Chapitre 2
Elle acquiesça, car elle se voyait mal y aller seule. De plus, elle était sûre que Jessica serait contente et viendrait avec elle. Elle y aurait sûrement des connaissances.
— Je vous les fais livrer dès demain, dit Paul en prenant l’adresse du magasin de disques.
Il lui embrassa la main comme un gentleman et s’en alla à la recherche de son assistant. Quelques secondes après, Jessica arriva avec deux coupes et s’installa avec elle.
— Je vois que tu n’as pas eu besoin de moi pour Paul Miller… susurra-t-elle.
— C’est fantastique, Jessica ! Demain, nous allons à son concert au stade et nous serons dans les backstages !
— Moi aussi ?
— Bien sûr !
Jessica la prit dans ses bras tandis qu’une bouffée hilarante envahissait Mary. Si elle s’était attendue à tout ça ! Aujourd’hui était vraiment son jour de chance !
— Tu penses qu’il t’a prise pour une… Escort ?
— Non ! Quand même, je ne pense pas ! Pourquoi ?
— Comme ça…
Elle mit le doute à Mary qui finit par se dire que tant pis s’il la prenait pour une call-girl, il verrait bien qu’elle n’en était pas une à un moment ou à un autre. Elles quittèrent le petit salon et allèrent danser. Le champagne avait un peu enivré Mary mais elle se sentait bien. Tout s’était passé à merveille et elle flottait comme dans un rêve. Paul Miller… Le premier à avoir fait battre son cœur d’adolescente au rythme de « Pleasures in the Night »… Sept ans avaient passé mais l’émoi était toujours le même. Elle le connaissait enfin ! Demain, elle irait à un de ses concerts mais ne serait plus une anonyme dans la fosse, elle serait V.I.P !
Tandis qu’elle dansait, elle crut apercevoir Paul adossé à un arbre en train de la regarder ce que confirma Jessica un instant plus tard.
— Je crois que tu lui plais, dit cette dernière, et je m’y connais en homme !
— Mais et sa femme ?
— Tu apprendras, ma chérie, que dans ce milieu-là, les femmes ne sont jamais un obstacle.
— C’est affreux !
— Pour elles, pas pour nous.
Jessica parlait comme si elle faisait partie de son milieu, mais elle, elle n’était pas une call-girl, elle avait des principes. Elle ne touchait pas aux hommes mariés et en plus Paul Miller n’était rien de plus qu’un fantasme ! De là à imaginer plus… Cependant, il était vrai que c’était un homme comme les autres et de plus, il était sexy en diable ! Elle se surprit à imaginer ses lèvres sur les siennes, puis se reprit, rose de honte. Qu’allait-elle imaginer ! Paul Miller ne s’intéressait pas aux petites disquaires comme elle, il devait aimer les femmes de la trempe de Jessica. Les femmes sûres d’elles et expérimentées.
Tom Hill s’approcha d’elles et enserra Mary par la taille en esquissant une danse. Elle sursauta. Elle n’avait pas l’habitude de ce genre de familiarités. Elle resta polie car il était leur hôte, mais n’en pensait pas moins. Il était plutôt joli garçon malgré ses effrayants piercings sur le visage et ses tatouages partout. Ses longs cheveux étaient noir de jais et ses yeux bleus perçants comme de la glace. Il se pencha à son oreille.
— Si vous étiez de la partie, ma jolie Mary je serais votre client attitré, murmura-t-il apparemment ivre.
— Je suis désolée…
— Si vous changez d’avis, Jessica a mon numéro.
Elle fut choquée par tant de grossièreté, mais elle mit cela sur le compte de l’alcool. Elle eut à peine le temps de voir Paul arriver vers Tom pour lui glisser quelque chose à l’oreille. Ce dernier se mit à rire tandis que Paul repartait nonchalamment.
— Ta protégée a fait forte impression, dit-il en se retournant vers Jessica, Paul Miller vient de me dire qu’elle était chasse gardée.
Mary n’en croyait pas ses oreilles, Paul avait vraiment dit ça ? Il avait dû vouloir empêcher Tom de l’embêter car il avait deviné qu’elle n’était pas call-girl et c’était tout à son honneur. Elle était aux anges. Paul Miller était son preux chevalier, il était venu à son secours.
— Tu te débrouilles bien pour une novice, lui glissa Jessica en souriant
— Je n’ai rien fait.
— Pas pour longtemps… Je te conseillerais de prendre ce qu’il y a à prendre, c’est la chance de ta vie, ma belle.
Elle craignait de comprendre l’allusion… Non, elle n’était pas comme ça ! Elle ne s’engagerait pas dans une voie qui ne la mènerait à rien avec un homme marié depuis des années à la même femme. L’épouse de Paul était son ancienne choriste Sally Strickland, elle lui avait donné deux beaux enfants, un garçon, Caleb et une fille, Jordan. Sally Strickland était très belle étant jeune, mais sa beauté commençait à se faner sous le poids des ans. Elle ne travaillait plus depuis sa seconde grossesse, mais restait une femme active au sein de plusieurs associations caritatives dont elle était la marraine.
— Je ne peux pas, dit-elle à Jessica la voix tremblante.
— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? C’est totalement différent.
— Je ne peux pas, répéta-t-elle.
— Alors tu voudrais bien…
À sa grande stupeur, Mary dut reconnaître qu’elle était tentée. Cependant, avec son peu d’expérience en matière d’hommes, elle n’oserait jamais franchir le cap avec un homme tel que Paul. Elle le regarda du coin de l’œil et s’imagina de nouveau dans ses bras mais ne rougit pas cette fois. Combien de fois en avait-elle rêvé dans sa chambre en embrassant son poster au mur ? Elle ne les comptait plus. Lorsqu’elle avait fait l’amour pour la première fois, pour faire comme tout le monde, elle s’était imaginé que c’était lui. Mais tout cela était loin à présent, elle avait mûri. Elle ne rêvait plus. C’était bien là son problème.
— C’est quoi ton rêve, Jessica ?
— Moi ? Me marier avec un mec sexy plein de fric et avoir une maison pleine d’enfants. Pourquoi ?
— Tu vois, le problème est là : moi, je n’ai plus ce genre de rêve. Je vais rester une petite vendeuse de disques toute ma vie et j’épouserai sûrement quelqu’un de mon niveau social et on aura plein de crédits tous les mois. Fin de l’histoire.
— Tu es folle ! Avec ta plastique de rêve, tu peux prétendre à mieux !
Jessica lui prit les mains et lui écarta les bras pour mieux la regarder.
— Mon agent t’a repérée tout de suite, dit-elle.
— Ton agent ?
— C’est comme ça qu’on l’appelle, c’est lui qui nous fait travailler. Il a dit que si tu étais open tu pourrais avoir beaucoup de boulot…
— Ça ne m’intéresse pas. Je n’en serais pas capable.
Son amie lui dit que rien ne pressait, qu’elle avait tout le temps pour y songer. Elle ! Escort Girl ! Non ! Jamais !
Un géant blond à l’allure d’homme d’affaires arriva vers elles. Un très bel homme lui aussi avec ses cheveux courts et ses yeux verts, nota Mary en se demandant s’il y avait des gens laids à cette soirée.
— Quand on parle du loup… murmura Jessica.
Mary ne se serait jamais imaginé un mac ainsi. Elle aurait plutôt vu un vieux dégoûtant au ventre bedonnant et à la peau grasse, pas un top model !
— Tu me présentes, Jessica ? demanda ce dernier en plantant son regard dans celui de Mary.
— Mary Flannagan, voici Alexander Moore, mon agent.
La jeune fille tendit la main et il la lui serra avec insistance.
— Je suis charmé.
— Enchantée.
— Tu lui as parlé, Jess ? interrogea-t-il.
— Elle n’est pas intéressée.
— Pour le moment… dit-il avant de s’éloigner non sans avoir plongé ses yeux dans les siens.
Elle en resta toute tremblante, comme hypnotisée. Cet homme avait un charme fou, quel dommage qu’il soit « agent ».
— Il est beau, hein ? lui dit Jessica en riant.
— C’est un véritable top model !
— C’en était un et à trente-cinq ans il s’est recyclé. C’est aussi un super coup !
— Tu veux dire que…
— Que j’ai couché avec ? Oui.
Jessica avait dû en connaître des hommes… Elle se sentait ridicule. Un homme, un seul dans toute sa vie… Elle n’avait fait que bosser après sa rupture qui s’était opérée à peine deux mois plus tard. Elle n’en avait pas souffert, elle ne l’aimait pas même si elle y avait cru au début.
— Paul Miller en vue, il arrive. Je vais boire un verre. Je te laisse, fit soudain Jessica en s’éclipsant.
— Jessi…
Elle aurait voulu lui crier de revenir mais la musique aurait couvert sa voix. Elle n’avait pas le courage d’être seule avec Paul. Pas après ce qu’on lui avait dit. Pas après avoir réalisé que lui aussi lui plaisait vraiment beaucoup.
— Vous vous amusez, Mary Flannagan ?
— Oui, merci et vous ?
— Ça va.
— Vous devez avoir l’habitude…
— Depuis le temps. Je suis dans le métier depuis vingt-cinq ans, vous savez.
— Je sais.
Elle n’était même pas née qu’il était déjà une grande star du rock international. Son premier album « Pleasures in the Night » d’où venait la chanson éponyme était son préféré. Non, en fait, elle les aimait tous. Il chantait à merveille avec sa voix cassée et jouait de la guitare comme un dieu.
— Vous êtes majeure, Mary Flannagan ?
— J’ai vingt-deux ans !
— Vous semblez si jeune et si ingénue… Comparée aux autres filles qu’il y a ici…
— Je ne suis pas comme elles.
Elle espérait qu’il avait vraiment compris qu’elle n’était pas de la même veine que les autres ! Elle ne voulait pas passer pour une prostituée aux yeux de son idole, même si elle pensait qu’il n’y avait pas de sot métier.
— Non, vous n’êtes décidément pas comme elles.
Jessica arriva à pas de loup vers elle et s’excusa auprès de Paul qu’elle salua chaleureusement.
— Je dois bosser ce soir, je t’appelle un taxi ? dit-elle à Mary.
— Euh…
Elle se disait qu’elle n’avait certainement pas les moyens de se payer un taxi, mais elle ne pouvait rentrer à pied chez elle ! La maison de Tom était sur les hauteurs et elle habitait de l’autre côté de la ville.
— Je vais la ramener, proposa Paul en demandant ensuite à la jeune fille ce qu’elle en pensait.
— Je ne voudrais pas abuser…
— Si Paul te le propose, insista Jessica en faisant les gros yeux.
— C’est d’accord, finit-elle par dire en espérant ne pas faire une grosse bêtise.
— Merci, Paul, et à demain, Mary.
Jessica s’éloigna aussi vite qu’elle était arrivée et disparut dans la foule, sa crinière de feu au vent.
Chapitre 3
Paul demanda à Mary si elle souhaitait encore profiter de la fête ou si elle voulait rentrer tout de suite. Comme elle était seule à présent, elle ne savait pas trop mais il promit de lui tenir compagnie.
— Ne m’abandonnez pas, le supplia-t-elle, je ne suis pas très à l’aise…
— J’ai promis et je ne faillis jamais à ma parole.
Ils passèrent un bon moment à discuter et à boire, si bien qu’elle avait le feu aux joues et la tête pleine d’étoiles. Elle était avec Paul Miller au clair de lune à parler musique ! Elle allait sûrement se réveiller !
— Venez dans la salle de musique de Tom, nous serons plus au calme, Mary
Elle accepta tout de suite ce tête-à-tête avec le chanteur. Tout ce bruit lui donnait le tournis. Les gens criaient et se jetaient dans la piscine, certaines filles étaient nues et cela la mettait terriblement mal à l’aise. L’avait-il remarqué ?
La salle de musique ou plutôt le studio d’enregistrement personnel de Tom Hill était immense. Il y avait des instruments de musique de partout et une table de mixage interminable. Tout était insonorisé et en bois, c’était magnifique. Paul prit une guitare acoustique et se mit à l’accorder à l’oreille.
— Je vous joue un morceau ?
— Oh oui ! « Pleasures in the Night ! » C’est ma préférée !
— Ce n’est pas mon succès le plus récent !
— Je vous ai connu grâce à cette chanson…
Il commença à jouer et se mit à chanter doucement. Cette version acoustique improvisée pour elle lui donnait des frissons. Elle finit par chanter avec lui en lui souriant, assise sur un ampli.
— C’est que vous avez une très jolie voix, Mary Flannagan.
— Ne vous moquez pas.
— Je suis sérieux.
— J’ai appris en vous écoutant…
— Seriez-vous une fan ?
— Je l’avoue.
Il éclata de rire et la prit par le cou en l’embrassant sur la joue. Ce contact soudain la déstabilisa au plus haut point. Elle se rendit compte qu’elle aurait aimé être embrassée sur les lèvres et en eut honte. Alexander Moore arriva à ce moment-là.
— Pardon ! Je ne voulais pas vous déranger ! s’excusa-t-il faussement gêné.
— Ne t’excuse pas, mon ami, l’interpella Paul, savais-tu que Mary chantait très bien ?
Comment l’aurait-il su, ils se connaissaient à peine !
— Elle a beaucoup d’atouts de son côté, dit Alexander en la dévorant des yeux.
Elle déglutit péniblement.
— Celle-là, il ne faut pas l’abîmer, mon vieux, c’est une véritable petite fleur, continua Paul comme si elle n’était pas là.
— Elle ne se laissera pas abîmer, j’en suis sûr.
Elle se racla la gorge pour leur rappeler sa présence ; et puis elle ne connaissait pas cet Alexander ! De quel droit parlait-il d’elle comme s’ils étaient amis ! Paul allait croire qu’elle faisait partie de ses filles s’il continuait ainsi.
— Je voudrais rentrer, Paul.
— À vos ordres, Mary Flannagan.
— Merci.
Il sortit de la salle pour aller chercher ses affaires, laissant quelques instants Mary seule avec Alexander. Celui-ci l’attrapa par le bras sans ménagement.
— Chez moi, on ne fait pas cavalier seul, ma petite.
— Je… Je ne vois pas ce que vous voulez dire…
— Je l’espère, sinon tu t’en souviendras.
Elle se dégagea brusquement et le poussa.
— Je n’ai rien à voir avec votre business, mettez-le-vous dans la tête ! s’écria-t-elle en le plantant là, tout seul.
Quel culot ! S’il recommençait, il allait savoir qui elle était ! Elle était peut-être gentille, mais personne ne lui marchait sur les pieds !
Elle rejoignit Paul à l’extérieur qui disait au revoir à ses amis. Tom Hill vint la saluer et fit un clin d’œil à Paul. Ils ne pensaient donc tous qu’à ça ! Heureusement, Paul avait tout d’un homme bien ! Elle réajusta sa robe et l’attendit patiemment. Moins de cinq minutes plus tard, il fut là.
— En route, Mary Flannagan !
Il lui ouvrit la portière d’une superbe voiture de sport noire comme elle n’en avait jamais vu et lui demanda où il la déposait. Elle eut un peu honte de lui indiquer un quartier modeste de la ville, mais elle ne se sentait pas de marcher pour arriver jusque chez elle sinon elle lui aurait dit une autre adresse !
Il roulait très vite, mais étrangement, avec lui, elle n’avait pas peur. Elle se sentait bien. Elle l’observa de profil. Il avait un nez et un menton prononcés qui ajoutaient du charme à sa virilité. Oui, il lui plaisait autant que lorsqu’elle était adolescente et même plus encore ! Maintenant, elle était femme et ce rêve d’être dans ses bras n’était plus chaste. Mais que pensait-elle ! Mon Dieu ! Cela devait être le champagne ! Elle n’avait pas l’habitude de boire, c’était sûrement ça.
— Vous vivez seule ?
— Oui, mais je songe à prendre une colocataire, les temps sont durs.
— Je comprends.
Non, il ne pouvait pas comprendre, il était riche, très riche. Mais elle ne releva pas. Son emploi chez le disquaire était très mal payé et les fins de mois étaient plus que difficiles mais elle réussissait à tout boucler. Seulement, cela ne laissait pas de place à l’excès.
Paul arrêta la voiture devant sa petite maison et ne fit aucun commentaire sur la modestie de celle-ci.
— J’ai passé une excellente soirée grâce à vous, Paul.
— Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, Mary Flannagan. Je compte sur vous pour le concert ?
— Bien sûr !
Il l’attrapa doucement par la nuque et posa ses lèvres sur les siennes. Ce qui n’était qu’un chaste baiser s’enhardit vite. Elle ne pensait plus à sa femme et à ses préjugés. Elle réalisait son rêve de gosse. Elle était en train d’embrasser Paul Miller. Ils finirent par se séparer et il la regarda intensément.
— Tu es une drôle de petite fille, Mary Flannagan.
— Appelle-moi Mary…
— Je vais t’appeler Child, parce que tu es une enfant pour moi.
— J’ai l’âge qu’il faut…
Il l’embrassa de nouveau et lui souhaita bonne nuit sans rien demander de plus. Il était le deuxième homme qu’elle embrassait dans sa vie