Chapitre 2
Victor avait laissé échapper un petit rire moqueur.
« Une comme toi, tu pourrais peut-être nettoyer les bureaux chez ma société. Même Julie, qui vient à peine de finir ses études, elle vaut mieux que toi. »
Je m'apprêtais à répondre quand Julie est sortie de la chambre.
« Victor, tu trouves que cette robe me va bien ? »
Elle portait l'une des robes que Victor achetait pour son premier amour.
La dernière fois que j'avais effleuré cette robe en aidant à ranger, Victor m'avait giflée.
Mais à présent, il l'avait longuement regardée avec satisfaction.
« Elle te va bien. Tu peux prendre ce que tu veux dans cette chambre. »
Julie, tout sourire, est venue me narguer.
« Camille, tu trouves que ça me va bien? »
Je lui ai sincèrement hoché la tête.
« Très bien. Ça te va parfaitement. »
Elle a paru un peu décontenancée.
Avant qu'elle ne réagisse, je suis retournée dans ma chambre.
Il ne restait plus que trois jours avant la fin du contrat, je devais commencer à préparer mes affaires.
À peine allongée, j'ai reçu un appel de Victor.
« Julie doit retourner à l'université. Tu vas l'y conduire. »
J'ai froncé les sourcils.
« Il n'y a pas un chauffeur à la maison pour ça ? »
C'était la deuxième fois que je lui disais non. Sa voix était déjà chargée d'agacement.
« C'est si compliqué pour toi de faire une petite faveur ? »
Avant qu'il ne s'énerve davantage, j'ai cédé.
« Tu aurais pu dire oui dès le départ, hein ? »
Lorsque je suis sortie, Victor et Julie m'attendaient dans la cour.
« Va plus vite ! Julie a un examen. Ne la fais pas attendre. »
Julie m'a lancé un sourire enjôleur.
« Merci, Camille. »
Avant de monter, elle a embrassé Victor passionnément.
Installée dans la voiture, elle m'a lancé un regard provocateur.
« Désolée, Camille. Victor est un peu trop passionné… Il est comme ça avec toi aussi ? »
Comme je restais silencieuse, elle a affiché un sourire triomphant.
« Un homme comme lui ne s'intéresserait jamais à toi. »
« Une femme vieille et ennuyeuse… »
Peut-être parce que je ne lui répondais toujours pas, elle s'est vite lassée et s'est tue.
Alors qu'on approchait de son université, une voiture a soudainement déboulé en sens inverse, totalement hors de contrôle.
J'ai aussitôt tourné le volant pour l'éviter.
Même si j'ai réagi très vite, l'impact a quand même eu lieu.
La voiture s'est immobilisée brutalement et une vive douleur a traversé ma jambe.
J'ai entendu Julie gémir à côté.
Quand je me suis tournée vers elle, je n'ai vu qu'une légère coupure sur sa main.
Je me suis dit qu'elle devait avoir d'autres blessures internes.
Les secours sont arrivés rapidement et nous ont extraites du véhicule.
Mon tibia gauche était fracturé.
Julie, elle, n'avait qu'une égratignure au bras.
Après les premiers soins, Victor est arrivé.
Il s'est précipité vers Julie, l'air paniqué.
« Tu n'as rien de grave ? Tout va bien ? »
Julie, les larmes aux yeux, s'est plainte d'une douleur au bras.
Victor a immédiatement demandé qu'on l'emmène consulter d'urgence.
Il est passé deux fois à côté de moi, sans me regarder une seule seconde.
J'ai esquissé un sourire silencieux.
La douleur de ma jambe semblait éclipsée par une blessure bien plus profonde.
À l'hôpital, j'ai entendu deux infirmières discuter.
« Victor est vraiment aux petits soins pour sa petite amie. Une simple égratignure, et il a fait venir tous les spécialistes. »
« S'il est aussi attentionné… et riche en plus… Épouser un homme comme lui, ça doit être merveilleux, non ? »
Chapitre 3
Dans ma tête, j'ai murmuré une réponse silencieuse : « Épouser Victor Hérault, ce n'est en rien un bonheur. »
Juste avant que le chirurgien ne m'emmène au bloc opératoire, j'ai aperçu Victor arriver en tenant la main de Julie.
« Tu vas bien ? »
Il m'a regardée, les sourcils légèrement froncés.
« Tu ne sais pas rester concentrée au volant ? Heureusement que Julie n'a rien eu de grave cette fois-ci. »
Julie, à côté de Victor, a dit d'un air coupable :
« C'est de ma faute… Si je n'avais pas demandé à Camille de me raccompagner, rien de tout ça ne serait arrivé… »
Victor l'a immédiatement prise dans ses bras et l'a rassurée d'un ton tendre.
« Ce n'est pas à cause de toi. Tu as été blessée aussi, non ? Allez, viens. Je t'emmène manger quelque chose. »
Le médecin est alors venu nous informer que tout était prêt pour l'opération.
Victor m'a lancé un regard surpris, puis son attention est vite retournée vers les jérémiades de Julie.
L'opération s'est déroulée sans encombre.
Quand l'infirmière m'a demandé si j'avais imformé mes proches, je suis restée silencieuse quelques secondes avant de répondre :
« Ce n'est pas nécessaire. Je n'ai personne à prévenir. »
Pendant mon hospitalisation, j'ai engagé une aide-soignante pour m'assister.
Victor, lui, passait ses journées avec Julie.
Chaque jour, Julie m'envoyait des photos de leurs sorties : à la plage, en plongée, sous les étoiles dans l'eau, partout en train de s'embrasser comme des adolescents.
Je regardais tout ça sans rien ressentir.
J'étais bien trop occupée à planifier l'ouverture d'un laboratoire de recherche en biotechnologie avec une amie.
Depuis huit ans, je profitais de mon temps libre pour l'aider à développer ses produits.
Elle m'avait souvent proposé de créer notre propre lab, mais j'avais toujours refusé.
Beaucoup disaient que j'avais gaspillé huit ans de ma vie pour un contrat.
Mais je n'ai jamais regretté.
À l'époque, rien n'était plus important pour moi que ma mère.
Maintenant que le contrat avec Victor est terminé, je suis enfin libre.
Le jour de ma sortie, Victor m'a appelée, ce qui était exceptionnel.
« Tu rentres quand ? C'est le chaos à la maison. Tu n'es toujours pas sortie de l'hôpital ? »
J'ai souri, moqueuse, et j'ai demandé :
« Il n'y a plus de domestique chez toi maintenant ? »
Il a répondu, déjà agacé :
« Tu sais très bien que je n'aime pas qu'on touche à mes affaires et qu'il y a des dossiers de l'entreprise que toi seule peux trier. »
J'ai regardé l'heure, prête à lui dire que je n'avais pas le temps, quand une infirmière est venue m'annoncer qu'il fallait aller régler les frais de sortie.
Victor l'a entendu et m'a immédiatement pressée de rentrer.
Je l'ai ignoré. J'ai payé, puis suis montée dans la voiture de mon amie, Isabelle Laurent.
« Alors, t'es libre ? » Isabelle m'a lancé avec un sourire complice.
J'ai esquissé un léger sourire et répondu avec sérénité :
« Tout est terminé. Je signe les papiers du divorce, et je pars. »
Isabelle était plus enthousiaste que moi :
« Génial ! On va fêter ça ! »
J'ai acquiescé.
Alors que nous discutions des derniers détails du contrat, Victor a de nouveau appelé.
J'ai vu son nom sur l'écran, puis j'ai éteint le téléphone sans hésiter.
Isabelle m'a lancé un regard curieux.
« T'es sûre que tu l'aimes plus ? »
Elle est la seule à savoir mes sentiments pour Victor.
Mais ces émotions, il les a détruites petit à petit.
En fixant l'écran de mon téléphone, j'ai murmuré :
« On est tout simplement pas faits pour vivre dans le même monde. »
Isabelle a hoché la tête, totalement d'accord.
Une fois le contrat signé, nous sommes allées dans notre restaurant habituel.
Quand j'ai goûté la première bouchée de bœuf épicé, mes yeux se sont embués de larmes.
Isabelle a ri.
« Tu pleures ? Il est si bon que ça ? »
J'ai souri sans répondre.
Depuis que j'étais avec Victor, je n'avais plus touché à des plats aussi délicieux.
Chapitre 4
Parce qu'il disait que l'odeur sur mes vêtements portait atteinte à la réputation de la famille Hérault.
Il y a eu bien d'autres choses humiliantes.
En public, il ne fallait pas rire aux éclats, ni parler trop fort…
Pendant huit ans, j'ai eu l'impression de devenir un robot sans émotions.
Aujourd'hui, j'ai cru sentir un souffle de liberté approcher, et mes yeux se sont humidifiés.
Quand je suis rentrée du dîner, il était déjà dix heures du soir.
En poussant la porte d'entrée, j'ai trouvé Victor assis dans le salon, le visage fermé.
Il avait m'appelée plus de dix fois dans la journée. Je n'avais répondu à aucun appel.
« Tu étais où ? »
J'ai pris le temps d'enlever mes chaussures, de me laver les mains, avant de répondre calmement.
« Je suis sortie dîner avec une amie. »
Victor s'est approché de moi et, en sentant l'odeur sur mes vêtements, son visage s'est encore plus assombri.
« Je ne t'ai pas dit de ne pas manger ce genre de choses ? Ça pue. »
Je lui ai souri doucement, puis j'ai demandé :
« Quand Julie en mange, ça te dérange pas non ? »
Son expression a affiché un dégoût encore plus évident.
« Toi et Julie, ce n'est pas comparable. Et puis elle, ce n'est pas une Hérault. »
Je n'ai rien répondu.
Elle n'en faisait pas encore partie, mais cela n'allait pas tarder.
Il suffisait de regarder comment Victor la traitait pour comprendre ce qu'elle représentait à ses yeux.
Le lendemain de la signature du contrat avec Isabelle, elle est partie à l'étranger pour gérer les premières démarches du laboratoire.
De mon côté, j'ai contacté un avocat pour rédiger les papiers du divorce.
J'ai signé sans hésiter.
C'est à ce moment-là que j'ai reçu une vidéo de Julie.
Dans la vidéo, on voyait une salle de réception richement décorée dans un grand hôtel.
Sur l'écran de scène, on lisait clairement : « Bienvenue aux fiançailles de Victor Hérault et Julie Martin ».
Victor a parlé au directeur de l'hôtel des préparatifs pour le jour des fiançailles.
« J'ai juste dit que je voulais me fiancer avec lui, et il a décidé d'organiser tout ça sans se soucier du regard des autres. La cérémonie aura lieu dans deux jours. J'espère que tu viendras. »
Deux jours plus tard, c'était mon trentième anniversaire — et aussi le jour où j'avais réservé mon vol pour partir.
J'ai bloqué le numéro de Julie.
Je me suis levée, ai balayé du regard cette chambre de moins de dix mètres carrés.
J'ai commencé à faire mes valises.
En huit ans dans cette maison, je n'avais jamais acheté un seul objet.
Je suis arrivée avec une seule valise, et je repartais de la même façon.
Juste après avoir refermé ma valise, Victor est entré dans la chambre.
« Prépare-moi une soupe aux fruits de mer. »
Son ton, toujours aussi naturellement autoritaire, ne m'a même plus étonnée.
Je me suis dit que ce serait la dernière fois.
Alors j'ai obéi, sans un mot.
Quand j'ai posé le bol sur la table, Victor m'a regardée, un peu surpris.
« Tu parles peu ces derniers temps. »
Avant, je trouvais toujours quelque chose à lui raconter, même s'il ne m'écoutait presque jamais.
J'ai répondu vaguement :
« J'ai mal à la gorge, je préfère rester silencieuse. »
Victor a lâché un rire dédaigneux, a attrapé le bol emballé et s'est éclipsé.
Le jour de ses fiançailles avec Julie, il n'est même pas rentré.
J'ai laissé le contrat signé il y a huit ans, accompagné des papiers du divorce, sur la table.
Puis, valise à la main, j'ai regardé une dernière fois cette maison où j'avais vécu huit ans.
Et sans me retourner, je suis partie directement vers l'aéroport.
Juste avant l'embarquement, Victor a tenté de m'appeler.
Sans une seconde d'hésitation, j'ai raccroché et jeté la carte SIM à la poubelle.
À partir d'aujourd'hui, j'ai décidé de courir à grandes enjambées vers l'avenir qui m'appartenait.