu d’étudier. Ce comportement a toujours énervé Assy qui quand elle était là, le cherchait dans tout le quartier avant de le ramener en le tirant par le col ; après il s’en suivait toujours une petite séance de bastonnade, ou la pauvre s’en sortait parfois tellement fatiguée qu’elle se jurait de ne plus la taper ce petit chenapan, car il ne se laissait pas faire. et à force de regarder la lutte, il avait acquis des techniques de défenses incroyables.
- je ne sais même pas. Ton frère n’est pas vraiment de bonne compagnie. Je n’aime même pas le voir, sinon, il m’énerve.
- aye maman, et tu le laisse trainer comme ça. Comment il va étudier alors.
Et c’était parti pour une discussion houleuse sur la manière d’éduquer Abdoulaye. Mais elle n’était pas disposée à aller le chercher. Elle était trop fatiguée. D’ailleurs, alors que sa mère lui racontait sa semaine, elle avait déjà commencé à somnoler, la tête posée sur sa cuisse, ne faisant pas attention à son téléphone qui sonnait dans son sac.
Maman Saly regardait sa fille dormir. La pauvre. Elle n’a même pas eu le temps d’aller faire le tour des chambres voisines pour dire bonjour. La vie n’a pas été tendre avec elle. Du tout. Et pourtant, ceci n’a pas toujours été le cas. Au contraire. Le père d’Assy, Souleymane, était un riche commerçant, très réputé et très connu dans la ville. Il faisait la fierté de sa famille et leur belle maison des Sicap ne désemplissait jamais. Tout leur souriait, mais il avait un vice. Les jeux. Chaque jour, il faisait le tour des casinos et des salles de jeux clandestins, à la quête d’un jackpot à décrocher. Tant que ses affaires marchaient, ça pouvait passer. Mais quand son activité a commencé à chuter, son vice a vite été mis à nu. Maman Saly a alors fait le tour des marabouts pour l’aider à se séparer des salles de jeux. Sans succès. Au bout de quelques années, non seulement, il s’est retrouvé sans le sou, mais en plus, il devait beaucoup d’argents à ses fournisseurs et autres collègues de jeux car il mettait tout en jeux. Quand les dettes ont commencé à l’assaillir, sans aucune considération pour sa famille, il a décidé de quitter le pays. Sans prévenir personne. Même pas sa propre femme qui du jour au lendemain s’est retrouvé envahi par une kyrielle de créanciers qui venait lui réclamer de l’argent. Elle a vendu ses bijoux, ses habits, les meubles tout de qu’elle avait de valeur pour essayer de s’en sortir. Mais ceci n’a pas suffit. La maison était sous hypothèque et, dans l’impossibilité de rembourser les échéances, elle a finalement été saisie. Oui, Saly, se retrouvait du jour au lendemain sans maison, et surtout sans soutien. Sa belle famille s’en lavait les mains, traitant Souleymane de tous les noms d’oiseaux et oubliant les largesses dont ils ont bénéficié. Elle a été obligée de chercher du travail et de déménager. Son dernier fils venait juste d’avoir 2 ans tandis qu’Assy réussissait avec brio son entré en sixième dans une prestigieuse école privée. Le changement a été brutal. Aussi bien pour elle que pour ses enfants. Mais c’est Assy qui en a le plus souffert