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Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel
Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel

Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel

65 Chapitres
Terminés
Dans Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel, un mystery story haletant, le duo traque un tueur en série menaçant la mémoire de Sissi. Entre Bavière et Autriche, lisez ce mystery novel riche en aventures et découvrez cette fiction fantasy novels aux frontières de l'horreur.

Résumé de Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel

Un an après le meurtre de Sissi à Genève, le 10 septembre 1899, un mystérieux tueur en série s'attaque à la mémoire de la défunte impératrice. Pour stopper cette folie, Emerenz et Hansel se lancent dans une traque périlleuse entre la Bavière et l'empire de François-Joseph. Confrontés à une énigme complexe, ils devront surmonter de multiples embûches avant de percer enfin le secret d'Ischl. Une aventure historique où le suspense se mêle à l'ombre de « la mouette ».
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Chapitre 1 de Le secret d'Ischl: Les enquêtes d'Emerenz et Hansel

Préambule

Une fois les cinq enveloppes adressées et cachetées, la main apposa sur chacune d’elle un sceau. Le même dont elle venait de frapper les messages que ces dernières contenaient.

— Il est plus que temps… Rien ni personne ne sera épargné. L’heure de la vengeance a sonné… La vérité doit éclater…

Lentement, les doigts caressèrent les enveloppes sur lesquelles on pouvait lire les noms de cinq titres de la presse bavaroise ou autrichienne :

« L’Abendzeitung » de Munich ; le « Starnberger Presse », distribué aux alentours du château de Possenhoffen ; « Le Viennois », quotidien de la capitale impériale ; « La gazette d’Ischl », lieu de villégiature de l’empereur François-Joseph et des siens ; et enfin, « Die Donau-Zeitung », journal de la petite ville de Passau en Basse-Bavière…

Chapitre 1

La pendule en bronze doré ornant la grande salle, qui faisait office de réception, s’apprêtait à sonner vingt-deux heures. Emerenz, la quittant des yeux, enveloppa la salle d’un dernier regard afin de s’assurer que tout était bien en ordre pour y accueillir les futurs voyageurs et hôtes qui ne manquaient pas en cette saison. Cette institution qu’était l’hôtel Wilder Mann n’avait plus de secrets pour elle. Elle finissait même par avoir l’impression qu’il lui appartenait ou tout au moins qu’il était une partie d’elle-même. Toute sa vie de jeune fille puis de femme avait été consacrée à cet établissement renommé de la ville de Passau pour lequel elle s’était dévouée corps et âme. En retour, il lui avait permis de vivre des heures palpitantes alors qu’elle avait été amenée à servir des têtes couronnées ou des célébrités de l’époque… Au fond, son dévouement, son efficacité avaient toujours été récompensés et elle estimait qu’elle avait une vie bien plus excitante et originale, malgré son emploi de femme de chambre et de réceptionniste, que la plupart des femmes de son âge qui connaissaient une terne existence dans ce coin reculé de Basse-Bavière où les travaux des champs et la soumission au mari et à la famille étaient de mise. Oui, elle se sentait heureuse et épanouie, différente, avec d’autres aspirations. Cet emploi, même simple suffisait à la combler et elle avait le sentiment d’avoir déjà vécu des instants extraordinaires. Cependant, elle avait l’intime conviction que sa vie était encore en mouvement, en construction et que bien que n’étant plus si jeune, elle serait un jour en mesure d’ajouter encore du piquant à son destin. Sa saine curiosité, son sens de l’observation, son intérêt pour la nature humaine lui imposaient cette sorte de pressentiment.

Emerenz se sentait un peu fatiguée mais il fallait qu’elle reste encore une petite heure dans cette belle salle d’accueil. Victoria, sa collègue, viendrait alors la remplacer à la réception afin d’attendre les éventuels clients qui pourraient se présenter de nuit. Plutôt que de s’installer sur la chaise derrière le lourd comptoir de chêne foncé, peint de motifs typiques de l’art bavarois, elle s’assit confortablement dans un grand fauteuil de tapisserie aux tons clairs. Cette salle était assez vaste. Elle se sentait bien sous ses voûtes tout aussi typiques, comme protégée par cette ambiance à la fois raffinée et traditionnelle. Cela ne la gênait pas d’attendre, parfois en vain, pourvu que le journal « Die Donau-Zeitung » ait été livré et mis à la disposition des hôtes. Elle pouvait ainsi s’adonner tranquillement au plaisir de sa lecture. Ce qui allait être apparemment le cas, ce soir… Emerenz tendit la main pour le saisir et, comme à son habitude, se mit à le feuilleter intégralement avant d’opter pour quelques articles qu’elle lirait ensuite. Pourtant, cette fois, quelque chose vint rompre cette habitude… Dès la troisième page, son attention venait d’être captée par un article et plus particulièrement par la photo qui l’illustrait… Plus encore, c’était le titre qui l’avait interpellée. Totalement interdite, elle s’était ensuite arrêtée sur la photo… Sans cet intitulé, elle aurait peut-être tourné la page et ne s’y serait probablement pas arrêtée. Totalement éberluée, elle ne pouvait détacher les yeux de cette image. L’article s’intitulait : « En mémoire du premier anniversaire de la mort de SM impériale Élisabeth d’Autriche »… Pour commémorer cet événement, le journaliste revenait sur les nombreuses visites de l’impératrice en Bavière et tout particulièrement à Passau. Il avait illustré son article avec la dernière photo officielle pour laquelle elle avait bien voulu poser auprès d’une de ses dames de compagnie. C’est du moins ce que la légende qui était inscrite en tout petit sous cette photographie prétendait.

— Non ! Ce n’est pas elle ! Hansi a fait erreur en publiant cette image… À moins que cette erreur ne vienne de l’atelier d’impression ?

Emerenz réfléchissait à voix haute… Elle connaissait bien le visage de cette femme qu’elle avait pu approcher, ayant eu la chance de la servir lors de ses passages à l’hôtel. Une admiration sans bornes pour ce personnage hors du commun qu’elle avait côtoyé et servi était alors née. Tout ce qui la concernait s’était mis à la fasciner et elle avait commencé à collectionner ses portraits et toutes les reproductions qui étaient parus dans les moindres feuilles de chou de la région… Mais c’était surtout le souvenir intact et gravé à tout jamais dans sa mémoire qui lui avait immédiatement donné la conviction qu’il ne pouvait s’agir que d’une erreur. L’impératrice subjuguait par sa beauté et surtout sa grâce légendaire quiconque l’approchait. Emerenz n’avait pas échappé à la règle… Bien au contraire ! Une véritable admiration et une passion pour tout ce qui la touchait s’étaient mises à l’animer alors que, toute jeune, elle avait connu le bonheur de la croiser et de s’occuper des appartements qu’elle habitait à l’hôtel Wilder Mann

Encore sidérée, elle se pencha une nouvelle fois sur le cliché. Dans une pièce cossue sans pour autant être luxueuse, aux portes vitrées ornées de tentures sombres qui laissaient voir qu’il avait été pris en plein jour, deux femmes d’un certain âge étaient assises. La pièce était visiblement un bureau. L’une aux cheveux blancs était installée dans un fauteuil, posant avec une lettre à la main. La table de travail était encombrée d’images, de portraits, d’une pendule et de tas de documents… On pouvait vaguement reconnaître quelques célèbres portraits de Sissi, dont celui peint par Winterhalter où son incroyable chevelure était détachée et croisée sur son buste. Ce portrait était le préféré de l’empereur François-Joseph dont une représentation ornait le mur, juste à côté de la porte-fenêtre. Cette photographie avait sûrement été prise en fin d’année car un sapin, sans la moindre décoration, était installé entre les deux portes, face à un grand miroir… Les tapis, les couvertures qui pendaient sur les canapés, le mobilier sombre conféraient au cliché une allure mystérieuse. On avait le sentiment que cette pièce devait regorger de souvenirs mais aussi de secrets…

Emerenz s’attarda à nouveau sur la femme en noir qui était installée à un petit pupitre de style gothique. Son regard éteint ne fixait pas l’objectif. Elle regardait droit devant elle, l’air absent. Sa compagne, au contraire, avait les yeux posés sur le photographe. Plus Emerenz observait le visage de la personne présentée comme l’impératrice d’Autriche et plus une sensation de malaise s’emparait d’elle… Cette femme au visage fermé, au regard éteint dont aucun des traits ne laissait présager qu’elle eut pu être un jour seulement même jolie, ne pouvait être l’impératrice Élisabeth. Par-dessus tout, cette bouche mince et serrée, ces yeux rapprochés et sans expression particulière, vides, sans la moindre beauté, presque déplaisants même, la mettaient mal à l’aise. Bien sûr, elle avait dû vieillir depuis qu’elle avait séjourné à Passau… Mais tout de même ! Généralement, on retrouvait toujours quelque chose de l’expression d’antan dans des traits vieillis : l’intensité du regard, la forme du visage, du nez, un sourire… Or, en ce cas, rien… strictement rien ne lui rappelait les traits de la souveraine. Le seul point commun était peut-être la couleur foncée des cheveux, bien que des mèches blanches apparaissaient sur les tempes. Et puis, qu’était-il donc advenu de la très lourde et abondante chevelure qui rendait Élisabeth reconnaissable entre toutes ? Pour Emerenz, cette personne n’était qu’une inconnue et personne ne pourrait l’en dissuader…

Cependant, même si elle n’avait encore jamais eu à la rencontrer, elle reconnaissait parfaitement en cette femme, aux cheveux blancs, la comtesse Ida Ferenczy, fidèle amie d’Élisabeth. Sachant qu’elle collectionnait tout ce qui avait trait à cette dernière, Hansi lui procurait souvent les coupures et articles à son sujet. Il lui montrait certains documents et lui avait toujours fait part en priorité des nouvelles et rumeurs qui touchaient la famille impériale et leurs proches. Elle avait donc eu l’occasion de voir des portraits des dames de compagnie et de la suite de la souveraine. C’était ce qui lui permettait en cet instant de reconnaître Ida sur le cliché.

Des souvenirs remontèrent en elle… Elle était encore une enfant lorsqu’elle était entrée au service des patrons de l’hôtel. Son père, un paysan veuf d’un village des alentours, avait dû la placer. Par chance, il comptait parmi ses amis un cocher de la ville de Passau. Ce dernier conduisait à l’occasion les clients de l’hôtel Wilder Mann. Par conséquent, il avait quelques accointances avec certains employés. Il l’avait donc tout naturellement aidé à y faire embaucher la petite Emerenz. Elle se souvint soudain de la vieille Maria, qui l’avait immédiatement prise sous son aile. Elle lui avait préparé un délicieux gâteau pour ses neuf ans… C’était d’ailleurs bien la première fois qu’on lui avait souhaité son anniversaire avec tant de gentillesse et d’attentions ! Neuf ans… On était alors le 10 septembre 1861… Trente-huit années jour pour jour s’étaient écoulées depuis ce premier gâteau d’anniversaire. Une année plus tard, par un beau jour d’été 1862, la maison Wilder Mann s’était animée et la vieille Maria lui avait annoncé, tout excitée, que l’impératrice d’Autriche allait descendre durant toute une semaine dans leur établissement… On était au début du mois de septembre lorsque l’hôtel s’était empli d’une partie de la cour… Comment oublier cette ambiance si folle, si spéciale ? Attendrie, elle se souvint alors avec nostalgie qu’elle avait vécu cette visite comme un cadeau personnel à l’occasion de ses dix ans. Son tempérament de petite-fille rêveuse s’était pris à imaginer qu’on lui faisait alors tout spécialement cet honneur. Décidément ! C’était une curieuse coïncidence que tous ces événements qui se produisaient exactement à la même époque de l’année… Emi, comme l’appelaient ses amis, frissonna un peu… Il y avait tout juste une année que toute l’Europe avait été secouée par l’annonce de la mort de l’impératrice, assassinée sur les bords du lac Léman, à Genève, par un anarchiste italien… En guise d’anniversaire, ce 10 septembre 1898 avait été pour elle une journée sinistre, un choc épouvantable. … Elle aurait tant voulu la recroiser encore une fois, la revoir. Or, désormais, cette sombre date ne signifiait plus pour elle que cette mort tragique et rien d’autre. Elle ne voudrait plus commémorer quoi que ce soit. Mais Dieu, que cela était curieux ! Elle était née un 10 septembre, le séjour de l’impératrice à Passau avait débuté le 8 septembre 1862, son assassinat ce 10 septembre 1898… Et voilà qu’un an plus tard précisément tombait cet article affichant une erreur grossière. Ne s’agissait-il que du fruit du hasard ?

— Emi ? Pardonne-moi, je suis un peu en retard !

Victoria entra vivement dans la réception, tirant sur son châle pour l’ôter promptement. À peine avait-elle fait quelques pas sous les voûtes de la pièce, qu’elle s’arrêta net et considéra Emi d’un air perplexe…

— Qu’y a-t-il donc ? Tu sembles à la fois songeuse et bouleversée… Mais non, voyons, que je ne t’ai pas oubliée ! Viens donc ici que je te serre dans mes bras !

Encore à moitié plongée dans ses songes, Emerenz lui sourit d’un air encore un peu distrait… Après quelques secondes, le temps pour elle de revenir à la réalité et de comprendre le scénario qui se déroulait dans la tête de son amie, elle éclata de rire… un petit rire indulgent accompagné d’un hochement de tête et d’un regard plein de bonté.

— Vickie ! dit-elle en se levant et en tendant les bras vers son amie. Je sais bien que tu ne m’oublies jamais ! Mais vois-tu, je ne crois pas qu’il y ait de quoi me réjouir de mon âge canonique ! 47 ans aujourd’hui… Me voici une vieille femme !

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