Chapitre 2

-Oh non!...

Ce sont les seuls mots qu'elle a pu formuler pour exprimer sa détresse et son anxiété.

Et au fil des secondes une pluie de balles s'abattait sur la maison.

Amaya a pris un certain temps pour réagir mais elle s'est jeté brusquement sur Rania en balançant leurs deux corps au sol afin de se planquer derrière le sofa le plus proche. Son cœur bat à une vitesse folle, des sueurs froides coulent  le long de son dos, lorsqu'elle entend la porte d'entrée céder sous les projectiles, ensuite des bruits de pas lui parviennent.

- Où te caches-tu ma poulette ?

Ce surnom lui a provoqué un haut le coeur qu'elle s'est empressée de contrôler. Mais elle ressent un liquide chaud et visqueux sur sa peau et sur ses vêtements. Alors elle abaisse son regard entre le corps de Rania et le sien, et elle remarque du sang sur l'abdomen de Rania et un peu partout formant une petite flaque.

N'en pouvant plus elle laisse échapper des cris perçants à travers lesquels on peut ressentir de la peine et de la culpabilité.

Soudain elle sent une poigne ferme autour de ses chevilles qui la tire loin de Rania.

-Non! Non! Hurle t'elle, quitte à se déchirer les cordes vocales.

- Pardonne moi Rania, pardonne moi, j'ignorais qu'ils m'avaient suivi.

Elle sent qu'on la tire toujours aussi  violemment et deux mains calleuses  se placent sous ses aisselles pour la soulever et l'entraîner hors de cette maison qui a été autrefois son refuge.

Elle se débat comme elle peut contre ses agresseurs mais ils la ligotent puis ils bandent ses yeux et la mettent dans le coffre d'une  voiture. Elle frappe de toute ses forces avec  ses pieds contre la paroi du coffre. La voiture démarre et roule à une vitesse folle, Amaya continue à frapper le coffre dans l'espoir de réussir à le briser car sa séquestration ne lui dit rien qui vaille.

Elle sent son corps se projeter violemment, apparemment elle a provoqué la fureur du conducteur, ce dernier a freiné sèchement la voiture, il est descendu, il a marché rapidement vers le coffre et l'a ouvert rageusement. Amaya a senti sa présence et elle se met à lancer des coups de pieds maladroits dans le but de l'atteindre pour s'enfuir loin des griffes de ces assassins, son instinct de survie lui crie de partir pour ne pas subir les pires atrocités.

Deux bras lui tiennent fermement son corps la réduisant à l'immobilité.

-Calme toi! Lui dit cette voix qui la dégoûte toujours autant.

-Que me voulez-vous ? Pourquoi avez-vous tué mon amie? Dit-elle en sanglotant.

-laissez-moi partir ! Je vous en...

Elle n'a pas pu achevé sa phrase car l'un de ses agresseurs a posé un mouchoir sur son nez.

Elle sent que ses yeux se ferment lentement, elle a beau lutté contre l'inconscience. Mais elle a sombré dans un trou noir.

Elle ne sait pas combien de temps qu'elle est restée dans les vapes. Elle ne saurait le déterminer. Elle se sent engourdie, mais ce qui attise son envie d'immerger c'est la douleur qui lacère ses jambes, elle les a sûrement écorchées en s'acharnant sur le coffre de cette vieille voiture dont la paroi était en partie tranchante.

Et la deuxième chose qui la pousse à ouvrir les yeux c'est cette odeur de sang qui lui colle comme une seconde peau lui provoquant des nausées atroces. Alors elle ouvre doucement les yeux qui prennent du temps à lui envoyer des images claires et nettes, l'obscurité partielle de la pièce où elle se trouve ne l'aide pas beaucoup. Au fil de quelques minutes ses yeux lui décrivent avec précision l'endroit où elle se trouve, et l'effroi lui sert le coeur et lui coupe partiellement le souffle.

C'est une pièce exiguë, avec une odeur de moisissure, d'humidité et de sang séché. Les murs  sont très sales et couverts de sang et le sol est très sale, elle aperçoit dans un coin une assiette sale dont une armée de fourmis en faisaient leur festin sûrement utilisée par la personne qui l'avait précédée et elle réalise qu'elle se trouve au centre de la pièce sur un petit matelas dégoûtant. Une ampoule défectueuse accrochée au plafond éclaire faiblement la pièce.

Il y a seulement une petite trappe où le soleil pourra éclairer faiblement cette pièce le jour. Avec les rondeurs de son corps, elle n'a aucune chance de passer par là, même une personne très mince n'aurait aucune chance.

Elle a toujours eu un corps en forme de sablier depuis le début de son adolescence, avec une poitrine ferme et généreuse, une taille fine,  des hanches arrondies et des fesses rebondies et de plus une longue et épaisse chevelure brune qui lui arrive au bas des fesses. Son corps attirait tout les regards, ses rondeurs faisaient les sujets de conversation dans le quartier où elle vivait. 

Elle déteste être le centre d'attention, du coup elle a appris à camoufler ses formes sous des vêtements trop grands, qui n'arrivent pas tout à fait à les dissimuler. Et elle retient toujours ses cheveux en un chignon strict  à l'aide de pinces.

Elle préfère porter les vêtements amples et traditionnels de Morazan avec le voile mais le bar où elle travaillait l'obligeait à porter des robes occidentales et malgré cela elle choisissait toujours les plus larges.

Elle porte toujours des lentilles pour cacher  ses yeux qui sont de deux couleurs  différentes: un bleu intense, brillant, et un vert qui lance un éclat unique.

Ayant renoncer à une fuite possible par la trappe, ces yeux analysent cette porte rouillée, elle s'approche d'elle et constate que la serrure est neuve et vérouillée . Dans un élan de désespoir elle frappe rageusement sur la porte.

-Laissez-moi sortir d'ici! crie t'elle.

En obtenant aucune réponse, elle prend l'assiette qui était à proximité et la lance sur la porte. Elle se brise en créant un bruit sourd. Elle s'est reculée pour que les fragments ne l'atteignent pas tout en fermant les yeux. Mais quand elle entend un bruit de grincement provenant de la porte, elle les ouvre rapidement et voit qu'une petite espace en haut de la porte est ouverte et laisse passer le bout d'une arme à feu. Ses yeux s'écarquillent d'horreur.

-Si tu ne te calmes pas tout de suite, je te tues immédiatement ! C'est clair ?

Chapitre 3

Sur le coup, elle est complètement tétanisée par la peur.

- J'espère que tu as parfaitement compris qu'on est pas sur un terrain de jeu et si tu tentes quelque chose de stupide on n'hésitera pas à te buter.

-Eh bien, c'est qu'on ne rigole pas ici! Mais je sais que tu ne feras rien du tout car si on me voulait morte je le serais depuis bien longtemps, tu n'es qu'un petit toutou qui obéit fidèlement à son maître, et d'ailleurs où il est ton patron, lui seul pourra répondre à mes questions. C'est avec lui que je veux discuter et pas avec un vulgaire subalterne tel que toi!

Elle est surprise par sa propre audace ! Ses mots tournent en boucle dans sa tête. Elle réalise qu'une fois que ces bandits auront ce qu'ils veulent, ils la tueront sans hésiter. Elle ne voit que l'arme à feu, elle n'arrive pas à entrevoir le visage de son interlocuteur, mais elle a reconnu la voix de l'homme qui l'a sortie de force de la maison de Rania et qui l'a droguée.

Malgré qu'elle était trop secouée pour voir son visage, mais elle sait que cet homme est hyper dangereux et aspire au pouvoir, avec un maladif besoin de garder le contrôle, telle est sa faiblesse. C'est pourquoi elle a tenté le tout pour le tout.

Après quelques secondes, sa réplique a provoqué l'effet désiré, vu qu'il ne peut pas lui tirer dessus il va vouloir l'affronter face à face. Son coeur tambourine affreusement en entendant le bruit d'une clé dans la serrure. Avec des gestes précis et rapides, elle prend le plus long morceau d'assiette, il est assez tranchant et pointu, mais qui a eu l'idée de laisser une assiette dans cette cellule? Quand elle entend le grincement de la porte qui s'ouvre, elle se place immédiatement près de l'entrée,le dos contre le mur, le morceau d'assiette en main.

-Ma poulette ! Tu vas me redire cela bien en face et on va voir si...

Aïe ! Merde!

Elle a attendu qu'il soit à sa hauteur et lui a planté le morceau d'assiette férocement dans le bras qui tenait l'arme. Ensuite elle lui a donné un coup de pied bien placé dans ses bijoux de famille.

- Ça, c'est pour que tu saches une bonne fois pour toute que je ne suis pas ta poulette!

L'homme ne répond pas car il est plié en deux par la douleur. Alors elle se dépêche de récupérer l'arme car elle sait parfaitement s'en servir grâce à son frère, autrefois elle adorait aller à la chasse avec lui. Elle lui donne encore un coup violent derrière la tête et l'homme perd connaissance dans l'immédiat. Elle le fouille et trouve un canif, des lames tranchantes en acier, un mouchoir et un petit flacon contenant la drogue qui l'avait assommée, elle les récupère et les mets dans les deux poches de sa robe. Elle remercie Rachid du fond du cœur pour ses cours d'autodéfense.

Elle sort rapidement tout en longeant ce couloir crasseux avec la désagréable impression qu'elle ne contrôle pas tout à fait la situation. Au bout du couloir, elle aperçoit un escalier et deux gardes sont postés à côté. Ils ne la remarquent pas tout de suite car elle sait que dans ces genres de situations il faut être très agile et aussi silencieux qu'un fantôme. Alors elle se planque derrière un poteau. Elle n'a jamais tué, et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle va commencer mais il faut mettre ces individus hors d'état de nuire.

Elle constate que la première chose à faire c'est de les déstabiliser, pour qu'ils ne puissent pas réagir rapidement et lui tirer dessus. Alors elle sort quatre lames, elle vise deux jambes et en lance deux lames, puis lance rapidement les deux autres dans les jambes de l'autre homme. Ils tombent simultanément et avant qu'ils enlèvent la sécurité de leurs armes elle les tient déjà en joug.

-Pas un geste! Leur dit-elle calmement.

Ensuite elle les assomme avec un coup de pied sur la nuque.

Ses pieds sont nus car elle a laissé ses chaussures de serveuse pratiquement inconfortables chez Rania. Amaya se retient de pleurer car elle doit être forte pour sortir vivante de ce trou à rat. La douleur qui se vivifie au fil des minutes aux niveaux de ses pieds et de ses jambes lui rappelle qu'elle a été blessée. Néanmoins elle continue d'avancer, elle grimpe doucement l'escalier, elle ne sait guère où il mène mais elle avance. Elle tremble légèrement mais une poussée d'adrénaline la guide pour qu'elle puisse s'en sortir.

Quand elle a presque atteint le sommet de l'escalier, elle se fige en voyant un homme de dos qui parle au téléphone.

-Non patron, rien à signaler, tout est calme, l'oiseau est dans sa cage.

Son niveau de stress est au maximum, elle attend que l'homme termine ce coup de fil qui lui a fait froid dans le dos. Et en même temps, cela l'a mis en colère, d'abord cet idiot la traite de poulette, et ensuite l'autre vient juste de la traiter d'oiseau !

Elle n'a pas le temps de s'attarder là-dessus. Elle sort de sa poche le mouchoir et le flacon. Elle asperge le mouchoir de chloroforme et remet le flacon précautionneusement dans sa poche. Et d'une démarche discrète elle avance tout près de cet homme. Heureusement qu'il n'est pas très grand,Amaya le dépasse d'une bonne tête.

Elle prend le mouchoir dans sa main droite et la plaque brusquement sur le nez de l'homme et en même temps avec son autre bras, elle encercle férocement sa gorge, histoire de perturber l'air dans ses voies respiratoires pour le déstabiliser ensuite elle relâche doucement la pression autour de sa gorge et l'homme respire désespérément et inspire par la même occasion la drogue dans le mouchoir. Il tombe immédiatement dans les pommes.

Elle se dépêche d'avancer pour trouver une sortie, elle remarque au passage que la maison est très jolie et moderne, ce qui est très différent du sous-sol.

Le ciel a entendu ses prières car elle a trouvée une porte qui donne sur un escalier qui mène sur une cour entourée d'un immense jardin . Juste devant l'escalier, il y a deux voitures qui sont garées.

Elle est descendue en vitesse et elle se prépare à briser l'une des vitres d'une voiture avec le corps de l'arme qu'elle avait en sa possession.

- Vous êtes si pressée de nous quitter ? Je n'ai même pas eu l'honneur de faire connaissance avec celle qui a mis KO quatre de mes hommes. Lui dit une voix grave et rauque, étrangement calme avec une once d'enthousiasme.

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Sauvée par le cheikh

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