Chapitre 5

Après plusieurs jours de repos, Clara était enfin autorisée à quitter l'hôpital.

Elle n'avait jamais supporté cette odeur de désinfectant omniprésente dans les couloirs.

Comme Zoé était en déplacement professionnel, elle avait envoyé un chauffeur pour venir la chercher.

Clara, encore un peu faible, est rentrée dans l'appartement qu'elle avait acheté avant son mariage. Il n'était pas très grand, mais chaque mètre carré lui appartenait et, ça suffisait à lui redonner un vrai sentiment de sécurité.

Quelqu'un était venu faire le ménage récemment, tout était propre, ordonné, accueillant. Même les fleurs sur la table semblaient tout juste cueillies.

L'appartement était situé au cœur du quartier le plus animé de la ville, un endroit où chaque centimètre valait de l'or. Depuis le balcon, la vue était dégagée, on voyait parfaitement le siège du groupe Dubois, une tour de plus de quatre-vingts étages, dressée comme un géant au centre exact de la ville.

Avant son mariage, Clara aimait se tenir là, sur le balcon, à regarder au loin, parce qu'elle y pensait à lui. À celui qu'elle portait dans son cœur.

Mais à présent, ses yeux étaient comme couverts par une couche de givre. Toute chaleur avait disparu. Ce qu'elle avait attendu, espéré, aimé, tout cela appartenait déjà au passé.

Clara est rentrée en silence à l'intérieur, et a tiré les voilages sans un mot.

Son bas-ventre la lançait encore par moments, comme pour lui rappeler, sans bruit, cette petite vie qu'elle n'avait pas pu garder.

Elle a pris une grande inspiration, puis a secoué la tête, essayant de chasser ce goût amer qui lui remontait à la gorge.

Pas le temps de se noyer dans la tristesse. Il y avait plus important à faire.

Elle a allumé son ordinateur portable, resté éteint depuis longtemps. L'écran s'est éclairé, révélant un mail non lu, marqué d'une étoile.

Elle l'a ouvert d'un clic, a parcouru rapidement le contenu. Son regard devenait de plus en plus froid.

Puis ses doigts ont pianoté calmement sur le clavier :

« On suit le plan. »

Tout s'est enchaîné d'un geste fluide, comme si la jeune femme affaiblie de tout à l'heure n'avait jamais existé.

Elle a sorti les comprimés prescrits par le médecin et les a avalés avec un peu d'eau tiède. L'amertume s'est diffusée sur sa langue, mais elle a eu l'impression de ne rien sentir.

La fatigue a submergé son corps telle une vague. Elle s'est laissée tomber sur le grand lit moelleux et a sombré aussitôt dans un profond sommeil...

En fin d'après-midi, dans le bureau du PDG du Groupe Dubois.

L'assistant Paul a frappé à la porte, puis est entré pour faire son rapport.

« Monsieur Dubois, Madame est sortie de l'hôpital aujourd'hui. Elle n'est pas retournée à la Résidence Clairbois. Elle a directement emménagé dans un appartement enregistré à son nom. »

À ce moment-là, Alex traitait quelques documents. En entendant cette phrase, la pointe de son stylo s'est interrompue un bref instant. Juste un instant.

« Oui. »

Un simple son, sans émotion.

Il a levé les yeux. Son regard était sombre et insondable, comme de l'encre figée.

« Où elle vit désormais, ça ne me concerne pas. »

Ils n'avaient jamais vraiment vécu ensemble. À peine s'ils se voyaient une ou deux fois par mois. Il n'aurait jamais imaginé qu'un jour, il entrerait encore et encore dans son appartement.

Paul n'osait pas répondre. Il avait juste l'impression que la température ambiante venait de chuter de plusieurs degrés.

Alex a jeté les documents signés sur le côté, sans même les regarder. Sa voix, indifférente, ressemblait à celle de quelqu'un qui parle de la météo.

« Fais-lui livrer les papiers du divorce. Qu'elle les signe au plus vite. »

« Oui, Monsieur. »

Paul a répondu sans discuter, le ton bas. En son for intérieur, il a soupiré pour cette femme qui n'avait jamais reçu la moindre attention de Monsieur Dubois.

Ce couple était probablement arrivé au bout de son histoire.

Alex a baissé la tête à nouveau. Il regardait l'écran, les chiffres défilaient. Comme si ce qu'il venait de dire n'avait été qu'un banal échange à propos d'un contrat sans importance.

Mais ses doigts, serrant le stylo, blanchissaient légèrement sous la pression. Il ne se doutait pas que plus il restait froid aujourd'hui, plus le retour serait brutal.

C'est à ce moment-là qu'Anne est entrée dans son bureau.

Paul a pris les papiers du divorce et s'est discrètement retiré.

Ce jour-là, elle s'est faite belle, rayonnante comme toujours. Rien d'étonnant pour la star du moment.

Elle était de très bonne humeur. Et quelle surprise, c'était Clara dans cette fameuse chambre de l'hôpital central.

Mais le plus inattendu, c'est qu'elle avait été hospitalisée pour une fausse couche.

Même pas fichue de mener une grossesse à terme, celle-là. De plus, Anne n'a même pas eu à bouger le petit doigt. Un vrai coup de pouce du destin.

Même les feuilletons n'oseraient pas aller aussi loin. Hé !

Sans cet enfant, Clara ne pourrait plus jamais rester auprès d'Alex.

Et le plus beau dans tout ça, c'était qu'Alex ne semblait même pas encore au courant. C'était une occasion rêvée de frapper fort.

Alex a levé les yeux, et sans qu'il s'en rende compte, son regard s'était un peu adouci.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Je suis venue dîner avec toi, évidemment !  Comme j'ai un peu de temps cette semaine, je voulais profiter pour te voir davantage. La semaine prochaine, je vais passer un casting pour une série très connue. »

Anne rayonnait, un large sourire aux lèvres, incapable de cacher son enthousiasme.

Alex la regardait, et un léger sourire s'est dessiné au coin de ses lèvres.

« Si la grande Anne Dupont s'y intéresse, alors ce n'est sûrement pas un projet ordinaire. »

Elle n'a pas pu attendre davantage pour révéler le nom de la série, toute souriante, l'air fière d'elle-même.

« L'Élégie des Lys, tu connais ? C'est un roman super populaire en ce moment. Le rôle principal féminin est attribué par vote en ligne. Et devine quoi ? Je suis classée deuxième. »

Alex le savait très bien. Le mois dernier, il avait déjà lancé le plan de rachat de Couronne Production, la société avec laquelle elle était sous contrat. Il comptait la lui offrir.

Il s'était toujours tenu à l'écart du milieu du divertissement. Mais cette fois, il n'avait pas hésité à investir une somme colossale pour soutenir sa carrière.

Pourtant, Anne n'était pas encore au courant. Il voulait lui faire la surprise, plus tard.

Alex a hoché doucement la tête, puis lui a pris la main avec une certaine tendresse.

« Pas mal. Avec ton niveau, tu devrais décrocher la première place. »

Anne s'est assise sur ses genoux avec aisance, et a passé ses bras autour de son cou, le regard pétillant.

Elle disait d'une voix câline :

« Alex, c'est si bon de t'avoir. Je sais que tu m'as toujours soutenue en secret. Merci de croire en ma carrière. »

Alex lui a pincé doucement la joue, avec une tendresse silencieuse.

« Tant que tu es heureuse, ça me va. »

C'était il y a quatre ans, sur la côte du pays F, à la Baie d'Azur. Sans elle, ce jour-là, il se serait noyé dans les profondeurs de l'océan.

Il avait gardé une certitude que cette femme méritait tout ce qu'il y avait de plus beau au monde, y compris son amour.

Mais ce qu'il ignorait, c'était que la femme capable de plonger si loin sous l'eau, ce n'était pas celle qui se trouvait, aujourd'hui, devant lui.

Anne a appuyé son front contre le sien et s'est penchée lentement vers lui, prête à lui offrir un baiser plein de tendresse.

Le souffle chaud d'Alex effleurait son visage, et il n'a rien fait pour s'éloigner.

À cet instant, le téléphone s'est mis à sonner. Anne a froncé les sourcils.

Alex a esquissé un sourire et a décroché le téléphone sans y penser.

À l'autre bout du fil, la voix enthousiaste de Maxime s'est fait entendre :

« Alex, Sébastien Perrin est revenu ! On raconte qu'il organise un dîner au Pavillon Saphir, pour accueillir un invité mystérieux. Tu penses que ce serait Nexus ? »

Alex a eu un bref moment de surprise, puis une lueur vive a traversé son regard.

« J'y vais tout de suite. »

Il a raccroché, puis a réfléchi quelques secondes.

Sébastien Perrin, héritier d'un puissant conglomérat du pays F, était aussi l'un des fondateurs du Sommet Mondial de la Médecine. Ils ne s'étaient croisés qu'une seule fois, quatre ans plus tôt, sur les terres du pays F.

Et voilà que juste après l'annonce de la participation de Nexus, il était arrivé discrètement à Beaumarin.

Pourquoi avoir choisi Beaumarin ?

Il devait en avoir le cœur net. Quoi qu'il arrive, il fallait à tout prix obtenir une collaboration entre Nexus et le Groupe Dubois.

Anne le regardait, un peu intriguée.

« Alex ? Il y a un problème ? »

Il lui a caressé doucement les cheveux, un léger sourire aux lèvres.

« Rien de spécial. Je t'emmène manger quelque chose de bon. »

Il a pris sa veste, lui a pris la main et ils sont sortis ensemble du bureau.

...

Ding-dong ! 

La sonnette a retenti brusquement, brisant le silence qui régnait dans l'appartement.

Clara a été tirée de son sommeil par ce bruit soudain.

Elle s'est levée en traînant ses pantoufles, avançant d'un pas lent vers la porte.

Elle a tourné la poignée doucement.

La porte s'est ouverte d'un coup.

Mais à sa grande surprise, un homme se tenait là.

Un visage familier, aux traits toujours aussi beaux, mais désormais marqués par une maturité sereine, une assurance nouvelle.

Chapitre 6

Il portait un costume noir parfaitement ajusté, manifestement fait sur mesure. Chaque centimètre de tissu respirait un luxe discret, soulignant ses épaules larges et sa taille fine avec une précision.

La lumière projetait une ombre légère sur son visage aux traits ciselés. Il était d'une beauté saisissante mais aussi d'une froideur glaçante.

Il imposait par sa seule présence.

La lumière dessinait des traits d'une précision, un nez droit, une mâchoire acérée, des lèvres closes avec une fermeté silencieuse.

Mais c'était surtout ses yeux, profonds comme un lac glacé, dénués de toute chaleur. Ils ne faisaient que glisser brièvement sur vous, et déjà vous étiez saisi par une pression invisible, un poids d'autorité, de distance et de pouvoir.

Quiconque croisait un tel regard aurait eu les jambes coupées et sans doute du mal à aligner une phrase.

Et pourtant, au moment même où son regard a croisé celui de Clara, ce regard, si glacial qu'il aurait pu tout figer, semblait s'être miraculeusement adouci.

Plus aucune trace de glace.

Juste une émotion silencieuse, impossible à nommer, presque de la tendresse.

Oui. De la tendresse.

Un mot totalement impensable quand il s'agissait de lui.

Et pourtant, c'était bien ce qui venait de se produire. Sans aucun doute.

Elle s'est figée sur place, incapable du moindre mouvement. Son esprit est devenu complètement vide.

Sébastien ?

Qu'est-ce qu'il faisait là ?!

Elle n'a même pas eu le temps de réagir. Il avait déjà bougé.

Il s'est avancé d'un pas. Puis, d'un geste ferme et sans appel, il l'a attirée brutalement contre lui. Tout son corps, happé sans la moindre possibilité d'échappatoire.

La porte s'est refermée avec fracas, coupant tout contact avec l'extérieur.

Ses bras étaient larges, solides, et dégageaient une chaleur réconfortante, mêlée à une discrète odeur de pin. En un instant, elle s'est retrouvée enveloppée dans ce cocon inattendu.

La pression était forte, presque douloureuse au point de lui faire mal aux os. Et pourtant, jamais elle ne s'est sentie aussi protégée.

Une large main aux doigts marqués glissait lentement dans ses cheveux, de la racine jusqu'aux pointes, avec une douceur presque irréelle.

Il n'a rien dit. Et pourtant, elle sentait que dans ce silence, il y avait des milliers de mots.

Ces pensées retenues trop longtemps.

Ces attentes tues au fil des jours.

Ces inquiétudes qu'il n'avait jamais osé lui avouer.

Trois ans.

Trois longues années sans se voir.

« Clara, je suis de retour. »

Sa voix grave, un peu rauque, a résonné tout près d'elle.

« Trois ans, c'est long... »

Trois ans, pour lui, cela avait ressemblé à une éternité.

Il avait attendu. Attendu que ce mariage absurde, réduit à un simple contrat, prenne enfin fin. Et seulement alors, il s'était permis de s'approcher.

« Désormais, je ne laisserai plus jamais personne te faire du mal. »

Sa voix était ferme, porteuse d'une promesse déterminée.

Clara a senti sa gorge se serrer, et les larmes lui sont montées aux yeux.

Elle s'est doucement dégagée de ses bras. Non pas pour fuir. Mais simplement pour respirer.

Elle a baissé la tête et s'est dirigée vers la cuisine.

« Tu veux boire quelque chose ? »

« Comme d'habitude. »

La voix de Sébastien l'a suivie, calme et familière.

Elle a sorti les grains de café, les a moulus, puis a préparé l'infusion. Chaque geste lui venait naturellement, comme s'il était inscrit dans sa chair.

C'était aussi le café préféré d'Alex.

Il n'en avait pourtant jamais goûté, pas une seule fois.

Très vite, une tasse de café aux arômes envoûtants lui a été tendue.

Il l'a prise. La porcelaine fine était juste tiède entre ses doigts.

Il a baissé les yeux, en a pris une gorgée.

Amer, intense, avec une pointe de douceur en fin de bouche.

C'étaient les grains qu'elle utilisait toujours. Et préparée par sa méthode bien à elle. Ce goût resté gravé dans sa mémoire, impossible à oublier.

Clara a finalement levé la tête. Sa voix tremblait légèrement, comme si chaque mot lui coûtait.

« Pourquoi… pourquoi tu es revenu ? »

Il a reposé la tasse, qui a résonné légèrement contre le bois de la table.

Son regard s'est posé sur elle, un sourire à peine esquissé aux lèvres, un mélange d'ironie douce et d'une certitude inébranlable.

« Quoi ? Trois ans ont suffi pour que tu oublies complètement notre pari ? »

« Le pari ? »

Un sursaut intérieur lui a serré le cœur. Des fragments de souvenirs qu'elle avait enfouis sont remontés à la surface, malgré elle.

« Évidemment que je suis revenu pour te reprendre. »

Il s'est légèrement penché vers elle, les yeux plantés dans les siens, et son aura imposante l'a immédiatement enveloppée.

« J'attends que tu fasses ton grand retour. »

Faire son grand retour…

Ces mots ont explosé dans l'esprit de Clara comme un coup de tonnerre.

« Et ensuite… »

Il s'est interrompu, sa voix grave et magnétique résonnait dans l'air, chaque mot frappait son cœur.

« Reviens avec moi. Ensemble, reprenons notre place au sommet du monde. »

Elle est restée figée, incapable de réagir. Son cœur s'est violemment serré, pris entre une douleur sourde et un trop-plein d'émotions.

Par réflexe, elle a tenté d'esquisser un sourire, cherchant une réplique légère pour masquer le tumulte qui bouillonnait en elle.

Quelque chose comme : « T'as toujours pas guéri de ton délire d'ado ? »

Ou encore : « Là-haut, au sommet du monde, le vent souffle trop fort. Moi, j'aurai froid. »

Mais elle a échoué.

Ses lèvres venaient à peine de bouger que les larmes ont coulé, incontrôlables.

Des larmes épaisses, brûlantes, sont tombées sur le dos de sa main.

Brûlantes !

Sébastien était son ancien camarade, presque comme un grand frère.

À l'époque où elle préparait son doctorat à l'étranger, seule et démunie, c'était lui qui l'avait protégée, épaulée, comme un véritable pilier dans sa vie.

Il était aussi son partenaire de recherche le plus complice. Ensemble, ils avaient passé d'innombrables nuits dans le laboratoire, à travailler sans relâche.

Et c'est ainsi qu'elle avait fini par établir l'équation capable de bouleverser le monde.

Mais c'était aussi à ce moment-là qu'elle avait fait un choix radical : se retirer de la scène.

Elle avait accepté d'épouser un homme qu'elle n'avait rencontré qu'à quelques reprises, en signant sans broncher un contrat de mariage de trois ans.

Personne ne l'avait comprise.

Tout le monde l'avait crue folle.

Même Sébastien.

Il avait senti la rage monter en lui, prête à tout balayer sur son passage. Mais à la fin, il s'était contenté de la regarder droit dans les yeux, lui avait laissé un contrat de trois ans, puis il était parti.

Il était parti loin, à l'étranger, pour se faire une place, pour bâtir son propre empire.

Elle, de son côté, avait complètement disparu de la circulation.

Pendant trois ans, sa vie avait été calme, en surface. Mais au fond, elle s’étouffait.

Comme un oiseau blessé, coincé dans une cage dorée.

Maintenant, la porte de la cage était ouverte.

Et celui qui avait autrefois volé à ses côtés était revenu, avec toute sa force, impossible à repousser. Il voulait l'emmener, à nouveau, vers le ciel.

Mais elle, elle savait qu'il y avait des choses auxquelles elle devait mettre un terme.

Sébastien n'a pas osé essuyer ses larmes. Il a eu peur de ne pas pouvoir se retenir…

Alors il s'est contenté de lâcher, d'un ton calme :

« Les larmes de Nexus, ça vaut trop cher. Ne les gaspille pas. Va te changer, je t'emmène manger. Regarde-toi, t'es maigre comme un clou. »

Clara a hoché la tête, puis elle est entrée dans la chambre principale.

Quinze minutes plus tard, Sébastien et Clara sont descendus ensemble.

En bas, un cortège de voitures de luxe les attendait déjà. Sébastien a ouvert la portière et ils sont montés dans la même voiture.

Il aimait ce parfum discret qu'elle portait. Avec elle à ses côtés, il avait l'impression de posséder le monde entier.

Une demi-heure plus tard, ils sont arrivés au Pavillon Saphir.

Quand Clara est descendue de la voiture, Léo Bourdin et Morganne Vanel se sont approchés avec un grand sourire. C'étaient ses anciens camarades, ceux qui avaient toujours été là pendant les années les plus dures.

Ils ont lancé avec enthousiasme :

« Bon retour, Clara. »

Clara les a regardés, les yeux brillants de surprise. Tous ces visages familiers, c'étaient ses partenaires de galère, ceux avec qui elle s'était battue.

« Vous êtes vraiment tous revenus ? »

Léo s'est approché avec un grand sourire et a passé son bras sous celui de Clara, tout naturellement.

« Clara, tu nous as trop manqué ! Heureusement que Sébastien a eu pitié de nous et nous a laissés revenir. Comme ça, on peut être là pour toi et préparer ensemble le Sommet mondial de la santé. »

Morganne a fait de même, accrochée à son autre bras, avec un sourire malicieux.

« Oui, comme t'es là, on n'aura plus besoin de trimer comme des esclaves tous les jours. Sébastien est trop strict avec nous, tu le sais. »

« T'as bien mûri, la petite ! T'es plus la pleurnicheuse d'avant, hein. »

Clara lui a pincé gentiment la joue.

Mais un regard tranchant de Sébastien est aussitôt tombé sur eux. Léo a lâché le bras de Clara d'un coup, le cœur battant.

Son regard était trop flippant…

Sébastien a entrouvert les lèvres :

« Allez, on entre. »

Chapitre 7

Le petit groupe s'est dirigé vers l'entrée du Pavillon Saphir.

Situé dans un coin discret du quartier le plus animé de la ville, le lieu semblait appartenir à un autre monde.

Ici, pas de béton ni de verre froid. À la place, des petits ponts en pierre, de l'eau qui coule doucement, des pavillons en bois. Chaque pas dévoilait un nouveau coin de verdure, soigneusement aménagé dans un style champêtre chic et raffiné.

Et ceux qui avaient le privilège d'entrer ici n'étaient jamais des inconnus. Tous faisaient partie des figures les plus influentes de Beaumarin, voire du pays tout entier.

Ce soir-là, le lieu brillait de mille feux.

Entourée de son petit groupe, Clara a traversé les couloirs sinueux du Pavillon Saphir pour rejoindre le salon privé qu'on leur avait réservé : le Salon Lotus.

Elle portait une robe blanche, simple mais impeccablement coupée. Son allure sereine tranchait avec l'agitation environnante, et c'est justement ce qui attirait tous les regards.

Sébastien marchait à ses côtés, à un demi-pas derrière elle. Son attitude était familière, presque protectrice, mais jamais déplacée. Un léger sourire adoucissait ses traits.

Un peu plus loin, dans l'ombre, Alex tenait une coupe de champagne à la main. Ses yeux sombres étaient fixés sur cette silhouette fine.

« Clara ? Qu'est-ce qu'elle faisait avec Sébastien ? »

Il a plissé les yeux, son regard traversant la foule pour capter son profil.

C'était bien elle.

Clara Richard.

La femme qui, sur le papier, portait encore le nom de son épouse.

Ses yeux ne l'ont pas quittée une seule seconde. Il l'a suivie du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse devant la porte du Salon Lotus.

La porte n'était pas complètement fermée, une fine ouverture laissait passer un filet de lumière.

Alex s'en est approché, poussé par une impulsion qu'il ne s'expliquait pas. Son regard s'est naturellement glissé à travers la fente, curieux, presque malgré lui.

À l'intérieur, Sébastien était assis à la place d'honneur, entouré de deux femmes.

L'une des deux femmes, c'était Clara.

« Pff. Avec son air si modeste, presque transparent, comment aurait-elle pu être Nexus, ce génie insaisissable qu'on disait capable de tout renverser ? »

Alex a esquissé un rictus froid.

L'autre fille semblait encore plus jeune. Un visage naïf, un sourire trop volontaire.

« Elle non plus, impossible. »

Alors…

Le regard d'Alex s'est durci. Il s'est tourné vers le jeune homme assis à côté de Clara, celui qui riait franchement, mais dégageait une assurance troublante.

« Serait-ce lui, Nexus ? »

Nexus et Clara se connaissaient bien ? Pourquoi elle ne lui en avait jamais parlé ?

Une vague d'agacement est montée en lui, sans raison apparente.

C'est à ce moment-là que le téléphone de Clara a sonné. Elle a soufflé quelques mots à l'oreille de Sébastien, puis est sortie seule.

Elle s'est dirigée vers un coin tranquille, sous la galerie, pour répondre.

« Allô... »

Elle n'a pas eu le temps de finir. Une force brutale l'a tirée violemment en arrière !

Tout a tourné autour d'elle, et Clara s'est écrasée contre un torse brûlant et dur comme la pierre. Une forte odeur d'alcool mêlée à un parfum glacé, familier, l'a submergée.

C'était Alex.

« Clara, t'as pris du galon, hein. »

Sa voix grave et froide a résonné juste au-dessus d'elle, pleine de sarcasme et de colère.

« Si je me trompe pas, on est toujours mariés, non ? Et toi, t'as déjà plus la patience ? Faut déjà te chercher un remplaçant ? »

Son bras s'est refermé autour de sa taille comme un étau, si fort qu'elle a cru qu'il allait la broyer.

Une douleur vive l'a traversée.

Clara a tenté de se débattre, de le repousser de toutes ses forces. Sa voix est tombée, glaciale, tranchante :

« Alex, t'as perdu la tête ou quoi ? Lâche-moi ! »

Alex ne l'a pas relâchée. Au contraire, il l'a serrée encore plus fort contre lui. Son visage, parfait et tendu, s'est approché dangereusement du sien.

Dans ses yeux, une tempête de sentiments contradictoires : de la colère, de la frustration et une pointe de possessivité, à peine consciente.

« C'est moi le fou, hein ? »

Il a lâché un rire froid.

« Quand je vois ma femme rigoler avec un autre mec, tu veux que je réagisse comment ? Je reste calme ? »

« Monsieur Dubois a vraiment la mémoire courte. Tu as oublié qu'on est en train de divorcer ? »

Clara a levé la tête, affrontant son regard sans la moindre peur. Un sourire moqueur a flotté au coin de ses lèvres.

« Et depuis quand Monsieur Dubois éprouve-t-il des sentiments si profonds pour moi ? »

Les yeux froids d'Alex se sont légèrement plissés. Il fixait ce visage ravissant et, sans prévenir, une image brûlante lui a traversé l'esprit.

« Tu sais très bien quand j'ai commencé à te vouloir. »

Clara est restée figée une seconde, puis ses joues se sont teintées d'un rose évident.

Depuis quand ce type était devenu aussi sans vergogne ?

« Monsieur Dubois, si tu m'as coincée ici ce soir, c'est pas juste pour parler du bon vieux temps, n'est-ce pas ? »

Alex l'a relâchée, retrouvant son air froid habituel.

« Toi et Sébastien, vous êtes proches ? »

Clara l'a regardé calmement.

« Et ensuite ? »

Alex a marqué une pause, puis a fini par lâcher la vraie question, celle qui le rongeait depuis le début :

« Alors tu dois savoir qui est Nexus, pas vrai ? »

Clara l'a regardé avec un sourire en coin.

« Alors comme ça, Monsieur Dubois s'intéresse à Nexus ? Ah oui, j'oubliais, le Groupe Dubois a aussi des parts dans le secteur médical. »

Mais Alex n'était pas là pour plaisanter. Il a balancé son offre, sans détour :

« Si tu me dis qui est Nexus, je modifie l'accord de divorce. Tu partiras avec deux milliards de plus. »

Clara a croisé les bras, le regardant comme si elle observait une créature étrange.

« Deux milliards ? Merci pour la charité, Monsieur Dubois. Au départ, je comptais te le dire. Mais là, j'en ai plus envie. »

C'était la première fois qu'Alex la voyait aussi clairement. Elle ne se contentait clairement pas de peu.

Il a tendu la main et l'a plaquée brutalement contre la colonne derrière elle.

Ses yeux perçants n'ont pas lâché les siens.

« Tu veux combien ? »

Clara l'a repoussé d'un geste sec, le regard glacial.

« Monsieur Dubois, toi et moi, on n'a clairement pas les mêmes valeurs. À part au lit, tu ne m'intéresses en rien. »

« À part au lit ? »

Le visage d'Alex s'est assombri d'un coup, noir comme l'encre. Cette femme, elle venait vraiment de se foutre de lui ? Depuis quand Clara avait ce côté mordant ? S'il l'avait su plus tôt, il l'aurait prise plus fort, plus longtemps.

Il a esquissé un rictus glacial.

« Clara, tu oses me dire non ? »

« Oui, j'ose. Et qu'est-ce que tu vas faire, Monsieur Dubois ? »

Le regard de Clara s'est durci, glacial. Elle ne montrait pas la moindre peur face à ses yeux pleins de rage. Depuis le divorce, elle était devenue de pierre. Plus aucune trace de douceur.

Cette femme, elle avait toujours le don de réveiller sa colère en un instant.

Le visage d'Alex est devenu noir, à en faire trembler l'air. Et soudain, sa main a saisi sa gorge. Puis, sans prévenir, il a mordu violemment ses lèvres rouges.

Les yeux de Clara se sont agrandis sous le choc. Une douleur vive lui a traversé la bouche.

Ce type, c'était un chien, ou quoi ?!

Furieuse, Clara a levé la jambe pour le frapper, mais Alex avait anticipé. D'une autre main, il a saisi son genou avec une précision.

« Clara, tant qu'on n'a pas signé le divorce, t'as pas intérêt à me provoquer. Sinon, j'hésiterai pas à te faire pleurer. Encore. Et cette fois, tu supplieras. »

Sa voix, dangereusement calme, s'est glissée à son oreille. Ses yeux brillaient d'un éclat trouble entre menace et désir.

« Cet homme, pouvait-il être encore plus éhonté ?! »

Elle a grondé entre ses dents :

« Lâche-moi ! Tu n'as donc plus aucune scrupule ?! »

Il a fini par la lâcher, et a balancé :

« La cérémonie d'anniversaire du Groupe Dubois, papi a exigé ta présence. T'as intérêt à ne pas faire de vagues. »

Il a ajusté le col froissé de sa veste, retrouvant aussitôt son allure hautaine. Son ton était sec, autoritaire, sans appel.

« Encore ton grand-père ! »

Clara a laissé échapper un petit rire froid dans sa tête. Chaque fois, il se cachait derrière ce nom.

Mais cette fois, elle le savait : ce serait la dernière.

Elle a pris une grande inspiration, refoulant son agacement. Puis elle a affiché un sourire parfaitement hypocrite, sans la moindre faille.

« Jouer un rôle ? Je sais faire, moi aussi. Peut-être pas aussi bien que certains pros, mais t'as pas à avoir honte de moi. »

Elle a même incliné légèrement la tête, élégante et posée, comme si l'affrontement d'il y a une minute n'avait jamais existé.

Puis elle a ajouté, sans perdre son calme :

« Ah, et au fait, Monsieur Dubois, inutile de te fatiguer. Nexus ne s'intéresse pas à toi. »

Elle a balancé une dernière pique bien placée, puis elle s'est retournée sans même jeter un regard en arrière ; elle a marché droit vers le Salon Lotus, le dos droit, la démarche ferme et assurée.

Alex est resté là, sans bouger, les yeux braqués sur la porte qui s'est refermée derrière elle, comme un mur qui venait de se dresser entre eux.

Il a serré les poings, les veines gonflées sur le dos de sa main.

Putain.

Comment avait-il pu se laisser dominer par elle ?

Et cette arrogance dans ses gestes, cette attitude insolente…

Il avait une furieuse envie de…

Alex a sorti son téléphone et a composé un numéro.

« Le contrat de divorce, garde-le pour l'instant. On l'enverra après la cérémonie anniversaire. »

À l'autre bout du fil, Paul était complètement perdu, mais il n'a pas osé poser de questions. Il a fait demi-tour illico pour récupérer les documents qu'il venait à peine d'expédier.

Alex est retourné dans le salon. Il s'est arrêté net à l'entrée.

La pièce était vide.

Ni Maxime, ni Anne n'étaient là.

Dans l'air, flottait encore un mélange d'alcool et de nourriture refroidie.

Sur la table, il n'y avait qu'un seul objet : le téléphone d'Anne, posé là, écran éteint.

Un frisson d'inquiétude lui a traversé le corps. Son cœur a raté un battement.

« Anne ? »

Il a élevé la voix.

« Anne ! »

Mais seul le silence lui a répondu.

Le visage d'Alex s'est figé. En une fraction de seconde, il a fait volte-face et s'est précipité hors du salon.

Les gardes du corps en noir postés à l'entrée se sont aussitôt redressés, alertes.

« Où est-elle ?! »

La voix d'Alex était glaciale, pleine d'une colère contenue prête à exploser.

Les gardes se sont regardés, déconcertés. Visiblement, eux non plus ne comprenaient rien à ce qui se passait.

« Cherchez-la ! » a grondé Alex, la voix basse mais furieuse.

« Bouclez toutes les sorties. Fouillez chaque recoin ! »

Les gardes se sont dispersés immédiatement, rapides et efficaces.

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B95013
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Trop tard, Monsieur le Milliardaire

Chapitre 5
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