Chapitre 2
Point de vue d'Élise Chevalier :
Le mot « oui » flottait dans l'air stérile de ma chambre d'hôpital, une promesse silencieuse. J'ai mis fin à l'appel avec Cyrus Vasseur et j'ai soigneusement reposé le téléphone sur la table de chevet, mes mouvements lents et délibérés. Un calme étrange s'est installé en moi. La tempête à l'intérieur n'était pas passée ; elle avait simplement trouvé son œil.
Je devais jouer mon rôle. La victime brisée, en deuil. J'ai fermé les yeux juste au moment où la porte s'est ouverte en grinçant.
« Élise ? » La voix de Léo était une douce caresse. J'ai senti le matelas s'affaisser alors qu'il s'asseyait, son odeur familière de bois de santal et d'eau de Cologne de luxe me retournant maintenant l'estomac. Il m'a caressé les cheveux, son contact un écho fantomatique d'un amour qui n'était plus qu'un mensonge. « Tu es réveillée ? »
Je n'ai pas bougé. Je ne pouvais pas supporter de le regarder, de voir la fausse inquiétude dans ses yeux.
« Elle a tellement souffert », murmura Hugo depuis le seuil de la porte. « Laisse-la se reposer. »
Leurs pas se sont éloignés, me laissant seule avec le bourdonnement des machines et le poids de leur trahison. Les semaines suivantes furent un tourbillon de fausse sympathie. Hugo m'a apporté des fleurs, leurs couleurs vives une insulte à mon existence grise. Léo m'a lu des passages de mes livres préférés, sa voix un baume apaisant sur une blessure qu'il avait lui-même infligée. Ils étaient parfaits, attentionnés, et absolument répugnants.
Le jour de ma sortie fut un spectacle médiatique. Hugo, toujours l'héritier charismatique, avait organisé un transport privé, mais les paparazzis attendaient comme des vautours. Alors qu'il me soulevait délicatement du fauteuil roulant pour me mettre à l'arrière d'un SUV noir, les flashs ont explosé.
« Ne regarde pas, Élise », murmura-t-il, protégeant mon visage avec son corps. « Je te tiens. »
L'ironie était une douleur physique dans ma poitrine.
Léo s'est assis à côté de moi, son bras protecteur autour de mes épaules. « On va te ramener à la maison. Tu y seras en sécurité. »
En sécurité. J'ai failli m'étouffer.
À la maison, rien n'avait changé, et pourtant tout était différent. Le grand hall de notre hôtel particulier du 16ème arrondissement ressemblait à un musée d'une vie que je ne vivais plus. Ma mère, une femme plus préoccupée par son statut social que par le bien-être de sa fille, m'a accueillie avec une volée de bises en l'air et des regards inquiets vers la poche de la sonde qui dépassait de sous ma couverture.
« Oh, ma chérie », soupira-t-elle, « il va falloir trouver un moyen de rendre ça... plus discret. »
Hugo m'a portée pour monter le grand escalier jusqu'à ma chambre, ses mouvements assurés et doux. Il m'a déposée sur le lit avec le soin qu'on accorderait à une poupée de porcelaine.
« Voilà », dit-il, la voix chargée d'émotion. « Tu es à la maison. »
Je ne ressentais rien. L'amour et la culpabilité dont ils me couvraient étaient comme de la pluie sur une pierre. J'étais engourdie, une version évidée de moi-même, attendant. Attendant le signal de Cyrus Vasseur.
Quelques jours plus tard, Léo a insisté pour une sortie. « Juste pour prendre l'air », avait-il plaidé. « On peut aller au café près du parc, celui que tu aimes tant. »
Celui où il m'avait dit qu'il m'aimait pour la première fois. La pensée était nauséabonde.
La promenade – ou plutôt, le roulage – fut un exercice d'humiliation. Les gens me dévisageaient. Les enfants me montraient du doigt. Je pouvais sentir leur pitié et leur curiosité morbide comme un contact physique. Le sifflement et le clic subtils de la valve de la sonde ressemblaient à un cri dans le calme de l'après-midi.
Une femme avec une poussette me regardait ouvertement, les yeux fixés sur le tube qui descendait le long de ma jambe.
« Qu'est-ce que vous regardez ? » gronda Hugo, se plaçant devant mon fauteuil roulant, le visage déformé par une fureur protectrice.
« Ce n'est rien, Hugo », dit Léo, posant une main apaisante sur son bras avant de se tourner vers moi, les yeux doux d'une sympathie feinte. « Ne fais pas attention à eux, Élise. Ils n'ont pas d'importance. »
Il a serré ma main, mais son contact était comme une araignée rampant sur ma peau. Je n'ai pas pu arrêter le tremblement qui m'a parcourue, un frisson violent de rage et de chagrin purs et sans mélange. Ils l'ont vu comme un symptôme de mon traumatisme. Ils n'avaient aucune idée que c'était un symptôme de ma haine. Ils étaient les architectes de ma prison, et maintenant ils prétendaient être mes gardiens, mes protecteurs.
Hugo a suggéré que Léo et lui aillent nous chercher des cafés, me laissant près de l'entrée du parc. « On revient tout de suite », a-t-il promis.
Ils se sont éloignés de quelques mètres, regroupés près d'un stand de crêpes, le dos tourné vers moi. Leurs voix étaient basses, mais le vent a porté leurs mots jusqu'à ma seule bonne oreille.
« Ce n'est pas assez », dit Hugo, la voix tranchante. « Les gens parlent encore. L'histoire de la "victime tragique" commence à lasser. Ils commencent à poser des questions sur les rivaux en affaires que j'ai mentionnés. Il faut qu'on étouffe ça pour de bon. »
Mon sang s'est glacé.
« Qu'est-ce que tu suggères ? » demanda Léo, le ton méfiant.
« Il nous faut autre chose », dit Hugo. « Quelque chose qui la rende... moins sympathique. Quelque chose qui fasse que les gens se retournent contre elle. » Il a fait une pause. « J'ai demandé à mon détective de fouiller un peu. Un des danseurs de sa troupe... ils étaient proches. On peut broder là-dessus. Une liaison sordide. Faire fuiter quelques photos truquées, quelques SMS fabriqués. "Le scandale sexuel secret de la star de l'Opéra". Ça la dépeint comme imprudente, volage. Ça explique l'"agression" sous un nouveau jour. Peut-être une querelle d'amoureux, une affaire qui a mal tourné. N'importe quoi pour détourner l'attention de nous. »
Le monde a basculé sur son axe. Ce n'était pas assez qu'ils aient brisé mon corps. Maintenant, ils allaient systématiquement détruire mon nom, mon dernier lambeau de dignité.
Une vague de nausée et de panique m'a submergée. Je devais m'enfuir. J'ai tâtonné avec les roues de mon fauteuil, essayant de tourner, de fuir. Mes mains étaient moites de sueur. Le fauteuil ne bougeait pas. Il était coincé.
Un sanglot s'est échappé de mes lèvres. J'ai poussé plus fort, une énergie frénétique et désespérée montant en moi. Le fauteuil a fait une embardée, a tourné sur le côté, et j'ai basculé, tombant sur le trottoir avec un bruit sourd et écœurant. Ma tête a heurté le béton.
Et puis le chaos a éclaté.
« La voilà ! » a crié une voix.
Soudain, j'étais encerclée. Un mur de corps, des appareils photo crépitant comme des mitraillettes. Des journalistes, aux visages prédateurs, ont brandi des micros sous mon nez.
« Mademoiselle Chevalier, est-il vrai que vous aviez une liaison avec un membre de la troupe ? »
« Est-ce qu'un deal de drogue qui a mal tourné a conduit à votre agression ? »
« Les rumeurs sur votre vie dissolue sont-elles exactes ? »
Les questions étaient un barrage d'ordures, chacune une pierre lancée sur mon esprit déjà brisé. J'ai essayé de couvrir mon visage, mais une main a attrapé mon bras, l'arrachant.
Une femme aux yeux fous et portant un t-shirt « Team Chloé » a percé le cordon de journalistes. Elle ressemblait à une fan hystérique. « Salope ! » a-t-elle hurlé, le visage tordu par la haine. « Tu as essayé de ruiner la carrière de Chloé ! Tu mérites ça ! »
Ses ongles ont griffé mon visage, faisant couler le sang. D'autres se sont avancés, une foule enragée. Ma couverture a été arrachée. Ma chemise a été déchirée, exposant la peau pâle de mon épaule et le haut de mon soutien-gorge médical. La poche de la sonde, ma honte secrète, a été tirée de sa pochette cachée, le tube en plastique brillant à la lumière, le liquide jaunâtre à l'intérieur ballottant à la vue de tous.
Un hoquet collectif a parcouru la foule, suivi de murmures de dégoût. La pitié avait disparu, remplacée par la révulsion. Je n'étais plus une ballerine tragique ; j'étais un monstre. Une chose brisée, souillée.
Les larmes coulaient sur mon visage, se mélangeant au sang, piquant les égratignures fraîches. Le sel brûlait, une manifestation physique de la honte dévorante.
« Élise ! »
Hugo et Léo étaient soudain là, se frayant un chemin à travers la foule comme des anges vengeurs. Hugo a jeté sa veste sur moi, son visage un masque de fureur vertueuse. Léo s'est agenouillé à côté de moi, sa voix tremblant de ce qui ressemblait à une véritable horreur. « Oh mon Dieu, Élise... ça va ? »
Il a essayé de me prendre dans ses bras, de me protéger des regards indiscrets et des flashs.
Mais en levant les yeux vers leurs visages, vers leur choc et leur inquiétude parfaitement joués, je l'ai vu. L'éclair de calcul dans les yeux d'Hugo. La tension subtile et soulagée dans la mâchoire de Léo.
Ce n'était pas une embuscade au hasard. C'était le plan. C'était l'« autre chose » qu'ils avaient arrangée. La fan enragée, les journalistes, le dépouillement public de ma dignité, tout cela faisait partie de leur grand dessein.
Ils voulaient m'effacer. Pas seulement la danseuse, mais la personne. Transformer ma tragédie en un titre de tabloïd, une sordide mise en garde, pour que la douce et fragile Chloé puisse renaître de mes cendres, pure et sans tache.
J'ai regardé Léo, mon fiancé, l'homme qui était censé me protéger, me berçant maintenant dans ses bras pour le bénéfice des caméras.
J'ai laissé ma tête tomber contre sa poitrine, un sanglot brisé s'échappant de mes lèvres. C'était la performance la plus convaincante de ma vie.
Vous avez gagné, pensai-je, une certitude froide et dure se solidifiant dans mon cœur. Vous avez vraiment, totalement gagné.
Pour l'instant.
Chapitre 3
Point de vue d'Élise Chevalier :
Le trajet du retour fut silencieux, imprégné de l'odeur écœurante de la fausse sympathie. Hugo conduisait, les jointures blanches sur le volant, tandis que Léo était assis à côté de moi à l'arrière, murmurant des platitudes inutiles. Je gardais mon visage enfoui dans sa poitrine, jouant le rôle de la victime anéantie. En réalité, je les observais, mon esprit une machine froide et calculatrice.
Quand nous sommes entrés – ou plutôt, quand Hugo m'a portée – par la porte d'entrée, Chloé attendait dans le grand hall. Elle portait une simple robe blanche, les cheveux tirés en arrière, son visage un portrait parfait d'une sollicitude angélique.
« Oh, Élise ! » s'écria-t-elle en se précipitant. « J'ai vu les nouvelles... c'est horrible ! Tu vas bien ? »
Elle a tendu la main vers la mienne, son contact frais et sec. Hugo et Léo se sont immédiatement adoucis, leur énergie protectrice passant de moi à elle.
« Tout va bien, Chloé », dit Hugo, la voix douce. « Ne t'inquiète pas. »
« Mais ils ont été si cruels avec elle », chuchota Chloé, ses yeux s'emplissant de larmes fabriquées. Puis, comme si elle ne pouvait plus contenir son excitation, elle se tourna, un sourire éclatant perçant le masque de la tristesse. « Mais j'ai une bonne nouvelle ! Quelque chose pour nous remonter le moral à tous ! »
Elle désigna la grande table en acajou au centre du hall. Posé dessus, brillant sous le lustre, se trouvait un grand trophée doré.
« J'ai gagné », annonça-t-elle, sa voix résonnant de triomphe. « Le Concours National de Ballet. Je suis la nouvelle championne. »
Mes yeux se sont fixés sur le trophée. C'était le mien. La compétition que j'étais censée dominer. L'aboutissement de vingt ans de sueur, de sacrifices et de pirouettes sans fin. C'était la scène sur laquelle mes débuts à l'Opéra devaient être annoncés.
Une douleur fantôme s'est répandue dans mes jambes. Je pouvais presque sentir la brûlure familière dans mes mollets, le claquement satisfaisant de mes articulations alors que je m'élançais dans un Grand Jeté. Je me suis souvenue du rugissement de la foule, de la chaleur aveuglante des projecteurs, de la sensation de voler.
Maintenant, je ne pouvais même plus me tenir debout.
Hugo et Léo rayonnaient, leurs visages illuminés de fierté. Ils flanquaient Chloé, la couvrant d'éloges, leur « traumatisme » antérieur suite à mon humiliation publique complètement oublié.
« C'est incroyable, Chloé ! »
« On savait que tu pouvais le faire ! »
Ils formaient une petite famille parfaite et heureuse de trois personnes, célébrant une victoire achetée avec mon sang et ma dignité. J'étais une pensée secondaire, un meuble cassé dans un coin de la pièce.
Je n'ai rien dit. J'ai simplement tourné mon fauteuil roulant et j'ai commencé à m'éloigner, le doux vrombissement des roues étant le seul son que je produisais.
« Élise, attends ! » appela Chloé, sa voix dégoulinant d'une fausse douceur. Elle s'est dépêchée de me suivre, me rattrapant au pied de l'escalier. Elle a posé une main sur mon épaule, se penchant près de moi comme pour m'aider.
« Ne sois pas si mauvaise perdante », chuchota-t-elle, sa voix un sifflement venimeux dans ma bonne oreille. « Ça te va mal. Quoique », ajouta-t-elle, ses yeux balayant mes jambes inutiles et le volume caché de la poche de la sonde, « tout te va mal maintenant. »
La cruauté de ses mots m'a coupé le souffle. Mon visage est devenu pâle, mes mains se sont crispées sur les roues de mon fauteuil.
Soudain, Chloé a poussé un cri. « Ah ! »
Elle a trébuché en arrière, dégringolant théâtralement les premières marches du grand escalier, pour atterrir en tas sur le tapis moelleux.
« Chloé ! »
Hugo et Léo se sont retournés, leurs visages des masques d'horreur. Ils se sont précipités devant moi, s'agenouillant à côté d'elle, leurs mains s'agitant au-dessus d'elle comme des papillons affolés.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » exigea Hugo, ses yeux trouvant les miens, instantanément remplis d'accusation.
Chloé, toujours l'actrice, sanglotait sur l'épaule de Léo. « C'est ma faute », gémit-elle. « Je n'aurais pas dû bousculer Élise. Elle est juste... contrariée. Elle ne voulait pas me pousser. »
Le mensonge était si flagrant, si audacieux, qu'il en était presque brillant. Elle ne m'avait pas seulement accusée ; elle l'avait présenté comme un acte de pardon magnanime.
Le visage d'Hugo s'est durci en une fureur froide et familière. Il s'est levé, me dominant de toute sa hauteur. « Tu l'as poussée ? » gronda-t-il.
« Je ne l'ai pas touchée », dis-je, ma voix plate et égale.
« Ne me mens pas, Élise ! » tonna-t-il. Il a fait un geste sauvage vers Chloé, qui examinait maintenant une cheville supposément tordue. « As-tu la moindre idée de ce que ses jambes représentent pour une danseuse ? Une blessure comme ça pourrait mettre fin à sa carrière ! »
L'ironie était si épaisse que j'aurais pu m'en étouffer. Mes propres jambes, détruites à jamais par sa faute, étaient oubliées. Ma carrière, déjà anéantie, n'avait aucune importance.
Un rire sec et sans joie s'est échappé de mes lèvres. « Ses jambes ? » ai-je demandé, ma voix dangereusement calme. « Tu t'inquiètes pour ses jambes ? »
Hugo a tressailli comme si je l'avais giflé.
Léo a regardé de moi à Hugo, son expression déchirée. Pendant une fraction de seconde, j'ai vu une lueur de doute dans ses yeux. Mais elle a été rapidement éteinte par le doux gémissement de Chloé.
« Excuse-toi auprès d'elle, Élise », ordonna Hugo, sa voix ne laissant aucune place à la discussion. « Maintenant. »
« Non », dis-je. Le mot était petit, mais c'était un rocher contre la marée de leur injustice.
La performance de Chloé s'est intensifiée. « Ce n'est rien, Hugo, vraiment », dit-elle, sa voix tremblant courageusement. « Je sais qu'Élise traverse une période difficile. Je lui pardonne. » Elle m'a regardée, ses yeux brillant de triomphe.
Le cœur d'Hugo a visiblement fondu. « Tu es trop bonne, Chloé », murmura-t-il en lui caressant les cheveux.
Je ne pouvais plus regarder. J'ai tourné mon fauteuil et je me suis dirigée vers la solitude tranquille de la bibliothèque, les laissant à leur tableau dégoûtant.
Plus tard dans la nuit, Léo est venu dans ma chambre. Il m'a apporté un verre de lait chaud, comme il le faisait quand je n'arrivais pas à dormir.
« Pour toi », dit-il doucement, ses yeux implorant une connexion que je ne pouvais plus lui donner.
J'ai pris le verre, je me suis dirigée vers la salle de bain attenante et j'ai versé le lait dans l'évier. Je ne l'ai pas regardé en revenant.
J'ai été tirée d'un sommeil agité au milieu de la nuit par un bruit dans ma chambre. Mes yeux se sont ouverts d'un coup. Une silhouette se tenait près de mon lit. Hugo.
Mon sang s'est glacé. J'ai fermé les yeux très fort, feignant de dormir, mon cœur martelant contre mes côtes.
Soudain, la couverture a été arrachée. Des mains rudes m'ont saisie, me tirant du lit. J'ai atterri sur le sol avec un bruit sourd qui a envoyé une onde de choc douloureuse à travers ma colonne vertébrale inutile. Avant que je puisse crier, un sac en toile de jute grossier a été tiré sur ma tête, me plongeant dans une obscurité suffocante.
On m'a traînée hors de la chambre, dévalant les escaliers, chaque impact une nouvelle agonie. Je me suis mordu la lèvre pour ne pas crier, le goût cuivré du sang remplissant ma bouche.
On m'a jetée sur un sol froid et humide. La cave.
J'ai de nouveau entendu leurs voix, les deux voix qui hantaient mes cauchemars.
« Tu es sûr de ça ? » C'était Léo, la voix hésitante.
« Elle a besoin d'une leçon », la voix d'Hugo était comme de la pierre. « Elle a blessé Chloé. Elle devient instable, dangereuse. Un peu de discipline, c'est ce qu'il lui faut. »
« De la discipline ? Hugo, c'est de la folie. »
« Tu l'as vue aujourd'hui. La jalousie la rend laide. Il faut qu'on lui rappelle sa place. »
Ma place. Un jouet cassé. Un animal de compagnie désobéissant. La douleur dans mon cœur était mille fois pire que l'agonie de mon corps. C'était une déchirure, un déchiquetage du tissu même de mon âme.
« Fais-le », ordonna Hugo à une troisième voix, que je ne reconnus pas.
J'ai fermé les yeux, me préparant à l'impact.
Le premier coup a atterri sur mon dos, un bruit sourd et écœurant d'une barre de bois contre ma chair. Un grognement étranglé s'est échappé de mes lèvres.
Un autre coup, cette fois sur mes jambes. Je n'ai senti que la vibration discordante, un écho fantomatique de douleur dans des membres qui ne pouvaient plus rien sentir.
Bruit sourd. Bruit sourd. Bruit sourd.
Les sons étaient rythmés, brutaux. Je me suis recroquevillée en boule, mes cris silencieux piégés dans ma gorge.
Puis, aussi soudainement que ça avait commencé, ça s'est arrêté.
« C'était quoi, ça ? » demanda Hugo, la voix vive et alerte.
Le sac a été arraché de ma tête.