Chapitre 2

Selene se tenait à l'orée du palais, les mains tremblantes, le cœur battant à tout rompre. La grandeur de la bâtisse l'écrasait presque, avec ses murs de pierre froide et ses fenêtres à volets fermés, comme des yeux qui scrutaient le monde sans jamais vraiment s'ouvrir. Le chemin de gravier la menait vers l'entrée, mais elle avait l'impression d'avancer sur des charbons ardents. Chaque pas qu'elle faisait la rapprochait davantage de cet avenir qu'elle redoutait.

« Allez, Selene, tu ne peux pas reculer maintenant », se murmura-t-elle à elle-même, se forçant à avancer. Elle avait quitté son village en quête de liberté, et voilà qu'elle se retrouvait face à un roi dont les rumeurs effrayaient même les plus braves. Elle n'avait pas choisi cette vie, mais elle se devait d'en prendre le contrôle.

À l'intérieur du palais, le hall d'entrée était vaste, rempli de marbre froid qui lui renvoyait le son de ses pas. Les torches collées aux murs dansaient avec un rythme saccadé, projetant des ombres qui hérissaient sa peau. L'écho de la porte massive qui se fermait derrière elle résonna comme un dernier adieu à sa liberté. Elle inspira profondément et chercha à se souvenir des promesses qu'elle s'était faites : elle se battrait pour elle-même et pour son enfant.

« Je suis Selene, l'épouse promise du roi. » Sa voix était un murmure, presque perdue dans l'immensité du lieu. Un garde la toisa de haut en bas, son armure brillait dans la lumière vacillante. Son regard, sans émotion, déchira l'illusion d'un royaume accueillant.

« Suivez-moi. Le roi n'a pas de temps à perdre », ordonna-t-il d'un ton sec, avant de tourner les talons. Selene l'imita, ses pas résonnant sur le sol comme une mélodie désaccordée. Alors qu'elle avançait, elle saisit l'ampleur de la vie royale, des portraits immortalisant des ancêtres monarchiques aux motifs délicats des tapis. L'opulence l'entourait, mais rien à ses yeux n'avait de valeur. Son cœur ne trouvait d'écho que dans la peur.

Dans ce labyrinthe de couloirs ornés, elle finit par arriver devant une porte massive. Dans son esprit, elle se baptiisa au royaume d'Aldor, là où la couronne était ternie par des histoires de pouvoir et de souffrance. Le garde frappa trois fois, puis, sans attendre de réponse, ouvrit la porte et la poussa à l'intérieur.

Le roi alpha se tenait au fond de la salle, une silhouette imposante, ses traits durs encadrés par des mèches de cheveux légèrement ébouriffées. Ses yeux perçants fixaient l'horizon par la fenêtre, comme s'il était déjà en train de peser la guerre. Selene ne pouvait s'empêcher de sentir un mélange d'admiration et de peur.

« Votre Majesté », commença-t-elle, sa voix trahissant sa nervosité. Elle n'avait jamais été confrontée à un homme d'un tel pouvoir auparavant. Elle se tenait là, petite et insignifiante, devant l'Alpha – un symbole à la fois d'autorité et de cruauté.

Le roi tourna lentement la tête, son regard se posant sur elle. Ses yeux étaient d'un noir profond, presque hypnotique, comme s'ils pouvaient quitter leur surface pour pénétrer en elle. « Selene. » Il prononça son nom comme s'il pesait chaque syllabe, la rendant encore plus significative. « Tu es enfin ici. »

Elle se mit à parler, mais sa voix se brisa sur ses lèvres. Que dire dans une situation pareille ? Elle se força à balayer l'angoisse qui lui rongeait l'estomac, et, se rendant compte qu'elle ne pouvait pas défaillir, elle articula : « J'espère que je pourrais... Je veux dire, je suis ici pour m'acquitter de mes devoirs. »

Le roi la dévisagea, le silence s'épaississant autour d'eux. « Devoirs. » Le mot lui-même semblait lui brûler la langue. « Devoirs, oui... mais je ne cherche pas une femme soumise. Je suis sûr que tu es bien plus que cela. »

Les mots s'insinuèrent en elle comme une doux poison, flattant son ego tout en la laissant perplexe. Avait-il vraiment des intentions sincères ? Ou ne cherchait-il qu'à manipuler la nouvelle épouse qu'il venait d'acquérir ? Elle était trop prudente pour lui accorder sa confiance.

« Votre Majesté... ». Sa voix était encore plus tremblante. « Que dois-je faire, ici, au palais ? »

Il se rapprocha lentement, chacun de ses pas résonnant dans son cœur. La lumière maléfique dans ses yeux s'embrasa un instant alors qu'il se tenait plus près d'elle. « Tiens-toi prête, Selene. La vie ici n'est pas celle dont on rêve. C'est un combat constant pour garder sa place. Menaces et intrigues sont omniprésentes. Tout le monde est un ennemi potentiel, même ceux qui te sourient. »

Elle déglutit, consciente qu'elle devait faire preuve de prudence si elle désirait se frayer un chemin dans ce labyrinthe d'ambitions. Tout ce qu'elle avait appris sur la cour s'affirmait. Les murmures sur la cruauté du roi et sa réputation de détruire ceux qui osaient le défier prenaient alors tout leur sens. Si elle voulait survivre, elle devait devenir forte, bien plus forte que ce qu'elle avait imaginé.

« Mais... » commença-t-elle, cherchant ses mots. « Je suis ici en tant qu'épouse, comme un symbole. La paix et l'unité que nous représentons. » Elle espérait que ces mots adoucirent son cœur de fer.

Il se mit à rire, un son froid et amusé qui fit frémir Selene. « Un symbole, dis-tu ? Nous sommes tous des pions sur un échiquier, ma chère. D'une manière ou d'une autre, l'échec des autres ne mènera qu'à pâtir. Sois lucide. »

Pour la première fois depuis qu'elle était entrée dans cette pièce, elle sentit la froideur de la réalité s'imposer sur ses pensées. Elle avait déjà commencé à se lover dans la douceur des illusions, mais maintenant elle réalisait qu'elle devait se préparer à l'inhumanité du royaume.

« Que dois-je faire pour prouver ma loyauté ? » demanda-t-elle, plus pour rassurer son propre cœur que pour le roi. Alors qu'elle prononçait ces mots, elle espérait retrouver une petite lueur de lumière.

Le roi se détourna à nouveau, son regard se perdant à l'extérieur. « Gagne le respect de ceux qui t'entourent, montre que tu es une reine digne de ce titre. Mais ne t'attends pas à ce que la gentillesse soit réciproque. Ici, l'amour et la loyauté sont des illusions. »

Il avait raison. Selene sentit un frisson de peur. La couronne qu'elle venait d'enfiler allait devenir une lourde, très lourde charge. Elle s'approcha du roi, la détermination aiguisant son esprit. « Je ne reculerai pas. Je ferai de mon mieux. Je ferai ce qu'il faut pour protéger mon enfant. »

Alors qu'elle prononçait ces mots, le roi la dévisagea, comme s'il voyait au-delà de ses mots. Dans un reflet d'infime espoir, elle pouvait presque croire qu'il commençait à la comprendre. Mais son regard se détournait rapidement, comme une barque dérivant d'un port.

« Très bien, Selene. Retrouve ta chambre. Je ne te garantirai rien, mais ta détermination fera peut-être de toi une reine intéressante. » Sa voix devenait lointaine, presque désengagée, tandis qu'il se retournait vers la fenêtre.

La porte se ferma derrière elle avec un fracas, le bruit résonnant comme un ultimatum. Elle découvrit un couloir sombre, de longs tapis rouges se déployant sur le sol froid. Les ombres dansaient au rythme de ses pas, et chaque mur semblait murmurer des secrets oubliés.

En marchant, elle entendit des chuchotements provenant de pièces voisines. Elle s'arrêta un moment, tendant l'oreille. Les mots continuaient de fuser, amorçant des rumeurs sur le roi, son caractère, et son passé.

« Il est impitoyable, tu sais. On ne contrarie jamais le roi. »

« Mais son épouse est différente, elle... »

« Sa douceur sera vite écrasée. Le roi ne s'attache à personne. »

Les murmures continuèrent, chacun plus sombre que le précédent, et Selene comprit qu'elle était déjà devenue un sujet de discussion. Un frisson parcourut sa colonne vertébrale alors qu'elle prenait conscience de la colère sourde qui grondait déjà parmi les courtisans. Tout le monde voulait essayer de la mettre en cage avant même qu'elle ait eu la chance de s'installer.

« Je ne suis pas une proie », se murmura-t-elle, mais les mots avaient un goût amer. Elle se força à redresser les épaules et à avancer.

Elle se dirigea vers sa chambre, s'efforçant de rassembler les derniers vestiges de sa force. En entrant, elle découvrit un espace décoré avec soin, mais qui ne parvenait pas à masquer le froid de la vie royale. Les meubles étaient luxueux, conçus pour impressionner, mais rien de tout cela ne parlait à son cœur.

En s'approchant de la fenêtre, elle regarda au loin : les terres d'Aldor s'étendaient, majestueuses, mais aussi hostiles, trahissant un mélange d'ambitions, de guerres, de paix fragiles et de souffrances. « Comment ai-je pu arriver ici ? » se demanda-t-elle. La peur s'insinuait dans ses pensées, mais elle ne pouvait pas se permettre de céder à la panique. Elle devait se battre.

Soudain, les cris des enfants résonnèrent dans la cour. Il s'agissait de petits, sautant et riant sous le soleil, insouciants des tourments qui tourmentaient les adultes. Son cœur se serra en pensant à son propre enfant, à l'avenir lointain mais inéluctable. Elle ne pourrait jamais permettre à ce petit être de grandir dans un monde aussi cruel.

Peu après, un petit coup à sa porte la tira de ses pensées. Elle s'y dirigea, essayant d'afficher une certaine résolution. Une servante apparut, sa posture courbée affirmant sa place au sein de cette hiérarchie. « Votre Majesté, je suis ici pour vous servir. Que désirez-vous ? »

« Quel est ton nom ? » demanda Selene, surprenant la servante qui la regarda avec curiosité.

« Alys, Votre Majesté », répondit la jeune femme en s'inclinant légèrement.

« Alys. Je veux juste comprendre un peu mieux cet endroit. » Selene se laissa mollement tomber sur le lit, entourée d'un silence poignant. « Que dois-je savoir sur le roi ? »

Alys hésita un moment, puis, après un soupir, murmura. « Ce que je peux vous dire, c'est que ce palais cache de nombreuses histoires. Chaque mur a entendu des cris, chaque pièce est empreinte de chagrin. Le roi, quant à lui, a perdu la raison et l'humanité qu'il avait autrefois. Tout le monde ici sait qu'il est impitoyable envers son peuple et que la peur est sa seule amie. »

Selene frémissait à chaque mot. « J'ai entendu parler de sa cruauté, mais j'aurais voulu croire qu'il y avait encore un homme derrière ce masque de fer. »

« C'est une illusion, Votre Majesté. Ne le croyez pas, jeune femme. » Alys la regardait avec un mélange de compassion et de résignation. « S'accrocher à cette illusion pourrait te coûter cher. »

La servante se leva lentement. Selene l'observa s'éloigner, l'esprit lourd de pensées dérangeantes. La solitude et la tristesse s'installaient dans son cœur à mesure que les vérités enfouies se dévoilaient.

« Je ne reculerai pas. Je ne serai pas une victime », se murmura-t-elle une nouvelle fois. Mais chaque nouvel instant passé dans ce palais ne faisait qu'aggraver la douleur de devoir convaincre le roi de lui faire confiance. Les ombres de sa propre réalité l'entouraient, et elle se savait vulnérable.

Elle leva les yeux, se promettant de ne pas céder à cette ténèbre. Même si l'alpha était un homme redouté, même si chacun de ses choix se heurterait à un destin cruel, elle parviendrait à percer son armure, et s'il y avait un amour à trouver sous cette carapace de pierre, elle le découvrirait.

Avec son ventre arrondi, ses plans tenaient en équilibre sur l'horizon. Le royaume d'Aldor spirale était un endroit sombre, mais peut-être que des étoiles brillaient encore quelque part. Peut-être que l'avenir qu'elle espérait pouvait s'épanouir à l'ombre des majestueuses cimes de ces murs impassibles...

Et, alors que la nuit tombait sur le palais, tout ce qui restait était l'écho d'une promesse silencieuse : elle trouverait une voie pour transformer les ombres en lumière, car elle se battrait pour son enfant, pour sa survie et pour un avenir où l'amour aurait finalement sa chance.

Chapitre 3

La nuit enveloppait le palais d'Aldor d'un manteau d'obscurité, interrompu uniquement par la lueur tremblotante des torches qui éclairaient les couloirs d'un rouge chaleureux. Selene se tenait devant la fenêtre de sa chambre, regardant l'horizon. Une brise nocturne venait caresser son visage, et malgré tout, elle se sentait terriblement seule. Chaque couinement du bois, chaque ombre qui dansait sur les murs, lui rappelait qu'elle était une étrangère dans ce royaume.

Des rumeurs tourbillonnaient encore dans son esprit, une mélodie sinistre sur la cruauté du roi. Aylis lui avait dit que beaucoup de courtisans avaient disparu, dévorés par les intrigues de la cour. Selene avait ressenti une bouffée de chaleur provocante à l'idée que son propre destin pouvait suivre ce chemin.

Déterminée à ne pas se laisser sombrer dans l'angoisse, elle se redressa. Soudain, une voix féminine surgit derrière elle. « Votre Majesté, il y a un banquet dans la salle du Conseil. Le roi attend votre présence. »

Selene se retourna, surprise de ne pas avoir entendu la servante entrer. Elle était scoutée dans une robe de velours bleu qui épouse parfaitement ses formes, même si c'était trop luxueux pour elle. « Un banquet ? Pourquoi ne m'a-t-on pas prévenue plus tôt ? » s'étonna-t-elle.

« La nouvelle est venue tard, je suis désolée. » La servante évita son regard. « Le roi souhaite que sa nouvelle épouse soit à ses côtés. C'est une très grande occasion. »

Un frisson d'angoisse parcourut l'échine de Selene. « Très bien. Montre-moi le chemin. »

La servante l'emmena à travers des couloirs ornés de tapisseries riches et de chandeliers en cristal, chaque pas d'eux semblait la presser de passer de la tranquillité de sa chambre à la turbulence de la cour. Selene essaya de cacher son anxiété, mais au fond d'elle, quelque chose se déchaînait. Elle avait toujours eu peur des rassemblements. L'isolement tendu des précédentes semaines lui avait donné l'impression qu'elle était une pièce de théâtre sur le point d'être exposée dans le plus grand des drames.

La grande salle du Conseil était remplie de nobles, tous vêtus avec éclat, rires et chuchotements résonnant à travers l'air. Selene entra dans la pièce, le cœur battant, se sentant comme un oiseau pris au piège dans une cage dorée. Les conversations s'arrêtèrent brusquement, et tous les regards se tournèrent vers elle. Elle déglutit, sentant sa détermination vaciller.

Le roi, assis à la table principale, avait le visage tourné vers elle. Le regard de Selene se crispa en se posant sur lui. Il avait l'air si distant, si impassible. Pourtant, au fond de son regard, elle devina une lueur, une flamme vacillante pleine de douleur qui résonnait comme un écho dans sa propre détresse.

« Selene, viens ici », ordonna-t-il d'un ton qui ne laissait aucun doute.

Elle s'approcha, luttant contre une montée d'anxiété. Lorsque ses yeux croisèrent ceux du roi, elle sentit quelque chose d'inattendu, quelque chose de mystérieusement intime entre eux. Une connexion qui défiait la distance que ses mots à l'apparence dure tentaient d'ériger.

« Tu es à ma table maintenant. Je pense que tu commences à comprendre l'importance de notre union », dit-il, sa voix froide et tranchante.

« L'importance pour vous, peut-être, mais laissez-moi vous confirmer que je ne suis pas ici par choix », rétorqua Selene, sa voix plus forte qu'elle ne l'aurait voulu. Elle pouvait sentir le regard des nobles peser sur elle, mais sa résistance était le seul bouclier entre elle et la douleur.

« Que des excuses, je vois. Les faibles se réfugient derrière des phrases mielleuses », répondit-il, laissant tomber ses mots comme des flèches.

Un silence glacial s'installa autour d'eux. Les nobles échangèrent des regards, certains souriant de cette confrontation tandis que d'autres semblaient mal à l'aise. Selene se tenait devant le roi, un mystérieux jeu se tissant entre eux. Elle n'était pas sûre si ce jeu lui profitait ou non, mais elle ne reculait pas face à la tempête.

« Je préfère être forte que de me plaindre sans cesse. C'est un trait que je n'hésiterai pas à garder », répliqua-t-elle, cherchant à défier cette distance émotionnelle.

« Est-ce ainsi que tu t'élèves, en méprisant ce que je suis ? » demanda-t-il, une lueur d'intérêt dans le regard.

Elle hésita. Il ne semblait pas être simplement un tyran, il y avait une complexité qui se cachait sous sa façade de dureté. « Je ne méprise pas votre statut, je méprise ce qu'il exige de vous. Peut-être qu'on a plus besoin d'humanité dans ce palais que de couronnes. »

Pour un moment, elle vit une ombre glisser sur son visage. Cela ne dura qu'un instant, mais elle pouvait voir la vulnérabilité et la tristesse qui le dévoraient. Ce roi puissant, celui qui semblait être l'incarnation d'un empire, était miné par un passé qu'il ne pouvait effacer.

« L'humanité que tu veux tant voir n'a jamais été accueillie ici. Tu es trop innocente pour comprendre ce que cela signifie vraiment. Le monde est bien plus cruel que tu ne l'imagines », murmura-t-il, sa voix s'adoucissant légèrement, mais se repliant dans cette noirceur insondable.

Selene se sentit piégée. Comment pouvait-elle lui apporter cet éclairage d'humanité s'il la repoussait ? Elle commençait à comprendre que pour chaque mot qu'il disait, il y avait une douleur qui l'accompagnait, ancrée, comme une cicatrice refusant de guérir. « Peut-être, mais il est encore temps d'apprendre. Chaque jour qui passe est une chance de changer les choses », répondit-elle, déterminée mais elle se sentait de plus en plus vulnérable.

Il observa, pensif, comme s'il pesait une décision dans son esprit. Les nobles avaient commencé à murmurer autour d'eux, touchés par cette dynamique qui se jouait sous leurs yeux. Selene pouvait presque sentir le poids collecté autour d'eux, l'audace qu'elle avait de l'affronter devenant plus palpable à chaque instant.

Il se leva brusquement, son regard attrapant la profondeur d'un feu secret. « Tu es là par obligation, et en tant que telle, rappelle-toi ta place. Je ne te demanderai pas de me comprendre, mais je n'accepterai pas d'insultes. »

Les mots, bien que durs, résonnaient d'une tristesse qu'elle ne comprenait pas. Selene, à cet instant, ne sut plus quoi dire. Elle avait souhaité affronter le roi, mais ces échanges amenuisaient son ardeur. Elle devait s'éloigner, prendre le temps de comprendre ce qu'elle avait déclenché dans cet homme.

« Je suis désolée », souffla-t-elle, la voix presque inaudible alors qu'elle se dirigeait vers la sortie.

Mais il l'arrêta d'un geste, la main tendue. « Non, attends. C'est... difficile pour moi également. Je suis désolé. » Ces mots lui parurent étranges, improbables. Qu'est-ce qui l'avait poussé à être vulnérable ? Un instant, elle remarqua une étincelle d'humanité dans ses prunelles noires.

« Vous n'êtes pourtant pas obligé de porter ce fardeau seul », avoua Selene, le cœur battant. « Peut-être que je peux vous aider... Nous pouvons... » Mais il détourna le regard, se perdant dans ses propres pensées.

« Non. J'ai trop perdu pour comprendre les jeux d'un cœur blessé. » Sa voix était presque un murmure, comme si parler de son cœur brisé était une tentative de dévoiler une faiblesse qu'il avait longtemps écartée. « Tu n'as pas idée des ombres qui m'entourent. Chaque décision que je prends a un prix. »

Chacun des mots qu'il avait échangé était comme un cadenas se verrouillant sur une vérité enfouie. Selene l'observait, cherchant à comprendre qui se cachait derrière le roi. Un homme répressif, qui avait dû apprendre à se protéger dans un monde où sa fragilité le condamnait. Ce fut un sentiment partagé ; elle aussi, elle voulait combattre cette obscurité.

« Tout le monde en ce lieu, tout le monde semble se cacher derrière des murs, des masques. Même ceux qui se disent vos amis vous trahissent dès qu'ils en ont l'occasion », observa-t-elle. « Mais chacun porte un fardeau, même le roi. Peut-être qu'en partageant le poids, nous pourrions affronter les ténèbres ensemble. »

Un silence lourd s'installa entre eux. Elle vit son regard perturber, et pour une fraction de seconde, il semblait hésiter, comme s'il pesait le risque de s'ouvrir à elle. Mais cela ne dura qu'un instant. Finalement, il se détourna à nouveau, puis laissant échapper un souffle amer et lourd.

« Tu es jeune et pleine d'illusions, Selene, mais... » Il se rapprocha d'elle, cette fois avec une tendresse percutante, bien que désespérée. « Tu finiras par apprendre que ce monde ne respecte que la force. »

Le regard du roi, maintenant plus calme, lui disait plus que ses mots. Une certaine résolution se tissait entre eux, quelque chose qui se déployait dans les interstices de leur relation tumultueuse. À ce moment précis, elle comprit qu'elle était plus qu'une simple épouse promise. Elle était celui qui pouvait, peut-être, le faire affronter l'ombre qui l'habitait.

Une douce mélancolie les liait dans ce murmure partagé. Selene réalisa que derrière cette façade stoïque se trouvait un homme, brisé par un passé tragique qui le définissait. Elle n'avait aucune idée des épreuves qu'il avait traversées, mais elle ressentait ce poids. Peut-être que lui aussi, au fond, recherchait un peu de réconfort.

« Puis-je vous accompagner dans cette lutte, même contre votre propre image ? » demanda-t-elle, sa voix résonnant dans le silence comme un souffle d'air frais.

Le roi observa un instant, ses yeux cherchant à saisir quelque chose qu'il semblait avoir perdu. « Tu es la dernière personne à te trouver mêlée aux tourments d'un roi. Si tu souhaites vraiment cela, alors je crains que nous soyons déjà perdus. » Son visage s'assombrit, reprenant cette distance qu'elle avait peine à cerner.

Selene décida de ne pas reculer. « Je préfère affronter les ombres que vivre dans la peur de les rencontrer. »

La difficulté de se confronter à tout cela était réelle, mais elle ne pouvait pas tourner le dos aux sentiments qu'ils avaient exhumés l'un chez l'autre. Leurs âmes étaient enchevêtrées dans les fils du destin, et ils étaient coincés l'un contre l'autre, chaque épreuve les rapprochant davantage.

Quand elle sortit de cette immense salle, le cœur lourd mais rempli d'une étrange détermination, elle réalisa que le chemin serait long et difficile. Elle aurait à affronter les rumeurs, les doutes et les peurs, mais une lueur d'espoir brillait maintenant, une lumière faible mais persistante dans l'obscurité d'un passé inhérent.

Non seulement elle était là pour se battre pour son propre futur, mais il semblait qu'elle allait également se battre pour celui du roi. Une lutte contre les ombres qu'ils portaient en eux, unis par les épreuves partagées d'un monde cruel. Cette nuit étrange, où les mots avaient tranché comme des dagues tout en tissant un lien inattendu, pourrait bien être le début d'une nouvelle histoire.

Et alors que Selene avançait dans l'obscurité des couloirs du palais, une nouvelle flamme s'était allumée dans son cœur. Elle pourrait être cette lumière dans l'ombre, pour elle-même, mais aussi pour celui qu'elle avait tant peur de nommer. Car, au fond, elle savait que la lutte ne faisait que commencer.

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Sois ma femme, sois ma reine

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