Chapitre 2
Chapitre 2
« Cent-cinquante millions, et on conclut. » La voix claqua dans l'air, tranchante. Pas de place pour les hésitations. Les mots de Liliana coulaient comme de l'acide, corrosifs, et l'homme en face d'elle, un quinquagénaire au costume trop serré, recula instinctivement. Elle lisait dans ses yeux : il hésitait, tentait de calculer. Mais Liliana n'était pas là pour négocier davantage.
« Écoutez, » ajouta-t-elle en croisant les bras. « Vous et moi savons que cette entreprise ne vaut pas plus de cent. Je vous fais une faveur. Si vous n'êtes pas capable de voir l'opportunité, quelqu'un d'autre le fera à votre place. »
Le silence s'étira. C'était toujours pareil. Ils testaient ses limites, pensaient qu'elle plierait sous la pression parce qu'elle était jeune, ou peut-être simplement parce qu'elle était une femme. Mais Liliana Montclair n'avait jamais plié.
L'homme soupira finalement et tendit la main. « D'accord. Cent-cinquante. Mais vous vous occupez des formalités. »
Un sourire, à peine perceptible, effleura ses lèvres. Elle attrapa sa main sans une seconde d'hésitation, scellant le contrat. Quand il quitta la pièce, elle laissa échapper un soupir. Elle détestait ces jeux de pouvoir, mais elle y excellait. C'était la condition pour survivre dans cet univers.
Le téléphone vibra sur son bureau. Un message : *Rentre immédiatement. Discussion urgente. - Papa.* Elle fixa l'écran, agacée. Son père ne l'appelait jamais « urgemment » pour des choses importantes. Les urgences de Gabriel Montclair tournaient toujours autour d'un tableau volé ou d'une rumeur ridicule dans la presse financière.
Mais cette fois, une intuition la dérangeait. Quelque chose clochait.
Elle entra dans la salle familiale sans frapper, laissant la porte claquer contre le mur. Son père l'attendait, un verre de whisky à la main. Ses traits étaient tirés, fatigués, comme si le poids des années venait de s'abattre sur lui d'un coup.
« Liliana, assieds-toi. »
« Si c'est pour un de tes soi-disant scandales, je n'ai pas le temps. »
« Ce n'est pas un scandale. » Il posa son verre avec plus de force qu'il n'en fallait. « C'est sérieux. »
Elle arqua un sourcil mais s'assit malgré tout. « Parle. »
Il sortit une enveloppe de sa veste, la posa devant elle. L'enveloppe n'avait rien d'inhabituel, mais elle sentit son estomac se nouer en voyant le logo en relief : un cercle noir traversé d'une ligne brisée.
« C'est quoi ? » demanda-t-elle en la déchirant.
« Une convocation. Une réunion. »
Les lettres dansaient sous ses yeux : « Présence obligatoire. Conséquences en cas d'absence : irréversibles. » C'était tout ce qu'il y avait. Pas de signature. Pas d'explications.
« C'est une blague ? » Elle jeta l'enveloppe sur la table, son ton glacé.
Gabriel ne réagit pas, se contentant de la fixer. « Tu crois vraiment que je plaisanterais avec ça ? »
Elle se redressa, croisant les bras. « Donc, on m'envoie une invitation cryptique, et je dois m'exécuter ? C'est ça, ton idée d'une urgence ? »
« Tu ne comprends pas. Ce n'est pas une invitation. C'est un ordre. Tu y seras, que tu le veuilles ou non. »
Liliana fronça les sourcils, une colère sourde montant en elle. « Pourquoi moi ? Pourquoi pas toi ? »
« Parce que cette réunion concerne l'avenir. Pas le passé. Mon rôle dans tout ça est terminé. C'est toi, maintenant. »
Elle éclata de rire, un son sec et amer. « Tu parles comme si c'était une sorte de mission sacrée. Mais tu ne m'as jamais rien dit. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce secret ? »
Gabriel hésita. Ce moment d'hésitation en disait long : il cachait quelque chose.
« Il y a des choses que je ne peux pas te dire, » avoua-t-il finalement. « Pas encore. Mais sache une chose : cette réunion va décider de l'équilibre entre les Montclair, les Greysons et les Ashford. Et si tu échoues, tout ce que nous avons bâti pourrait s'effondrer. »
Elle le dévisagea, incrédule. Trois noms. Trois empires. Elle connaissait les Greysons, des titans de la technologie, et les Ashford, barons des médias. Mais pourquoi soudain cette alliance ?
« Pourquoi est-ce que je devrais les écouter ? » demanda-t-elle.
Gabriel se leva et posa ses mains sur ses épaules, un geste rare, presque tendre. « Parce que l'un d'entre eux cherche déjà à nous détruire. »
Cette phrase laissa un goût amer dans sa bouche. « Qui ? »
Il secoua la tête. « Je ne sais pas. Mais tu devras le découvrir. »
Elle haussa les épaules, repoussant ses mains. « Et si je refuse ? »
Gabriel sourit tristement. « Alors, tu seras la dernière Montclair. »
Les mots résonnèrent, lourds de sens. Pour la première fois, Liliana sentit la pression écrasante du rôle qu'elle jouait. Elle n'avait pas demandé à être héritière. Elle n'avait pas choisi cette vie. Mais il semblait qu'elle n'avait plus le choix.
Quand elle quitta la salle, la lettre toujours serrée dans sa main, une question lui brûlait les lèvres : à quel point son père savait-il ce qui se tramait ? Et pourquoi la laissait-il affronter ça seule ?
Dans sa chambre, elle ouvrit son ordinateur et commença à chercher. Les noms Greyson et Ashford renvoyaient des millions de résultats. Rien de nouveau. Mais en creusant plus loin, elle trouva des articles effacés, des pages archivées, des mentions d'un groupe qu'elle ne connaissait pas.
Obsidian.
Le mot revenait, encore et encore, lié à des scandales financiers, des disparitions mystérieuses, des morts suspectes. Mais tout était flou, rien de concret.
Elle appela son contact à Wall Street, un analyste spécialisé dans les entreprises opaques. « Je veux tout ce que tu peux trouver sur Obsidian, » lui dit-elle.
« Obsidian ? T'es sérieuse ? »
« Très. »
Il se racla la gorge. « Écoute, si j'étais toi, je resterais loin de ce genre de trucs. C'est pas juste des affaires, Liliana. C'est autre chose. »
« Fais ce que je te demande, » coupa-t-elle sèchement avant de raccrocher.
Elle passa la nuit à essayer de relier les points, mais plus elle cherchait, plus le tableau devenait chaotique. Chaque indice semblait mener à une impasse.
Quand l'aube pointa, elle se sentit acculée, piégée dans un jeu qu'elle ne comprenait pas encore. Mais une chose était claire : si cette réunion était la clé pour protéger son empire, alors elle devait être prête à tout pour garder les Montclair au sommet.
Chapitre 3
Chapitre 3
Ils voulaient qu'il rentre. Maintenant. Kael regarda son téléphone, les lèvres serrées. Pas de « s'il te plaît », pas de « quand tu auras le temps ». Juste une série d'ordres, comme d'habitude. Il soupira, cala son sac sur son épaule et sortit sans un mot.
L'avion privé l'attendait sur le tarmac. Pas d'excuses pour eux, les Ashford. Le luxe, la rapidité, et une putain de pression constante. Une fois installé, il fixa le ciel par le hublot sans vraiment le voir. Il y avait toujours cette boule dans son estomac chaque fois qu'il retournait chez eux. Comme si le passé s'accrochait à lui, prêt à le noyer dès qu'il franchirait leur seuil.
Quand il arriva, son oncle Harold était déjà là, debout au pied de l'escalier comme une ombre imposante.
« Tu sais pourquoi tu es là ? » Harold ne perdait jamais de temps avec des salutations.
Kael haussa les épaules, l'air nonchalant. « Pas vraiment. Mais j'imagine que ça doit être important pour que tu m'arraches à mes vacances. »
Le visage de son oncle resta impassible. « C'est plus qu'important. C'est crucial. »
Il détestait ce mot. Crucial. Harold l'utilisait à chaque fois qu'il voulait le manipuler.
« Épargne-moi le discours dramatique, oncle. Qu'est-ce que tu veux ? »
Harold tendit une enveloppe noire, épaisse, sans adresse ni cachet officiel. « Lis ça. »
Kael déchira le papier et parcourut rapidement le contenu. Le même ton impératif que d'habitude : « Présence obligatoire. Absence inacceptable. » Il plia la lettre et la glissa dans sa poche.
« Une réunion de famille ? Tu crois vraiment que c'est une bonne idée de nous enfermer tous dans la même pièce ? Ça va exploser. »
Harold le fixa, ses yeux perçants comme des couteaux. « Justement. Il faut que tu sois là pour éviter ça. »
Kael rit, un son amer qui fit écho dans le hall. « Moi ? Le trouble-fête officiel ? Tu veux que je joue au médiateur ? Tu plaisantes. »
« Pas le médiateur. Le chien de garde. » Harold s'approcha, baissant la voix. « Je veux que tu gardes un œil sur Liliana Montclair et Adrian Greyson. »
Kael fronça les sourcils. « Pourquoi eux ? »
Harold hésita, une rare fissure dans son masque de contrôle. « Parce que ce sont eux qui posent le plus de questions. Et les questions mènent souvent à des problèmes. »
Kael hocha la tête, mais son esprit était déjà ailleurs. Adrian et Liliana étaient des noms qu'il connaissait bien, mais pas au point de pouvoir prédire leurs mouvements. Ce serait intéressant.
« Et si je découvre quelque chose ? » demanda-t-il.
Harold posa une main lourde sur son épaule. « Tu viens me voir. Rien de plus. Rien de moins. »
Kael haussa un sourcil mais ne répondit pas. Harold ne donnait jamais de détails, et Kael avait appris à ne pas insister.
Dans sa chambre, il fouilla son sac pour trouver quelque chose à lire, histoire de tuer le temps, mais ses doigts tombèrent sur un carnet usé qu'il ne se souvenait pas avoir emporté. Le cuir était craquelé, les pages jaunies. Il l'ouvrit et trouva une série de symboles étranges, entrelacés comme une toile d'araignée.
Il passa une main dans ses cheveux, frustré. Encore un mystère. Mais cette fois, ce n'était pas Harold qui jouait au marionnettiste.
Il passa des heures à essayer de déchiffrer les notes, mais chaque symbole semblait plus complexe que le précédent. À un moment, il trouva un mot qu'il pouvait lire : « Obsidian ».
Il murmura le mot à voix basse, comme pour tester son poids. Il n'avait aucune idée de ce que cela signifiait, mais une chose était claire : ce carnet n'était pas un hasard.
Le dîner fut un champ de mines. Harold parlait peu, mais chaque phrase était une bombe à retardement. Kael jouait avec sa fourchette, distrait, tout en surveillant son oncle du coin de l'œil.
« Tu sembles ailleurs, » remarqua Harold.
Kael haussa les épaules. « Juste fatigué. »
« Alors repose-toi. Parce que demain, tu entres dans l'arène. »
Kael se força à sourire, mais il savait que rien de ce qui l'attendait ne ressemblait à un simple combat. C'était quelque chose de bien plus profond, bien plus dangereux. Et s'il devait plonger, il s'assurerait de ne pas y aller les yeux fermés.