Chapitre 2
Tournant en rogne comme un lion affamé dans sa cage, Rachid n'arrivait plus à supporter les rumeurs qui ne cessaient d'être divulguées dans tout le pays, était-il impuissant ou tout simplement stérile ? C'etait la question du peuple. ils se posaient cette question dans les restaurants, les bars, en cours de route, dans les marchés et bien d'autres. Jamais il ne croirait en cette rumeur qui disait qu'il était maudit ou qui disait qu'il était un monstre sans cœur maudit et pourquoi ? Son ex-femme s'en était allée sans aucune raison, peut-être parce qu'il était froid avec elle mais il ne l'aimait pas et elle le savait dès leur union. Elle était sa maîtresse de longue date et lorsqu'il qu'il avait voulu se marier pour satisfaire le peuple, cette dernière s'était portée candidate. Il ne pouvait pas le nier, son apparence et ses expressions faisaient fuir tout le monde mais cela ne signifiait pas qu'il était immonde et sans cœur.
La chaleur était si pressante et tout avait l'air de rétrécir autour de lui. Il n'avait aucun mal avec sa situation mais son peuple réclamait de lui une progéniture royale après la rumeur qu'avait lancé son ex-femme, une rumeur selon laquelle il serait stérile. Toutes les femmes le craignaient et même jusqu'aux femmes dénommées de croqueuses de Diamant et cette situation n'était point pour le déplaire car il aimait avoir le contrôle autour de lui mais la situation avec le peuple lui faisait bien croire qu'il perdait son autorité.
Observant la grande grille du palais depuis la fenêtre de son bureau, il était si curieux de connaître qui sera la prochaine femme qui franchirait cette porte pour se faire appeler sa femme après le départ de Selma. Cette pensée l'amusait au point où il se surprit même à sourire tout seul même comme ce n'était pas du tout le bon moment pour jouer au dur.
Le soleil était haut et tellement brûlant qu'il imaginait son ennemi marcher sur le sable fin du désert les pieds nus. Ce spectacle serait bien à rigoler s'il était réel.
Étant un homme qui a été éduqué pour diriger tout un peuple, le mot douceur était loin de faire partir de son vocabulaire car il n'aimait pas être faible peu importait la situation à laquelle il pouvait faire face.
Pendant sa contemplation, son regard tomba les photos des filles, plus précisément des mannequins que lui avait rapporté sa tante afin qu'il fasse son choix d'épouse, une chose qui n'avait pas pu l'empêcher de rire, sérieusement. Lui, le Sultan du Yémen, ça lui donnait l'impression qu'il n'avait pas du tout les couilles pour faire face à une femme pourtant c'étaient elles qui le fuyaient comme s'il dégageait quelque chose de dangereux.
Voir ces femmes avec la chair sur les os tout simplement parce qu'elles ne mangeaient pas par peur de prendre les kilos, cela était si désespérant qu'il serait capable de les punir juste pour ça mais bon, il ne les connaissait même pas et après tout c'était leur vie.
Aucune n'était à son goût car déjà le corps sans chaire n'était pas son affaire. Il était certes vrai qu'il ne connaissait pas le genre de femme qui l'intéressait mais surtout pas ces mannequins qui ne savaient que dépouiller la richesse des hommes riches .
Lorsqu'il arpentait son bureau en pensent à son peuple, il entendit des pas lourds se rapprocher de son bureau et ne fut point surpris. Il était juste impatient d'être mis au courant de la nouvelle rumeur, puisque c'était tout ce qui se passait dans le pays depuis quelques mois.
Voyant la tête de son conseiller passer la porte de son bureau, il mit les mains dans ses poches, bomba sa poitrine et hocha la tête, de façon à lui demander de se lancer dans son récit. Ce dernier le regarda exaspéré car Rachid restait un jeune homme avec la tête dure même s'il était un bon dirigeant.
- quelle est la nouvelle rumeur Omar ?
- votre Altesse pourquoi faites-vous cela? Vous vous cachez dans votre bureau pour me demander ce que votre peuple dit de vous? Prennez votre courage à deux mains et sortez les affronter. Jusqu'à quand allez-vous continuer ainsi?
- je te coupe tout de suite, dit-il durement. Je ne suis pas en conflit avec mon peuple mais ils me demandent une chose dont je ne suis pas prêt à leur donner. J'ai divorcé de mon ex-femme ou tout simplement mon ex-femme est partie il y a de cela quelques mois, mon peuple réclame de moi un héritier pourtant ils pensent que je stérile comme leur a dit Selma. Ils pourront tout juste continuer de penser ce qu'ils veulent, je ne suis pas prêt à les satisfaire.
- et peut-on savoir pourquoi ? Demanda Omar son conseiller.
- un mariage dans de brefs délais n'est pas envisageable pour moi. Je fais tout pour satisfaire mon peuple. Je veille sur leur sécurité nuit et jour, j'assure leur bien-être et que faire de plus ? Je crois leur avoir trop donné de la liberté, il est temps que cela cesse, c'est moi le sultan et pas un autre.
Omar esquissa un sourire moqueur en fixant le sultan droit dans les yeux.
- vous envisagez de dompter des bêtes sauvages votre Altesse ? Vous avez donné la liberté à votre peuple de faire ce qu'il voulait. Ces hommes ont appris de vous ce qu'est l'amour, le pardon, l'humilité et le vivre ensemble. Il leur a fallu du temps pour apprendre tout cela car votre père, l'ancien sultan avait appris à son peuple la notion de dominance, le pardon ne faisait pas partir de cette population car il leur avait inculqué la notion de <<œil pour œil, dent pour dent>>. Votre majesté, ils revendiquent un mariage de votre part parce que c'est le bon moment, ils veulent le bonheur de leur Sultan et rien d'autre. Ils ont à ce jour compris que Selma n'était pas celle qu'il vous fallait et la preuve, elle est partie sans remord. Savez-vous ce que votre père aurait fait à votre place ?
- je sais qu'en ce moment toutes les jeunes filles de ce pays et même d'ailleurs trembleraient d'effroi parce qu'elles attendraient d'être prise de force et soumisent à un mariage forcé où même leurs parents n'auront pas leur mot à dire.
- exact, dit Omar en hochant la tête. Mais sauf qu'aucune ne craint d'être soumise à un mariage forcé venant de vous votre majesté. Vous avez fait disparaitre ces comportements barbares mais je sais que certains continuent de croire que vous n'êtes pas prêt vu que votre femme n'a pas pu supporter votre froideur et votre indifférence.
- et ça me fait énormément plaisir Omar. Au moins ils savent qu'ils ont des limites lorsqu'il s'agit de leur Sultan et cela donne aussi une limite à leur liberté qui pourrait devenir du libertinage.
Omar ne dit rien et se contenta de sourire de façon machiavélique. Céder aux caprices d'un enfant ne faisait en aucun cas partir de ses habitudes et il comptait bien le faire comprendre Rachid qui avait une tête de mule, sultan ou non car il était son conseiller le plus proche de lui.
- vous laissez tomber aussi facilement, ? Questionna Rachid un peu perdu à cause du silence d'Omar.
Auteure : Fayole Goumgang Wamba
Chapitre 3
Au même moment, sa tante entra dans son bureau sans frapper et d'ailleurs, il pensait lui faire part de ce comportement plus tard.
- puisque tu n'es pas prêt à te trouver une épouse du haut de tes trente ans afin d'assurer la lignée royale alors nous abandonnons. Tu sauras quoi dire à ton peuple comme d'habitude alors pourquoi continuer à te forcer la main? Tu es un grand garçon et tu es le sultan. Tu sais toujours quoi faire, pas vrai ? Lui avait dit sa tante.
Il comprit que cette dernière avait écouté leur conversation, ce qu'il n'aimait pas du tout. Réfléchissant à cet abandon beaucoup trop rapide de la part de sa tante et de son conseiller, Rachid secoua frénétiquement la tête de gauche à droite sans les quitter des yeux. Une lueur pleine de malice brillait dans les yeux de sa tante et il voulait en savoir plus afin d'avoir le coeur net.
- je ne suis pas naïf. Qu'est-ce que tu comptes faire car tes yeux te trahissent.
Éclatant de rire, sa tante fit un tour sur elle-même sans laisser tomber son sourire.
- je comprends que tu sois très parano et toujours sur tes garde mais je ne suis pas un danger mon cher neveu. Je suis ta tante qui te veut du bien alors je te prie d'arrêter de chercher des situations là où elles ne sont pas là. Je ne te cache rien voyons.
- je vais faire semblant de te croire. Fini par dire Rachid.
Asma ne répliqua rien et se contenta de prendre place sur le fauteuil en face du bureau. Elle regardait les photos qu'elle lui avait proposé des jours plus tôt afin qu'il fasse un choix.
- je suis très heureuse que tu te sois un peu intéressé à ces filles.
- pardon? Hurla la voix du Sultan si durement mais sans aucun effet sur Asma qui était une femme pleine d'assurance
- je disais que je suis...
- non stop. Tu t'entends parler? Que ces filles qui punissent leurs organismes parce qu'elles veulent être mannequins puissent m'intéresser ? La blague du siècle. Je te rappelle que j'étais avec Selma tout simplement parce qu'elle forçait tout sinon elle n'était que ma maîtresse comme toute les autres.
- es-tu certain d'être en santé fils? Je ne veux pas faire allusion à ce que dit le peuple mais...
C'était la goutte de trop pour Rachid. Aller jusqu'à penser qu'il avait des problèmes de santé c'était trop. Il était bien vrai qu'il avait passé assez de temps sans toucher une femme car même malgré le fait qu'il était marié à Selma, il ne l'avait jamais touché durant leur mariage mais cela n'avait aucunement impacté sur sa virilité... Enfin... Il le pensait.
Et si sa tante avait raison, ne put-il s'empêcher de penser. Devant lui, la femme était égale à un homme, aucune d'elles ne lui faisait de l'effet et il craignait d'être malade.
- Rachid?
- ma tante tout va bien.
- oui je te crois Rachid mais cesse de faire patienter ton peuple et trouve-toi une épouse. Tu ne crois pas en l'amour Rachid mais crois-moi, l'amour nait sous les oreillers. Si cela t'intéresse bien, je pourrais organiser un casting afin de faire venir toutes belles filles du pays, tu pourras faire ton choix tu sais très bien que j'ai des connaissances.
- quelle idée absurde! Je peux tout contrôler alors je saurais me trouver une femme au moment venu. Pour le moment, seul mon devoir de Sultan compte. Le peuple est ma priorité et jamais je ne laisserai autre chose me distraire de mon devoir.
- même pas une femme ?
- même pas une femme.
C'est ce que nous verrons ne put s'empêcher de marmonner Asma tout bas.
- je vais m'en aller fils. Penses-y.
- j'y penserai mon ma tante. Je crois que tu as besoin de repos et j'imagine que tu ne vas pas rester ici.
Alors qu'il ne s'était pas encore calmé, il entendit frapper à son bureau et lorsqu'il ordonna à cette personne d'entrer, la porte s'ouvrit lentement et son air changea tout d'un coup. Il ne s'attendait pas du tout à voir cette tignasse de jeune métisse qui le mettait toujours hors de lui à chaque fois.
- mes sincères salutations votre majesté, dit Djamel en faisait une révérence qui laissait à désirer.
Exaspéré par le comportement enfantin de son cousin, Rachid serra la mâchoire et souffla bruyamment. Sa tante venait tout juste de partir et voilà que son cousin était là. Ce moment était mal choisi pour Djamel pour faire des blagues pareilles car l'heure était grave.
Constatant la mine dure et boudeuse du Sultan, l'invité laissa tomber ses membres le long de son corps et alla prendre place sur le siège.
- tu veux bien te confier à ton cousin? Dit-il dans l'espoir qu'il lui dise quelque chose.
- tu n'es pas sans ignorer la situation actuelle du pays.
- oui tu as parfaitement raison mais je ne te comprends plus mon cher cousin. Tu as toujours su quoi faire peu importait la situation, hier encore tu as lutté sur le champ de bataille pour la cause de ton pays alors qu'est-ce qui t'empêche de faire ce que demande la tradition, une épouse et un enfant c'est tout.
Oui il avait toujours une solution à tout mais là, ce n'était pas du tout facile.
- trouve-toi une femme et tout reviendra dans l'ordre, reprit Djamel
- accroire que c'est facile. Tu es sans ignorer que la dernière reine de ce palais n'a pas pu tenir et s'en est allée, même celle qui avait tout dans ce palais et qui se prennait pour ma femme n'a pas pu supporter. Aucune femme ne voudrait devenir reine à mes côtés.
- mais contacte tes anciennes maîtresses, oui c'est la solution parfaite Rachid, je sais qu'en dehors de Selma tu en avais plusieurs et l'amour n'a jamais été ton truc.
- ces femmes superficielles n'aspirent qu'au pouvoir et à de l'argent, que deviendra mon peuple si j'épouse ce genre de femme ? Certainement le déclin de ce pays.
Ne sachant plus quoi ajouter, Djamel baissa la garde et se contenta de respecter son choix. Il avait grandi avec Rachid et cet entêtement faisait bien partir de lui depuis.
Auteure : Fayole Goumgang Wamba