Chapitre 2
La lumière tamisée du couloir adjacent à la salle de bal donnait à l'endroit une ambiance feutrée, presque intime. Après avoir échappé aux conversations bruyantes et aux regards scrutateurs, Mia s'y réfugia, cherchant une bulle de calme dans ce chaos luxueux. La musique classique, atténuée par les murs épais, résonnait faiblement, un contrepoint apaisant au tumulte de ses pensées.
Elle s'arrêta près d'une fenêtre, observant la cour illuminée en contrebas. Les voitures des invités se succédaient, leurs phares traçant des éclats fugitifs dans la nuit. Elle passa distraitement une main sur le tissu soyeux de sa robe, son esprit tournant autour de ce Lucas. Il y avait quelque chose d'étrangement différent chez lui. Contrairement aux autres hommes qu'elle avait croisés ce soir-là, il n'avait ni le vernis de prétention ni l'obsession du paraître qui semblaient omniprésents dans son cercle.
Alors qu'elle s'enfonçait dans ses pensées, une voix grave la tira de sa rêverie.
- Alors, c'est ici que les âmes perdues viennent se cacher ?
Elle se retourna brusquement, son cœur ratant un battement. Lucas se tenait là, une coupe de champagne à la main, un sourire en coin éclairant son visage. La lumière tamisée jouait sur ses traits, adoucissant les angles de sa mâchoire. Mia tenta de masquer sa surprise en se redressant légèrement.
- Et vous, qu'est-ce que vous faites ici ? Ce n'est pas l'endroit le plus animé de la soirée.
Lucas haussa les épaules et s'approcha, s'appuyant nonchalamment contre le mur en face d'elle.
- Parfois, les endroits animés manquent de substance. Je préfère... observer de loin.
Mia arqua un sourcil, intriguée.
- Observer ? Vous avez l'air bien mystérieux.
- Ce n'est pas une question de mystère, répondit-il en croisant les bras. Disons simplement que je préfère la compagnie des vraies personnes plutôt que des masques que tout le monde semble porter là-dedans.
Il inclina la tête légèrement vers la salle de bal, et Mia ne put s'empêcher de sourire. C'était audacieux, presque irrévérencieux, et pourtant cela sonnait terriblement juste. Elle hocha la tête, se détendant un peu.
- Vous n'avez pas tort, admit-elle. Mais vous, qui êtes-vous pour juger ? Vous êtes ici, après tout. Vous faites partie de ce monde, non ?
Lucas laissa échapper un léger rire, un son naturel et dénué d'artifice.
- Peut-être. Ou peut-être que je suis ici pour me perdre un peu, comme vous.
Mia ouvrit la bouche pour répliquer, mais elle fut interrompue par l'arrivée soudaine de Sophie, qui fit irruption dans le couloir comme une bourrasque. Ses talons claquèrent sur le sol en marbre, et son sourire éclatant illumina son visage lorsqu'elle aperçut Lucas.
- Oh, alors c'est ici que vous vous cachez tous les deux ! lança-t-elle avec enthousiasme.
Mia sentit une pointe de frustration monter en elle, bien qu'elle ne comprît pas pourquoi. Sophie se plaça immédiatement près de Lucas, sa posture ouverte et clairement charmeuse.
- Et vous êtes ? demanda Sophie avec un intérêt manifeste, tendant une main délicate.
Lucas accepta la poignée de main avec un sourire poli.
- Lucas, répondit-il simplement.
Sophie hocha la tête, ses yeux pétillant de curiosité.
- Lucas... quelque chose ? Vous devez avoir un nom de famille, non ?
- Ça dépend, répondit-il en esquissant un sourire. Si je vous le dis, est-ce que cela changera quelque chose ?
Sophie éclata de rire, un son cristallin et légèrement exagéré.
- Mystérieux, hein ? J'aime ça.
Mia, qui observait cet échange, se sentit étrangement agacée. Elle croisa les bras et prit une inspiration profonde pour calmer l'irritation qui montait en elle. Pourquoi cela la dérangeait-il autant ? Après tout, Lucas était un inconnu, et Sophie avait toujours eu un faible pour les hommes énigmatiques.
- Alors, Lucas, qu'est-ce qui vous amène ici ? demanda Sophie avec un sourire séducteur.
- Je pourrais vous dire que je suis un philanthrope ou un homme d'affaires influent, mais la vérité est beaucoup moins glamour, répondit-il avec désinvolture.
Sophie parut légèrement déconcertée, mais elle ne perdit pas son sourire.
- Eh bien, il y a quelque chose de rafraîchissant dans votre honnêteté.
Mia ne put s'empêcher d'intervenir.
- Peut-être qu'il est simplement ici pour profiter du buffet, dit-elle avec un sourire malicieux.
Lucas éclata de rire, un son qui résonna dans le couloir désert.
- Vous avez raison, Mia. Le buffet est sans doute la meilleure raison d'être ici ce soir.
Il la regarda avec une lueur dans les yeux, et Mia sentit son cœur battre un peu plus vite. Elle détourna le regard, tentant de masquer son trouble.
Sophie, visiblement agacée par l'échange entre Mia et Lucas, posa une main légère sur le bras de ce dernier.
- Vous devriez rester avec nous, proposa-t-elle. Je suis sûre qu'on pourrait trouver des moyens plus intéressants de passer la soirée.
Lucas esquissa un sourire, mais il ne répondit pas immédiatement. À la place, il se tourna vers Mia, comme s'il attendait une réaction de sa part. Mia, sentant le poids de son regard, resta silencieuse.
Finalement, il recula d'un pas et secoua la tête.
- J'aimerais rester, mais je crois que ma soirée touche à sa fin.
Sophie fronça les sourcils.
- Déjà ? Mais la soirée ne fait que commencer !
Lucas haussa les épaules.
- Parfois, il vaut mieux partir avant que les choses ne deviennent trop prévisibles.
Il adressa un dernier regard à Mia, un regard qui semblait contenir mille choses non dites, puis s'éloigna dans le couloir, sa silhouette disparaissant dans la pénombre. Mia resta figée, une étrange sensation de vide s'installant en elle.
- Eh bien, il est bizarre, non ? lâcha Sophie en secouant la tête. Mais pas mal du tout.
Mia ne répondit pas. Ses pensées étaient ailleurs, tournant autour de cet homme mystérieux qui semblait être une énigme à résoudre.
Chapitre 3
Le lendemain du gala, Mia se réveilla avec une sensation étrange au creux de l'estomac, mélange d'excitation et de frustration. Les derniers instants de la soirée tournaient encore dans son esprit, particulièrement ce regard énigmatique que Lucas lui avait lancé avant de disparaître. Il avait une manière de se tenir, de parler, qui contrastait avec tout ce qu'elle connaissait. Un homme qui semblait aussi insaisissable qu'un rêve.
Au petit-déjeuner, alors que Sophie l'avait rejointe dans la salle à manger, elle décida d'aborder le sujet avec la plus grande désinvolture possible.
- Alors, tu en as pensé quoi, toi, de ce Lucas ? demanda-t-elle en coupant distraitement son croissant.
Sophie, qui était en train de se servir une tasse de café, leva un sourcil malicieux.
- Pourquoi, ça t'intéresse ? lança-t-elle avec un sourire en coin. Tu semblais bien captivée hier soir, non ?
Mia roula les yeux, cherchant à masquer le rouge qui lui montait aux joues.
- Pas du tout. Je me demandais juste. Il est... différent, c'est tout.
- Différent, hein ? répondit Sophie en s'asseyant en face d'elle. Peut-être, mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Moi, je le trouve assez charmant. Un peu mystérieux, tu sais, comme ces héros de romans qu'on adore détester au début.
Mia eut un rire forcé, bien que la comparaison lui paraisse étrangement juste. Elle posa sa tasse de thé avec un peu plus de force qu'elle ne l'aurait voulu.
- Tu le connaissais avant, toi ? demanda-t-elle d'un ton qui se voulait détaché.
Sophie secoua la tête, son expression soudain plus sérieuse.
- Non, jamais vu avant hier soir. Mais il m'a intriguée, je dois dire. Et toi, pourquoi toutes ces questions ?
Mia haussa les épaules et fit mine de s'intéresser au journal posé à côté d'elle.
- Aucune raison particulière. Il avait l'air... différent, c'est tout. Il ne ressemblait pas à ces types en costume-cravate qui se pavanent à ce genre de soirées.
Sophie sourit, mais son regard s'attarda sur Mia un peu trop longtemps pour que cela soit confortable. Mia détourna les yeux, consciente que son amie voyait peut-être plus clair dans ses intentions qu'elle ne le souhaitait.
- Peut-être que tu devrais lui demander directement, alors, dit Sophie en se levant pour partir. Moi, je suis certaine qu'on le reverra bientôt.
Mia ne répondit pas. Mais elle se jura intérieurement que Sophie avait tort : si Lucas devait revenir dans sa vie, ce ne serait pas par hasard.
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Plus tard dans la journée, Mia se rendit au bureau de l'organisation caritative qu'elle dirigeait. L'ambiance y était bien différente de celle des galas mondains : ici, tout était question de travail de terrain, de logistique et de budgets serrés. Pourtant, c'était précisément cet environnement qui la reconnectait à une certaine réalité. Elle avait besoin de cet équilibre.
Alors qu'elle parcourait les rapports récents sur les projets en cours, elle surprit une conversation entre deux employés près de la machine à café.
- Oui, apparemment, il finance en grande partie notre projet dans les zones rurales, dit l'un d'eux avec admiration.
- Lucas quelque chose, c'est ça ? demanda l'autre.
Le prénom suffit à piquer la curiosité de Mia. Elle s'approcha discrètement et fit mine de chercher un dossier à proximité.
- Vous parlez de qui ? lança-t-elle avec un sourire aimable.
Les deux employés se tournèrent vers elle, visiblement intimidés.
- Euh... on parlait de Lucas. Vous savez, il est passé hier soir au gala. On dit qu'il finance plusieurs de nos initiatives dans les villages éloignés.
Mia fronça les sourcils. Elle n'avait jamais entendu parler de ce lien entre Lucas et leur organisation.
- Ah, vraiment ? Et vous savez ce qu'il fait exactement ? demanda-t-elle en feignant l'indifférence.
- Pas grand-chose. Il reste très discret. Mais il aurait des projets humanitaires à lui, indépendants. Il travaille souvent sur le terrain, loin des grandes villes. Un type assez inhabituel, si vous voulez mon avis.
Un frisson d'intérêt parcourut Mia. Plus elle en apprenait, plus il semblait s'éloigner de l'image classique des hommes qu'elle fréquentait. Elle nota mentalement d'approfondir cette piste.
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En fin de journée, alors qu'elle traversait les rues animées de la ville, son téléphone vibra dans son sac. Elle le sortit et vit un message de Sophie.
*« Dîner ce soir ? J'ai envie de parler de notre mystérieux Lucas ;) »*
Mia soupira, légèrement agacée par l'insistance de son amie sur le sujet, mais elle répondit malgré tout par l'affirmative. Une partie d'elle espérait que Sophie aurait découvert quelque chose de plus à propos de cet homme énigmatique.
Le dîner se déroula dans un petit restaurant chic où elles avaient leurs habitudes. Sophie semblait d'humeur bavarde, mais Mia peinait à suivre la conversation, son esprit continuellement ramené à ses propres interrogations. Finalement, Sophie aborda le sujet sans préambule.
- Alors, toujours obsédée par Lucas ? lança-t-elle avec un sourire narquois.
- Je ne suis pas obsédée, répondit Mia avec un soupir exaspéré. Je suis juste curieuse. Il est... différent.
Sophie haussa un sourcil, mais elle ne poussa pas davantage. Elle savait que Mia n'aimait pas qu'on insiste, surtout quand elle essayait elle-même de comprendre ce qu'elle ressentait.
- Eh bien, si tu veux mon avis, reprit Sophie, c'est le genre d'homme qu'on ne croise pas souvent. Mais il y a quelque chose de bizarre chez lui, tu ne trouves pas ? Comme s'il jouait un rôle, ou qu'il cachait quelque chose.
Mia resta silencieuse. Elle n'était pas certaine que Sophie ait tort. Mais au lieu de l'inquiéter, cette idée la fascinait. Elle voulait comprendre qui il était vraiment.
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En rentrant chez elle ce soir-là, elle prit une décision. Elle trouverait un moyen de le revoir, d'en apprendre plus. Pas pour Sophie, pas pour satisfaire une simple curiosité, mais parce que quelque chose chez lui l'appelait, comme un livre dont elle ne pouvait s'empêcher de tourner les pages.
Elle passa les jours suivants à se renseigner discrètement, parlant aux employés de l'organisation, cherchant dans les rapports financiers des indices sur les projets que Lucas aurait pu financer. Mais il restait insaisissable, un nom qui n'apparaissait jamais directement mais dont l'influence semblait se faire sentir partout.
Ce fut finalement une coïncidence qui lui donna l'opportunité qu'elle cherchait. Lorsqu'un employé mentionna un événement prévu dans une région rurale soutenue par l'un de leurs mécènes anonymes, elle sut qu'elle devait s'y rendre.
Et c'est ainsi qu'elle se retrouva, une semaine plus tard, à descendre d'un véhicule tout-terrain poussiéreux dans un petit village pittoresque, entourée de collines verdoyantes. Le soleil brillait haut dans le ciel, et l'air était empreint d'une odeur de terre et de feuillage.
Alors qu'elle marchait vers la petite place où les habitants s'étaient réunis, son regard se posa sur une silhouette familière. Lucas se tenait là, vêtu d'une chemise simple et d'un pantalon en toile, parlant avec un groupe d'enfants qui riaient autour de lui.
Mia sentit son cœur s'accélérer. Il n'avait pas encore remarqué sa présence, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas rester invisible longtemps. Et cette fois, elle comptait bien obtenir des réponses.