Chapitre 2
Aurore POV:
Le coup à la porte était brutal, résonnant dans le silence tendu de la chambre. Léo a détourné son regard de moi, son corps encore nu et tendu.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » a-t-il grommelé, ses yeux plissés par l'agacement.
La porte s'est ouverte sans attendre de réponse, révélant la silhouette de sa secrétaire, Marie, le visage pâle et décomposé.
« Monsieur Sartre, Madame Decroix insiste. » Sa voix tremblait d'urgence. « C'est l'affaire de la fusion. Il y a un problème inattendu avec les avocats, elle… elle a besoin de vous immédiatement. Elle est déjà sur place. »
Le nom de Ludivine, prononcé avec une urgence palpable, a eu l'effet d'une décharge électrique sur Léo. Il m'a poussée sans ménagement pour se lever, ses yeux fixés sur Marie. Mon corps a heurté le matelas, un frisson de douleur glaciale me parcourant. Il n'a même pas remarqué.
Ses mouvements étaient brusques et désordonnés. Il a attrapé un pantalon et une chemise sur la chaise, les enfilant à la hâte.
« Elle est folle, » a-t-il pesté, boutonnant sa chemise de travers. « Elle aurait pu attendre. »
« Elle a dit que c'était une urgence vitale pour le projet, Monsieur. Elle a dit que… » Marie a baissé les yeux, hésitante. « Elle a dit qu'elle risquait de tout perdre sans vous, Léo. »
Un frisson m'a parcourue. Non pas à cause des mots de Marie, mais à cause du regard de Léo quand il l'a fixée. Un regard d'inquiétude sincère, de profonde connexion. Il ne m'avait pas regardée ainsi depuis des années.
Il a attrapé sa veste, puis s'est tourné vers moi, l'air coupable. Son corps était tendu.
« Je dois y aller, Aurore, » a-t-il dit, sa voix pleine de regret, mais sans une once d'hésitation. « C'est important. Pour le cabinet. Pour notre avenir. »
Notre avenir. Une farce.
« Je reviens vite, » a-t-il ajouté, comme un enfant pris la main dans le sac. « Attends-moi. »
Il a demandé que j'attende. Encore. Toujours. Il pensait que j'étais une horloge, une plante qui resterait là, statique, à sa disposition. Il pensait que j'attendrais qu'il règle ses affaires, qu'il sauve son cabinet, qu'il contente sa maîtresse, qu'il satisfasse sa mère. Il pensait que je serais éternellement la femme qui l'aimait sans condition. Il se trompait. Mais son erreur lui coûterait cher.
Un sourire glacial a étiré mes lèvres. Un sourire que je n'aurais jamais pu lui offrir auparavant.
« Bien sûr, Léo, » ai-je dit, ma voix douce, presque mélodieuse. « Je t'attendrai. »
Il a semblé soulagé, a esquissé un sourire rapide, puis s'est précipité hors de la pièce, laissant derrière lui l'odeur persistante de Ludivine.
L'odeur de sa trahison.
Il est parti. Encore une fois. Me laissant, avec notre fils Noa, seul. Il ne savait pas qu'en partant, il me donnait la permission. La permission de ne plus attendre. La permission de partir.
Je me suis levée, mes jambes fermes, mon corps étonnamment léger. Le mensonge, la douleur, la négligence. Tout cela avait été un fardeau si lourd. Maintenant, la trahison de Léo était devenue ma liberté. Son absence, mon opportunité.
Il avait scellé son destin. Et le mien.
Chapitre 3
Aurore POV:
J'ai pris mon téléphone. Le nom de mon père s'est affiché. Aldo Richemond. J'ai hésité un instant. Sept ans. Sept ans de silence, de fierté blessée, de distance. Mais maintenant, il n'y avait plus de fierté. Seulement la nécessité de protéger mon fils.
J'ai composé le numéro. La voix de mon père, rauque et fatiguée, a répondu.
« Aurore ? » C'était un murmure incrédule.
« Papa, » ai-je dit, ma voix brisée. « Je rentre à la maison. Avec Noa. »
Un silence. Puis, un sanglot étouffé.
« Ma chérie, ma petite fille... » Sa voix était pleine d'une émotion brute. « Tu reviens vraiment ? Et mon petit-fils ? »
J'ai souri, les larmes coulant sur mes joues.
« Oui, Papa. Nous rentrons. »
« Venez ! Venez tout de suite ! » Il était fou de joie, sa voix retrouvant sa puissance. « Je vous envoie un jet privé. Non, j'envoie mon équipe, ma sécurité. Venez avec tout ce que vous avez. Mon château vous attend. »
J'ai regardé Noa, endormi à mes côtés. Son petit corps était recroquevillé, un sourire innocent sur ses lèvres. Il a marmonné dans son sommeil.
« Papa… château… »
Mon cœur s'est serré. Aujourd'hui, c'était l'anniversaire de Noa. Ses cinq ans. Léo avait promis d'être là. Il lui avait promis qu'il fêterait ça avec lui. Mais Léo était parti, encore.
J'ai caressé ses cheveux doux. Mes larmes coulaient silencieusement sur l'oreiller. Il méritait plus que ça. Il méritait un père qui le choisisse.
Je devais partir avant l'aube. Je devais empêcher Léo de lui briser le cœur une dernière fois. Le coup final serait trop cruel.
La sonnette a retenti, stridente, dans le calme mort de l'aube. Elle a brisé le sommeil doux de Noa. Il a sursauté, les yeux grands ouverts.
Ce n'était pas l'équipe de mon père. C'était trop tôt.
J'ai ouvert la porte, mon cœur battant la chamade. Devant moi se tenait un homme en costume sombre, le visage impassible. Derrière lui, une voiture noire luxueuse.
« Madame Sartre, Madame David vous attend, » a-t-il dit, sa voix sans émotion. « Elle vous demande, vous et votre fils, de la rejoindre immédiatement à la résidence principale. »
Mazarine David. La mère de Léo. Ma belle-mère. La femme qui m'avait détestée dès le premier jour. Elle me voyait comme une incapable, une fille sans nom, sans fortune, qui avait "piégé" son fils. Elle me traitait de "fleuriste" avec un dédain qui me donnait la nausée. Elle avait toujours été claire : je n'étais pas assez bien pour son Léo. Notre fils Noa, à ses yeux, n'était qu'un "boulet", un obstacle à l'ascension sociale de son fils. Elle avait toujours voulu que Léo épouse une femme de son rang, une femme comme Ludivine. Une femme qui apporterait prestige et fortune.
L'homme n'a pas attendu. Il a fait un geste vers la voiture.
« Madame vous attend. »
J'ai senti une vague de résignation. Je devais faire ça pour Noa. Une dernière humiliation, et puis nous serions libres.
J'ai habillé Noa en silence. Il était encore à moitié endormi, frottant ses petits yeux.
« Maman, on va où ? Il fait encore nuit. » Sa voix était un chuchotement enfantin.
Je l'ai serré plus fort. « On va voir Grand-mère Mazarine, mon amour. Juste un instant. »
Nous avons été conduits à la résidence principale des Sartre, un manoir froid et imposant que j'avais toujours évité. Son atmosphère était toujours glaciale, oppressante, comme si les murs eux-mêmes respiraient le mépris.
Mazarine était assise dans le grand salon, le dos droit, l'air hautain, sur un canapé en velours sombre. À ses côtés, Ludivine Decroix était là, un sourire suffisant sur ses lèvres, ses yeux brillants de triomphe. Elle m'a regardée avec un mélange de pitié et de dédain.
Léo était là aussi, près de la cheminée éteinte. Il m'a ignorée. Il n'a même pas tourné la tête quand sa mère a prononcé mon nom d'une voix méprisante. Son silence était assourdissant. Son indifférence m'a transpercé une dernière fois.
« Aurore, » a dit Mazarine, son ton coupant. Elle n'a même pas jeté un regard à Noa, qui se tenait serré contre ma jambe, ses yeux grands et effrayés. « Je suis ravie de te voir si… obéissante. »
Elle a fait un geste vers Ludivine. « Comme tu le vois, notre famille va bientôt s'agrandir. Ludivine va apporter à Léo un héritier digne de ce nom. Un héritier qui ne sera pas… un enfant de la rue, sans nom, sans avenir, un bâtard, qui ne fait que freiner l'ascension de mon fils. »
Le sang s'est glacé dans mes veines. Chaque mot était une flèche empoisonnée. J'ai regardé Léo, implorant son regard. Il devait défendre son fils. Il devait dire quelque chose. Mais il est resté immobile, raide, les yeux fixés sur le foyer vide de la cheminée.
Noa a tressailli. Il s'est accroché à moi, son petit corps tremblant.
« Maman… qu'est-ce que ça veut dire… bâtard ? » Sa voix était un murmure déchirant.
Mazarine a ri, un rire sec et cruel.
« Cela signifie, petit, que tu n'as pas ta place ici, » a-t-elle déclaré, un geste de la main balayant Noa comme s'il était de la poussière. « Cela signifie que tu n'es rien d'autre qu'une erreur. »
Ludivine, à côté d'elle, a caressé son ventre d'un air béat. Une légère protubérance. Elle était enceinte.
« Et cela signifie que tu ne devras plus appeler Léo 'Papa' , » a ajouté Mazarine, son regard dur. « Ce titre est réservé au vrai héritier, celui qui aura le sang pur de notre famille. Pas à... toi. »
Le monde a vacillé autour de moi. Ma vision s'est brouillée. Mon cœur a été arraché, piétiné. La dignité, la fierté, tout m'a été enlevé.
Le silence de Léo était une trahison finale. La plus profonde. La plus irréparable.
J'ai serré Noa contre moi, ma seule raison de vivre, mon unique amour. Son petit corps tremblait de tout ses membres.
« Il ne m'aime plus, Maman ? » a-t-il sangloté, ses petites mains agrippées à mon chemisier. « Je suis la seule qui t'aime, n'est-ce pas ? »
La douleur a été si intense que j'ai cru que j'allais m'effondrer. Mais je ne l'ai pas fait. Ma rage, ma détermination, mon amour maternel, se sont cristallisés en une force nouvelle. L'amour pour Léo s'était éteint, laissant place à une glace implacable. Il ne nous ferait plus jamais de mal. Je ne laisserai plus jamais personne blesser mon fils.
Non. Je ne le laisserai pas.