Chapitre 2
…………Agathe…………..
Je regarde sans cesse ma montre en tournant dans mon salon. Je me rends compte que ça fait plus de quatre heures que j’attends Risette ; ma fille a complètement changé depuis maintenant cinq ans. Je suis rentrée de Parakou cet après-midi, lasse de faire des allers retours entre l’hôtel et la prison où séjourne mon fils à cause de cette guinéenne qui est portée disparue et c’est ce à quoi je suis confrontée maintenant (soupir). Je pensais trouver ici à la maison mon unique fille pour me consoler mais elle n’est nulle part. Ce qui m’énerve c’est que depuis quatre jours, Pierre ne décroche plus mes appels. Plus rien ne va dans ma vie depuis quelques semaines. Marcus mon fils qui a toujours fait ma fierté a complètement perdu la tête maintenant à cause de cette femme qui a gâché pendant plus d’une décennie sa vie.
Ma fille Risette se moque royalement de moi et me traite de mauvaise mère. Charles, mon dernier, est complètement perdu et pour couronner le tout Adjoua cette adolescente que j’ai moi-même choisi pour devenir il y a quelques années l’épouse de mon fils, me fait du chantage et me manque de respect maintenant après tout ce que j’ai fait pour sa famille et elle. Je me demande bien ce que j’ai fait de mal pour que tout aille de travers dans ma vie aujourd’hui. Il y a encore quelques mois, je me sentais heureuse et fière de voir ma famille si épanouie mais là tout semble s’effondrer. Je soupire longuement en entendant les enfants de Charly entrer dans ma maison en faisant un boucan. Je vois entrer dans mon salon Charnelle, la fille aînée de Charles, habillée comme une vulgaire prostituée.
Le pire c’est qu’elle est accompagnée de sa jeune sœur et de l’un de ses frères. Je me lève toute furieuse pour aller à sa rencontre. Je ne comprends toujours pas ce besoin qu’elle ressent de s’habiller comme une fille légère.
- Charnelle n’as-tu pas honte de t’habiller de façon aussi vulgaire? Oublies-tu que tu as des sœurs ici dans cette maison qui pourraient prendre exemple sur toi ?
- Je ne vois pas ce que tu reproches à ma tenue Mamie, elle m’a couté très chère.
- Je me fou de combien tu as mis dans l’achat de ce bout de tissu, tout ce que je te demande c’est de t’habiller de façon décente dans ma maison.
- Mamie, mes habits n’ont rien de vulgaire, c’est ce qui est à la mode maintenant et c’est ce que mes amies portent. Je ne peux pas être rétro juste pour te faire plaisir.
- Charnelle n’as-tu pas honte ? Tu as 19 ans et toujours en troisième, tout ce qui t’importe c’est de t’habiller, d’être à la mode comme tu le dis, de manger et de te promener dans tout Cotonou, as-tu envie de devenir un échec comme ton père ?
- Tu traites tout le temps mon père de vaurien mais lui au moins est toujours en liberté.
- Qu’insinues-tu Charnelle ? Qui t’a dit que mon fils est en prison ?
- Tout le quartier le sait mamie, il parait qu’il a essayé de tuer un jeune homme qui sort avec son ex, tout le monde en parle ici depuis quatre jours.
- Comment la nouvelle est venue à leurs oreilles Charnelle ? Personne n’était censée le savoir. Je veux connaître la personne qui a divulgué l’information.
- Le fils du voisin est dans l’armée mamie, en service à Parakou, je suis sûre que ça vient de lui.
- Mon Dieu, comment les gens vont me regarder désormais ? Moi qui me vantais tout le temps auprès d’eux de la réussite professionnelle de mon fils. Qu’ai-je fait à Dieu pour mériter ce châtiment ?
- Tu es la seule à pouvoir répondre à cette question mamie mais tata Risette dit que …
- Tais-toi petite insolente, je ne veux plus t’entendre parler disparait de ma vue tout de suite.
- Je m’en vais mamie, ne déverse pas ta colère sur moi, je n’en suis pour rien dans cette affaire.
Elle me fait un sourire narquois avant de me libérer de sa présence. Je me laisse tomber sur un tabouret tout près de la porte en me tenant la tête dans les mains. Je suis à bout, vraiment à bout. Je voulais cacher cette histoire à tout le monde dans mon entourage pour préserver mon image de marque mais là c’est fichu. Je ne sais plus si j’aurai le courage de sortir la tête haute de chez moi. Je comprends pourquoi la voisine m’a accueilli cet après-midi avec cet air ironique et si radieux alors que d’habitude elle me parle toujours avec respect et admiration. Je dois trouver rapidement le moyen de m’éloigner de cette ville. Le mieux c’est d’aller à l’extérieur du Bénin pour les deux prochaines années au moins.
Me faire oublier de tout le monde pendant un moment est la solution que je viens de trouver à mon problème. Je me fou de ce qui peut bien arriver à ces ingrats d’enfants en mon absence. Le plus important à partir de ce moment c’est mon bien-être. Quand je me souviens de toutes les âneries que Marcus m’a raconté le premier jour où je suis allée le voir en prison, j’ai la rage. Je me demande pourquoi il est toujours autant obsédé par cette femme qui ne vaut rien. Depuis qu’il a quitté cette femme, il y a plus de quatre ans, il n’a plus jamais été heureux. J’ai pourtant tout fait pour lui redonner en vain le sourire mais rien n’y fit. Même ses deux enfants n’ont jamais pu lui apporter la paix intérieure.
Je suis même retournée à plusieurs reprises voir cet homme chez qui j’avais trouvé la solution pour me débarrasser du bâtard que portait cette étrangère à leur arrivée au Bénin, mais il disait que Marcus était lié par une promesse et un vœu à cette chose de Aminata et qu’ elle serait la seule à le libérer.
Je n’ai jamais parlé de cette histoire de lien à Marcus et je ne suis pas disposée à le faire, je ne veux plus de cette femme dans la vie de mon fils. J’étais prête à en finir avec elle de mes propres mains si je l’avais rencontré au cours de mon séjour à Parakou. De toutes les façons, je m’occuperai d’elle à mon retour de Londres. Il faut qu’elle disparaisse de la surface de la terre. J’ai toujours le pagne pris dans la maison qu’elle occupait avec mon fils avant de nous libérer de sa présence. Je vous raconterai comment, j’ai fait pour l’obtenir et surtout ce que j’en ai fait un de ces jours. Laissez-moi d’abord préparer mon voyage et le reste viendra après.
Risette veut déménager, ça tombe donc à pic qu’elle s’en aille comme elle le dit avec ses deux enfants. Je ramènerai à Charles ses quatre gosses car il est temps qu’il prenne ses responsabilités de père. Je veux prendre du temps pour moi-même et c’est ce que je compte faire à partir de ce jour. Comme ces enfants pensent qu’ils n’ont plus besoin de moi et bien qu’ils se débrouillent sans moi donc. Je prends mon téléphone et appelle la première épouse de ce chien de Pierre. Il pense que j’allais le laisser se moquer de moi sans rien faire, et bien il se trompe. Je vais lui apprendre qu’on ne se moque pas d’Agathe GANTI sans en subir les conséquences. Il a le culot d’ignorer mes appels, je vais donc lui donner une bonne leçon.
- Bonjour Madame dis-je dès que j’entends la voix de l’autre idiote au bout du fil. Je suis la maitresse de votre mari depuis bientôt sept ans et je voudrais vous faire une confession.
- Je ne veux rien entendre de vous pauvre garce, vous appelez surement parce qu’il en a eu assez de vous. Gardez pour vous votre maudite confession.
- La garce sait au moins ce qui vous arrive depuis plus de 11 ans et pourquoi vous n’avez qu’un seul enfant aujourd’hui malgré les multiples grossesses que vous avez portées.
- Que dites-vous madame répondit-elle d’une voix tremblante.
- Oups, je crois que j’ai trop parlé, toutes mes excuses Madame NOUKOU pour le dérangement, je garde ma maudite confession pour moi comme vous me l’avez conseillé il y a un moment. Prenez soins de vous et votre échantillon de fils. A très bientôt ma belle.
Je raccroche en riant aux éclats. C’est vrai que je suis méchante, oui, je le sais. Plus besoin de me dire ce que je sais déjà. Je me fou bien de ce que vous pensez de moi. Comme toujours, je demande à vous cher(e)s lecteurs/lectrices de me jeter la pierre si vous n’avez jamais pêché dans la vie. Je suis comme je suis et j’assume mes actes. Il était temps que cette bonne femme (rire) sache que son mari s’est enrichi en faisant son malheur depuis plusieurs années. Je lui rends simplement un service, elle se sentira désormais moins coupable de n’avoir pas gardé jusqu’à termes ses bébés. Je connais vraiment beaucoup de choses sur la vie de Pierre mais, il s’amuse à s’attirer ma colère au lieu de continuer à s’incliner pour moi comme il le fait si bien depuis plusieurs années.
Je suis sûre qu’il me rappellera bien vite, et je pourrais alors lui donner mes conditions pour continuer à garder le silence. Il ne peut pas s’en prendre à ma vie car, nous avons fait des choses ensembles qui nécessitent pour son bien, que je reste en vie (sourire). Je peux donc faire de lui ce que je veux et rien ne pourra m’arriver. C’est tellement bien de savoir que l’on a de l’emprise sur les autres dans la vie.
…………. Risette………….
Le lendemain.
Je me réveille en sursaut. Je tourne le regard vers la porte d’entrée en rage, j’espère bien que ce n’est pas l’un de mes enfants qui vient me réveiller de si bonne heure. Je me lève pour aller ouvrir la porte en poussant plusieurs jurons. Je suis surprise de voir maman toute habillée à ma porte. Elle me toise pendant un moment sans rien dire.
- Que me veux-tu de si bonne heure maman ? Tu viens d’interrompre mon sommeil et maintenant que je t’ouvre la porte, tu me regardes comme si tu ne m’as jamais vu ?
- Je suis chez moi Risette et je peux taper à toutes les portes à n’importe quelle heure de la journée.
- Profites-en très bien parce que dans une semaine, je quitte définitivement cette maison répondis-je en murmurant presque.
- Risette, je suis ta mère pas ta camarade ; en plus de cela il est déjà neuf heure passée? Je me demande bien si tu es capable d’éduquer toute seule les enfants que Dieu t’a donnés.
- Maman, comme tu viens de le dire ce sont mes enfants, je saurai me débrouiller avec eux. Laisse tomber stp et dis-moi ce qui t’emmène vers moi à cette heure.
- Je voudrais te dire que je voyage dans cinq jours pour un long moment. Mais avant, je voudrais que tu quittes la maison, je compte la mettre en location pour le temps que je ferai hors du pays.
- Où vas-tu maman dis-je étonnée de l’entendre parler de long voyage ?
-J’ai envie de changer d’air Risette, ne me demande pas où je vais. Sache juste que je voyage et qu’il faut que tu te dépêches de rejoindre ton homme. Demain, je ramène les enfants de Charles à leur père, il se débrouillera également avec eux. La nounou que je suis vient de prendre sa retraite.
- Je vais m’organiser avec Gabriel dès aujourd’hui et nous verrons ce qu’il y a lieu de faire maman.
- C’est parfait, je te laisse maintenant, j’ai des choses à faire avant mon voyage.
Je la regarde s’éloigner avant de refermer ma porte. Je prends mon téléphone pour appeler Gabriel à qui j’explique la situation, ce sale profiteur exige encore de moi l’argent avant de venir voir maman. J’appelle ensuite mon agent immobilier à qui je donne rendez- vous dans deux heures pour visiter la maison et discuter des conditions d’achat. Je finis ma série d’appels par mon homme qui m’annonce que le virement de l’argent sera fait dans la journée sur mon compte. Il s’excuse de ne pas pouvoir honorer notre rendez-vous de ce jour à cause d’une affaire urgente qu’il doit régler mais je sais très bien que c’est l’autre qui l’occupe. Je le remercie malgré tout et lui fais promettre de m’appeler très rapidement pour un autre rendez-vous. De toutes les façons, je serais très occupée ces jours avec l’achat de ma maison et mon aménagement.
Je dois aller à Dubaï et aussi en Chine pour mes achats. Mon amie Viviane, viendra avec moi. Elle vient avec moi pour faire également quelques achats. Je ne compte pas dire à maman que je voyage encore moins que je suis enceinte. Je compte bien lui faire la surprise. Elle me verra très ronde ou avec mon bébé à son retour. Je suis une grande fille et je compte désormais voler de mes propres ailes et prendre ma vie en main. Je suis fatiguée de voir mon homme dans des hôtels. Si je déménage c’est pour permettre à mon chéri de me rendre visite comme il veut et quand il veut. La prochaine étape sera de m’afficher à ses bras. Tout le monde doit savoir que je suis désormais un cœur pris(sourire).
Chapitre 3
………… Lucas DAGBA ……………
Des jours plus tôt à Parakou.
Je suis au domicile du couple DATOU, où Chimène et son homme m’accueillent comme un roi. Son homme prend congé de nous pour aller régler une affaire urgente et je me retrouve seul avec Chimène. Elle me demande de venir avec elle dans leur immense jardin où elle m’installe en souriant.
- Attends-moi Lucas, j’ai quelque chose pour toi.
- Ok, je t’attends mais après nous devons parler de quelque chose de très important.
- Je serai toute à toi dans quelques instants mais avant, je dois faire quelques chose que tu aimeras surement.
Elle s’éclipse en me faisant un clin d’œil et revient plus tard avec un verre à cocktail, contenant ma boisson préférée.
- Je n’ai pas oublié ta préférence Lucas, je veux que tu saches que malgré toutes ces années passées sans nouvelle de toi, j’avais toujours une petite pensée positive pour toi.
- Merci Chimène dis-je tout ému en prenant le verre qu’elle me tend avec un large sourire.
Je porte ce verre contenant du sirop de Menthe, du lait frais et de rhum avec quelques glaçons aux lèvres et en prend une petite gorgée en lui faisant un sourire forcé. La culpabilité me ronge encore plus à cet instant précis. Cette femme que j’ai trahi un jour, est aux petits soins pour moi et cela me fend le cœur de la voir me sourire et me remercier si sincèrement d’exister dans sa vie et surtout d’avoir pris soins de son fils la dernière fois à l’hôpital. Si la vie d’une personne ne dépendait pas de moi, je ne serais jamais assis ici ce jour pour faire ce que je m’apprête à faire. J’espère qu’elle trouvera en elle la force de me pardonner et qu’elle continuera à me voir comme un ami.
Je sais que je n’ai plus le choix et que l’heure de la vérité vient de sonner alors je prends une profonde inspiration et me lance comme un grand en puisant le courage nécessaire en moi.
- Chimène, pourrais-tu m’accorder quelques minutes d’attention ? J’ai quelque chose de vraiment important à te dire.
- Je t’écoute Lucas, pourquoi es-tu tout d’un coup aussi sérieux ? nous sommes amis alors parle-moi sans détours.
- (Gardant toujours mon air sérieux) Merci Chimène. je suis ici pour te demander une faveur et surtout pour …
- Vas droit au but mon ami, si c’est pour une question d’argent, tu peux être tranquille, tu l’auras, nous avons les moyens de t’aider maintenant et nous sommes prêts à le faire avec joie. Je m’en veux toujours de n’avoir pas pu t’aider au moment où tu avais le plus besoin de moi, si la vie me donne une autre chance de me racheter, je le ferai sans me faire prier dit-elle en m’interrompant.
J’ai encore plus du mal à lui avouer que je me suis servie d’elle pour arriver là où je suis en ce moment.
- Il ne s’agit pas de soutien ou d’aide Chimène. Je veux juste t’avouer qu’il y a plus de 18 ans je me suis servi de toi pour atteindre mes objectifs et qu’aujourd’hui, je m’en veux cruellement d’avoir agi de la sorte en pensant uniquement à moi.
- Je ne comprends ce que tu dis Lucas, sois plus explicite stp.
- Ce soir-là à l’hôpital, le jour où tes enfants venaient au monde, j’ai …
- Ne me rappelle pas ce jour stp, je me sens toujours coupable d’avoir manqué de force pour pousser correctement. Si j’avais été plus forte ma fille serait peut-être ici avec moi en ce moment.
- Ta fille n’est pas morte Chimène lui répondis-je la tête baissée.
- Arrête stp de dire des absurdités Lucas. Je vous ai vu la sortir de mon ventre après mon fils, elle n’a pas crié à sa naissance, et tu m’as dit toi même qu’elle ne vivait plus. Pourquoi me faire revivre tous ces mauvais souvenirs aujourd’hui mon ami ?
- Ta fille n’a pas pleuré à sa naissance, elle avait du mal à respirer mais, nous l’avons aidé à le faire. Tu as sombré juste après l’accouchement des enfants et …
- Et tu as fait quoi ? Dit Isidore son mari que je n’ai pas vu venir à nous.
- Pardonnez-moi svp, ce jour-là en fait, juste avant d’aider Chimène à accoucher, nous l’avons fait avec une dame qui a accouché d’une fille mort née. Elle ne pouvait malheureusement plus jamais concevoir à cause des complications dues à l’accouchement. Elle m’a alors proposé de l’aider et je …
- Tu lui as donné notre fille dit Isidore en me regardant avec haine et dédain.
- Le frère de la dame, paix à son âme était le responsable du service gynécologique à cette époque-là et ils m’ont tous les deux convaincu de le faire contre une forte somme d’argent.
- Tu as donc vendu ma fille Lucas, je te faisais totalement confiance, mais tu m’as trahis de la plus cruelle des façons dit Chimène en pleure.
- Je te demande pardon dis-je en m’agenouillant à ses pieds, pardonne moi stp, je m’en veux tellement si tu savais.
- Où se trouve ma fille Lucas dit son mari en criant presque, me faisant trembler de peur.
- Elle est actuellement hospitalisée dans une clinique de la place, elle ne va pas bien.
- Ma fille souffre de quoi Lucas ? dit Chimène toujours en pleure.
- Elle a une leucémie qui nécessite une greffe lui répondis-je tristement.
- Je veux la voir Lucas, je veux voir ma fille.
- Laisse-moi appeler sa mère, euh celle qui l’a élevé pour savoir où elle se trouve exactement dis-je en prenant mon téléphone.
- Nous irons la voir et après cela, j’irai porter plainte contre toi Lucas, tu dois payer pour ce que tu as fait.
- J’en suis conscient et je suis prêt à tout endurer pour me faire pardonner. Je suis profondément désolé.
J’appelle Célestine pour avoir les indications sur la clinique où elle se trouve avec sa fille. Elle me répond toute joyeuse de savoir que je me suis enfin décidé à faire ce qu’elle m’a demandé. Elle me donne l’adresse et le nom de la clinique que je note avant de raccrocher. Je vais attendre dehors la mine triste, le couple qui se prépare surement pour sortir.
…………..Chimène…………….
Je frappe à la porte de Maël, mais personne ne me répond. J’ouvre tout doucement la porte, et je remarque qu’il dort à poings fermés avec son casque à l’oreille, certainement en train d’écouter sa chanson fétiche du moment. Malgré la douleur que je ressens en ce moment, je suis heureuse de pouvoir rencontrer ma fille que je croyais morte. Je voulais partager la joie avec Maël, mais il dort comme un bébé. Je sais qu’il sera heureux de connaître sa sœur et qu’il pourra enfin penser à autre chose qu’à son amour malsain pour Armelle. Je m’approche de lui pour poser un baiser sur son front et lui prendre le casque mais il m’empêche de le faire en émergeant de son sommeil.
- Que veux-tu maman ?
- Je suis venue te parler de quelque chose de très important te concernant mon fils.
- Je sais déjà que ça a rapport avec mes études, donc pas la peine de le dire, papa m’a informé ce matin que vous avez déjà pris le billet et que je pars dans une semaine.
- Ce n’est pas de ça que je veux te parler Maël c’est que………..
- Il faut y aller mon amour dit Isidore en faisant son entrée dans la chambre de notre fils.
- Bonsoir papa, maman disait qu’elle avait quelque chose d’important à me dire me concernant, donne nous juste quelques minutes pour parler.
- Je m’excuse mon fils, mais ta mère doit venir avec moi, vous parlerez plus tard, nous devons y aller maintenant.
- Je te parlerai en rentrant mon chéri, ton père a raison, nous devons y aller. Ce que je veux te dire peut attendre.
- Si tu le dis maman, j’espère que ce n’est rien de grave et que ça n’a rien à avoir avec Mel, je le dit à cause de ton expression et cette petite mine que tu as. Je ne vous pardonnerai jamais si vous me cacher une information concernant la femme de ma vie me dit-il en me regardant de façon insistante un peu comme son père quand il essaie de lire dans les pensées des autres.
- Ça n’a rien à avoir avec Armelle mon chéri, je te le promets. Mais c’est quelque chose de très important qui te rendra surement heureux. J’en ai assez de te voir triste et de parler à Rock tout le temps comme s’il était une personne capable de te comprendre.
- Il est le seul dans cette maison qui partage ma douleur et si je pouvais, je l’emmènerai avec moi. Il est le seul souvenir que je garde de ma déesse qui me manque toujours cruellement.
- Tu finiras par l’oublier par la grâce de Dieu.
- Je n’en suis pas sûr maman, maintenant dites-moi où vous allez tous les deux un dimanche midi ? Habituellement vous vous reposez toujours après l’église.
- Oui mon chéri, nous allons régler une affaire vite fait en ville lui dis-je en le quittant pour les bras de mon mari.
- A plus tard, revenez vite de votre sortie mystérieuse monsieur et madame DATOU, votre fils vous attend sagement à la maison.
- A plus tard fiston, lui répondit Isidore en sortant.
Il lui répond par un signe de la main. Nous sortons de sa chambre et allons dans la nôtre.
- Pourquoi ne veux-tu pas que je dise à Maël qu’il a une sœur jumelle?
- Je préfère que nous allions voir la petite de nos yeux avant de le dire à Maël qui, sera surement très affecté par la nouvelle. Il vient de traverser une situation douloureuse et je voudrais que nous le préparions à cette nouvelle.
- Je comprends mais, j’ai pensé que ce sera pour lui une occasion de penser à autre chose que ce qui le préoccupe en ce moment.
- Tu as sans doute raison, mais je préfère voir cette jeune fille avant que notre fils ne soit au courant.
- Si tu penses que c’est le mieux à faire pour lui, faisons le donc.
- Je voudrais aussi te dire que si notre fille est vraiment très malade comme vient de dire l’autre traite, je vais l’évacuer en Europe le plus rapidement possible pour qu’on prenne correctement soins d’elle. Je veux qu’elle reçoive les meilleurs soins qui soient et qu’elle guérisse très vite.
- Je comprends Isidore, je suis aussi de ton avis, mais nous devons en discuter avec ses parents avant toutes choses.
- Ses parents c’est nous Chimène, ces gens nous ont volé notre bébé, et tout ce qu’ils méritent c’est d’être punis mon amour. Ils sont aussi coupables que ce médecin de pacotille qui se disait être notre ami.
- Je partage la même douleur que toi Isidore, mais nous ne devons pas juger les gens sans savoir. Lucas a mal agis mais je suis sûre qu’il est un homme bon qui a du cœur.
- Tu fais trop confiance aux gens, tu vois où ta confiance aveugle nous a emmené avec Armelle ou Amina? Elle nous laisse un fils en pleine dépression amoureuse qui est devenu l’ombre de lui-même. Quand il ne parle pas tout seul c’est qu’il le fait avec un chien, le chien de cette femme que tu lui permets de garder chez nous malgré tout ce qu’elle nous a fait. Tu oublies que nous avons failli perdre notre fils par sa faute et tu continues à l’aimer comme avant, ne le nie surtout pas dit-il en voyant mon expression étonnée, je t’entends souvent prier la nuit pour que Dieu la protège ou qu’elle soit en ce moment.
- Excuse-moi mon chéri si je ne vois que le bien dans les personnes que j’aime, mais c’est plus fort que moi et tu le sais. Quand j’apprécie une personne et que je me rapproche d’elle, je lui voue une affection sans bornes. Cela ne veut pas dire que je suis aveugle au point de laisser entrer de mauvaises personnes dans nos vies Isidore. Armelle est une bonne personne, je le sais pour l’avoir côtoyée ces dernières années. Qui sommes-nous pour la juger mon chéri ? Elle est un être humain, tout comme nous deux, faible et exposé au péché en permanence. Pas que je cautionne ce qu’elle a fait parce que je ne la laisserai jamais retourner avec Maël, mais je ne peux la haïr car elle m’a beaucoup apporté à certain moment de ma vie. Je comprends aussi que tu considères Lucas comme un traite pour ce qu’il a fait mais ce n’est pas à nous de rendre justice ou de le blâmer. Je ne te refuse pas de porter plainte contre eux. Fais-le si cela peut t’aider à avoir moins mal, je te soutiendrais même si je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure chose à faire. Notre fille est en ce moment très malade selon Lucas et elle a surement besoin de toutes les personnes qu’elle aime à ses côtés pour aller mieux. Si tu fais emprisonner ses parents et Lucas, cela ne changera rien puisque de toutes les façons, nous avons déjà perdu 18 ans loin d’elle. Pour ma part, je me concentre sur la relation que j’ai envie d’établir avec elle. Je veux l’aimer, prendre soins d’elle et gagner peu à peu son affection si elle s’ouvre à moi. C’est ce que j’ai de mieux à faire et je pense sincèrement que c’est ce que tu dois aussi faire mon amour. Tu es une très bonne personne et c’est d’ailleurs pour cela que je t’aime autant, ne te laisse pas gagner par la rancœur et toutes ces vilaines choses qui avilissent l’âme. Si j’ai accepté que l’ex de Armelle soit mis en prison c’est juste pour protéger notre fils et en même temps Aminata. Je m’en veux toujours un peu pour cela, car malgré tout je me dis que cet homme a juste besoin d’un psychiatre étant obsédé par une femme et agissant plus par jalousie que par méchanceté.
- Tu n’arrêteras jamais de m’étonner Chimène, tu es une personne extraordinaire, que j’ai toujours du mal à cerner malgré toutes les années que je passe à tes cotés et tout ce que nous partageons. Parfois je me dis que j’ai bien de la chance de t’avoir dans la vie. je te comprends, mais je suis différent de toi, merci de m’accepter tel que je suis. Maintenant partons, l’autre que je préfère ne plus qualifier par respect pour toi, nous attend dehors.
- Allons-y mon amour lui dis-je en lui prenant la main.
Nous sortons en silence rejoindre Lucas, qui nous regarde avancer avec une mine de chien battu. J’ai juste pitié de lui car il fait de la peine à voir. Je suis certaine qu’il est rongé par la culpabilité et je peux vous dire que c’est le plus grand des châtiments pour quelqu’un de normal qui a une conscience. Ne dit-on pas souvent que « la conscience est un juge et un punisseur inévitable » ? Je laisse donc la vie et Dieu rendre justice à sa façon car j’ai mieux à faire en ce moment.