Chapitre 2
Lyana guida sa monture à travers la forêt sombre, le craquement des branches sous les sabots résonnant comme un murmure inquiétant dans l'immensité silencieuse. Les arbres autour d'elle semblaient vivants, leurs branches torsadées formant des ombres menaçantes sous la lumière blafarde de la lune. Chaque souffle de vent portait avec lui des bruits indistincts, comme des voix étouffées, et un frisson constant lui parcourait l'échine. Elle n'avait jamais mis les pieds sur ce territoire, mais les rumeurs suffisaient à nourrir sa peur.
Draven Nightshade. Le simple nom de cet Alpha suffisait à glacer le sang de quiconque l'entendait. Il était décrit comme un tyran, un maître des ténèbres dont la cruauté n'avait d'égal que sa puissance. Mais pour Lyana, il représentait autre chose : une chance, une échappatoire, une arme capable de briser ceux qui l'avaient trahie. Pourtant, à chaque pas qu'elle faisait vers lui, une question lui revenait en boucle. Avait-elle fait une erreur en venant ici ?
Elle s'arrêta au bord d'un ruisseau, la jument soufflant bruyamment, fatiguée par le voyage. L'eau scintillait faiblement, mais son reflet lui parut étrangement trouble, comme si le ruisseau refusait de lui renvoyer une image claire d'elle-même. Lyana tendit la main pour toucher la surface, mais un bruit sourd derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna brusquement, son cœur battant à tout rompre.
- Qui va là ? lança-t-elle, sa voix plus forte qu'elle ne l'aurait cru.
Aucune réponse. Seulement le bruissement des feuilles, comme si la forêt elle-même lui répondait. Elle se redressa, cherchant à distinguer une silhouette parmi les ombres, mais il n'y avait rien. Juste une sensation oppressante, comme si des yeux invisibles étaient braqués sur elle.
Rassemblant son courage, elle reprit son chemin, franchissant le ruisseau pour pénétrer plus profondément dans le territoire de l'Alpha. Chaque pas semblait la mener plus loin de tout ce qu'elle connaissait, vers un monde où les règles étaient dictées par un seul homme. Une étrange lumière rougeâtre, vacillante, apparut entre les arbres, et elle guida sa jument dans cette direction, espérant que c'était là qu'elle trouverait Draven.
Lorsqu'elle arriva enfin à la clairière, elle s'arrêta net, saisie par ce qu'elle voyait. Un immense cercle de pierres se dressait au centre, chacune gravée de symboles anciens qu'elle ne reconnaissait pas. Des torches plantées dans le sol projetaient une lumière vacillante, et au milieu se tenait une silhouette. Draven.
Il était exactement comme les rumeurs le décrivaient, et pourtant bien plus impressionnant. Grand, imposant, il dégageait une aura de danger palpable. Ses cheveux noirs tombaient en mèches épaisses autour de son visage, et ses yeux... Ses yeux brillaient d'une lumière surnaturelle, un mélange d'or et de rouge qui semblait percer directement à travers elle. Il était vêtu de noir, un manteau long et épais accentuant sa silhouette.
Lyana descendit de sa monture, ses jambes tremblantes sous le poids de son appréhension. Elle sentit le regard de Draven sur elle, intense, presque suffocant. Il ne bougeait pas, se contentant de l'observer, comme un prédateur jaugeant sa proie.
- Tu as du courage, ou peut-être es-tu simplement folle, dit-il enfin, sa voix grave résonnant dans la clairière comme un grondement.
Elle inspira profondément, essayant de calmer les battements affolés de son cœur.
- Je viens avec une proposition, répondit-elle, sa voix ferme malgré la peur qui nouait sa gorge.
Il haussa un sourcil, l'ombre d'un sourire effleurant ses lèvres.
- Une proposition ? Intéressant. Continue.
Lyana serra les poings, puis se redressa, affrontant son regard.
- Je veux une alliance. Mon ancienne meute m'a trahie. Mon fiancé, celui qui devait m'épouser demain, m'a humiliée de la pire des façons. Je veux les voir souffrir. Et je sais que tu peux m'aider à obtenir ma vengeance.
Draven resta silencieux un instant, son regard scrutant chaque détail de son visage, comme s'il cherchait à lire dans son âme.
- Pourquoi crois-tu que cela m'intéresserait ? demanda-t-il enfin, sa voix teintée d'une curiosité feinte.
- Parce que je n'ai rien à perdre, et toi, tu as tout à gagner.
Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle voulait dire par là, mais les mots semblaient sortir d'eux-mêmes. Draven pencha légèrement la tête, amusé par sa réponse.
- Tu es audacieuse, je te l'accorde. Mais si je devais accepter, qu'est-ce que tu m'offrirais en échange ?
Lyana sentit sa gorge se serrer. Elle savait qu'il poserait cette question, mais y répondre la terrifiait.
- Moi, dit-elle enfin, sa voix presque un murmure. Mon allégeance, ma vie, tout ce que je suis.
Un silence pesant s'installa, seulement interrompu par le crépitement des torches. Draven fit un pas en avant, réduisant la distance entre eux.
- Toi, répéta-t-il, son ton indéchiffrable. Tu es prête à te vendre pour obtenir ta vengeance ?
- S'il le faut, oui, répondit-elle sans détour, ses yeux plantés dans les siens.
Un sourire apparut sur le visage de l'Alpha, mais il n'avait rien de chaleureux.
- Très bien, dit-il enfin. Je vais t'accorder mon aide, mais à mes conditions.
Lyana sentit un mélange de soulagement et de peur monter en elle.
- Quelles conditions ? demanda-t-elle.
Draven s'approcha encore, si près qu'elle pouvait sentir la chaleur de son corps.
- Premièrement, tu restes ici, sous ma protection, jusqu'à ce que j'aie décidé que tu es digne de ma confiance. Deuxièmement, tu devras accomplir une tâche pour moi, une tâche qui prouvera ta loyauté. Enfin, tu m'appartiens. Tes décisions, tes actions, même tes pensées... tout m'est redevable.
Chaque mot était prononcé avec une lenteur calculée, comme s'il voulait s'assurer qu'elle comprenait bien ce qu'elle acceptait.
- Et si je refuse ? murmura-t-elle, sa voix tremblante.
Draven se pencha légèrement, un éclat menaçant dans ses yeux.
- Alors tu n'auras ni protection, ni vengeance. Et crois-moi, petite louve, le monde hors de ces terres est bien plus cruel que tu ne l'imagines.
Lyana déglutit, son regard ne quittant pas celui de l'Alpha. Elle savait qu'elle venait de franchir une frontière invisible, un point de non-retour.
- J'accepte, dit-elle finalement, sa voix brisant le silence comme un coup de tonnerre.
Draven se redressa, satisfait.
- Alors c'est réglé. Bienvenue dans mon monde, Lyana.
Il fit un signe de la main, et deux silhouettes émergèrent de l'obscurité, des loups aux regards perçants et à la carrure imposante.
- Emmenez-la dans ses quartiers, ordonna-t-il. Nous avons beaucoup à discuter, mais ce sera pour demain.
Lyana suivit les deux hommes sans protester, le cœur lourd mais étrangement calme. Elle savait que sa décision la liait à cet Alpha énigmatique, mais elle ne pouvait s'empêcher de se demander si elle avait fait le bon choix.
Alors qu'ils s'éloignaient, elle sentit le regard de Draven sur elle, brûlant comme une flamme dans l'obscurité.
Chapitre 3
Je me tenais là, au cœur d'un territoire qui n'était pas le mien, entourée de loups qui me fixaient comme si j'étais une intruse, une ennemie infiltrée dans leur sanctuaire. L'air était lourd, presque étouffant, chargé d'une tension palpable qui semblait s'infiltrer dans ma peau et peser sur ma poitrine. Chaque pas que je faisais résonnait comme une déclaration de guerre silencieuse. J'étais seule, plus que jamais, et pourtant, je ne pouvais me permettre de flancher.
Les premières heures dans la meute de Draven avaient été une épreuve en soi. Je n'avais pas eu besoin de mots pour comprendre que je n'étais pas la bienvenue. Chaque regard, chaque murmure à peine audible entre les loups de sa meute me rappelait que je n'étais pas des leurs, que je n'étais qu'une intruse dans un univers qui m'était totalement étranger.
Ils étaient grands, imposants, tous marqués par une discipline rigoureuse et une force brute qui transparaissait dans chacun de leurs gestes. Les cicatrices sur leurs corps parlaient de batailles, de luttes incessantes pour protéger leur territoire ou pour survivre dans un monde qui ne leur laissait aucun répit. Et moi, dans ma fragilité apparente, j'étais une anomalie, une fissure dans leur équilibre.
J'aurais voulu fuir. L'idée me traversa l'esprit plus d'une fois. Mais où ? Vers qui ? Je n'avais plus rien derrière moi, seulement les cendres d'un passé que je ne pouvais plus regarder sans sentir mon cœur se serrer. Avancer était ma seule option, même si chaque pas semblait m'éloigner un peu plus de moi-même.
Un homme - un loup, devrais-je dire - me guida à travers le campement. Son silence était presque plus pesant que les regards des autres. Je remarquais les huttes, les feux de camp, les armes soigneusement entreposées. Tout ici respirait une organisation militaire, une précision implacable.
- C'est ici que tu dormiras, dit-il enfin, désignant une petite cabane en bois, rudimentaire mais suffisamment isolée pour que je comprenne qu'on ne voulait pas de moi près des autres.
Je hochai la tête, n'ayant pas la force de répondre. Lorsque la porte se referma derrière moi, un profond soupir m'échappa. L'intérieur était spartiate, une simple paillasse dans un coin, une table bancale et une chaise. Pas de fenêtres. Juste quatre murs qui me donnaient l'impression d'être emprisonnée.
Je me laissai tomber sur la chaise, les bras croisés autour de moi comme pour me protéger de quelque chose d'invisible. Mon esprit était en ébullition, mais mes pensées s'entremêlaient, formant un nœud impossible à démêler. Qu'avais-je fait ?
Chaque choix que j'avais fait depuis cette nuit semblait me conduire un peu plus profondément dans une obscurité que je ne comprenais pas encore. Tout avait commencé avec cette trahison, ce moment où mon monde avait basculé. Je revoyais leurs visages, ceux de ma sœur et de celui qui aurait dû être mon compagnon. Je revoyais leurs gestes, leurs rires étouffés, leurs murmures complices. Et à chaque fois, une douleur sourde remontait en moi, comme une lame qu'on aurait laissée plantée dans ma poitrine.
Pourtant, il y avait autre chose. Une colère froide, presque paralysante, qui m'avait poussée à franchir des frontières que je n'aurais jamais envisagées. Une colère qui m'avait conduite ici, dans cette meute étrangère, face à cet Alpha dont la réputation seule aurait dû me faire trembler.
Draven.
Je repensai à son regard, à la manière dont il m'avait observée, comme s'il voyait quelque chose en moi que même moi je ne pouvais percevoir. Ses yeux étaient une énigme, brûlants et glacés à la fois, comme s'ils renfermaient un feu prêt à dévorer tout sur son passage. Et pourtant, dans cet éclat menaçant, il y avait une intensité qui me troublait, une profondeur qui me laissait sans voix.
Pourquoi m'avait-il acceptée ? Qu'avait-il vu en moi pour qu'il me permette de rester, pour qu'il accepte ma proposition insensée ? Je savais qu'il ne faisait rien sans raison. Chaque mot, chaque geste de sa part semblait calculé, comme un joueur d'échecs qui voyait toujours plusieurs coups à l'avance.
Je secouai la tête, essayant de chasser ces pensées, mais elles revenaient sans cesse. Et avec elles, cette sensation étrange, ce frisson qui parcourait ma peau chaque fois que je croisais son regard.
Un coup à la porte me tira de mes réflexions. Je sursautai, le cœur battant, avant de me lever et d'ouvrir.
Une femme se tenait là, son expression froide et dure. Ses cheveux étaient tirés en arrière, son regard perçant.
- L'Alpha te convoque, dit-elle sans préambule.
Je hochai la tête, sentant une boule se former dans mon estomac.
Elle me guida à travers le camp, et je sentis de nouveau les regards des autres loups sur moi. Ils ne cherchaient pas à cacher leur méfiance, leur hostilité. Chaque pas était une épreuve, un rappel constant que je n'étais pas la bienvenue.
Lorsque nous arrivâmes à la grande tente où se trouvait Draven, mon cœur accéléra. La femme ouvrit la toile, me fit signe d'entrer, puis referma derrière moi, me laissant seule face à lui.
Il était là, assis sur une chaise massive, un verre à la main. Ses yeux me fixèrent immédiatement, et je sentis ce frisson familier me parcourir.
- Approche, dit-il, sa voix résonnant dans l'espace clos.
Je m'exécutai, mes jambes tremblantes malgré moi.
- Comment trouves-tu ma meute ? demanda-t-il, un sourire en coin.
Je pris une profonde inspiration, cherchant mes mots.
- Elle est... différente de ce que j'ai connu, répondis-je prudemment.
- Différente, répéta-t-il, son sourire s'élargissant légèrement. Oui, je suppose que c'est une façon de le dire.
Il posa son verre, se levant pour s'approcher de moi. Je reculai instinctivement, mais il s'arrêta, levant une main pour m'apaiser.
- Tu as choisi de venir ici, Lyana. Mais ce choix a un prix. Chaque membre de cette meute a prouvé sa loyauté, sa valeur. Et toi ?
Je baissai les yeux, incapable de répondre.
- Tu n'es pas comme eux, poursuivit-il. Mais il y a quelque chose en toi, quelque chose que même toi, tu ignores encore.
Ses mots me troublèrent profondément. Je relevai les yeux vers lui, cherchant à comprendre ce qu'il voulait dire.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? murmurai-je.
Il s'approcha encore, son regard intense braqué sur moi.
- Tu le découvriras en temps voulu, dit-il simplement, avant de se détourner.
Il revint vers sa chaise, s'assit, puis me fit signe de partir.
Je sortis de la tente, le cœur lourd et l'esprit embrouillé. Qu'avait-il vu en moi ? Et pourquoi avais-je l'impression qu'il connaissait quelque chose que j'ignorais encore ?
Cette nuit-là, alors que je m'allongeais sur la paillasse de ma cabane, ces questions tournaient en boucle dans mon esprit. Les regards des loups, la froideur de cette meute, l'intensité troublante de Draven... Tout semblait converger vers quelque chose que je ne pouvais encore saisir.
Et pourtant, malgré la peur, malgré l'incertitude, une étrange détermination s'éveillait en moi. J'avais franchi une ligne. Je ne pouvais plus reculer. Quoi qu'il advienne, je devrais prouver que je méritais ma place ici. Que je méritais ma vengeance.