Chapitre 7

La voix froide d'Alain a résonné dans le couloir, froide et tranchante.

Sylvie s'est retournée et a croisé son regard noir, glacial, dénué d'émotion.

Comme toujours, il a pris le parti d'Héloïse et de Thayer sans chercher à comprendre, convaincu que Sylvie et sa fille étaient en tort.

Sans lui laisser le temps de répondre, il s'est tourné vers Héloïse, sa voix s'adoucissant légèrement.

« Entrez manger le petit-déjeuner. »

Il n'a même pas jeté un regard à Émilie et est entré dans la chambre avec eux et a fermé la porte.

Sylvie a fixé la porte close, ses poings serrés, les ongles s'enfonçant presque dans sa chair.

Face à l'indifférence d'Alain, son regard s'est durci encore davantage.

Comment avait-elle pu supporter cette attitude méprisante pendant tant d'années ?

À y penser, c'était risible.

Si elle n'avait pas tant cherché à obtenir l'attention d'Alain, si elle avait emmené sa fille loin de lui plus tôt, peut-être que, dans sa vie précédente, Émilie n'aurait pas connu une fin aussi tragique.

« Maman, je me sens beaucoup mieux maintenant. » a dit Émilie, « On peut sortir de l'hôpital aujourd'hui, non ? »

Sylvie a baissé les yeux sur sa fille, si sage et compréhensive, le cœur lourd.

« À l'avenir, peu importe qui t'embête, ne te laisse pas faire, d'accord ? »

Émilie a hoché la tête avec sérieux :

« J'ai compris. »

-

Après avoir réglé les formalités de sortie d'Émilie, Sylvie l'a emmenée chez sa mère, Aceline Beaufour.

Aceline et le père de Sylvie étaient en plein divorce, mais ce dernier refusait toujours de signer. Aceline avait donc choisi de vivre seule.

Elle s'était installée dans une villa en périphérie, loin du centre-ville, mais l'air y était pur et le cadre agréable.

Sylvie aimait venir ici avec Émilie pour discuter à cœur ouvert avec sa mère.

En voyant sa grand-mère, Émilie s'est précipitée dans ses bras, radieuse : « Mamie ! »

Aceline l'a soulevée en riant.

« Oh, ma petite-fille chérie, tu as encore grandi ! Qu'est-ce que tu veux manger aujourd'hui ? Mamie te le préparera. »

« Du bœuf bourguignon ! »

« Très bien, mamie va te le faire. »

Après avoir cajolé Émilie, Aceline l'a envoyée regarder la télévision à l'étage.

Puis s'est tournée vers Sylvie.

« On est mercredi, comment as-tu le temps de passer ? »

Sylvie s'est assise.

« Les affaires vont bien ? »

Aceline gérait sa propre entreprise, mais depuis quelque temps, les choses allaient mal. Les revenus chutaient, et elle enchaînait les pertes.

C'était à cause de cette entreprise que Gervais Potier, son mari, refusait le divorce. Après des années de mariage, leurs intérêts financiers étaient trop imbriqués, et la répartition des biens s'avérait compliquée.

Gervais avait depuis longtemps une maîtresse, qui lui avait donné un fils et une fille.

Il n'avait jamais apprécié Sylvie mais, lorsqu'elle avait épousé Alain, il avait essayé de se rapprocher d'elle pour profiter des relations d'Alain dans les affaires.

Mais Alain, qui ne l'aimait pas, n'avait jamais prêté attention à sa famille.

Furieux, Gervais avait même insulté Aceline d'avoir donné naissance à une « bonne à rien ».

« Toujours pareil. » a répondu Aceline avec un soupir.

Sylvie a baissé les yeux. Ces dernières années, elle avait envoyé de l'argent à sa mère dès qu'elle le pouvait, mais elle n'avait jamais vraiment suivi les détails de son entreprise.

Dans sa vie précédente, deux jours avant la mort d'Émilie, l'entreprise d'Aceline avait fait faillite.

« Dans quelque temps, je t'enverrai une autre somme, » a dit Sylvie.

« Tu pourras revoir le modèle de gestion de l'entreprise. L'ancien est trop dépassé, il ne suit plus l'époque. Tu pourrais aussi investir dans des secteurs émergents, comme les énergies renouvelables. Et les dirigeants aux idées trop rigides, il faut les remplacer. »

Aceline a froncé les sourcils.

« D'où vas-tu sortir cet argent ? C'est Alain qui… »

« Non. » Sylvie l'a coupée net.

« Je vais divorcer. »

En toutes ces années de mariage, Alain n'avait jamais aidé la famille Potier, même quand leur entreprise était au bord de la faillite.

Pourtant, quand Héloïse manquait d'argent pour ses études à l'étranger, il lui avait envoyé des millions sans sourciller.

À l'époque, sans l'aide de son frère Gérard Beaufour, Aceline aurait croulé sous des dettes colossales.

Aceline a regardé sa fille, le cœur lourd.

« C'est ma faute, je n'ai pas su t'offrir une famille solide pour te soutenir. Sinon, tu n'aurais pas tant souffert chez les Chéron… »

Elle a détourné les yeux, les larmes aux paupières.

« Tu as tenu jusqu'à maintenant pour parler de divorce. »

« C'est du passé. » a répondu Sylvie.

Elle n'aurait jamais dû s'obstiner à épouser Alain.

Une femme amoureuse pense toujours qu'en se consacrant à son foyer, elle gagnera l'amour de son mari.

-

Sylvie a laissé Émilie chez Aceline.

Sa démission avait été acceptée, et elle devait se rendre au Groupe Chéron pour finaliser les formalités.

Dans le hall de l'entreprise, elle a croisé Alain de face.

Vêtu d'un costume noir, il marchait à grands pas, visiblement pressé.

Sylvie s'est écartée pour le laisser passer, le regard neutre.

Comme toujours, Alain l'a ignorée, habitué à faire comme si elle n'existait pas.

Peu importait ses salutations ou ses efforts pour se faire remarquer, il restait indifférent.

« Alain, par ici ! » a lancé Héloïse depuis l'entrée, lui faisant un signe joyeux.

« Tu n'avais pas besoin de descendre me chercher, je serais montée toute seule ! »

Sylvie s'est soudain rappelée qu'en toutes ces années, qu'il pleuve ou qu'il vente, Alain n'avait jamais eu pour elle cette attention.

Les gens différaient, et ses manières envers elles différaient tout autant.

Elle a détourné le regard, ne souhaitant plus se préoccuper de ce qu'ils pouvaient bien faire ensemble.

Elle s'est dirigée vers l'ascenseur pour rejoindre le cinquième étage, au service des ressources humaines, afin de déposer sa demande de démission.

Celina, la responsable RH, a paru surprise :

« Tu veux vraiment partir ? Je croyais que tu plaisantais. »

Tout le monde a su que Sylvie n'était qu'une simple assistante, sans tâches complexes à gérer. Elle s'est contentée de servir le café ou de préparer les salles de réunion, car elle a dû rentrer tôt pour s'occuper des enfants.

Même si le président Chéron ne lui prêtait aucune attention, elle s'évertuait à le suivre dans ses affaires.

Une démission soudaine ? C'était à peine croyable.

Sylvie n'a pas voulu s'expliquer, se contentant d'un froid : « Oui. »

Face à son attitude, Celina a ravalé ses pensées. Une petite assistante, quelle arrogance ! Tout le monde parlait de la petite amie du président, arrivée ce matin même.

Dans les groupes de discussion, on ne tarissait pas d'éloges : une femme brillante, élégante, diplômée de deux doctorats – en finance et en ingénierie aérospatiale – et de retour d'études à l'étranger.

Avec le président Chéron, ils formaient un couple parfait, une alliance de talents.

Celina s'est dit que Sylvie, consciente de ne pas faire le poids face à cette femme, devait se sentir inférieure et quitter son poste par dépit.

« C'est réglé. » a déclaré Céline en lui tendant les documents signés, avant d'ajouter d'un ton étranger :

« Sylvie, je te donne un conseil : où que tu ailles travailler, ne t'attache pas à des gens qui ne sont pas pour toi. »

En entendant ces mots, Sylvie a ressenti une douleur sourde.

Ainsi donc, tout ce qu'elle a pris pour de l'amour, tous ces efforts qu'elle a déployés… n'ont été vus, pour les autres, ce n'était qu'une obsession unilatérale, un rêve insensé.

Tout le monde l'avait compris, et elle, elle ne s'était réveillée que maintenant. Dans sa vie précédente, c'était peut-être une punition du ciel.

Elle a inspiré profondément, a jeté un regard froid à Celina : « Merci de ton intérêt, mais ma carrière n'a pas besoin de tes conseils. »

En quittant le service RH, Sylvie est descendue dans le hall.

Alain et Héloïse y étaient encore.

Autrefois, elle a cherché mille prétextes pour croiser Alain, mais aujourd'hui, elle n'a ressenti plus que du dégoût à sa vue.

Elle a accéléré le pas pour s'éloigner, mais Alain l'a interpellée d'un ton posé.

« Sylvie, apporte un café à Héloïse dans mon bureau. »

Héloïse a aussitôt renchéri, le sourire mielleux :

« Alain m'a dit que tu faisais un excellent café, que tu es faite pour ces tâches domestiques. Quelle épouse modèle ! Moi, je ne saurais pas faire ces choses délicates. Oh, et je veux un café moulu à la main, je n'aime pas le soluble. »

Sylvie s'est arrêtée, s'est tournée vers elle et a répondu d'une voix calme :

« Dans son bureau, il y a un allumeur aussi. Ça vient du même endroit que toi, tu devrais savoir t'en servir, non ? »

Chapitre 8

Héloïse n'a pas eu le temps de comprendre.

Sylvie s'est tournée vers l'ascenseur et est partie.

Héloïse a seulement tourné les yeux vers l'homme :

« Alain, ta femme est sacrément volcanique ! Tu arrives à la gérer ? Pas étonnant que Thaïo ait peur d'elle. On dirait qu'elle était un peu fâchée, tu ne vas pas la calmer ? »

Alain a retiré son regard avec indifférence et a répondu d'un ton calme :

« Elle a juste besoin de se calmer toute seule. »

Héloïse a esquissé un sourire en coin.

« Tu n'as vraiment pas peur qu'elle te quitte ? »

Le soir, Alain est rentré chez lui. La maison était plongée dans l'obscurité, aucune lumière n'était allumée.

Thayer n'était pas là, et Lucie, n'ayant personne à servir, s'était couchée tôt.

Il a allumé la lumière, et la vaste pièce s'est révélée froide et vide.

Alain est monté à l'étage, jusqu'à la chambre principale, tout aussi déserte.

Il revenait rarement dans cette maison.

Il n'a pas semblé se soucier de l'absence de Sylvie. En se dirigeant vers la salle de bain, il est passé devant sa coiffeuse sans y jeter un regard.

S'il l'avait fait, il aurait vu un dossier posé là, en silence.

-

Le week-end.

Le Salon international de l'aéronautique et de l'espace était en effervescence. La foule s'amassait, même ceux sans billet se pressaient à l'extérieur pour profiter de l'ambiance.

Des journalistes, armés de caméras et de micros, couvraient l'événement.

Sylvie est arrivée tôt avec Émilie, attendant Javier à l'entrée.

La petite s'est tenue bien sagement à côté de sa mère, les yeux brillants en observant l'animation autour d'elles. Partout, on a vu des affiches d'avions et les brochures éparpillées.

Jamais auparavant sa mère ne l'avait emmenée dans un endroit pareil, pas même au parc d'attractions.

Sylvie a remarqué l'enthousiasme de sa fille. Elle s'est penchée pour lui pincer doucement la joue :

« Tu aimes cet endroit ? Si tu t'ennuies, maman peut appeler mamie pour qu'elle vienne te chercher. »

« J'aime beaucoup ! » a répondu Émilie, sa voix douce et enthousiaste. « Avant, maman ne nous emmenait jamais jouer dehors. »

Ces mots ont serré le cœur de Sylvie.

Dans sa vie précédente, elle s'était épuisée à être l'assistante d'Alain, la bonne à tout faire de la famille Chéron, obsédée par l'éducation de Thayer.

Elle avait négligé tant de détails.

Alain, lui, emmenait parfois Thayer en sortie, mais Émilie restait à la maison, à manger des plats froids, à jouer avec les jouets dont Thayer ne voulait plus.

Quand Alain offrait des cadeaux à Thayer, jamais il n'en rapportait pour Émilie. Sylvie avait essayé d'acheter des jouets pour sa fille, mais Émilie disait qu'elle ne les aimait pas.

À y repenser, quel enfant n'aime pas les jouets ?

« Pardon, mon trésor. » a murmuré Sylvie, la voix lourde de culpabilité.

Désormais, elle ne manquerait plus un seul instant de la vie de sa fille.

« Ah ! Émilie, qu'est-ce que vous faites à l'entrée ? »

Thayer, vêtu d'un petit costume, s'est approché, l'air arrogant : « Tu veux voir de vrais chasseurs, toi aussi ? «

Il les a regardés avec mépris :

« Avec ta mère, c'est impossible d'entrer ! Si tu veux entrer, supplie-moi. Et ensuite, demander à ta mère de revenir faire la cuisine et le ménage pour nous. Alors, peut-être, je pourrais convaincre papa et Tatie Héloïse. »

« Pas besoin ! Maman va m'emmener à l'intérieur ! » a répliqué Émilie en gonflant les joues. « Maman n'est pas ta bonne ! »

Thayer, interloqué, a froncé les sourcils.

Comment sa mère pourrait-elle l'emmener ? Elle ne faisait que cuisiner et nettoyer, elle ne connaissait rien à ces choses prestigieuses.

Alain et Héloïse suivaient Thayer à quelques pas, vêtus de tenues assorties couleur café, qu'on aurait pu prendre pour des vêtements de couple.

Sylvie, autrefois, avait rêvé de porter des tenues assorties avec Alain, pleine d'espoir comme une jeune fille amoureuse.

Mais Alain n'a jamais joué le jeu : il n'a même pas regardé les vêtements qu'elle achetait.

Héloïse, voyant Sylvie, s'est avancée avec familiarité.

« Ma belle-sœur et Émilie sont venues aussi ? Pourquoi ne pas m'avoir prévenue ? Vous auriez pu venir avec Alain et moi en voiture. »

Alain, à ce moment, s'est éloigné pour répondre à un appel, sans accorder un regard à Sylvie.

Émilie, elle, jetait des coups d'œil furtifs à son père.

Face à l'attitude provocatrice d'Héloïse, Sylvie a esquissé un sourire froid et a répondu sèchement : « Pas la peine de vous déranger. »

« Vraiment ? » a insisté Héloïse, haussant un sourcil. « Alain et moi, on est comme des frères, on a grandi ensemble. Pas besoin de faire des manières avec nous. »

Son ton semblait clamer une sorte de supériorité, comme si elle se considérait déjà comme « Madame Chéron ».

Dans sa vie précédente, Sylvie n'avait rien vu, aveuglée, incapable de reconnaître que cette « sœur » guettait depuis toujours.

Avant que Sylvie ne puisse répondre, Alain est revenu de son appel. Ignorant Sylvie, il s'est adressé à Héloïse : « Allons-y, on entre. »

Il n'avait visiblement aucune intention d'emmener Sylvie et Émilie.

Héloïse, le sourire éclatant, s'est tournée vers Sylvie :

« Alors nous passons d'abord, mais si jamais tu n'arrives pas à entrer, appelle-moi et je viendrai te chercher. »

Sylvie a regardé s'éloigner les trois silhouettes et a laissé échapper un rictus ironique.

Dans cette vie, elle voulait voir jusqu'où irait ce « petit ménage à trois ».

« Désolé de vous avoir fait attendre, l'Institut m'a retenu un peu. » a dit Javier, arrivant en hâte, un sac à la main.

Sylvie a souri.

« Pas de souci. »

Javier a baissé les yeux vers Émilie, un sourire chaleureux : « Tiens, c'est pour toi : des friandises et un petit jouet. »

Les yeux d'Émilie se sont illuminés :

« Merci, tonton ! »

C'était la première fois qu'elle recevait un cadeau.

Javier, tenant des laissez-passer pour les staffs, les a conduites toutes deux à l'intérieur.

Le soleil brillait fort ce jour-là, presque aveuglant. Sylvie a mis ses lunettes de soleil.

Tout en marchant, Javier a expliqué : « Ce salon, tous les deux ans, c'est une grande affaire, tu le sais. Je risque d'être occupé tout à l'heure. Vous pouvez vous promener, et à midi, on déjeunera avec le professeur, d'accord ? »

Sylvie a hoché la tête.

« D'accord, vas-y, occupe-toi. »

Il y avait du monde.

Émilie, fascinée, observait tout.

« Maman, cet avion est trop cool ! » a-t-elle dit, tirant la main de Sylvie. « Tu peux me prendre en photo avec lui ? »

« Bien sûr. » a répondu Sylvie en souriant, sortant son téléphone. « Mets-toi un peu plus près. »

Alors qu'Émilie s'apprêtait à poser, une foule a surgi, les séparant brutalement.

Sylvie a froncé les sourcils, s'est empressée de stabiliser Émilie.

« Madame Veil, il paraît que vous comptez poursuivre vos recherches en France, » a lancé un journaliste, caméra à l'épaule, entouré d'une nuée de reporters.

« Monsieur Chéron dit que vous envisagez de rejoindre l'IR 511. Pouvez-vous nous parler de votre vision pour ce secteur ? »

Héloïse, au centre de l'attention, rayonnait : « Permettez-moi de vous présenter cet avion derrière moi. J'en ai conçu les premières ébauches, mais j'ai dû quitter le projet pour mes études à l'étranger. Le voir achevé aujourd'hui me remplit de joie. »

Elle a regardé le journaliste :

« Cela prouve que notre pays ne manque jamais de talents. »

À quelques pas, un homme a donné un coup d'épaule à Alain.

« Mais… ce n'est pas ta femme, là-bas ? Qu'est-ce qu'elle vient faire ici ? Elle peut comprendre quelque chose à tout ça ? C'est pas le salon de la couture ou de la pâtisserie, ici ! »

Chapitre 9

Daniel Brissaud a fixé Sylvie avec un air de dédain : « Franchement, qu'est-ce qu'elle fait là ? Elle vient se faire remarquer devant toi ? »

Alain a jeté un regard furtif à Sylvie, sans répondre.

Comparée à Héloïse, adulée par tous, Sylvie, malgré sa beauté saisissante, semblait bien terne.

À côté de l'éclatante Héloïse, elle faisait pâle figure.

« Je comprends pourquoi tu n'aimes pas rentrer chez toi, » a continué Daniel. « À ta place, moi aussi, je préférerais Héloïse. Diplômée, compétente, ambitieuse, excellente en tout. Elle surpasse Sylvie à tous les niveaux. Ta femme, elle, ne fait que dépenser ton argent et rester à la maison. »

Daniel, appartenant au même cercle qu'Alain, méprisait Sylvie depuis leur mariage. Pour lui, c'était juste une femme qui avait manipulé un homme pour grimper socialement, pouvait-elle valoir quelque chose ?

La voir s'obstiner à venir ici lui semblait ridicule.

« Qu'est-ce qu'elle fait encore là, à regarder l'interview ? » a-t-il ajouté. « Elle comprend quelque chose ? On dirait qu'elle veut se lancer dans l'aéronautique ! »

Alain lui a jeté un coup d'œil froid.

« Tu parles trop. »

Daniel a aussitôt fermé la bouche.

Thayer, voyant Héloïse entourée d'admirateurs, s'est senti fier, comme si sa gloire rejaillissait sur lui.

Si seulement Tatie Héloïse était vraiment sa mère…

Mais peu importait, tant qu'elle l'aimait plus que tout.

Sylvie a observé Héloïse, rayonnante, expliquer son travail avec aisance.

Elle avait une maîtrise parfaite de son sujet, et cela se voyait.

Sylvie a pris une profonde inspiration et a détourné les yeux.

Pas étonnant qu'Alain préfère Héloïse.

Entre une femme au foyer sans compétences et une femme brillante et ambitieuse, le choix était évident.

Et dire qu'elle n'avait pas compris cette vérité dans sa vie précédente.

Émilie, elle, fixait Héloïse, ses grands yeux ronds captivés, écoutant les conversations.

Alors cet avion… c'était elle qui l'avait conçu ? Pas étonnant que Thayer l'admire autant.

-

À ce moment-là, le téléphone de Sylvie a sonné.

Javier l'a appelée pour lui indiquer qu'il leur avait réservé une place dans une tribune avec une vue idéale pour le spectacle de chasseurs.

Sylvie a emmené Émilie directement sur place.

Pour Daniel, cela confirmait que Sylvie, consciente de ne pas faire le poids face à Héloïse, s'était éclipsée avec sa fille.

Une fois l'interview terminée, Thayer s'est précipité dans les bras d'Héloïse :

« Tatie Héloïse, t'es trop forte ! »

Héloïse l'a soulevé et a embrassé sa joue.

« Merci, mon trésor. »

Thayer, ravi, a affiché un sourire éclatant.

Tenant Thayer d'un bras, Héloïse a levé l'autre vers Alain, un air espiègle sur les lèvres :

« Frangin, avec un succès pareil, tu ne viens pas me prendre dans tes bras pour fêter ça ? »

Daniel, avec un rire forcé, s'est approché : « Quoi, je ne suis pas ton frère, moi ? »

Sans attendre la réponse d'Alain, il l'a poussé vers Héloïse pour un câlin collectif.

Les quatre, enlacés, semblaient une famille unie.

En se détachant, Daniel a proposé à Alain :

« On va manger ensemble pour fêter ça ? »

Héloïse, tenant toujours Thayer et posant l'autre main sur l'épaule d'Alain, a répondu :

« Parfait, les gars, c'est moi qui régale ! »

Sylvie et Émilie n'étaient pas encore loin.

Émilie n'a cessé de se retourner vers son père.

En se retournant, elle a vu cette scène. Elle s'est mordu la lèvre, puis a détourné les yeux, refusant de regarder davantage.

Si elle était aussi exceptionnelle que Tatie Héloïse, peut-être que son père l'accepterait.

C'était parce qu'il ne l'aimait pas qu'il n'aimait pas maman non plus, non ?

Elle ne voulait pas être un fardeau pour sa mère.

Les places réservées par Javier offraient une vue parfaite, au cœur de l'événement.

« Restez ici, le spectacle va bientôt commence. » a dit Javier en souriant. « Évitez de vous déplacer, il y a beaucoup de monde, ça pourrait bousculer la petite. »

« Merci, » a répondu Sylvie. « Va t'occuper de tes affaires, ne t'en fais pas pour nous. »

« Appelez-moi s'il y a quoi que ce soit. »

Après le départ de Javier, Sylvie s'est installée sur son siège, son regard perdu sur un avion au loin.

Le Phénix X7, magnifiquement achevé, a été mentionné plusieurs fois lors du salon.

De nombreuses personnalités du secteur ont afflué vers la zone centrale.

De loin, Émilie avait aperçu son père, Thayer dans les bras, accompagné de Tatie Héloïse, qui s'approchaient.

« Qu'est-ce que vous faites là ? » a lancé Thayer en voyant Émilie, avec un air de dédain.

Comment sa mère et elle pouvaient-elles être assises ici ?

« Cet endroit est réservé aux gens importants. Vous êtes entrées toutes seules, attention à ne pas vous faire expulser ! »

« Et les bonnes manières ? » a dit Alain, le ton neutre mais autoritaire.

Bien qu'il chérisse Thayer, ce dernier le craignait profondément.

Il s'est tu, cherchant refuge auprès d'Héloïse.

Celle-ci a souri :

« Alain, c'est un enfant, il ne sait pas encore. On lui apprendra. Pourquoi lui faire peur avec ce visage sévère ? »

Sylvie n'a pas répondu, comme s'ils n'existaient pas.

Daniel a ricané, roulant des yeux intérieurement.

Cette femme, collant Alain jusqu'ici, avait réussi à entrer dans la zone réservée par on ne sait quel moyen, et maintenant elle jouait les hautaines. Comme si ses intentions n'étaient pas évidentes !

Sylvie s'est installée à l'intérieur de la tribune, Émilie à l'extérieur.

Alain s'est assis à côté d'Émilie, suivi par Thayer, qui a tapoté le siège à côté de lui.

« Tatie Héloïse, ici ! »

Héloïse a souri et s'est assise.

Émilie, voyant son père à côté d'elle, a serré nerveusement sa robe, observant son expression avec prudence.

Mais Alain ne l'a pas regardée, concentré sur Thayer et Héloïse.

La fillette s'est sentie peu à peu envahie par la déception.

Le spectacle des avions de chasse a commencé.

La foule a éclaté en acclamations.

Les enfants, captivés, ont applaudi avec ferveur.

« Tatie Héloïse, tu vas concevoir des chasseurs comme ceux-là ? » a demandé Thayer. « C'est trop cool ! »

Héloïse a ri.

« Si tu aimes, je t'en ferai un modèle réduit. »

« Super ! »

Émilie, en écoutant, a ressenti une pointe d'envie.

Elle aimait ça, elle aussi.

Mais elle n'a rien montré, gardant ses sentiments enfouis.

À la fin du spectacle, une animation a débuté sur la scène principale.

Les autres s'étaient levés pour mieux voir, et Émilie, même debout, ne pouvait rien voir.

Alain a soulevé Thayer dans ses bras, et celui-ci, triomphant, a tiré la langue à Émilie.

Elle a grogné, est montée sur son siège : « Les petits ont besoin qu'on les porte, moi je peux voir comme ça ! »

« Ah ouais ? Moi, je vais grandir. Toi, t'as même pas de papa ! »

Ces mots ont transpercé Émilie, éteignant son enthousiasme.

Sylvie a froncé les sourcils, s'est tournée vers Thayer, la voix glaciale.

« Et toi, tu n'as pas de mère. »

Thayer s'est figé.

Héloïse, elle aussi, a été stupéfaite. Elle n'aurait jamais cru que Sylvie dirait une chose pareille !

Alain a froncé les sourcils, visiblement contrarié :

« Sylvie, pourquoi t'en prendre à un enfant ? »

Sylvie a ricané.

« Et toi, pourquoi t'en prendre à une femme ? »

Sans lui accorder plus d'attention, elle a caressé la tête d'Émilie : « Maman est là. »

La fillette a serré les lèvres avant de sourire et hocher la tête.

Alain, le visage fermé, n'a plus rien dit.

Une impression persistante lui a traversé l'esprit : ces derniers temps, Sylvie avait affiché envers lui une hostilité grandissante.

Jusqu'à la fin du spectacle, ils n'ont plus échangé un mot.

Alain a reposé Thayer au sol.

« Maman, j'ai envie d'aller aux toilettes. » a dit Émilie.

« D'accord. »

En sautant de son siège, Émilie a mal calculé son mouvement, s'est tordue la cheville et a chuté.

« Ah ! »

Elle a fermé les yeux, s'attendant à la douleur.

Mais celle-ci n'est pas venue. Une paire de mains solides l'a rattrapée.

En ouvrant les yeux, elle s'est retrouvée dans les bras de son père. Son étreinte était chaude, rassurante.

Émue, Émilie a senti son nez piquer.

Son père tenait à elle, non ?

Instinctivement, elle a murmuré : « Merci, papa… »

Alain a plissé les yeux, son regard glacial : « Comment m'as-tu appelé ? »

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Pas de temps pour mes funérailles, mais quand je renais, tu deviens fou

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