Chapitre 2

Chapitre 2: A la rivière

Cocorico Cocorico…

-pas déjà murmurais-je en me retournant

Cocoricoooooooo Cocoricooooooo

Hum le coq la aussi hein ! Je me redressai puis regardai mes cadets à ma droite. Ils dormaient encore…tout comme papa d’ailleurs remarquais-je alors que j’allongeais ma tête pour voir de l’autre cote.

Je sortais de la case et regardais le ciel. Hum il était effectivement cinq heures, ce n’est pas pour rien que le coq la faisait son bruit qui d’ailleurs me réveillait tous les jours.

Prenant le balai de brindille dans un coin de la case, je me mis à balayer la cour. Une fois que j’eus finis je prenais le gobelet puis ma liane afin de me brosser les dents…

-Nstele tu es déjà debout entendis-je mon père murmurer en se redressant alors que je déposais le gobelet

-oui papa…c’est dimanche aujourd’hui

-hum fit-il pensif

-Ngapika va chauffer l’eau a son réveil et faire le Mboita pour ce matin (lecteur congolais de dire le mboita c’est quoi en français moi je ne connais pas deh LOL)

-….

-je le lui ai dit hier… bon je vais a la rivière faire la lessive puis puiser l’eau.

Il soupira juste puis s’allongea sur sa natte.

Je sais que s’il y’avait possibilité il m’aurait dit de rester a la maison, mais qui allait laver nos quelques vêtements ? Demain c’était lundi et tous étions supposés aller à l’école. Mes cadets étaient tous les deux au CP 2… oui pour les huit ans qu’ils avaient ils faisaient la classe de CP2 au lieu de CE 1 car le semestre passe, ils n’étaient pas parti à l’école, faute d’argent.

Le revenu que l’on avait eu ce semestre la n’était suffisant que pour une personne et donc papa avait décidé que ce soit moi qui puisse continuer les cours.

« Toi tu es assez avance et en plus l’ainée. Ta réussite est la nôtre car plus vite tu finiras, plus vite on sortira peut-être de cette galère dont laquelle nous vivons. Nous espérons en toi » m’avait dit mon père.

Oui pour mon père c’était assez clair que c’est moi qui pourrais peut-être sortir mes cadets de cette vie que nous menons, j’étais pour lui comme le chemin. Je voulais tellement qu’il en soit ainsi…mais ici au village même si tu finis les études en fait, il y’a juste trois pour cent de chance sur cent que tu puisses travailler ou même que tu sois sélectionner par l’état pour continuer les études en ville. Je croisais juste les droits pour que l’un des deux marche pour moi. Il me fallait réussir, il me fallait réussir au moins pour ma famille.

-yaya tu vas laver les habits a la rivière entendis-je Ngabou dire alors que je passais avec la cuvette des habits

-oui fis-je en me baissant vers elle tout en passant ma main sur son cou

Toute la nuit elle était brulante, j’avais dû me réveiller près de trois fois afin de lui faire une tisane et mettre un habit humide dur don front. J’étais sur que c’était du a cette plaie…elle était encore un peu brulante remarquais-je triste

-donc je ne vais pas avec toi à la rivière aujourd’hui Yaya?

-tu n’es pas en forme Ngabou et tu le sais. Reste donc couché... toi et moi on ira la semaine prochaine.

-mais est-ce que je vais déjà guérir ? La plaie va finir? J’ai très très mal a la tête dit-elle en me regardant toute triste… Yaya je vais guérir ?

-bien sûr que oui, surtout si tu te laisses soigner comme une grande sans bouder …n’est-ce pas que tu es grande ?

-oui Yaya…

Je lui fis un sourire qu’elle me rendit puis me levais, mon père était juste calme sur sa natte en train de nous observer. Je suis que dans sa tête il y’avait déjà tous pleins de pensées et même aussi de regret. Je connaissais assez bien mon père pour lire sur son visage et même dans ses yeux.

-à tout à l’heure dis-je tout doucement à l’avis de Ngabou et papa

Ils me répondirent tous les deux par un sourire puis je sortis de la case avec les deux cuvettes que j’avais superpose. Près de quarante minutes plus tard j’arrivais à la rivière. Il y’avait déjà quelques personnes qui avait même déjà commence à faire la lessive et la vaisselle. Ca causait déjà de partout tout en travaillant.

-Mboria be (bonjour à vous) dis-je alors que j’arrivais vers eux devant la rivière

-Mboria we hein (bonjour à toi aussi) répondirent-ils tous

Généralement les gens du village faisaient la vaisselle le samedi mais comme je n’aimais pas trop être en présence de trop de gens et que je faisais les champs les samedis en famille, je venais les dimanches pour faire la lessive et la plus part de temps je me retrouvais presque seule a la rivière. J’aimais ça en fait, rester toute seule dans mon coin dans un petit calme, si bien que je n’avais pas d’amis, mais je m’entendais avec tout le monde. Pour moi c’était ça le plus important. Sourire avec tout le monde et rester polie comme me le disait toujours papa.

-Comment se porte la famille me demanda l’une des femmes du village

-tout le monde va bien répondis-je poliment

Elle me sourit puis continuait de faire sa vaisselle. Hum fis-je en moi-même « tout le monde va bien », comme si c’était vrai. J’espérai juste que Ngabou allait déjà beaucoup mieux.

Il est bien vrai que les cours débutaient ce lundi mais je doute qu’elle puisse pouvoir y aller à moins qu’elle ne soit plus brulante mais là aussi je devrai donc la porter jusqu’à l’école. La durée du trajet entre l’école et le village était d’une heure au maximum. J’avais un peu hâte de pouvoir commencer les cours car je passais en classe de sixième.

Je déposais donc mes deux cuvettes et ne tardais pas à me mettre au boulot. Comparée aux autres que je trouvais ici et qui je sais allait bientôt quitter la rivière, je n’avais pas trop d’habits à laver car déjà on n’en a pas assez. La plupart des habits que j’avais à nettoyer ce matin étaient les dons que nous avons reçus le vendredi matin.

Chaque année surtout quand l’on approchait de la rentrée scolaire, les gens du village qui vivaient dans de meilleures conditions envoyaient les articles qui ne leur servaient plus. On en recevait souvent de la ville aussi comme avant-hier vendredi. Il y’en avait vraiment assez pour tout le monde. Nous étions tous heureux de pouvoir avoir de nouveaux habits.

On nous avait annoncé ce même jour que d’autres habitants de la ville comptaient venir en visite ici et nous apporteraient aussi de la nourriture. J’étais si contente et espérais qu’on aurait au moins quelque chose de bon. Comme on pourra manger le matin et le soir… la dernière fois que nous mangeâmes ainsi remontait à onze mois. La vie est si dure…si dure…

-aaaaaaaaaaahhhh lome pugue we maza hein (je vais aussi te mouiller) entendis-je un enfant dire en riant et criant tout aussi bien

Je relevais ma tête. Il y’avait des enfants dans l’eau qui s’amusaient dans la rivière tandis que d’autres les rejoignaient dans l’eau complètement nus comme des vers. J’aimais particulièrement ce moment et cette vue. Je pensais a Ngabou et Ngapika qui en temps normal allait être tous les deux dans l’eau de la rivière en train de s’éclabousser et rire aux éclats…mais bon…ce n’est pas le moment de penser mais de travailler…

-ma fille on se voit dimanche me dit une femme du village dix minutes plus tard

-d’accord tantine

Tous ceux que j’avais trouvés ici étaient à présent partis, certaines personnes venaient mais juste pour faire la vaisselle et prendre de l’eau… d’autres se lavaient aussi un peu plus loin.

-bonjour entendis-je dans mon dos près de cinq minutes plus tard

-oui bonjour répondis-je en continuant de laver les habits

J’avais fini avec ceux de papa, Ngabou et Ngapika, il ne restait plus que les miens que j’avais entame depuis un bon petit moment et étais déjà sur le point de finir.

-vous saluez quelqu’un en retour sans même vous retourner ?

C’est vrai ça en plus. Il n’a pas tort, pourtant je sais bien qu’on ne salut pas quelqu’un en retour sans le regarder…mais j’étais tellement pressée de finir la lessive…en plus celui me parlait en français contrairement a tous ceux qui étaient la.

-je m’excuse dis-je donc en me retournant vers lui. Bonjour

Il me sourit juste. C’était un beau garçon remarquais-je mais son visage ne m’était pas vraiment familier. Pas que je connaissais tout le monde dans le village mais je connaissais en fait ceux-là qui se rendaient à la rivière. Et pour quelqu’un du village il était bien habille quand même. Il devait faire partie de ces gens riches là ou d’un autre village…Bref ! Peu importe, ce ne sont pas mes oignons…

Je me retournais et continuais donc ma lessive. Je sentais son regard sur moi mais je faisais celle qui ne voyait rien. Mais au bout de cinq minutes je craquais, il était toujours debout et me regardait avec insistance…

-y’a-t-il quelque chose que je peux faire pour vous ? Demandais-je gentiment

-peut-être bien… me permettre d’être votre ami…

Hein ? Il sort d’où celui-là?

-…d’ailleurs arrêtons même de nous vouvoyer…

En plus il parle si bien la langue française avec un bel accent. C’est clair que c’était un gosse de riche…ce n’est pas tout le monde qui parlait bien cette langue ici, moi je la parlais car j’ai appris dur et longtemps. Les gens du village trouvait cela si difficile et même un peu inutile si bien qu’’ils se lassaient vite d’apprendre le français.

-pourquoi se tutoyer si on ne se connait pas ? Fis-je donc

-on va faire connaissance en fait dit-il en avançant vers moi. Je me nomme Eric et vous ?

Je le regardais stupéfaite. Qui lui a dit que j’avais besoin de faire connaissance avec lui ? Moi les amis je n’en voulais pas. Je suis bien comme je suis en plus papa dit toujours que l’amitié entre une fille et un garçon n’existe pas. Que je devais être prudente car j’étais devenue une « femme ».

-Excusez-moi, mais je ne suis pas intéressée répondis-je poliment avant de me remettre à travailler

-vous êtes si belle l’entendis-je dire

Je me retournais puis le dévisageais de bonnes minutes. Hum encore les garçons qui cherchent les filles là ? En tout cas je suis habituée à ça, c’est fréquent ici et je sais toujours quoi faire d’eux…

-vous n’êtes pas venu ici pour faire de la causette, si ?... je ne sais pas pour vous mais moi j’ai du travail. Ce serait gentil de votre part de me laisser poursuivre ma tâche…

-quel caractère, même pas un tout petit merci pour le compliment ?

Si je n’étais pas polie, je l’aurai renverse l’eau de la rivière depuis, je n’aimais pas qu’on m’indispose ou me dérange quand je travaille, ca me rend nerveuse, surtout par un fils de riche…ces gens sans cœur qui pensent que nous les pauvres sommes leurs esclaves ou ne valons pas la peine…

-ce n’est pas grave dit-il en prenant place près de moi alors que je ne lui donnais aucune réponse

-je ne vous ai pas invité à prendre place près de moi le fis-je remarquer poliment

-c’est quoi ton prénom ma biche

Ma quoi ? Que je suis un animal maintenant?

-Rebecca ?, Sophie…non peut-être bien Angelica car tu es comme un ange…

-……

- je t’aime déjà tu sais

-……

-… je peux faire de toi ma femme si tu veux, surtout que je cherche deja…

-bon sang vous ne pouvez pas me laisser tranquille ? M’énervais-je presque sous tout ce bruit qu’il faisait depuis un bon moment. J’ai du travail à terminer moi

-oh doucement là. Ce n’est pas comme si je te veux du mal… tu n’es même pas aussi belle que ça et tu devrais peut-être te trouver chanceuse qu’un homme comme moi prenne la peine de t’approcher dit-il en se levant tout en faisant mine de s’épousseter

Que y’avait quelle poussière sur lui ? Ou bien il ne s’assied pas sur la pierre dans son village là-bas ? Tchuipp, homme gonfle comme ça… Je savais seulement, les gens riches sont remplis d’orgueil mal place, et puis il me parle de chance soit disant parce qu’il est venu vers moi…

-je n’ai pas demandé à ce que vous puissiez venir vers moi. Maintenant laissez-moi, et allez-vous faire des amies ou vous trouver une femme de votre rang, car moi, jamais vous ne m’aurez pour l’un ou l’autre.

Il me sourit…c’était un sourire plein d’arrogance.

-ah bon ? On verra bien dit-il d’un air de défi avant de se retourner et partir

On verra quoi ? Tous les autres garçons du village m’avaient déjà fait sortir celle-là, donc je n’avais pas peur de lui… je finissais de faire la lessive. Puis remplissais la cuvette d’eau…

Ngapika était supposé être la déjà pour prendre le linge que j’avais nettoyé. C’est toujours ce qu’on faisait car je ne pouvais pas porter et le linge et la cuvette d’eau.

Au bout de quinze minutes d’attente je décidais donc de me mettre en route pour la case…je mis la cuvette d’habits sur ma tête et commençais donc à marcher, a peine je fis quatre pas que j’aperçue Ngapika au loin. C’est mon frère donc même à des kilomètres je ne peux que le reconnaitre…surtout dans sa grande marinière qu’il portait la…

-ya Orlane cria-t-il en courant des qu’il m’aperçut … Ya Orlaneeeeehhhh …ehhh Yayaaaaa…

Le ton sur lequel il m’appelait puis cette manière de courir m’interpellèrent. Sa voix paraissait même enrouillée. Je hâtais mes pas avec la cuvette que j’avais sur moi…

Quand la distance qui nous séparait n’était plus assez longue, je remarquais des larmes sur son visage. Mon cœur se mit à battre a l’instant alors qu’il continuait de crier mon nom. Je déposais vite la cuvette à terre et courrais vers lui en disant

-Ngapika qu’est-ce qu’il y’a ? Qu’est-ce qui ne va pas

Il s’arrêta devant moi, sa respiration était haletante, il transpirait de partout…

-Ngapika dis-je en le secouant par les épaules, y’a quoi ? Pourquoi tu pleures ?

-c’est Ngabou…elle…est…sniff… Ya Orlane…sniff…elle…

Non pas ma sœur… pas ma petite sœur…

-elle est quoi Ngapika ? Demandais-je le cœur battant alors qu’il pleurait et reniflait en même temps

Chapitre 3

Chapitre 3 : La ceremonie

«…Elle…elle est en train… de mourir, papa ne sait pas quoi faire »...

« Elle est en train de mourir»… «…mourir »

J’entendais cette phrase retentir dans ma tête comme s’il y’avait de l’écho, elle sonnait et résonnait dans ma tête alors que je courrais comme une folle en direction de la case oubliant même mon frère derrière moi.

La seule pause que j’eus à prendre fut quand j’arrivais devant la parcelle, ma respiration était très forte et haletante, ma gorge était tellement sèche que j’avais l’impression d’étouffer et manquer d’air en meme temps mais je ne fis pas attention et forçait de marcher car mes pieds étaient tout faible et ne me portaient presque plus.

Je remarquais qu’il y’avait des gens autour de la case, lorgnant depuis le dehors l’intérieure. J’eus peur tout d’un coup, ce genre de rassemblement autour d’une case il y’en a que quand il y’a un très grand problème, un décès ou une maison en feu…

Je pensais alors que le pire était déjà arrivé, mais je me retenais de pleurer malgré la peur qui me remplissait, me faufilant dans ce monde qui était regroupe je longeais ma tête et voyais Ngabou qui tremblait de partout alors que son corps était raide et sa respiration irrégulière.

Je rentrais donc totalement dans la case et allait plus pres d’elle. Il y’avait juste papa qui a ma grande surprise ne faisait rien.

-papa qu’est-ce qu’elle a demandais-je en m’agenouillant vers elle.

Son teint était bleuâtre, je me sentis trembler à l’ instant ne comprenant pas ce qui se passait. C’était ma première fois de voir une telle chose.

-mais qu’est-ce que vous faites encore tous ici entendis-je une voix de dame dire. La personne que je vois encore autour de cette case ou même de cette parcelle, je la bloque pour toujours ici ajouta-t-elle d’une voix menaçante

Je reconnaissais cette voix. Je la connaissais parfaitement bien, c’était celle de maman Helenga, celle qui avait fait…accoucher maman…celle qui…qui avait tenté de maintenir maman en vie mais avait échoué pensais-je douloureusement.

Elle s’approcha avec toutes formes de feuilles et d’herbes qu’elle déposa près de Ngabou sans même me porter un regard me faisant juste signe de m’eloigner.

-j’ai fini avec la maison, je passe a ta fille dit-elle en notre langue maternelle avant de maintenir fermement la tête de Ngabou

Finit avec la maison ? Qu’est-ce que ça voulait dire? J’avais envie de parler mais n’arrivais pas. Je n’arrivais pas à dire un mot surement parce que j’étais sous le choc… voir ma sœur avec ce teint bleuâtre était non seulement traumatisant mais me glaçait aussi carrément le corps.

Pendant dix minutes papa et moi étions non loin de maman Helenga qui avait fermé les yeux tout en murmurant des choses à peine audible. Quelques secondes plus tard elle les ouvrit puis se mit à verser des trucs sur le corps de Ngabou et parlait une langue différente de celle du village…tantôt c’était un peu comme du charabia tantôt cela paraissait être une autre langue… J’en étais confuse

-papa que fait-elle lui demandais-je… et qu’est-ce qu’elle dit ?

Mais mon père resta silencieux et regardait juste fixement Ngabou. C’est à ce moment que Ngapika arriva…je l’avais vraiment oublie derrière, le pauvre était essouffle.

-ah voila dit-elle en se retournant vers Ngapika avec un léger sourire…viens, viens te mettre à cote de ta sœur et ferme les yeux en la tenant fort. Les choses iront plus vites ainsi continua-t-elle de dire en notre langue maternelle que je croyais être la seule langue qu’elle parlait car c’était bien la seule langue parlée dans le village.

Ngapika la regarda d’un air étonné, se tourna vers moi puis papa qui regardait Ngabou de la même manière. Ça devenait inquiétant.

-tu viens ou tu préfères que ta sœur jumelle puisse mourir?

Sans même attendre une seconde de plus Ngapika alla s’agenouiller près de Ngabou et fit ce que demandait la femme. Tous les deux fermèrent les yeux. Voir tout cela me mettait mal à alaise sans trop savoir comment et pourquoi.

Elle reprit a parler je ne sais quelle langue puis prendre les feuilles qu’elle versait, elle faisait tout un tas de chose sur ma sœur.

Au bout de cinq minutes je vis le corps de Ngapika se raidir puis Ngabou se calmer avant que n’ouvre Ngapika les yeux en se tenant le front. J’avais l’impression d’avoir manqué un épisode, pourtant tout se passait devant moi.

Ma sœur s’était certes calmée mais nous regardait comme si elle ne nous connaissait pas. Elle nous regardait avec étonnement, comme si elle se demandait qui nous étions. Je pris peur à l’ instant et partais vers la femme…

-qu’est-ce que tu lui as fait demandais-je donc affolé…c’était quoi tout ce que tu disais et ces trucs que tu lui crachais dessus

-….

-Ngabou ? Ngabou tu m’entends ? Ngapika tu m’entends ?

-oui répondit ce dernier en s’assaillant calmement mais l’air un peu lointain

Je le regardais un petit moment puis me retournais vers ma sœur alors que papa regardait à présent maman Helenga en froncant les sourcils.

-Ngabou dis-je en la touchant tout doucement, est-ce que tu m’entends ?

-Ngabou ? fit-elle dans un murmure, toi tu es qui ?

-eh tara meh fis-je en me tenant la tête…pa…papa qu’est-ce qui se passe ?

-calme-toi un peu enfin dit maman Helenga d’un air las… ton père ne peut pas parler pour l’instant, ta sœur a juste perdue connaissance, mais elle ira mieux bientôt. Elle faisait une crise « d’épilepsie », on va appeler ça comme ça, comme c’est ce qu’ils veulent nous faire croire, et j’ai arrêté ça, elle pouvait en mourir si je n’étais pas arrivée à temps

-épi quoi? C’est quoi ça ?…

-ton père va t’expliquer si tu veux mais plus tard…moi j’ai pleins d’autres choses a faire me répondit-elle avant de se lever et demander à mon père de la suivre dehors

Je vis alors mon père se lever avec peine tout en tenant son pied et marcher en le tenant, poussant des petits gémissements de douleur. Je ne comprenais plus rien. Je ne sais pas pourquoi mais je me levais quelques secondes plus tard et partais dans un coin de la cabane ou je pouvais les apercevoir.

La dame remettait des trucs a papa, plus une bouteille remplis de quelque chose qui ressemblait a une poudre grise, puis une autre ou il y’avait une substance verte. Elle renversa quelque choses autour de lui puis lui donna quelque chose a marcher qu’il cracha quatre fois dans quatre direction de la cour, à sa gauche, à sa droite, derrière et devant…

-ya Orla…

-chut fis-je en me retournant vers Ngapika pour lui demander de rester calme parce que je voulais écouter ne fus qu’un petit truc car mon père parlait enfin.

-Ngabou, elle m’a reconnu…

Je me retournais vers mon frère puis me précipitais vers eux…

-Ngabou, tu me connais ?

Elle fronca les sourcils puis parut triste un moment.

-mais oui Yaya, comment je ne vais pas te connaitre ?

-…..

-pourquoi vous me demandez ça?

-…….

-et puis j’ai faim… continua-t-elle de dire l’air de rien

Je la regardais sans rien comprendre, mais au bout de quelques secondes je me dis que ce n’était pas la peine de chercher a comprendre maintenant.

-tu n’avais pas fait le Mboita comme je t’avais demande ? Demandais-je a Ngapika

-si, on a tous mange ça le matin…

-d’accord ou est ma part ?

-là-bas dit-il en désignant du doigt

Je l’envoyais chercher mon bol puis redressais légèrement Ngabou contre moi pour lui donner à manger, elle paraissait fatiguée malgré tout… Ce ne fut que dix minutes plus tard que vint mon père, mais les mains vides. Ou étaient donc ses choses que maman Helenga lui avait remises ?

Il vint vers nous puis pris place sur la natte près de nous avant de demander à Ngabou comment elle se sentait.

-papa qu’est-ce qui s’est passe tout à l’heure ? C’était quoi tout ça ?

Il me regarda puis soupira juste. Etait-ce une réponse ca ?

-papa ?

-je vais tout expliquer mais après Nsele.

Je n’étais pas du tout d’accord sur le fait qu’il me demande d’attendre, car tout ce que j’avais vu m’intriguait. Trente minutes plus tard je quittais la case avec mon frère pour la rivière. Ngabou allait mieux et je l’avais soigne sa plaie que je croyais fortement être la cause de son état quand mon frère m’annonçait qu’elle mourrait, mais il y’avait apparemment autre chose…

Une fois a la rivière, mon frère récupéra la cuvette d’habits après m’avoir aidé à mettre la cuvette d’eau sur la tête. Nous rentrâmes ainsi avant lui et moi de faire des tours pour remplir les deux tonneaux et trois bassines qu’on avait pour conserver de l’eau.

Apres cela je fis le manioc. J’en faisais toujours chaque deux semaine du mois pour en vendre. Je les remettais à une femme du village qui vendait au grand marche du village. Ça marchait vraiment bien et rapportait quand même. C’est avec cet argent qu’on avait acheté les fournitures scolaires et une paire de sandale a chacun de nous pour cette année scolaire.

-Nsele…Nsele… entendis-je alors que je me sentais être secoue tout doucement

-hum

-Nsele il faut te réveiller maintenant s’il te plait.

-…..

-Nsele ? Je sais que tu es fatiguée mais tu dois t’apprêter pour aller à la ceremonie, les gens de la ville seront bientôt tous réunis autour du feu…

J’ouvrais brusquement les yeux… Zut ! Je m’étais endormie sans même m’en rendre compte… Je me redressais donc aussitôt de la natte que j’avais étalée dehors quelques heures plus tôt alors que je faisais des balais de brindilles à vendre.

-pardon papa…je ne sais pas comment je me suis endormie ici

-pourquoi tu t’excuses ? Toi aussi t’a besoin de repos, c’est pourquoi j’ai voulu te laisser dormir mais là il est déjà dix-sept heures, le temps d’arriver là-bas…

Je regardais autour de moi puis remarquais que toutes les brindilles avaient été limées, attachées et regroupé dans trois gros paniers en liane.

-c’est toi lui demandais-je

-oui

-mais pourquoi ? Je pouvais le faire…

-tu travailles déjà assez, je dois bien me rendre un peu utile aussi

Je ne dis rien. Mon père s’en voulait toujours de ne pas pouvoir être aussi actif que les autres pères et ne pas pouvoir nous faire vivre dans de meilleures conditions. Je le regardais puis lui fis un sourire de reconnaissance car non seulement il m’avait laissé me reposer mais il avait aussi terminé mon travail.

-Ngapika a déjà enlevé et plie le linge mais il en reste quelques qui n’ont pas séchés par là-bas me dit-il en désignant l’endroit du doigt.

-maintenant va t’apprêter Nsele, tu dois aller à la cérémonie afin de prendre la nourriture qu’on va partager et aussi anime là-bas en chantant ou dansant…ou tu veux raconter une histoire cette fois-ci ?

-papa je ne veux pas y aller, surtout sans vous comme ca

On partait toujours tous ensemble d’habitude…

-moi aussi je voulais bien être la et te voir animer Nsele… dit-il en baissant sa tête tout en portant son regard vers son pied

Je fermais mes yeux comme pour puiser un peu de force. Son pied avait repris a lui faire douloureusement mal depuis cet après-midi et boitait encore plus. Il ne m’avait pas encore donne des explications sur ce qui s’était passe me promettant de le faire le soir avant qu’on se couche.

Quand on partait à la rivière Ngapika et moi, je lui avais demandé de m’expliquer ce qui s’était passe quand son corps se raidit avant qu’il ouvre ses yeux et touche son front mais ce dernier paraissait perdu et jurait qu’il ne savait pas de quoi je parlais. J’avais l’impression qu’il ne se rappelait pas de la scène.

-sois prudente et surtout sage me dit mon père alors que j’étais sur le point de partir

-d’accord papa

-et tu rentres avec Tantine Ernestine, pas seule

Je dis oui d’un geste de la tête, il me fit un sourire…

-a tout a l’heure dis-je a mes cadets

-au revoir Yaya, danse bien là-bas et ramène beaucoup d’argent et beaucoup de nourriture dit Ngabou

Ce n’était en fait que pour cette raison que je partais, c’était mon objectif, mon but que je comptais bien atteindre. Apres un au revoir de la main, je pris mon sachet ou se trouvait du raphia et tout autre choses dont j’allais me vêtir une fois là-bas.

-Ah ! Tu es enfin la Orlane entendis-je

C’est comme ça dans ce village, on m’appelait toujours par mon deuxième prénom, mais j’avais comme l’impression qu’on m’appelait avant par Mélodie…bref !

-oui désolé tantine Yvette, je suis en retard je sais

Elle me fit rentrer dans une grande case ou se trouvait plusieurs filles et garçons de tout âge déjà habillées et maquillées a la manière de chez nous… ils étaient tous beaux.

-s’il te plait Orlane va dans l’autre case prendre les paniers en liane me dit tantine une fois qu’on eut fini de répéter nos scènes avec les autres

Je sortais donc de la grande case pour la petite quand je vis une voiture garer dans la cour sur mon chemin de retour. Je me levais et regardait la voiture avant que ne viennent garer d’autres voitures et un bus. Ici c’est plus les camions qu’on voyait mais pas n’ importe où non plus… je souriais en voyant ces belles voitures mais il y’avait une que j’aimais le plus. Elle était blanche ma couleur préférée…les portières de cette voiture finirent par s’ouvrir l’une après l’autre laissant apparaitre un grand Monsieur d’un cote, une dame puis demoiselle et un…un bel homme. C’était des gens de la ville c’est clair…

Je regardais cet homme puis souris. Il était vraiment bel homme remarquais-je encore avec admiration. Il regarda vers ma direction je ne sais trop comment, nos regards se croisèrent et il me sourit, je baissais aussitôt les yeux, ramassais les paniers que j’avais laissé tomber puis me précipitais vers la grande case le cœur battant.

Au bout d’une heure quand la nuit tomba, tout le monde se regroupa au tour du feu. Il y’avait comme toujours un grand nombre de gens qui venaient de part et d’autre du village et surtout tous ces gens de la ville, je ne savais pas qu’ils seraient aussi nombreux cette fois-ci.

J’étais assise derrière les autres filles qui défilaient à tour de rôle. On m’avait placé en dernière position pour jouer mon rôle. J’avais opté pour la danse ou il me fallait chanter au tout début mais avant cela j’avais d’abord un théâtre à faire avec quatre filles et deux garçons…

Le théâtre termine, tous s’éclipsèrent et je restais sur le sol le visage baissé, je le fis remonte au fur et à mesure que je chantais et mes yeux croisèrent ceux d’un homme qui me regardait avec insistance. Je remarquais que c’était celui de tout a l’heure. Je me sentis un peu gêné puis détournais le regard continuant de chanter avant de me lever pour danser au rythme du tam-tam qui se fit entendre…

Au fur et a mesure que je dansais, je voyais le bol qui était devant moi se remplir. Ces gens de la ville payent toujours aussi bien pensais-je tout en dansant contente que le bol soit plein. La chose qui me tiquait et me dérangeait un peu plus était ce même homme de tout a l’heure qui me regardait sans relâche en souriant et avait fait plusieurs tours pour déposer de l’argent alors que je chantais et dansais…

-Orlane tu as si bien danse me félicitèrent les filles a mon passage alors que je me dirigeais de l’autre cote pour me nettoyer un peu car j’avais transpire

-merci les filles

Je continuais mon chemin quand je sentis ma main être saisie par une autre. Je me retournais étonnée et tombais sur cet homme…cet homme de tout a l’heure…cet homme qui n’avait pas cesse de me regarder et remplir mon bol d’argent…cet homme qui n’avait pas cesse de me sourire…

Mon cœur battait vite…

-bonsoir me dit-il sans pourtant lâcher ma main

En d’autres circonstances j’aurai retiré ma main en lui demandant de me lâcher mais là je ne pus le faire et m’entendu juste dire en balbutiant « bonsoir »…

Lire toute l'histoire dès maintenant
Soutenez l'auteur et inspirez d'autres histoires incroyables Moboreader
Débloquer tous les chapitres

Le récit de Mélodie

Chapitre 2
Chapitres
Personnaliser
Chapitre suivant