Chapitre 2
Emme.
- Non mais quelle idée de m’appeler alors que je suis en congé !
J’enfile mes bottes et mon pardessus. J’ai rendez-vous avec Nicolas mon frère et mon patron. Celui qui m’a permis de me sortir la tête de l’eau il y’a de cela quatre ans maintenant. J’étais tombée amoureuse d’un riche et beau italien qui était de passage à New-York.
Lucas Dos Santos. Nous avons vécu une idylle parfaite, voyages, croisières, cadeaux, j’avais tout ce dont peut rêver une femme.
J’étais la femme la plus heureuse au monde, toutes m’enviaient Lucas, toutes me jalousaient. Nous nous sommes mariés assez vite, je n’avais que vingt ans et nous sommes allés vivre en Sicile en Italie. La maison était située au bord de la mer. C’était magnifique, il y’avait des vignes, des tas de travailleurs, car Lucas était un grand fabricant de vin.
Je me souviens que j’adorais marcher dans les champs, discuter avec les travailleurs et cueillir les raisins directement sur les plantes et les manger. C’était divin ! J’ignorais que toute cette beauté était enfaite là pour cacher la noirceur du cœur de Lucas. Il a commencé par me faire de petites remarques sur le fait que je discutais beaucoup trop avec les travailleurs, je trouvais cela mignon d’avoir un mari jaloux. Un jour, Luna la femme de Vicente l’homme a tout de faire de Lucas, perdit les os quand nous étions en ville, alors je l’ai conduite à l’hôpital.
Je suis restée avec elle tout du long, jusqu’à l’accouchement car son mari ne pouvait malheureusement pas se libérer, je suis rentrée très tard ce jour-là, et Lucas était au courant que j’étais avec Luna à l’hôpital. Toute l’hacienda en parlait. Quand je suis rentrée, je suis directement allée dans notre chambre pour me changer.
- Où étais tu ?
Je pousse un soupir de soulagement car j’ai vraiment eu peur.
- Oh mon amour tu m’as fait peur ! Tu sais bien j’étais à l’hôpital avec Luna. Elle a accouché un très beau bébé, un garçon, Vicente doit être fier et d’ailleurs pourquoi tu n’es pas venu à l’hôpital ?
Je ne sais pas quand mon mari s’est levé, mais j’ai senti une énorme brûlure sur ma joue.
- Je t’ai déjà dit de ne pas être ami avec ces travailleurs et la prochaine fois que tu me désobéiras tu verras.
J’ai posé ma main sur ma joue et je l’ai regardé avec de l’incompréhension totale, puis je me suis levée et je suis allée prendre une douche. À mon retour, Lucas m’attendait assis sur le lit, il s’est avancé vers moi et m’a demandé pardon.
- Pardonne moi mon amour. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je suis un idiot, je t’en prie pardonne-moi.
Il a ramassé une pommade sur la table et me l’a frotté sur la joue.
- Pardonne-moi, je te promets que plus jamais ça ne se répétera.
- Bien sûr que je te pardonne. Je t’aime tellement.
Lucas m’a sourit, un sourire chaleureux.
J’étais tellement contente, j’avais retrouvé Lucas, mon Lucas. J’ignorais que ce sourire factice était un ticket pour ma descente aux enfers.
Je suis ramenée au présent par le chauffeur qui n’arrête pas de klaxonner derrière moi.
- Non mais tu rêves ou quoi ? Avance avec ta putain de bagnole !
Je ne lui réponds rien et je me contente de rouler un peu plus vite. J’ai beaucoup changé, sur le plan physique et émotionnel. La petite chenille fragile qui pleurnichait à la moindre occasion, s’est transformée en un papillon qui sait voler de ses propres ailes. Je ne suis plus une pauvre chose fragile et sans défense, aujourd'hui je sais rendre, avec mes poings lorsque les mots ne suffisent plus. Je gare ma voiture dans la rue, je descends et je longe le long de la rue.
L’immeuble en face de moi est celle qui abrite les locaux de la Body Guards Agency. La société de garde du corps pour laquelle je travaille. J’ai été recrutée ici il y’a de cela deux ans. Grâce à Nicolas, mon grand frère, après être revenue à New-York, non après avoir fuit l’Italie, il m’a recueilli, m’a aidé. Il venait d’ouvrir cette société privée qui s’occupe de personnalités et de personnes riches qui ont besoin de protection. J’ai été formée au combat, par Nicolas lui-même, faut dire mon frère est un ancien militaire qui a tout laissé tomber pour ouvrir cette société de protection rapprochée.
J’ai appris à tirer, à frapper, mon corps a beaucoup changé depuis que j’ai intégré cette compagnie et j’en suis plutôt fière. Si vous m’aviez vu il y’a de cela deux ans vous comprendrez sans doute pourquoi. J’en ai morflé, j’ai tellement reçu de coups que mon corps est couvert de cicatrices, si elles n’étaient que physiques ça pouvait aller mais elles sont aussi morales, psychologiques. Ce sont celles-là qui refusent de guérir. Je traverse le hall d’entrée et je souris à Ingride la secrétaire et femme de mon frère.
Une magnifique blonde qu’il a rencontré lors de son séjour à Paris. Elle est aussi belle que drôle, je l’adore. Ils ont une magnifique fille, Cindy, elle a quatre ans et je l’adore. Je n’ai malheureusement pas pu assister à sa naissance parce que Lucas ne voulait pas me laisser rentrer. alors je compense toutes les fêtes que j’ai pu manquer tous les événements importants pour elle en lui offrant des tonnes de cadeaux.
- Comment vas-tu ? Me demande-t-elle.
- Ça va, mais pas aussi bien que toi. Dis-je en allant lui déposer deux baisers sonores sur les joues.
- Tu as encore perdu du poids ! Me gronde-t-elle doucement.
- Vraiment ? Dis-je en feignant de faire comme si je n’avais rien remarqué.
- Oui vraiment ! Il va falloir qu’on parle.
Je cours en direction de l’ascenseur qui est entrain de s’ouvrir.
- Pas maintenant j’espère Nicolas m’attend.
- Tu ne pourras pas te défiler éternellement me hurle-t-elle à travers les parois closes de l’ascenseur.
Je pousse un soupir de soulagement. J’adore Ingride, mais elle a cette tendance là à un peu trop envahir mon espace vital. Ce dont j’ai besoin actuellement ce n’est sûrement pas d’un remontage de bretelles.
Je sais que je me néglige beaucoup ces derniers temps, mais en même temps pourquoi est-ce que je ferais attention à moi ? C’est pas comme si je voulais plaire à quelqu'un si ? Dans l’ascenseur, il y’a du con un et du con deux. Génial ! Une belle paire d’emmerdeurs qui ne sait rien faire d’autre que de me faire chier.
- Hey mais regardez qui est là ! C’est miss black.
J’ai écopé de ce surnom ridicule parce que je ne m’habille que de noir, peut-être pour aller de paire avec la noirceur de mon âme qui sait ? La vérité est que j’ai arrêté de faire attention à moi, depuis que je suis revenue à New-York. J’ai arrêté de m’apprêter, j’ai arrêt toutes ces coiffures sophistiquées, en gros j’ai juste arrêté de faire tout pour plaire. Et c’est d’autant plus dure quand tu es l’une des rares femmes travaillant dans une société faite typiquement pour les hommes.
Hey mais ce sont mes deux cons préférés ! Dis-je en feignant un sourire joyeux.
- Oh mais qu’est ce que je vois là ? C’est de la couleur ? T’as regardé la météo ce matin Fred ? Ils ont parlé d’une tempête ? Dit-il en éclatant de rire. Ah ah ! Très drôle Ben.
- T’as pas mal au cul quand tu ris ? Tu sais à force de faire enculer par Fred ça doit faire très mal.
Ben perd tout de suite son sourire. L’ascenseur s’ouvre et je sors. J’entends Ben crier vers moi.
- Je ne me fais défoncer le cul par personne.
Je souris victorieuse. Une rumeur court au sein de l’agence comme quoi Ben et Fred sortiraient ensemble. Pas que je sois homophobe loin de là, mais quand des jours comme celui-ci, l’un d’eux choisit de m’énerver il faut bien que je me défende d’autant plus que je sais qu’il déteste ça.
Je pousse la porte du bureau de Nicolas et j’entre avec mon sourire victorieux sur les lèvres.
- Qui c’est qui se fait défoncer le cul par qui ? J’hausse un sourcil interrogateur.
- Tu veux vraiment savoir ?
- Non tu as raison garde ça pour toi. Je ne veux pas savoir.
Je m’assois en face de lui et je pose mes pieds sur la table. Après un regard foudroyant de sa part, je les retire tout de suite et je le regarde.
- Bon, je peux savoir pourquoi tu m’as appelé après m’avoir toi-même donné des vacances il y’a cela deux jours ?
- Tu sais que je ne l’aurais jamais fais si ça n’avait pas été urgent.
- Ouais bon vas-y accouche.
Mon frère pose le stylo qu’il a entre ses mains sur la table et me regarde d’un air grave. Je déteste quand il fait ça. Ça m’intimide, et Dieu seul sait que depuis un certain temps maintenant peu de choses me font peur.
Il me regarde comme ça pendant cinq minutes, je finis par craquer et je lui dis.
- Bon tu vas te décider à me parler oui ?
- Désolé, c’est que j’hésite vraiment à te mettre sur cette mission enfaite.
- De quoi s’agit-il ?
- Une amie à moi m’a contacté, depuis peu il reçoit des lettres de menaces et il a peur pour sa vie, il a besoin d’un garde du corps.
Chapitre 3
Emme.
- Ah d’accord je ne vois pas où est le problème j’ai souvent l’habitude de ce genre de missions.
- Attends avant d’accepter.
- Quoi ?
Nicolas se lève et vient se placer devant moi.
- Cette mission est un peu différente des autres…
- Pourquoi ?
- Il va falloir que tu assures la sécurité d’un chanteur.
- Sans problème, je devrais juste veiller à ce que rien de mal ne lui arrive, je vérifierais sa loge, sa voiture, je chercherai tout.
- Non mais tu vas me laisser finir ? Je levais les mains au ciel en signe d’approbation. Il ne faudra pas juste que tu assures sa sécurité. Tu vas aussi devoir découvrir qui est la personne qui lui envoie toutes ces lettres de menaces et pourquoi.
- Nicolas jusque là, je ne vois pas bien où se situe le problème. Dis-je en allant me servir un verre d’eau.
- Le problème est que tu vas devoir te passer pour sa petite amie.
Je me fige un moment, je me tourne vers mon frère. Je le regarde étonnée, il doit sûrement me faire une blague. Mais quand je vois l’expression grave de son visage, je comprends tout de suite qu’il ne plaisante pas.
- Quoi ? Mais c’est quoi cette histoire encore ?
- Écoute, dit-il dans un soupir, cette personne est proche de lui. Tu te rends compte que ces menaces vont jusqu’à son appartement où la personne entre et sort sans être inquiétée ? Sa mère m’a appelé paniqué parce que Matthew, lui il prend ça à la légère.
- D’où tu connais ces gens d’abord ?
- C’est une longue histoire.
Je reviens m'assoir en face de lui pour bien lui faire comprendre que j’ai tout mon temps. Mon frère pousse un soupir agacé, il sait qu’il en faudra plus pour me faire peur.
- Après mon retour d’Afghanistan j’ai eu comment dire des traumatismes. Le moindre bruit me faisait peur, je ne mettais absolument plus le nez dehors. Puis nous avons entendu parler de cette thérapeute très efficace et les parents m’ont convaincu d’aller la voir dans son ranch dans le Colorado, avec ses méthodes peu conventionnelles. J’y ai passé toute une année.
- Tant que ça ?
- Oui. J’aurais sans doute mis moins de temps si je m’étais ouvert à Rosalie plus vite mais nous les Watts, tu sais que parler n’est pas notre fort.
Je dis oui de la tête. Nicolas était le seul à savoir pourquoi j’avais fui l’Italie. Je lui ai demandé de ne rien dire aux parents, pour eux Lucas est un ange et ça doit rester ainsi. Je ne veux pas que mon père culpabilise à l’idée qu’il a pu laisser sa fille vivre avec un monstre pareil.
- J’ai finalement réussi à m’ouvrir à elle grâce à son fils Matthew. Ils m’ont soigné à travers leurs joyeux feux de camp à travers lesquels ils passaient des heures et des heures à chanter. C’était magique. C’est difficile de ne pas s’ouvrir à des personnes aussi chaleureuses. Cette thérapie m’a vraiment aidé, mes cauchemars n’étaient plus aussi présents et les bruits ne me faisaient plus peur.
Je regarde mon frère et j’essuie une larme qui perle de mon œil. Fichue sensibilité ! Quand je pense à ce que ce monstre m’a fait perdre, j’aurais pu être là pour lui. Nicolas passait par des moments tellement difficiles et je n’ai pas été là pour lui. Parce que Lucas me gardait coupé du monde.
- J’ai d’ailleurs voulu que tu la rencontres mais tu es tellement têtue que tu n’as même pas voulu m’écouter. Elle a tant fait pour moi et Matt aussi. Alors si je peux les aider d’une quelconque façon, je le ferai.
- Je vais le faire pour toi. Tu sais très bien que je ne peux rien te refuser.
- Merci, dit-il en me donnant le dossier avec les informations du client.
Nicolas me raccompagne devant l’ascenseur, j’y entre au moment où les portes de l’ascenseur sont entrain de se fermer il me dit.
- Tu iras faire des courses avec Ingride, pour changer ton style.
Je baisse la tête pour regarder mon vieux pantalon et mes baskets qui ont connu de meilleurs jours. Il a raison, si je dois être la petite amie d’une super star, il me faut changer tout ça. Je dis oui de la tête.
- Oh et j’ai failli oublier. Tu vas devoir aménager avec lui.
- Quoi ? Dis-je en levant la tête vers lui.
Trop tard, l'ascenseur est verrouillé. Des mots qu'il vaut mieux taire parce que ce n’est pas très séduisant venant de la bouche d’une fille me viennent en tête.
Le salaud ! Il m’a piégé, il savait que j’aurais refusé s’il me l’avait dit alors il a attendu que j‘accepte.
Merde !
Aménager avec un homme, non mais pourquoi il m’a donné cette mission ? Je sors de l’ascenseur et je m’apprête à rentré chez moi. Il est hors de question que je fasse ça. Je vais envoyer un message à Nick pour bien lui dire ma façon de penser avant de lui dire non tout court. Ingride m’intercepte à l’accueil, elle me prend dans ses bras avec un sourire.
- Ah tu es là ! Je t’attendais justement.
- Pourquoi ?
- Comment ça, pourquoi ? On va aller faire les courses.
Je me dégage de l’étreinte de ma belle sœur.
- Ah ça ! Eh bien… Dis-je en croisant les bras sur ma poitrine. Je refuse d’accepter cette mission.
- Tu as déjà accepté.
- Oui mais ça c’était avant de savoir que je devais emménager avec lui. Ton mari m’a piégé.
- Tout de suite les grands mots, dit-elle en me poussant vers la sortie. Il ne t’a pas piégé, il a juste été malin c’est tout.
- Ne me dis pas que tu es d’accord avec ça ?
- Bien sûr que je le suis et d’ailleurs c’est moi qui lui ai suggéré l’idée. En plus d’être belle, tu es aussi l’un des meilleurs éléments que compte l’agence. Je suis aussi totalement d’accord pour que tu sortes de cette bulle dans laquelle tu t’es enfermée, tu as vingt-quatre ans et tu vis comme une mamie de soixante ans alors que tu es jeune et tellement belle.
- Ingride…
- Non, écoutes moi. Ton frère ne dort plus dans la nuit parce qu’il s’inquiète pour toi et moi aussi. Il est temps que tu tournes la page, il est temps que tu avances.
Elle a raison, j’en suis venue à un point où je vis avec mon frère, il ne m’a jamais parlé comme ça, mais je vois bien qu'il s'inquiéte pour moi. Il est temps que j’avance ne serait-ce que pour eux et si je dois passer par cette mission alors je le ferai. Ingride m’amène dans un magasin, où nous choisissons des vêtements tout y passe, jusqu’au sous-vêtements.
Ensuite, elle m’amène au salon de beauté où il me font la totale, coiffure, épilation de la moustache, épilation des aisselles et épilation du maillot. Ça fait un mal de chien, j’avais oublié cette douleur.
Vient maintenant le moment que je redoutais, il nous faut acheter des chaussures. Ingride me prend des talons ça fait des années que je n’en ai plus porté je suis sûre que je vais tomber avec ces trucs. Elle me fait marcher devant elle. Je défile comme un mannequin à qui on aurait enfoncer un balais dans le cul la veille.
La journée terminée, je rentre à la maison. J’ai mal partout, mes cheveux blonds ont été relâchés d’habitude je les détache pour pouvoir travailler c’est plus pratique. Ils m’ont mis vernis rose sur les ongles. Rose comme si j’étais une petite fille ! Et j’ai eu droit à des flacons de parfum, bon ça par contre c’est cool ça sent super bon, des vêtements et des chaussures, il a vraiment mis le paquet pour cette mission. Je dépose mes précieux bagages sur mon lit, avant d’aller jouer avec ma nièce.
Une fois cela fait, je me saisis du dossier que m’a donné mon frère, il faut que j’en sache un minimum sur ce type. Alors Matthew Baxter, vingt-neuf ans, profession chanteur… Sa nourriture préférée, c’est le bœuf bourguignon.
C’est un plat français ça non ? Il est allergique aux jonquilles, aux pénicillines et à l’huile essentielle de romarin. Sérieux y’a des gens qui sont allergiques à ça ? Il vit à New-York dans l’Upper East Side.
- Tu m’étonnes, il doit être l’une de ces stars snobe et se superficiel qui se prennent pour le nombril du monde.
Il a des frères et sœurs qui vivent dans le Colorado.
À la fin, il y’a une photo de lui, je m’attarde un instant sur celle-ci, son regard est perçant on dirait qu’il me fixe moi et non la caméra. Il a une posture fière, autoritaire et il respire la confiance en lui, chose qui me manque cruellement ces dernières années. Il a les yeux rieurs. Je me surprends à beaucoup trop m’attarder sur cette photo.