Chapitre 5
Je n’avais pas pu m’empêcher de lui poser des questions. Il avait semblé deviner ce que j’allais demander et avait immédiatement sorti des preuves pour démontrer que leurs relations étaient purement professionnelles. Il en avait même profité pour me blâmer, m'accusant d'être jalouse et d'avoir l'esprit étroit. Pour se venger de mes prétendues divagations, il avait fini par amener Anne chez nous en toute impunité, par pur défi.
Je percevais vaguement la provocation et l’hostilité d’Anne en ma présence.
Pourtant, leur relation paraissait normale, sans la moindre transgression visible.
Au fil du temps, j’avais fini par douter de moi-même.
Chaque jour, je me demandais si j’avais tort. Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis qu’avec tout ce temps perdu à me torturer, j’aurais pu accomplir n’importe quoi.
Le lendemain matin, Pascal a annoncé la promotion d’Anne, ainsi que mon transfert au poste le plus bas de l'échelle.
Lors de l’annonce, il se montrait vigilant, mais il n’a compris que j’acceptais vraiment qu’en voyant mon visage rester impassible, du début à la fin.
Il était de bonne humeur, et moi aussi.
Les jours suivants, alors que Pascal organisait une fête en l’honneur d’Anne, je m'occupais de mes démarches de visa.
Lorsqu'ils sont allés se détendre au parc d’attractions, j'étais en train de ranger mes affaires ; ce que j’emportais ne remplissait même pas une valise.
Quand ils se sont rendus dans un club pour un dîner d’affaires et qu’on les a poussés à boire verre après verre, j’ai effectué la passation complète de mes dossiers.
......
Deux jours plus tard, pour mon dernier jour au sein de l’entreprise, j’ai terminé les dernières formalités auprès du service du personnel.
« Avant de partir, passez au bureau du PDG, Monsieur Pascal vous cherche », a déclaré l'employé sans même lever la tête.
J’ai eu envie de refuser, puis je me suis ravisée : je partais ce soir-là. Si Pascal sortait avec Anne comme à son habitude et ne rentrait pas, c’était notre ultime rencontre.
Après tout, nous avions passé cinq ans ensemble, une séparation méritait bien une forme de cérémonie.
Habitée par cette pensée, je suis montée à l’étage.
Je m’apprêtais à pousser la porte quand, à travers la paroi de verre, j’ai aperçu Pascal assis sur le canapé, le dos incliné en arrière. Anne, vêtue d’une robe longue, était allongée, la tête posée sur ses genoux, dans une posture intime.
Je ne savais pas ce que Pascal lui racontait, mais Anne couvrait sa bouche en riant à gorge déployée.
Je me suis immobilisée.
Je me demandais si je devais m’éclipser quand Anne m’a vue la première. Elle a poussé un cri de surprise et s’est levée précipitamment.
« Louise, qu’est-ce que tu fais ici ? »
Une pointe de nervosité a traversé le visage de Pascal. Il a ajusté son costume un peu froissé, puis m’a fustigée : « Louise, qui t’a permis d’entrer ?! »
« Ne t’ai-je pas dit que personne n’avait le droit de monter ici pour me déranger sans ma permission ? »
Pascal avait instauré cette règle autrefois.
Mais la règle originale était la suivante : « Sauf Anne, personne n'a le droit de monter me déranger. »
À l'époque, je pensais qu’il lui accordait un traitement spécial, mais j’en comprenais enfin le sens réel.
Cependant, comme je partais, je n’en ai pas été affectée.
J’ai répondu froidement : « Le chef du personnel m’a dit que tu me cherchais. »
Pascal a ricané. Il a marché d’un pas vif jusqu’à son bureau et a appuyé violemment sur l’interphone. En moins de deux minutes, le chef du personnel est monté.
« Est-ce toi qui as dit à Louise que je la cherchais ? » a demandé Pascal d’un ton glacial.
Le chef du personnel a senti que l’atmosphère était anormale. Il a observé le visage fermé de Pascal, puis Anne qui jouait l’offensée. Terrorisé, il a bégayé après un long silence : « Je... je ne m’en souviens pas. »
« Tu vois ? » a lancé Pascal avec l'air d'un général vainqueur.
Il m’a jeté un regard méprisant avant de lancer d’un ton railleur :
« Est-ce que tout cela a un sens, Louise ? »
« J’ai cru que tu étais enfin devenue raisonnable, mais tu es toujours aussi calculatrice. Si tu tiens tant à m'épier, veux-tu emménager ici pour me surveiller jour et nuit ? »
« Ou bien dois-je porter une caméra sur moi pour satisfaire ta curiosité ? »
Chapitre 6
Je m’étais rendu compte que je n’avais rien à dire — aucune explication ne pourrait changer son avis, elle ne serait qu’un prétexte de plus pour lui.
« Pascal, ne soyez pas en colère. Je suis sûre que Louise s’est simplement trop souciée de toi. Elle a perdu son calme un instant, mais elle ne voulait pas te déranger volontairement. »
Anne s’est approchée de Pascal doucement, caressant son dos tendu avec une tendresse feinte. En disant cela, elle s’est tournée vers moi. Son regard cachait une satisfaction évidente, mais sa voix restait innocente : « Louise, ne vous faites pas d'idées. J’étais trop fatiguée tout à l’heure, j’avais un mal de tête terrible. Pascal avait seulement pitié de moi, il voulait m’aider à me détendre afin que je puisse continuer à traiter les affaires de l’entreprise. »
« Tout ce que nous faisions était pour la société, n’allez pas mal interpréter Monsieur Pascal, je vous en prie. »
J’observais son air hypocrite et la provocation qui se dégageait de son regard. J’ai compris immédiatement qu’elle espérait précisément me voir souffrir et perdre patience sur-le-champ.
Même si je ne connaissais pas toute la vérité, j’étais certaine que tout cela était un piège élaboré par Anne.
Le chef du personnel se tenait à côté. Il était astucieux ; comment n’aurait-il pas vu qu’Anne était la personne la plus chère au cœur de Pascal ? L’atmosphère était tendue à l’extrême, il n’osait naturellement pas dire la vérité et restait silencieux.
Mais je savais bien que même s’il osait parler, Pascal ne l’aurait pas cru.
J’ai décidé de garder le silence. Mais Pascal n’avait pas encore calmé sa colère. Son ton restait abrupt lorsqu'il a dit froidement à Anne :
« Pas la peine de lui expliquer, elle ne mérite pas de l’entendre. »
« La vie privée est une chose, l’entreprise en est une autre ! Puisque nous sommes ici, nous devons absolument suivre les règles de la société ! »
« Louise, tu t'es introduite sans autorisation dans le bureau du PDG, tu as violé le règlement. Toutes tes primes de ce mois sont annulées, et ton salaire est réduit de moitié ! »
Le chef s’est avancé rapidement, la voix tremblante : « Monsieur, Louise avait déjà… »
Il n’a pas pu terminer sa phrase. Un regard glacial de Pascal l’a coupé net.
« Je ne veux entendre aucune excuse. Fais ce que je t’ai dit. »
Paralysé de peur, le chef n’a plus dit un mot avant de dévaler précipitamment l’escalier.
J’ai respiré profondément, et je me suis tournée pour partir. Mais Pascal m’a appelée brusquement : « Louise, arrête-toi. »
Peut-être avait-il épuisé sa colère, car son ton s’est adouci. « Je ne veux pas te cibler intentionnellement, mais ce sont les règles de l’entreprise. Si je ne te punissais pas, comment pourrais-je faire respecter mon autorité ? »
Anne a immédiatement hoché la tête, affectant une mine compréhensive : « Louise. La prochaine fois, tu pourrais d’abord demander à Pascal. S’il était occupé, tu pourrais me demander, je t’aiderais avec plaisir. »
À ces mots, Pascal a regardé Anne avec approbation.
« Regarde Anne, elle consacre tout son temps à l’entreprise. »
Quand il s’est tourné vers moi à nouveau, son regard est redevenu méprisant : « Et toi, tu ne fais rien d’autre que me suivre partout et faire des scènes. Ne peux-tu pas apprendre d’elle ? »
Apprendre quoi ?
Apprendre à porter un masque pour s’immiscer dans la vie des autres ? À être hypocrite et à tendre des pièges ?
Un sourire amer a effleuré mes lèvres. Je ne voulais rien révéler.
Voyant mon silence, Pascal a pensé que j’avais réalisé mes torts.
Son ton est devenu encore plus doucereux. Il s’est approché de moi, a tendu la main et a arrangé maladroitement mon col.
« Je sais que tu faisais tout cela parce que tu tiens à moi, j’étais vraiment déçu de toi », a-t-il dit avec sollicitude.
« À vrai dire, depuis mon retour, tu es devenue plus studieuse. Pour te récompenser, demain, nous irons prendre des photos de mariage. Mais ne sois pas trop fière, tu dois encore corriger ton caractère et apprendre d’Anne. »
« Le mariage ? »
Avant qu’il ne termine, j’ai laissé échapper un petit rire ironique.
J’ai repoussé sa main.
Ensuite, j’ai sorti la lettre de démission que j’avais préparée depuis longtemps et je la lui ai tendue.
« Pascal, nous avons rompu. »
« De plus, j’ai déjà démissionné. À compter d’aujourd’hui, il n’y a plus aucun lien entre nous. »