Chapitre 5
Peut-être qu'il l'avait remarqué, ou peut-être qu'il s'en fichait complètement.
J'ai souri tristement. La dernière once d'hésitation en moi venait de disparaître.
Alors c'était ça, sa fameuse promesse : « Je te traiterai bien à l'avenir. »
Le chauffeur m'a emmenée à l'hôpital. Après une série d'examens, le diagnostic est tombé : des blessures superficielles et un léger déplacement d'organes internes. Rien de vital.
Je suis restée allongée sur mon lit, le corps endolori. Mais à l'intérieur, j'étais étrangement calme.
Il était tard quand Laurent est entré dans la chambre, le visage fatigué.
En me voyant éveillée, il a eu un moment de panique dans les yeux.
« Anne, tu te sens mieux ? Tu as moins mal ? »
Je l'ai fixé froidement, sans répondre.
Il s'est frotté les mains, visiblement mal à l'aise :
« Clémence était très choquée, je suis resté avec elle, donc… »
Sous mon regard, il s'est tu, embarrassé.
« Anne, écoute-moi. C'était une situation d'urgence. Clémence était plus proche de moi, alors par réflexe, j'ai… »
Il s'est arrêté un instant pour chercher ses mots : « Je ne savais pas que la voiture allait te heurter. »
Je l'ai coupé net : « Tu pars à Paris quand ? »
Il a répondu prudemment : « Je pars demain. »
« Très bien. Je veux me reposer maintenant. Tu peux y aller. »
J'ai fermé les yeux, signifiant clairement que la conversation était terminée.
Laurent a semblé vouloir ajouter quelque chose, mais, finalement, il a compris et il est parti sans insister.
Le lendemain, Madame Hénault est venue me rendre visite.
Elle portait un thermos et un grand sourire. « Anne, c'est Laurent qui m'a demandé de venir te voir. Tu vas un peu mieux ? »
« Oui, beaucoup mieux. Merci, maman. »
En me servant de la soupe, elle s'est mise à bavarder, comme à son habitude :
« Ah, ce Laurent… toujours maladroit… je me demande s'il saura bien s'occuper de Clémence… »
Elle s'est arrêtée net. Elle venait de réaliser ce qu'elle venait de dire. L'air soudain gêné.
« Maman… celle qui a épousé Laurent, c'est Clémence. »
Elle est restée figée, choquée. Il lui a fallu un long moment pour réagir : « Tu… tu dis quoi, là ? »
« Sur le formulaire de mariage… j'ai inscrit le nom de Clémence. »
Son visage est passé de la stupeur à l'euphorie.
« Anne, tu es une fille extraordinaire ! Je le savais, je le savais que tu étais la plus raisonnable ! »
Elle m'a serré la main avec enthousiasme : « Anne, merci ! Merci d'avoir pensé à eux ! »
J'ai esquissé un léger sourire, sans rien répondre.
Pensait-elle vraiment que je faisais ça pour eux ?
Non. Je ne faisais que me libérer moi-même.
Elle avait toujours préféré Clémence.
Dans ma vie d'avant, même si je m'étais donnée corps et âme pour prendre soin d'elle, elle avait quand même fini par léguer tout son héritage à Clémence.
« Maman, cette histoire… ne leur dis rien pour le moment. »
Elle a ri aux éclats, visiblement ravie : « D'accord, d'accord ! J'ai compris ! »
« Et… tu comptes faire quoi, maintenant ? »
« Je vais partir dans quelques jours. » Je n'ai pas précisé où j'allais.
Elle voulait encore poser des questions, mais dans sa tête, il n'y avait que le mariage à célébrer.
J'ai fermé les yeux, faisant semblant de dormir.
Le jour de ma sortie, je n'ai prévenu personne.
Avant de partir, j'ai laissé une lettre à Laurent :
« Laurent,
Quand tu liras cette lettre, je serai déjà dans le train vers le Sud.
Je sais que tu as toujours aimé Clémence. Je vous laisse la voie libre.
Entre nous, tout est terminé. Je vous souhaite d'être heureux. »
J'ai glissé la lettre, le billet de train pour Paris et le certificat de mariage dans une enveloppe, puis je l'ai envoyée à l'adresse de Paris.
Ma valise à la main, je me suis dirigée vers la gare.