Chapitre 2
Point de vue de Layla
J’ai fait un pas en arrière avant de pouvoir m’arrêter alors qu’il s’approchait, mais le rire de Lou a arrêté Alexis, et son visage s’est contracté de rage.
« Toi... » A-t-il commencé, mais avant qu’il ne puisse dire un mot de plus à Lou, mon père l’a attrapé par le col. Il l’a tiré assez près pour que leurs nez se touchent presque.
« Mentionne le nom de Louise encore une fois et verras si je te traque », a averti mon père d’un ton calme et menaçant. « Même si tu te caches, je te trouverai. »
En le regardant maintenant, je pourrais dire qu’il était évident que Gabriel Fournier était le Bêta de la Meute de Sang. Un certain nombre d’émotions se battaient en moi pendant que je prenais le tout en compte.
J’étais fière de sa démonstration de force, mais aussi blessée car il n’avait pas hésité à voler à la défense de ma sœur quand Alexis s’est approché pour l’insulter. En même temps, sa solution à ma propre disgrâce était de me marier.
Alexis a secoué les mains de mon père de son col, et il faisait quelques pas en arrière.
« Violateurs de serment ! » S’est-il écrié en nous regardant à travers des yeux durs et rigides. « Vous êtes tous de sales tricheurs sans pudeur, des putes et des menteurs ! »
Avant qu’il ne puisse continuer, mon père l’a interrompu.
« L’Alpha Hector sera bientôt là, et comme tu le sais, il ne tolérera aucune des choses méprisables que tu as dit jusqu’à présent. »
L’effet de ses paroles était instantané. Alexis a pâli aux mots de mon père, et pendant près d’une minute, sa bouche est restée ouverte comme un poisson fraîchement sorti de l’eau alors qu’il essayait de trouver une réponse appropriée.
Quiconque ayant un demi-cerveau aurait eu la sagesse de craindre notre Alpha, Hector.
Le chef de la Meute de Sang était un homme que je connaissais depuis la plupart de ma vie, et pourtant je pourrais compter sur mes dix doigts le nombre de fois où je l’avais entendu parler des autres choses hormis les fonctions de la meute.
Grand et assuré d’une manière qui n’attirait pas l’attention sur ces qualités parce qu’il n’en avait jamais besoin, Hector suintait le pouvoir, car même parmi les prédateurs, il était une bête féroce, et oublier cela était un danger pour soi.
« Connerie ! » A crié Alexis de manière explosive, même s’il était clair pour nous tous qu’il était intimidé. Sa fierté blessée l’a emporté sur l’auto-protection. Il était trop arrogant pour reculer maintenant.
« Tout le monde saura ce qui s’est passé dans cette famille déshonorée ! » A-t-il crié avec véhémence avant de se frayer un chemin hors de la pièce.
J’ai prié pour que les choses se terminent comme ça, mais dès que la porte s’est ouverte, Alexis est sorti dans le couloir et s’est mis à crier à tue-tête. Il nous traitait de tricheurs, de salopes et de maléfiques escrocs.
« Alexis ! » A sifflé Rose qui était choquée. « Arrête ça immédiatement. Tu fais une scène. »
Elle avait un bras autour de l’épaule de Lou, et quand j’ai regardé ma sœur, la jeune fille m’a lancé un petit sourire narquois avant d’essuyer rapidement son œil avec un mouchoir que sa mère lui avait donné.
« Je ne fais que commencer. » Alexis lui a adressé un sombre sourire avant de sortir en courant de la maison et dans la cour où la meute se rassemblait d’habitude pour les annonces.
« Les Fournier sont des fraudeurs ! » Les regards se sont tournés vers nous. « Gabriel et Rose Fournier ne méritent pas d’être les Bêtas de la Meute de Sang ! »
Il y avait une pause pour l’effet dramatique.
« Bien que je sache qu’elle était une louve irréparablement handicapée, ils m’ont piégé dans des fiançailles avec leur fille, Layla. »
Choquée, j’ai vacillé légèrement mais je me suis rattrapée avant de tomber, et mon cœur s’est serré car je savais sans l’ombre d’un doute ce qui suivrait. À l’intérieur, ma louve Léa, maintenant complètement réveillée, a grondé sourdement dans sa poitrine.
« Vous voyez, la louve de Layla est handicapée. Elle manque d’odorat, et donc elle ne peut pas ressentir son compagnon. Même si elle savait bien cela, Layla m’a séduit avec des mensonges en prétendant qu’elle m’aimait assez pour être avec moi au lieu de son compagnon quand elle se jetait sur moi. »
J’ai pris une respiration lente et inégale, sentant mes épaules s’affaisser d’horreur face au poids de cette révélation, qui jusqu’à présent avait été un secret honteux qui pesait sur moi et ma famille.
Tout le monde le savait maintenant.
« La vérité », a-t-il poursuivi, « c’est que personne ne l’accepterait pour être un monstre, une naine. Personne, sauf la personne la plus gentille, c’est-à-dire moi, et elle espérait ne pas être exclue quand je découvrirais enfin la vérité. »
Plusieurs personnes autour de moi ont retenu leur souffle, et j’ai senti la pression de centaines d’yeux s’appesantir sur moi à son allégation, mais j’étais pétrifiée sur place, trop occupée à fixer Alexis avec un sentiment de trahison.
Il était vrai que, contrairement aux autres loups, Léa manquait d’odorat, et par conséquent elle ne pourrait pas ressentir son compagnon même s’il se tenait juste devant elle - mais dans une course pour se peindre en victime dans tout cela, Alexis avait menti en prétendant qu’il ignorait mon handicap.
Il l’avait su presque aussitôt après nos fiançailles, et même maintenant, si je fermais les yeux, je pouvais me rappeler cet après-midi dans ma chambre où je le lui avais dit et il l’avait balayé du revers de la main, disant que ça n’avait pas d’importance avant de me prendre dans ses bras et de me remercier d’avoir confié quelque chose comme ça.
Mes yeux me piquaient de larmes, et je pouvais sentir ma gorge commencer à se contracter. À l’intérieur, Léa gémissait.
« Layla, je suis tellement désolée », a-t-elle gémi d’un ton lourd de culpabilité. « Si je n’étais pas handicapée, tu ne serais pas dans cette situation, traînée vers le bas à cause de moi. »
« Ce n’est pas ta faute », l’ai-je rassurée fermement, même si ma vision était trouble. Tout comme moi, Léa n’était pas responsable tout ça. Je n’allais pas l’accabler davantage quand elle se blâmait déjà.
Il y avait maintenant des cris d’indignation dans la foule tandis que les membres de ma meute se rangeaient du côté d’Alexis. Ils lançaient des insultes à mon père, ma belle-mère et moi, surtout.
Ils m’ont qualifiée de tout, de défectueuse au raté en passant par la salope calculatrice, et j’étais tellement prise dans tout ça que je n’ai pas remarqué que ma famille s’éloignait de moi jusqu’à ce que j’entende la voix de mon père s’élever.
« Layla, comment as-tu pu faire ça à Alexis ? » A-t-il tonné, et pendant un moment tout ce que j’ai pu faire était de cligner des yeux en essayant de comprendre ce qui se passait. « Je n’avais jamais su que tu puisses être si sournoise. Tu nous as déçus, moi et notre famille, mais aussi le meute. »
De quoi parlait-il ? Il savait que j’avais confié à Alexis mon défaut de perception.
Soudain, la réalisation m’a frappée comme un coup, et mes genoux ont cédé : il décidait de me tenir responsable pour que la réputation de la famille reste intacte.
Je pouvais sentir les battements de mon cœur dans ma gorge alors que mes yeux se remplissaient de larmes à cette trahison, et un engourdissement soudain commençait à se répandre dans mes membres.
« S’il te plaît, papa », ai-je imploré faiblement avec la gorge nouée par l’émotion. Mais son visage restait impassible pendant qu’il continuait à parler, juste pour m’accuser de les avoir tous trompés.
D’abord mon fiancé, puis ma meute, et maintenant mon père. Tous m’avaient tourné le dos alors que je n’avais rien fait. Toutes ces trahisons que j’avais subies a finalement fait craquer mon masque et j’ai perdu le contrôle.
J’ai laissé échapper un sanglot rauque, et ma main a volé à ma bouche lorsque les larmes coulaient sur mon visage.
Tout ce que j’avais toujours voulu, c’était vivre en paix, mais encore et encore on me rappelait que je n’aurais jamais le droit d’avoir quelque chose de bon.
Je pleurais donc je n’a pas découvert le nouvel arrivé. La foule s’écartait pour le laisser passer et il avançait jusqu’à ce qu’il se tienne devant ma famille et moi.
Puis j’ai entendu une voix de baryton grondante derrière moi.
« Que fais-tu ici ? »
Chapitre 3
Point de vue de Layla
À cette question, mon souffle s’est coincé dans ma poitrine et j’ai senti un frisson parcourir mon épine dorsale alors que sa voix puissante m’enveloppait.
Les larmes ruisselaient sur mon visage, et je me suis lentement retournée pour découvrir l’Alpha Hector observer la scène devant lui avec un air mécontent. Ses lèvres étaient serrées fermement et ses yeux étaient plissés.
J’ai réprimé un hoquet dès que mon regard s’est posé sur lui. Je le dévisageais avec les yeux écarquillés.
Il s’avérait effrayant dans une chemise tachée de sang. Il y avait des éclaboussures de sang séché partout sur son visage, et ses mains semblaient avoir été plongées dans un seau de peinture rouge.
Un moment s’est écoulé avant que je ne réalise qu’aucune de ces taches ne provenait de lui. Une partie de sa chemise avait été complètement déchirée, mais la peau en dessous restait lisse et intacte, bien que je sache car je l’ai vu s’entraîner pendant des années, que son corps était un patchwork de cicatrices nouées sur des muscles saillants.
Il revenait de la bataille pour laquelle il était parti deux jours plus tôt avec certains des meilleurs combattants de notre meute, pour s’occuper du problème des renégats, et je savais sans l’ombre d’un doute qu’il avait gagné compte tenu de ses antécédents. Notre Alpha ne perdait jamais. C’était un fait bien connu.
Sa réputation impitoyablement froide de machine à tuer était l’une des raisons pour lesquelles notre meute était largement reconnue par les autres meutes. Les loups-garous aimaient autant conquérir que massacrer, mais tout le monde connaissait sa place dans la chaîne alimentaire. Il était le prédateur suprême, et je me situais quelque part en bas de l’échelle.
« Ne me faites pas me répéter », a-t-il ordonné, et à côté de moi j’ai remarqué que la posture de mon père se raidissait légèrement. Mais il s’est vite repris en s’éloignant de sa femme et de sa fille pour se diriger vers Hector.
« Alpha, bienvenue », a-t-il commencé d’une voix qui portait à travers la clairière. « Je suis sûr que vous... »
« Ne perdez pas mon temps, Gabriel », a dit Hector en le coupant, et j’ai senti un frisson me parcourir à cet ordre grondé. En moi, Léa gémissait, et elle a caché son visage dans ses pattes.
« Oui, Alpha », a dit mon père en inclinant légèrement la tête en signe de respect. Il s’est éclairci la gorge. « C’est juste une simple affaire. Je m’excuse que cette scène indigne soit la première chose que vous voyiez à votre retour. »
Seul un léger raidissement de son corps m’a fait comprendre qu’Hector était agacé par cela, et le silence qui a suivi la déclaration de mon père s’est étiré inconfortablement.
N’importe qui d’autre à la place de papa aurait tremblé de peur, et j’étais sûre qu’à un certain niveau, une partie de papa devait avoir très peur, mais mon père n’était pas seulement le Bêta de la Meute de Sang. Il était aussi l’ami loyal d’Hector, et il avait joué un rôle important en l’aidant à assurer sa revendication en tant qu’Alpha dans une lutte, qui s’était terminée par le massacre de dizaines, voire de centaines de loups.
« Layla. »
Le son de mon nom sur ses lèvres a fait bégayer mon cœur de peur, et pendant un moment j’ai craint de l’avoir imaginé, mais ensuite il a appelé mon nom à nouveau.
Je n’arrivais pas à y croire. En fait, une partie de moi était surprise qu’il se souvienne même de mon nom car j’étais toujours considérée comme invisible pour lui. L’Alpha Hector ne parlait qu’à Papa et à Rose quand il venait, et même à ces occasions rares il m’ignorait. Bien que ce traitement que j’ai reçu soit aussi bizzarement étendu à Lou—C’était une chose que je n’avais vu aucun autre homme capable de faire, surtout quand ma sœur décidait de se pavaner.
La seule fois où je me souvenais de lui avoir parlé, c’était le jour de mes dix-huit ans.
J’ai lentement levé la tête même si je refusais de le regarder dans les yeux.
« Regarde-moi », a-t-il ordonné, et mon regard s’est immédiatement fixé sur le sien.
Pendant un instant, j’aurais juré avoir vu une émotion indéfinissable tourbillonner dans la profondeur de ses yeux froids, mais elle avait disparu avant que je ne puisse la saisir et une fois de plus, je l’ai mise sur le compte de mon imagination.
« Dis-moi ce qui s’est passé. »
Mon souffle s’est coincé à cette instruction, et j’avais du mal à croire mes oreilles alors que ma bouche s’ouvrait de surprise. Le soi-disant monstre me donnait l’opportunité de raconter ma version de l’histoire, m’aidant quand ma famille avait échoué à le faire, et j’étais stupéfaite.
J’ai entrouvert les lèvres pour commencer, mais aucun son n’est sorti et en revanche j’ai senti un flot de larmes brouiller ma vision et j’ai dû m’arrêter pour me ressaisir. Hector m’a fait un hochement de tête inhabituel, et j’ai choisi de l’interpréter comme un encouragement. Enfin, j’ai commencé mon histoire d’une voix douce.
« C-ce n’est pas qu’il m’a quittée », ai-je dit de manière hésitante. « Je quitte Alexis parce que… »
Je n’avais pas senti mon fiancé se faufiler à travers la foule vers moi jusqu’à ce que le bruit de sa chute au sol n’interrompe ma phrase.
Alexis s’est allongé sur le sol à mes pieds pour agripper mes chevilles et me regarder avec une bouche déformée. Son expression était pleine de regret. J’étais stupéfaite, et profitant de cette opportunité à son avantage, Alexis a pris la parole.
« Mon amour », a-t-il dit d’une voix pleine d’émotion. « J’ai été choqué d’apprendre ton handicap, et je me suis senti pris au dépourvu—mais j’ai décidé que je ne peux pas vivre sans toi. Je t’adore toi et toi seule, et donc je serai prêt à passer outre cet événement malheureux, et la cérémonie d’accouplement peut continuer. »
« Comme vous pouvez le voir, tout ceci n’est qu’un énorme malentendu ! » A tonné mon père, qui a glissé rapidement pour chasser la perplexité que la déclaration d’Alexis avait causée. « Layla et Alexis vont se marier comme prévu. Les préparatifs sont en cours en ce moment même. »
À ces mots, j’ai senti une chaleur bouillonnante dans mon ventre. Je venais de surprendre mon fiancé avec ma demi-sœur, de le voir suggérer un plan à trois, de le regarder trahir un secret que je lui avais confié devant ma meute, et de voir mon père me traiter de bouc émissaire pour sauver sa propre peau une fois qu’il était devenu clair que la foule prenait le parti d’Alexis—et maintenant que tout était sous contrôle, il insistait toujours pour que je passe par la cérémonie d’accouplement ? Fermer ma bouche, rester immobile et être jolie pendant que toute la meute applaudirait Alexis pour avoir pitié de moi ?
À quel point papa me croyait-il stupide ?
« Je n’épouserai PAS Alexis Rabeau », ai-je dit en montrant les dents à mon père et en secouant vigoureusement la tête. Des larmes de colère coulaient chaudes sur mes joues tandis que je parlais. « C’est un lâche, un opportuniste et un tricheur ! »
« Il l’est ? » A demandé l’Alpha Hector en montrant les dents.
Son visage s’est assombri et il a lancé un regard dangereux à Alexis, qui a poussé un cri aigu sous le regard d’Hector, et qui a tremblé comme une petite souris. L’Alpha Hector était sans doute furieux, et c’était comme s’il y avait un volcan en lui sur le point d’exploser.
Il a fait un pas vers moi, mais puis il s’est arrêté, fermant les yeux comme s’il essayait de se contrôler.
C’était alors que j’ai remarqué qu’il était un tel sauveur, il s’était tenu subtilement de mon côté, me faisant face pendant toute l’interaction.
« Il ne l’est pas », a dit papa, qui venait se tenir à mes côtés et poser une main sur mon épaule. Pour un observateur, il aurait semblé qu’il m’encourageait, mais en réalité ses doigts s’enfonçaient si douloureusement dans ma clavicule qu’elle se serait brisée si j’avais été humaine.
« Alpha », a poursuivi mon père d’un ton désinvolte, « Layla a eu une journée très difficile. Elle est tombée sur une situation iattendue et l’a complètement mal interprétée comme autre chose. Elle ne sait pas ce qu’elle dit. La cérémonie d’accouplement aura lieu. »
J’avais pensé que mon père ne pourrait plus me décevoir, mais il l’avait fait et à l’intérieur de moi j’avais l’impression que mon cœur se rétrécissait. Il s’agissait moins de moi mais plus du fait que mon père voulait me marier à tout prix pour que je puisse enfin quitter la maison selon la tradition tout en consolidant sa position.
Je n’étais pas une personne pour lui. J’étais une marchandise, et à cette réalisation un sentiment de désespoir menaçait de me consumer, mais je l’ai repoussé, j’ai arraché mon épaule de l’emprise de mon père et regardais l’Alpha.
« Alpha, je n’épouserai jamais Alexis Rabeau », ai-je dit lentement, et juste pour qu’il sache que j’étais tellement sérieuse, j’ai ajouté : « Je préférerais devenir renégate plutôt que d’accepter une union avec lui. »
Autour de nous, les membres de ma meute ont laissé échapper des hoquets horrifiés à cette déclaration. À côté de moi, mon père a grondé, et j’ai vu ses narines se dilater alors qu’il levait une main pour me frapper.
Mais j’ai refusé de détourner le regard ou d’esquiver le coup.
Si cela devait se terminer avec la frappe de papa , alors qu’il en soit ainsi, et je me suis préparée à ressentir la douleur alors que son poing s’abattait.
Puis de nulle part, les mains tachées de sang de l’Alpha Hector ont jailli et l’ont saisi par le poignet.
Chapitre 4
Pendant un moment, je n’ai pu que regarder avec horreur les deux hommes qui se tenaient au-dessus de moi, l’un avec son poignet fermement saisi dans la main de l’autre.
« Comment oses-tu faire ça devant ton Alpha ? » A rugi l’Alpha Hector, et une onde de violence à peine réprimée s’est propagée à travers le lien de la meute.
J’ai réalisé que nous ne l’avions jamais vu aussi furieux, et l’instant d’après, la chair de poule m’a parcourue dès que j’ai enregistré à quel point il se tenait près derrière moi - assez près pour que je puisse sentir sa chaleur corporelle m’envelopper. J’ai dégluti.
Papa a fait plusieurs pas en arrière, baissant la tête en signe de soumission. Il n’avait pas saisi son poignet pour le masser, bien que je ne puisse qu’imaginer à quel point il en avait envie.
« Alpha, je suis désolé... »
« Je suis rentré avec une victoire », a poursuivi Hector, qui a coupé brutalement la parole à mon père. « Et c’est ainsi que je suis accueilli à mon retour ? »
Personne, même les plus jeunes d’entre nous, n’osait prononcer un mot.
Il a continué.
« La vérité est claire. Cette meute ne forcera jamais une personne à entrer dans une relation contre sa volonté. »
Mes lèvres se sont entrouvertes de soulagement à ses mots, et seul le fait que je pusse sentir son regard intense me transpercer à l’arrière m’empêchait de m’effondrer.
« La cérémonie d’accouplement entre Layla Fournier et Alexis Rabeau est annulée », a-t-il ordonné, faisant une brève pause pour laisser ses paroles s’imprégner. « Ma parole est la Loi. »
Devant moi, mon père a fermé les yeux pendant une fraction de seconde, ses lèvres se sont serrées en une ligne ferme tandis qu’il luttait pour se composer. Il n’était pas satisfait de la décision de l’Alpha, mais au final, il n’y avait personne qui puisse y résister.
Il ne pourrait même pas faire appel, car une fois qu’Hector prenait ses décisions, elles ne changeaient jamais.
« Oui Alpha », a finalement soufflé papa, et lentement le reste de la meute a fait écho à ses paroles.
« Je suis déçu de vous tous », a remarqué Hector une fois que le silence est revenu. « Créer un tel désordre en public, plonger notre meute dans un tel chaos comme si vous étiez tous une bande de chiots. »
Chacun de ses mots dégoulinait de dédain, et j’ai senti une rougeur commencer à s’étendre sur mes joues alors qu’une vague d’embarras me traversait.
« Gabriel, tu devras assumer la responsabilité de cela. » Mon père a donné un hochement de tête incertain, et l’Alpha a dit : « Toi, Rose et Alexis serez tous punis avec un double entraînement de meute. »
Une brusque inspiration d’air m’a fait jeter un coup d’œil sur le côté, où j’ai trouvé Alexis, toujours à genoux. C’était la punition parfaite pour lui, car il n’avait jamais été bon à l’entraînement de la meute. Le voyant maintenant avec ses épaules voûtées en signe de défaite, j’ai senti un faible élan de pitié me traverser.
Je me suis empressée de l’étouffer.
« Vous pouvez tous partir », a finalement dit Hector, et immédiatement la foule a commencé à se disperser.
J’ai fait un mouvement pour les suivre, mais en l’entendant prononcer mon nom, je me suis figée sur place et, avec le cœur battant la chamade dans ma poitrine, je me suis lentement retournée pour lui faire face.
Ma tête était baissée, et avec ses doigts tachés de sang, il a relevé mon menton jusqu’à ce que je le regarde droit dans les yeux. J’ai senti mes membres picoter.
« Mon bureau », a-t-il dit, avant de laisser retomber sa main et de s’éloigner d’un pas.
J’ai ressenti un inexplicable sentiment de perte, mais avant même que je puisse commencer à l’examiner, il a tourné les talons et s’est éloigné en me laissant ici. Pendant un moment, je suis restée pétrifiée sur place, regardais son dos qui s’éloignait, puis un sentiment d’être observée s’est installé en moi et je me suis retournée pour trouver Lou qui me fixait.
Si les regards pouvaient tuer, je serais morte sur le coup, car la haine dans son regard était immense. De la salive s’accumulait aux coins de ses lèvres pincées et elle tremblait, bien que je sente que c’était de rage plutôt que de froid.
Mal à l’aise, j’ai rompu notre regard et j’ai commencé à me précipiter après l’Alpha Hector, qui était presque hors de vue.
•
Je n’avais jamais été dans le bureau d’Hector auparavant, et donc ma première pensée dès que j’y suis entrée a été de constater à quel point il avait l’air étonnamment moderne même avec ses couleurs sombres et rustiques, avec ses parquets en bois dur et ses plafonds lambrissés.
Le bruit de la porte qui s’est refermé doucement derrière moi m’a sortie de ma rêverie, et d’un coup, j’ai réalisé que pour la première fois de ma vie, j’étais seule avec le redoutable Hector de la Meute de Sang - un homme capable de tuer tous ses frères pour assurer sa revendication en tant qu’Alpha.
Malgré le fait qu’il venait de prendre ma défense devant toute la meute, rien ne l’empêchait de me jeter dans une cellule.
Ma bouche s’est asséchée à cette pensée et j’ai senti mes muscles commencer à trembler, mais ensuite Hector est passé à côté de moi et en le faisant, j’ai levé les yeux pour le trouver en train de me regarder avec une expression de désir si intense que j’ai sursauté, surprise.
L’instant d’après, son expression s’est effacée, et je me suis convaincue que j’avais mal interprété le regard. Hector avait toujours été gentil avec moi, je le savais, et donc peut-être était-il juste inquiet.
« Pourquoi ne veux-tu plus te lier à Alexis ? » Sa voix de baryton a résonné dans la grande pièce, me tirant de mes pensées. « Et qu’est-ce que c’était que cette histoire de tromperie ? »
Il me tournait le dos, et j’ai regardé les muscles se contracter puis se détendre alors qu’il enlevait sa chemise ruinée, la laissant tomber au sol à ses pieds, sans la moindre gêne.
En tant que loups-garous, nous ne fuyons pas la nudité car nous devons généralement nous transformer dans cet état si nous ne voulons pas déchirer les vêtements que nous portons. Pourtant, j’ai senti les poils se dresser sur mes bras et ma nuque, et ce n’était que lorsqu’il s'est retourné pour me lancer un regard curieux que j’ai réalisé une chose : je n’avais pas répondu à la question qu’il avait posée.
« C-C’était un lapsus », ai-je réussi à dire faiblement, « Je voulais juste que toute cette histoire soit terminée. »
Je n’étais pas prête à dire à Hector qu’Alexis m’avait trompée avec ma sœur, car je ne savais pas comment il réagirait. Il dirigeait notre meute d’une main de fer, et même si je n’étais pas particulièrement favorable à Alexis ou à ma famille en ce moment, le fardeau de les faire exiler ou pire, exécuter, n’était pas un fardeau que je pensais pouvoir avoir sur la conscience.
Bien sûr, il y avait une chance qu’il ne fasse rien, mais comme tout bon prédateur, Hector était imprévisible et donc je n’allais pas prendre ce risque.
Il ne m’a pas répondu immédiatement. Au lieu de cela, je l’ai regardé se rincer méthodiquement les mains et le visage du sang à un lavabo que je n’avais pas remarqué.
« Que sais-tu de la Procession du Triomphe ? »
J’ai cligné des yeux, pas sûre d’avoir bien entendu car il m’avait posé cette question apparemment de nulle part.
Les processions de triomphe étaient des spectacles organisés après chaque victoire, et selon la tradition, c’était la Luna qui devait s’habiller comme la Déesse de la Lune lors d’une procession. Elle devait accomplir les rituels les plus importants de la cérémonie, en faisant des offrandes et en priant pour que la Déesse continue à nous bénir.
Comme nous n’avions pas encore de Luna, l’honneur était temporairement confié à notre Grande Prêtresse, Delphine.
« J’en sais assez. »
J’étais sur le point d’ajouter quelque chose, mais mon esprit s’est vidé à la vue de ses abdominaux fermes et d’une ligne en V qui disparaissait dans la ceinture de son jean taille basse tandis qu’il se tournait pour me considérer. À mon grand désarroi, il a commencé à s’approcher.
Les longues enjambées d’Hector ont dévoré la distance entre nous jusqu’à ce que nous soyons à peine à une longueur de bras l’un de l’autre, et sa voix est devenue basse quand il a demandé.
« Que voudrais-tu faire ? »
J’ai dégluti, et presque immédiatement mon esprit a commencé à passer en revue toutes les implications possibles de sa question. J’étais soudainement consciente de la force avec laquelle mon cœur battait, et mes doigts me faisaient mal d’un besoin bizarre de tendre la main à travers la distance et de caresser doucement sa peau.
J’avais du mal à suivre. Cet homme voulait-il me faire mourir de vertige ?
Après ce qui m’a semblé une éternité, j’ai répondu.
« Je prendrai n’importe quoi qui me fasse me sentir un peu moins sans valeur en ce moment, un peu moins comme une perdante. »
Ma voix est sortie dans un murmure, et au-dessus de moi, j’ai senti Hector froncer les sourcils. Un long moment s’est écoulé avant qu’il ne réponde enfin.
« Qu’est-ce qui te fait sentir que tu n’as pas de valeur ? »
Quand je n’ai rien dit à cela, car j’étais trop étouffée par l’émotion pour même penser à une réponse raisonnable, Hector a pris ma main dans la sienne et j’ai alors senti une sensation me remplir.
C’était comme si j’étais inondée de chaleur, et il m’a conduite à son bureau, d’où il a tiré une dague à l’aspect dentelé devant laquelle je me suis figée dès que je l’ai vue. Un sourire amusé s’est étiré sur sa bouche à ma réaction, et il a placé la dague dans ma paume, repliant mes doigts autour.
Puis, par des mouvements lents et délibérés, il a guidé ma main avec la sienne, faisant courir le bord tranchant de la dague sur son poignet exposé, laissant une blessure d’où le sang commençait lentement à couler.
La chair de poule a éclaté sur toute ma peau, et je savais que la seule chose qui me maintenait debout était ses mains sur les miennes qui m'ancraient.
« Aucun perdant ne pourrait me faire saigner », a-t-il murmuré à mon oreille, et mes lèvres se sont légèrement entrouvertes lorsqu’il étalait un peu de sang sur mon front, me tournant pour faire face à un miroir à l’extrémité du bureau afin que nous regardions tous les deux le sang disparaître en quelques secondes.
J’avais l’impression d’être dans un rêve, et cela a délié ma langue.
« Pourquoi avez-vous fait ça ? »
Hector a ri, un grondement bas que je n’avais jamais imaginé qu’il était capable de produire.
« Tu le sauras. »
Mais cela n’allait pas être suffisant pour moi. J’ai insisté, répétant ma question, et cette fois il a fait une pause avant de laisser échapper un long soupir.
« Tu vas être la Déesse de la Lune dans la procession du triomphe. »