Chapitre 1
Je suis revenue à la vie, et j'ai décidé d'écrire le nom de ma sœur sur la demande de mariage.
Cette fois, j'ai laissé Laurent Hénault à ma petite sœur.
Dans cette vie, j'ai été la première à faire porter la robe de mariée à ma sœur, à lui faire enfiler la bague de fiançailles.
J'ai moi-même provoqué chacune de leurs rencontres.
Il a emmené ma sœur à Paris, et je suis aussitôt partie dans le sud pour étudier à l'université de Nice.
Tout cela, simplement parce que, dans ma vie précédente, j'avais déjà dépassé la cinquantaine, et pourtant, j'ai tout de même accepté de les voir — lui et notre fils — me supplier à genoux de divorcer, simplement pour accomplir sa dernière histoire d'amour avec ma sœur.
Ayant revécu une vie, je n'ai souhaité qu'une chose : déployer mes ailes et m'éloigner de tout attachement sentimental.
« Tu n'as qu'à remplir ton nom et me le donner. »
Laurent Hénault a tapé avec impatience sur la table.
Je fixais la demande de mariage, les doigts effleurant doucement le bord rugueux du papier, l'esprit flottant, perdu dans mes pensées.
Dans ma vie précédente, j'avais inscrit mon propre nom avec autant de solennité que si je signais un décret royal, puis je l'avais traîné, toute joyeuse, acheter des dragées de mariage.
Et pour toute réponse, il m'avait copieusement insultée, parce qu'il était pressé de rentrer préparer une tisane au sucre roux pour Clémence Duval, en pleine période de règles.
J'ai répondu vaguement : « Oui, oui, je sais. »
J'ai levé les yeux : son visage était tendu, et il ne cessait de lever le poignet pour regarder sa montre.
Ce jour-là, il portait une chemise blanche, les manches retroussées jusqu'aux coudes, révélant ses avant-bras aux lignes nettes.
Je me souvenais que Clémence adorait le voir ainsi — elle disait qu'il avait l'air propre, simple, et terriblement séduisant.
« Tu as sûrement des choses à faire, vas-y. »
J'ai réprimé l'amertume qui me remontait dans la gorge, forçant un ton léger : « Je le déposerai moi-même une fois rempli. »
Il a semblé aussitôt soulagé, et son ton s'est fait un peu plus doux.
« Ne t'inquiète pas, puisque nous allons nous marier, j'assumerai mes responsabilités. »
« Mais à l'avenir, évite de montrer ta jalousie envers Clémence. Si ça se sait, ça pourrait nuire à sa réputation. »
Je n'ai rien répondu. Dans ma vie d'avant, j'avais expliqué mille fois.
Mais pour lui, je n'étais qu'une sœur aînée jalouse, étroite d'esprit, incapable d'accepter une petite sœur douce et fragile.
Il n'a rien ajouté de plus, et il est parti précipitamment.
J'ai inspiré profondément, tentant d'apaiser les battements désordonnés de mon cœur, mais les souvenirs de ma vie passée me revenaient en boucle, incontrôlables.
La nuit de noces, il s'était éclipsé, prétextant devoir s'occuper de sa sœur malade — il n'était pas revenu.
Quand il était parti en mission, il n'avait emmené que Clémence, disant qu'elle n'avait jamais vu Paris.
Même le jour où notre fils est né, Laurent n'était pas venu. Il consolait Clémence, en plein divorce.
Et juste avant ma mort, notre fils m'avait supplié :
« Maman, divorce avec papa, s'il te plaît. Tu ne seras jamais à la hauteur de tata Clémence. »
« Papa s'est sacrifié toutes ces années pour rester avec toi. Laisse-le partir. »
Depuis mon lit d'hôpital, j'avais regardé mon mari, silencieux.
Il n'avait rien dit — ce silence pesant équivalait à un aveu.
J'avais mordu ma lèvre inférieure avec force, jusqu'à ce qu'un goût métallique vienne effleurer ma langue. Ce n'était qu'à ce moment-là que je l'avais enfin relâchée, lentement.
Non. Dans cette nouvelle vie, je ne referai pas les mêmes erreurs.
J'ai pris le stylo en main, et dans la case « demandeur », j'ai inscrit avec calme et détermination deux mots :
Clémence Duval.
Laurent… puisque tu l'aimes tant, alors je te la laisse. Que ton vœu soit exaucé.
J'ai tendu le formulaire rempli à l'agent administratif, saisi le certificat de mariage, puis je me suis retournée et j'ai quitté la mairie sans me retourner.
Je n'étais pas triste. Au contraire, une sensation de légèreté indicible m'a traversée.
Dans ma vie précédente, après la mort de nos parents dans un accident professionnel, Clémence et moi avions été recueillies par la famille Hénault.
Clémence savait toujours comment s'y prendre : avec ses paroles douces et ses attentions constantes, elle avait réussi à gagner le cœur des parents Hénault mieux que si elle avait été leur propre fille.
Madame Hénault, très tôt, avait nourri l'idée de la voir épouser Laurent.
Mais Clémence avait simplement soufflé, d'une voix pleine de fausse modestie : « Je ne veux pas me battre avec ma sœur… »
Et c'est ainsi que Laurent, ému par cette soi-disant délicatesse, m'avait épousée de son plein gré.
Chapitre 2
En réalité, elle ne voulait que le faire patienter. À l'époque, Laurent n'était qu'un simple lieutenant-chef et Clémence espérait mieux, elle attendait une occasion plus avantageuse.
Je suis retournée dans mon ancien lycée pour me renseigner sur tout ce qu'il fallait préparer avant mon entrée à l'université — les démarches à suivre, les frais de scolarité, le coût de la vie… Une fois que j'ai eu toutes les réponses, j'ai pu rentrer l'esprit tranquille.
Dès que j'ai ouvert la porte du logement de fonction de Laurent, j'ai entendu la voix mielleuse de Clémence :
« Laurent, tu es revenu pour moi et pas pour ta femme... Elle ne va pas être fâchée ? »
« Je peux passer du temps avec elle n'importe quand. »
« Mais toi, à chaque fois que tu as tes règles, tu souffres beaucoup. Je ne veux pas te laisser seule. »
Clémence a éclaté de rire, puis a pris un air faussement triste :
« Et après ton mariage avec elle… tu continueras à bien me traiter ? »
« Évidemment, » a répondu Laurent, d'un ton assuré. « Si je ne prends pas soin de toi, de qui le ferai-je ? »
« Si elle te fait du mal, je divorcerai avec elle ! »
J'ai serré les poings de toutes mes forces, c'était la seule façon de contenir l'amertume qui me submergeait.
Je découvrais que, même après avoir vécu une seconde vie, entendre mon mari me traiter avec autant de froideur… ça me faisait encore mal.
J'ai réajusté mes émotions, puis je suis entrée dans le logement comme si de rien n'était.
Laurent est sorti de la chambre de Clémence, un air légèrement gêné sur le visage.
« J...j'ai juste vu que Clémence n'allait pas bien... alors je suis allé voir comment elle allait. »
J'ai répondu d'un simple « Mm » et je me suis retournée pour rejoindre ma chambre.
Dans ma vie d'avant, j'avais disputé des dizaines de fois avec lui à cause de leur relation ambiguë.
Mais cette fois-ci, je ne comptais plus perdre ni mon énergie ni mon temps.
Il m'a appelée : « Anne… »
« Et si on achetait des dragées pour les donner aux voisines de la résidence militaire ? »
Je l'ai regardé, étonnée, puis j'ai compris : ce n'était qu'un geste de compensation, parce que je n'avais rien dit, rien réclamé.
« Ce n'est pas la peine. Aucun intérêt à faire semblant. »
Il est resté figé une seconde — visiblement, il ne s'attendait pas à ce que je refuse.
« Anne, tu m'en veux parce que Laurent s'occupe de moi ? »
Clémence est sortie de la chambre, l'air faussement peinée et parfaitement innocente.
Et sur elle… elle portait la robe en dentelle ivoire que j'avais achetée exprès pour nos photos de mariage.
Dans ma vie précédente, j'avais mis six mois à économiser sou par sou pour me l'offrir. Je ne l'avais jamais portée, pas une seule fois.
Quand elle a vu mon regard, Clémence a paniqué et s'est empressée de justifier :
« Je… j'ai juste trouvé la tenue jolie près de ton lit, je voulais l'essayer… et j'ai oublié de l'enlever. »
Elle baissait les yeux, tournant ses doigts nerveusement, comme une enfant prise sur le fait.
Laurent s'est empressé de dire : « Anne, ne sois pas… »
Je l'ai interrompu, la voix calme : « Elle te va bien, cette robe. Alors garde-la. De toute façon, je ne l'ai jamais portée. »
Je pouvais encore sentir, dans mes souvenirs, cette odeur légère de sang mêlée à la sueur sur la robe — la nuit où j'étais rentrée en pleurs, seule, en courant.
Aujourd'hui encore, rien que d'y penser, j'en avais des haut-le-cœur.
Sous leurs regards interloqués, je suis retournée dans ma chambre et j'ai verrouillé la porte derrière moi.
J'ai sorti ma pochette, à l'intérieur se trouvait ma lettre d'admission à l'université de Nice.
Dans ma vie précédente, j'avais toujours aimé le Sud — et ce programme en économie avait été mon rêve depuis longtemps.
Mais pour Laurent, j'avais tout abandonné : mes études, mon avenir, et je m'étais résignée à servir ses parents à la maison.
Dans cette nouvelle vie, heureusement, il n'était pas trop tard. Cette fois, je voulais enfin vivre pour moi.
J'ai ouvert le calendrier : plus que dix jours avant mon départ.
Le temps était compté. Je devais me préparer au plus vite.
Soudain, on a frappé à la porte. Agacée, je suis allée ouvrir.
Laurent se tenait là, un bol de nouilles à la main. Sa voix était douce :
« Tu dois avoir faim. Je t'ai préparé des nouilles. »
Pendant une seconde, j'ai été prise d'un vertige.
Dans ma vie d'avant, il n'avait pour moi que du silence froid, ou des paroles blessantes.
Chapitre 3
Un Laurent aussi doux et attentionné, je n'en avais plus vu depuis bien longtemps.
« Ce n'est pas la peine, j'ai déjà mangé dehors. »
« Impossible ! Toi qui détestes dépenser de l'argent ? »
Ses mots m'ont blessée.
Oui, avant, j'étais économe. Je me privais de tout pour lui acheter des choses avec l'argent que je gagnais à force de petits boulots.
Maintenant que j'allais entrer à l'université, j'allais avoir mille dépenses. Chaque centime comptait.
Je l'ai regardé droit dans les yeux, le ton neutre :
« Il me semble que je t'ai donné 50 euros l'autre jour pour acheter des choses pour le mariage. »
« Tu ne les as pas achetées. Tu peux me rendre l'argent ? »
Il a eu un léger moment d'hésitation, puis a répondu, un peu gêné :
« En fait… j'ai utilisé cet argent pour acheter des petites chaussures à Clémence. »
J'ai détourné les lèvres, lasse. Toujours pareil. Franchement, c'est pathétique.
« Bon, s'il n'y a rien d'autre, je vais me coucher. »
« Je te rends l'argent demain. » Il avait l'air agacé. « On est mariés, non ? Tu es obligée de chipoter pour si peu ? »
Je n'ai pas pu m'empêcher de lâcher un petit rire amer : « Donc tu prends mon argent durement économisé pour acheter quelque chose à une autre, et je ne devrais même pas en parler ? »
Il savait qu'il avait tort, mais il a quand même murmuré entre ses dents : « Tu es impossible. »
Je n'ai pas répondu. Je suis allée refermer la porte, d'un coup sec.
Les jours suivants, j'ai commencé à revendre quelques vieilles affaires, des souvenirs de mon ancienne vie, des objets qui me semblaient si précieux à l'époque, mais qui n'étaient, aujourd'hui, que de la camelote.
Je les ai emballés et vendus à un récupérateur, pour une somme dérisoire.
L'après-midi, je continuais à faire mes valises. Laurent s'est approché, un billet de 50 euros à la main.
Il m'a tendu l'argent d'un ton sec : « Tiens. C'est ton argent. »
Je l'ai pris et j'ai hoché la tête.
« Merci. »
Il m'a regardée, le regard un peu troublé, puis ses yeux sont retombés sur mes bagages.
« Je pense emmener Clémence avec moi à Paris, pour la mutation. Tu n'as pas besoin de continuer à faire tes valises. »
Je n'ai pas arrêté mes gestes. J'ai simplement acquiescé d'un signe de tête.
Il avait l'air un peu déconcerté par mon attitude. Presque mal à l'aise.
« Qu'est-ce qui t'arrive ces derniers temps ? On dirait que tu as changé. »
Je me suis retournée, lasse. Je ne voulais pas compliquer les choses.
Laurent ne m'aimait pas. Mais s'il découvrait que c'est le nom de Clémence que j'avais inscrit sur le formulaire de mariage, il serait bien capable de revenir vers moi… pour elle.
Je ne voulais plus jamais avoir affaire à ces deux-là.
« Rien. J'ai juste envie de ranger mes affaires. Quand tu partiras à Paris, je retournerai vivre à la campagne. »
Il a poussé un léger soupir de soulagement, puis a tenté de s'expliquer :
« Ce n'est pas que je ne veux pas que tu viennes avec moi. C'est juste que Clémence n'a jamais vu Paris. Elle veut visiter un peu. Je viendrai te chercher dans quelques mois. »
J'ai hoché la tête distraitement, sans le regarder.
Dans ma vie précédente, il m'avait laissée attendre huit ans sans jamais venir me chercher.
Ce n'est qu'après que Clémence avait épousé un commandant parisien, issu d'une grande famille militaire, qu'il s'était enfin, à contrecœur, décidé à me faire venir à Paris.
Il me regardait d'un air inhabituel.
D'habitude, dès qu'on se retrouvait seuls, je ne cessais de parler.
Mais aujourd'hui, je ne disais presque plus rien. Et c'était lui qui semblait mal à l'aise.
« Tu voulais toujours faire des photos de mariage, non ? On pourrait aller au studio demain. »
Impossible. Demain, j'avais prévu d'acheter tout le nécessaire pour la rentrée universitaire.
Je m'apprêtais à chercher une excuse quand Clémence est entrée dans la pièce. Elle s'est accrochée tendrement au bras de Laurent :
« Des photos ? Moi aussi, j'ai envie d'en faire, Laurent. »
Laurent a ri doucement et lui a caressé la tête : « D'accord. On ira tous les trois demain. »