Chapitre 1

Chapitre I

J’aurais dû m’y attendre. C’était trop prévisible et je n’ai rien vu venir. Je vais me ridiculiser encore une fois, je le sens ...

-Tu m’en veux ?

-Ça dépend du lien qui nous uni. Si c’est celui des deux amies que nous sommes, la réponse est oui, je t’en veux et pas qu’un peu mais si c’est celui de la yaya et la petite sœur, ton droit d'aînesse ne me permet pas de répondre oui, alors avec un beau faux sourire, plus artificiel que lui tu meurs, je te répondrais « non ya Tal absolument pas »

-Ok, on va prendre comme lien de référence celui de la yaya et la petite sœur. Dit-elle en me poussant vers l’avant

Je prends sur moi pour plaquer un sourire de circonstance et prie intérieurement pour qu’il paraisse naturel.

-Ah, tu en as mis du temps, tu voulais nous affamer c’est ça ? Lance ya Louis, le mari de ya Tal

-Non, j’ai été retenue par mon boss un peu plus longtemps, mais j’ai appelé ya Tal pour la prévenir de mon retard. Me justifié-je gênée. Ya Tal, tu n’as rien dit ?

-Mais si rassure-toi, je te taquine ! Allez, prends place. Je n’ai pas besoin de te présenter Shomari, mon collègue ?

A cet instant précis, je remercie le seigneur d’être assez noire pour ne pas que l’on voie mes joues et même mon visage virer au rouge cramoisie. J’ai eu comme l’impression qu’il avait volontairement insisté sur le prénom Shomari, et que toute la tablée, constituée de nous quatre, s’en était rendue compte.

Si avant ce dîner j’en étais pas certaine, je suis maintenant persuadée que ya Taliane a mis son mari dans la confidence.

Je suis pour le « non secret » dans les couples mais, que lorsqu’il s’agit des secrets des autres. Pour ceux me concernant, mon point de vue est tout autre.

-Mais non, on se connait. A répondu Shomari en se levant. On s’est vus de nombreuses fois. Comment vas-tu ?

-Bien. Ai-je réussi à articuler

Je le vois se pencher vers moi et bloque ma respiration le temps qu’il dépose deux bises sur chacune de mes joues, mais ce n’est pas assez. J’aurais dû retenir ma respiration plus longtemps. Les effluves de son parfum sont déjà en train d’effacer ma dernière pensée cohérente pour la remplacer par une image de lui qui à coup sur hantera mes rêves des deux prochaines semaines. Oui avec moi c’est toujours dans l’exagération. Je suis un peu une sadomaso, j’aime la douleur…. mentale.

Depuis toute petite, je passe mon temps à me ressasser tout ce que je suis incapable d’avoir ou à revivre inlassablement des échecs qui m’ont anéantis, va savoir pourquoi.

-Mais assieds-toi Mayé ! Me dit Louis

Je marche vers la seule chaise où je peux m’asseoir comme un bœuf qui va à l’abattoir, et m’assieds avec toute la prudence du monde, de peur de faire une gaffe comme j’en ai l’habitude. Je suis tellement gauche que même m’asseoir peut relever du parcours du combattant.

Bon, on dirait que tout va bien, j’ai réussi à poser mes fesses sans souci.

-Je te sers un peu de vin ? Me demande Shomari

-Oui. Ai-je répondu spontanément

Mais pourquoi j’ai dit oui, je ne bois pas.

L’alcool et moi faisons dix milles. Ma cousine Kala a dans ses archives une vidéo compromettante de moi et mes premiers pas dans les beuveries, qui me rappelle que je dois toujours m’éloigner de tout ce qui ressemblent de près ou de loin à de l’alcool.

-Blanc, rouge ?

-Quoi ça ?

-Le vin

-Oh euh… rouge

J’ai dit la première chose qui me passait par la tête et j’ai fait la même chose durant tout le repas.

Lorsque je suis déstabilisée, je n’arrive pas à être cohérente ni même à réfléchir alors je réponds en balançant la première chose qui me passe par la tête. Généralement c’est une réponse monosyllabique, qui a pour conséquence de plomber lourdement l’ambiance. Kala les appelles les réponses “tue le dialogue”.

C’est souvent après trois réponses « tue le dialogue » que les hôtes se rappellent pourquoi ils mettaient autant de temps à m’inviter de nouveau chez eux.

Je ne suis pas tout le temps comme ça. Je peux être une bonne vivante, qui ne s’arrête pas de parler, mais ça ce n’est que lorsque je suis à l’aise. Que je connais toutes les personnes se trouvant parmi les invités et pour qui je n’ai aucun faible. Malheureusement, c’est assez rare. Il y a toujours un ou deux inconnus, et l’équation devient tout de suite complexe pour moi. Même en famille, j’agis de cette façon, ce qui déplaît fortement à ma mère.

« Mayéla, il faut t’ouvrir un peu, toujours dans les choses des timides là. Tu dois tenir ça du côté de ton père, parce que chez moi, y’a pas ça » me répète-elle constamment.

-Mayé, tu peux m’aider à débarrasser ? Me demande ya Taliane

Non, je te rappelle que je suis une vraie gourde, et que je serais capable de casser ta jolie vaisselle en moins de cinq minutes avec mes deux mains gauches. Puis y’a Shomari qui est là, je n’ai pas envie qu’il découvre cette autre facette désagréable de ma personne. Même si je n’ai aucune chance avec lui, je n’ai pas envie qu’il sorte d’ici en se disant « elle est vraiment bancale celle-là ». Mon cas est laid comme dirait les camerounais, mais il n’a pas besoin de connaître le niveau de laideur pensé-je, mais bien évidemment ma bouche finit par dire tout le contraire, soit un très enthousiasmé :

-Oui !

Un autre de mes défauts en plus de celui de toujours dire la première réponse qui passe dans ma tête; Je ne sais pas dire non. Je dis toujours oui malgré moi. Tous ceux qui me connaissent le savent, comme mon patron. Il est l’un des premiers à user et abuser de cette tare. Pas plus tard que tout à l’heure avant d’arriver, il m’a refilée un mail d’un client à traiter urgemment et bien évidemment, il n’y avait personne d’autre aussi manipulable que moi pour accepter de le traiter. Et c’est la raison pour laquelle je suis arrivée aussi en retard tout à l’heure.

-Mais qu’est-ce que tu m’fais là ? Me demande ya Taliane lorsque je la rejoins dans la cuisine avec les verres que j’ai précédemment pris avec moi.

-Tu veux vraiment que je réponde à cette question ? Je lui réponds, un air affligé

-Non mais ce n’est pas la première fois que tu le vois, puis Louis pose pleins de questions pour te mettre en confiance !

-Ça ne change rien. Souflé-je. D’ailleurs, tu as parlé à ton mari de ce que je t’ai dit, n’est ce pas ?

-Oui mais c’était pour que je puisse organiser au mieux ce repas et te permettre d’avoir toutes tes chances. Se justifie-t-elle. Il n’y a aucune rivale pour te barrer le chemin alors fonce !

-Arrête ya Tal, on sait toutes les deux que je ne suis pas son genre de femme.

-Mais tu n’as même pas tenté !

-Pas besoin. Je te remercie pour ce que tu as fait mais à l’avenir, ne recommence pas s’il te plaît. Je ne sais même pas par quel miracle ta vaisselle est toujours intacte alors réjouis-toi et ne tente pas le destin pour t’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un coup de bol.

-hummm

Je souris devant sa mine boudeuse puis récupère les assiettes à dessert avant de la suivre de nouveau.

Après avoir posé la vaisselle sur la table, je ne me rassois pas mais les informe de mon départ.

-Ya Tal, ya Louis, je vous remercie pour cette invitation,le dîner était vraiment bon, mais je vais devoir vous laisser.

-Oh mais pourquoi ? Il n’est même pas terminé !

-Je sais ya Louis, mais je ne veux pas avoir à prendre un taxi trop tard.

-Mais ce n’est pas un souci, j’irai te déposer.

-Non, surtout pas, tu es chez toi et je n’ai pas envie de te faire déplacer. Profite de la fin de ta soirée calmement.

-Qu’est-ce que tu racontes, tu es notre invitée, je te raccompagnerai.

-Non, ça me gênerait, vraiment!

-Dans ce cas, je vais te déposer. Intervient Shomari.

-....Oh euh, non, je ne veux pas non plus te déranger, Shomari.

-Je te dis de m’appeler Ari comme tout le monde, puis je suis en voiture et je vais bien devoir rentrer.

J’ai bien envie de lui dire que je ne suis sûrement pas sur son chemin, mais j’ai peur que ça passe pour une excuse bidon. Même si c’est une excuse bidon.

L’idée de me retrouver dans sa voiture, enfermée dans cet habitacle emprunt de son odeur . . . Brrrrrr ! Je pourrais devenir folle, la torture mentale je la supporte un temps, mais là, je ne suis pas certaine de pouvoir tenir.

-D’accord

Et voilà, j’ai encore dit oui…

-Parfait, tout est donc réglé. Lance fièrement ya Louis

Parfait ? Ça dépend pour qui ?

*****

-Et voilà, tu es arrivée.

-Merci

-Je t’en prie

Elle sort de ma voiture plus vite qu’elle y est montée, puis me fait un léger signe de la main, sans même se retourner suivi d’un ”bonne nuit” à peine audible avant de se diriger vers son portail.

Je souris en la voyant presser le pas.

Je m’assure qu’elle est bien rentrée puis démarre ma voiture direction la maison.

Cette fille c’est la définition personnifiée du mot timidité. Tout en elle est une référence à l’effacement. De sa façon de se vêtir à sa manière de marcher la tête baissée, les épaules voûtées, en passant par son regard fuyant et ses réponses monosyllabiques à peine audibles. C’est un beau gâchis pour un mec comme moi, surtout lorsqu’il y a un aussi bon potentiel mais c’est une grâce pour elle : elle n’attirera pas les mecs “idiots” de ma catégorie.

Oui je me classe dans la catégorie des “ idiots ”, pour éviter de perdre du temps à tout le monde. Le temps c’est de l’argent et de la baise, les deux choses que j’aime le plus sur cette terre après ma famille. Les engagements, les choses trop réfléchies, c’est pas pour moi.

J’ai trente ans soit dix bonnes années devant moi avant de penser à me poser. Contrairement à ce que beaucoup pense, c’est pas l’âge pour se prendre la tête avec les histoires de femmes, enfants, maisons et popote. Je l’ai dit et je le redis, toutes ces conneries, ce sera pour dans dix ans. Pour le moment, je profite tranquillement, des choses et des gens simples, sans prise de tête. Tout ce qu’elle a l’air de ne pas être. Étant donné que je ne me vois pas me maquer de si tôt, il vaut mieux que je ne tente rien.

Je pourrais jouer la carte de l'intéréssé qui la laisserait après avoir obtenu ce qu’il veut d’elle mais Louis me tomberait dessus.

Je vais me contenter de la prendre dans mes rêves...

Lorsque j’arrive chez moi, je file directement à la douche puis sous les draps après avoir éteint mon téléphone. On est vendredi soir et à coup sûr, il risque de sonner pour m’annoncer qu’il y a une fête où je n’ai pas envie d’aller.

Je ne suis pas casanier, j’aime beaucoup chiller mais quand je passe une bonne soirée maison, où j’ai le plaisir de déguster un bon repas, je n’ai pas spécialement envie d’enchaîner avec une soirée.

Je la vois se pencher vers ma verge déjà trop tendu, m’offrant une magnifique vue sur sa croupe, et y passer des petits coups de langue sur toute sa longueur. Elle me lance un regard espiègle par-dessus sa paire de lunettes avant de la prendre en bouche et se mettre à me pomper.

C’est qu’elle fait ça bien pour une timide, me dis-je en la regardant faire, très bien… un peu trop même. Je pensais qu’elle serait ouverte mais pas aussi entreprenante, et vicieuse, ce qui n’est pas pour me déplaire mais… ouuuuh… Damn !

C’est vraiment bizarre mais dans sa façon de faire, elle me rappelle Pénéloppe. Oui, c’est tout…

-Peny…

-oui bébé, détends-toi

Quoi, quoi !

J’ouvre les yeux et sursaute en voyant Pénéloppe en train de s’activer sur mon pénis.

-Mais qu’est-ce que tu fous ici !

-je viens prendre soin de toi et visiblement tu en avais besoin

-Peny arrête ça. Je t’ai déjà dit que c’était fini entre nous !

-c’est « soi-disant » fini entre nous mais ça ne nous empêche pas de nous faire plaisir mutuellement si ?

Elle se relève légèrement pour me dire ça, m’offrant une vue imparable sur sa nudité. Dans l’état où je suis, ce serait stupide de ma part de la foutre dehors. On discutera de tout ça demain matin mais pour l’heure, je tends ma main vers le tiroir de ma table de chevet pour y extraire une capote que j’enfile rapidement avant de la pénétrer tout ça sous son regard satisfait.

Le lendemain, c’est un rayon de soleil braqué sur mon visage qui me tire du lit et c’est légèrement irrité que je passe sous la douche.

Je trouve Pénéloppe, vêtue d’un de mes t-shirts trop grand pour elle, devant ma plaque de cuisson en train de faire des crêpes.

-Bonjour toi

-C’est la dernière fois que tu débarques chez moi sans prévenir. Je me permets pas ce genre de foutaise chez toi alors évite de le faire chez moi. Ai-je balancé en allant m’asseoir à la petite table se trouvant dans la cuisine qui est sans surprise dressée.

-T’avais pas l’air de détester ma petite surprise hier. Il fallait me mettre à la porte à ce moment là, tes propos paraîtraient plus crédibles.

-Ça allait être difficile de te mettre à la porte alors que j’étais sous tension par ta faute. J’avais besoin d’un vagin pour me calmer, tu étais là, et la suite tu la connais

-tu peux te montrer un peu moins con ?

Et toi moins envahissante ?!

_________

Coucou les amis !

Je suis heureuse de vous retrouver avec cette nouvelle histoire.

Publication : les lundis, mercredis et vendredis

Alors, on continue ?

<3 <3 Des bisous en pagaille <3 <3

Chapitre 2

Chapitre II

Oeufs, j’en ai, sucre, aussi, farine, j’en ai pas, yaourt non plus, et chocolat encore moins.

Je ferme mon placard et me tourne vers Kala, l’air désolé, même si je ne le suis pas spécialement, et lui dit:

-J’ai pas tous les ingrédients, désolée

-Pourquoi j’ai l’impression que tu ne l’es pas vraiment?

-Hum

-Tchip, bon allons les acheter. Boude-t-elle en se levant de son siège

Elle réajuste sa culot un peu trop courte selon moi, attrape son sac à main et se diriger vers la porte d’entrée

-Ah mais dépèche-toi ko !

Et moi qui ne voulait pas sortir aujourd’hui.

Je jette un regard à ma tenue. T-shirt, jogging claquette. Mouais, même si je m’en moque un peu de ce que les gens peuvent dire, je vais quand même mettre une paire de baskets

-Tu es sérieuse, tu changes seulement tes chaussures ?

-Quoi, ça va puis je suis à l’aise dans mes vêtements !

Le regard noir qu’elle me lance qui veut clairement dire “ je ne marche pas avec toi dans Brazza si tu restes habillée comme ça”, me pousse à entrer dans ma chambre et troquer ma tenue sport-wear, pour une tenue de ville composée d’un top gris, un slim noir et une paire de ballerines

-Donc, tu reviens encore avec les bêtises? Tu ne sais pas que tu peux passer à côté de l’homme de ta vie à cause d’une paire de ballerines ?

Et c’est reparti, mais là je ne vais pas encore aller me changer.

C’est donc en l’écoutant dénigrer chaque pièce composant ma tenue - avec une attention particulière pour mes ballerines - que l’on se rend à Park and shop.

-En plus c’est les chinoiseries, ça ne va pas durer. D’ailleurs ça me rappelle une histoire. Ricane-t-elle. Tu connais l’histoire de ya Massamba, une de mes cousines du côté de mon père ?

-Non. Ai-je répondu distraitement en déambulant dans un rayon.

-Ya Massamba a rencontré un chinois et s’est mariée avec lui. Ensemble, ils ont eu un enfant, une petite fille mais 8ans plus tard l’enfant est mort. Tu sais pourquoi ?

-Au mon dieu, non. Ai-je répondu attristé, la main sur le coeur. Pourquoi ?

-Mais parce qu’elle l’a fait avec un chinois, c’était une chinoiserie, ce qui est fait par un chinois ne dur jamais. Clame-t-elle avant d’éclater de rire.

Mais qu’est-ce qu’elle est nulle ! Je suppose que son histoire n’est que pure invention.

Kala et ses blagues lourdes. Il n’y a que moi pour constamment y croire.

Je reporte mon attention sur le rayon et me concentre sur les articles qui défilent devant moi.

-Mayé, regarde le bébé qui arrive en face. Quand je te dis de bouger, tu bouges sur ta droite

-Kala…

- Ahhh, peut-être c’est l’homme de ma vie, toi aussi

oh Kala, Kala, Kala… Elle ne s’arrête jamais. Je me demande comment il se fait qu’elle soit la cousine que je côtoie le plus. Elle a toujours des idées, des pensées, des actions et même des propos farfelus. A chaque fois que je la suis dans un de ses “bons plans” je finis toujours par être la grande perdante, mais va savoir pourquoi, je continue de rester avec elle.

-Mayé ?

Je soupire profondément puis lorsqu’elle me donne son signal, je fais un pas sur ma droite et rentre dans le torse du énième “homme de sa vie”, comme le voulait son plan.

En tout ça, il a les muscles thoracique bien bandés, et… le même parfum que celui qui hante mes nuits de célibataire depuis deux semaines.

-Oh attention Mayé. Je vous prie d’excuser ma cousine, elle est un peu maladroite

-Y’a pas de mal

Cette voix m’est familière…

Je lève les yeux pour tomber dans ceux de…

-Shomari

-Hey Mayéla !

Il y a des jours où tu as le pressentiment qu’il est préférable pour toi de rester à la maison, et de ne surtout pas sortir parce que dehors, le destin est en train de te préparer un tour qui va inéluctablement faire prendre à ta vie un virage à 190 degré que tu auras bien du mal à gérer. Ce pressentiment, je l’ai eu ce matin, et malgré cela, je suis sortie… Et à cet instant, les yeux noyés dans les profondeurs de ses iris d’un marron foncé où une lueur malicieuse pétille, je me dis que je n’aurais vraiment pas du sortir.

Ne pouvant pas soutenir son regard, je baisse le mien et fait l’erreur de le poser sur sa bouche. Charnue, et légèrement rosée, elle est - il faut le reconnaître - une invitation gourmande à de doux baisers !

Et quel sourire. Mon dieu, mes nuits vont être agitées pour les quatre prochaines semaines à venir - oui , il vaut mieux tabler large.

-Ça me fait plaisir de te voir. Comment vas-tu ?

-....

-Ah, vous, vous connaissez ? Intervient Kala. Mayé ?

-Hein ?Oh, euh oui. Fais-je en m’éloignant de lui.

Oh pourquoi il faut toujours que j’agisse de cette façon. Mes mots se brouillent dès qu’ils se trouvent au bord de mes lèvres !

-Tu me présentes ? Mayé ? Lance Kala devant mon mutisme

-oui, oui, Shomari, je te pré-présente Mayé, enfin Kala ma cousine, et Kala je te présente Shomari

-Mais tu peux m’appeler Ari. Complète Shomari en lui tendant sa main. Ravi de faire ta connaissance

-Moi de même. J’espère que ma cousine ne t’a pas fait mal en te rentrant dedans, elle est un tantinet maladroite ! Minaude-t-elle

-Non, je n’ai rien eu.

-Tant mieux, ce serait dommage. On va te laisser continuer faire tes courses, il ne faut pas que tes invités se plaignent

-Mes invités ?

-Toutes ces boissons. Fait-elle en désignant d’un signe de tête son sac de course. Ce n’est pas pour recevoir ?

-Non, pas du tout. Je n’aime pas manqué de boissons et encore moins faire les courses, Alors quand je les fais, j’achète en gros.

-Il faut gentiment demander à ta copine de le faire, je suis sûre qu’elle ne refusera pas

-... Je suis célibataire. Lance-t-il un sourire en coin

-Oh….

J’hallucine où ils sont en train de flirter ?

Kala, tu peux prendre tous les hommes que tu veux mais pas lui !

-On faisait des courses pour préparer un repas, tout simple. Reprend-elle. Ça te dirait de te joindre à nous ? Si tu n’as rien de prévu bien évidemment

-Euh… ouais… Pourquoi pas !

-Bien,tu as un téléphone pour noter mon numéro et l’adresse

Quoi, quoi, quoi ? Non mais ça va trop vite. Bon sang Kala est une rapide c’est pas possible. Tout à l’air de filer à la vitesse de la lumière…

-Alors à toute à l’heure!

-Okay, à toute Ari

Incrédule, je le regarde s’éloigner de nous puis me tourne vers Kala qui affiche son sourire des beaux jours.

-Il vient de se passer quoi là? Tu aurais pu me demander la permission ?

-Te demander la permission pour quoi ? Et depuis quand tu connais des vrais bizz comme ça et tu ne me dis rien ?

-Pour l’inviter ! C’est quand même mon adresse que tu lui as donné !

-Oh respire, ce ne sera qu’une seule fois, je peux te garantir que les prochaines fois, on restera chez moi. Dans ma chambre. Rajoute-t-elle avec un petit air mutin

Je suis bien trop estomaquée pour répondre. Elle est capable, c’est même probablement ce qui va se passer. Je viens de laisser l’homme de mes rêves se faire prendre par les filets de ma cousine croqueuse d’hommes, et leur premier rendez-vous aura lieu chez moi. Ils flirteront ensemble pendant que moi, je préparerai le repas. Repas dont ils se souviendront dans trente ans lorsqu’ils célébreront leur noce de perle, en me remerciant de les avoir mis en contact…. Bref, je peux mettre une croix sur Shomari

De retour chez moi, je revêts ma tenue de combat comme dirait ya Lydie et je me mets aux fourneaux.

Quand je suis énervée ou que j’ai besoin d’évacuer, je m’enferme dans la cuisine et je me mets à préparer. Sans idée de recettes précises, je fais en fonction de ce que j’ai sous la main. Je ne rate jamais mes plats, parait que je suis un cordon bleu. Et plus je suis énervée, angoissée, stressée et plus je cuisine bien. Je suis comme ça.

-Oh je vois que tu es déjà en cuisine. Et on dirait que tu es fâchée.

-...

-C’est parce que je ne t’ai pas demandé la permission ? Bon utilise d’abord ta colère là pour concocter un bon plat à mon futur mari et quand il aura bien mangé, je te présenterai des excuses. Il faut qu’il sente qu’il va être bien traité !

Si je pouvais avoir une pincée d’audace et un soupçon de témérité, je lui dirais de fermer son clapet, que son soi-disant futur mari est d’abord l’objet de mes fantasmes dont je lui parle depuis quelques mois, et que selon ses règles, elle ne peut pas passer après moi, mais surtout qu’il n’est pas acquis qu’il deviendra son futur mari ! Mais ça c’est seulement si je pouvais avoir une pincée d’audace et un soupçon de témérité. Ce que je n’ai pas.

Je viens de terminer ma tarte aux pommes qui clôturera le repas, et m’attaque aux cookies et fondant au chocolat. Je ne vais pas les proposer, c’est pour m’aider à tenir le coup.

Je devrais quand même y aller doucement avec les pâtisseries si je veux encore rentrer dans mon jean…

-Il est là, viens ! M’informe Kala toute excitée

Oh, je n’ai même pas entendu la sonnette retentir… Bon bah…. Que la torture commence…. Non mais pas de façon aussi intense me suis-je dit en sortant de la cuisine. J’ai à peine effectué trois pas que l’odeur de son parfum me parvient avec force. Elle embaume littéralement toute la pièce, c’est fou.

Les prochaines semaines vont être dures, très dures...

*****

Moi qui pensais que j’allais passer une après midi de merde à réapprovisionner mes placards et me poser devant un match de basket avec un plat réchauffé, je m’en tire pas trop mal. Je ne pensais pas que revoir Mayéla, me permettrait de rencontrer mon prochain plan cul. Et sans que je n’ai eue besoin de faire quoi que ce soit.

-Tu veux encore un peu de tarte ?

-Non Kala, je te remercie, j’ai assez mangé comme ça.

-Vraiment, tu n'as plus ... faim ?

Je souris.

Des sous entendus de ce genre, elle m’en fait depuis mon arrivée et j’y réponds avec le même entrain qu’elle. Je vais pas me fouler pour l’avoir dans mon lit, j’en suis convaincu, mais il va peut-être falloir que je tourne un peu autour du pot. Histoire de dire que je ne l’ai pas eu facilement non plus.

-Disons que pour le moment j’ai mangé assez de tarte mais je pourrai avoir un petit creux dans la soirée

-Dans ce cas, je vais t’emballer une part pour que tu puisses la déguster chez toi

-Tu es adorable

-Et pas que… Murmure-t-elle sur un ton espiègle en se levant pour aller dans ce qui semble être la cuisine

Okay, ça ne sert à rien de tourner autour du pot allons y franco elle est chaude, et à l’air d’être sans tracasserie.

J’ai bien envie de la rejoindre pour la voir en pleine “tâche ménagère” mais, il y a Mayéla, assise juste à côté de moi. Ce ne serait pas très poli d’autant plus que nous sommes chez elle. La pauvre et muette depuis mon arrivée et garde le nez rivé sur son assiette. Je suis chez elle, je devrais faire un effort.

Bien malgré moi, je tourne mon regard vers elle et entame un sujet de discussion tout ce qu’il y a de plus banale pour combler le silence même si je sais que cela ne va servir à rien.

-C’était un super bon repas

-Merci

-Et la tarte aux pommes était un délice. C’est mon dessert préféré

-Oh...Merci

-Tu l’as achetée ou préparée ?

-Je l’ai préparée

Réponse monosyllabique, tête baissée, regard fuyant. Rien d’étonnant, elle s’était comportée de la même façon lors du dîner chez Louis et Taliane.

Merde mais on ne peut pas être aussi timide c’est pas possible. Elle fait comment dans sa vie de tous les jours?

Je n’ai pas le temps de me poser plus de questions, Kala vient de revenir pour mon plus grand plaisir. Ça ne servirait à rien de rester pour prendre un verre avec la timide. Je préfère annoncer mon départ

-Déjà ? S’étonne Kala

-Oui, je vais probablement rejoindre des amis

-Okay et bien dans ce cas, je t’accompagne jusqu’à la porte

-D’accord, Mayéla, ça m’a fait plaisir de te revoir, encore une fois le repas était excellent. Dis-je en me penchant pour lui faire la bise

C’est moi où elle se crispe ? Même pour une bise ? Anyway, ce n’est pas mon souci. Je me félicite de ne pas avoir cédé à mes intentions premières avec elle, j’aurais été dans de beaux draps.

Je vais pouvoir me concentrer sur celle qui m’intéresse.

Je suis Kala jusqu’au portail en parlant bien évidemment de tout ce qui ne m’intéresse pas

-Tiens, je t’ai mis une part de tarte et quelques pâtisseries préparées par Mayéla. Elle est extrêmement timide mais est plutôt bonne cuisinière. En même temps, il ne lui reste que ça. Il fallait bien qu’elle excelle quelque part pour combler sa timidité

-Tu ne l’es pas ?

-Quoi? Bonne cuisinière? Bien sûr que si. Je sais satisfaire l’estomac d’un homme. Minaude-t-elle en entortillant une mèche de son tissage autour de son doigt

-humm

-En tout cas, j’ai été ravie de faire ta connaissance. Tu m’as permis de passer une agréable soirée

-Et on pourrait la continuer. Comme tu le sais, j’ai réapprovisionné mes placards et mon bar personnel, je pourrais te montrer mes talents de barman

-Ok ça peut se faire, je te laisse mon numéro de téléphone ?

-Et pourquoi pas ce soir ?

-Ma cousine n’aura sûrement pas envie de venir. Soupire-t-elle en levant les yeux au ciel

-Cette invitation était pour une personne

Elle arque un sourcil en me regard avec un léger sourire en coin.

Une pétasse comme je les aime, j’en suis certain, tout comme je sais qu’elle va me sortir la réplique de la cousine qui se sentira mal vis-à-vis de “sa soeur” avant de me suivre.

-Non, je ne peux pas, je ne vais pas laisser ma cousine, ce serait méchant

Qu’est-ce que je disais

-Je te comprends. C’est dommage. Dis-je en faisant deux pas vers ma voiture

-....Mais en même temps, elle n’a pas besoin de le savoir, si je lui dis que je rentre chez moi.

Et voilà, le tour est joué.

Je patiente dans ma voiture le temps qu’elle invente une histoire à sa cousine puis lorsqu’elle me rejoint, je roule vers la maison en prenant quelques raccourcis.

Elle se montre tellement chaude durant le trajet que lorsqu’on arrive chez moi, je zappe l’étape discussion sur le fauteuil pour arriver à celle de préliminaire dans l’entrée !

Son corps est aussi chaud que de la braise et je n’ose même pas imaginer le degré de chaleur de sa cave.

Avoir cette pense ne fait qu'intensifier mon érection qu’elle accentue à l’aide de ses doigts plutôt agiles. Elle me plaît cette petite et si elle se montre intéressante, je pourrais peut-être en faire mon NPCR (nouveau plan cul régulier). J’aime les femmes entreprenantes, et qui ne perdent pas leur temps en futilités.

Je lui retire son débardeur et son short pour la découvrir dans un magnifique ensemble lingerie rose. Même si je n’affectionne pas spécialement cette couleur, je dois reconnaître qu’elle met parfaitement en valeur ses formes généreuses et désirables, version petit modèle - facile à garer.

Après lui avoir ôté son soutien gorge pour titiller les pointes de ses seins tendues à l’extrême, je laisse ma main s’aventurer vers son entre jambe pour permettre à mes doigts de prendre la température, mais arrivé vers son bas ventre, elle me stoppe, le visage crispé, et s’éloigne de moi

-Qu’est-ce qu’il y a ?

-Je,... tu peux m’indiquer où se trouve la salle de bain ?

Oh, ok, elle veut se nettoyer avant que les choses sérieuses commencent, c’est un point en plus pour elle.

-Le couloir au fond, c’est la première porte à ta droite

-Ok, merci

Je profite de son absence pour créer une petite ambiance tamisée pour la faire revenir assez rapidement dans le rythme, puis je mets à porté de main quelques capotes pour optimiser le temps.

Putain mais elle fout quoi?

Je suis tendu comme un cheval mais prends sur moi pour ne pas péter un câble lorsqu’elle apparaît. Je déteste qu’on me fasse attendre de cette façon

-Hey…ça va ? Ai- réussi à articuler en la voyant

-Oui, sauf que je ne suis pas en bonne période…. Désolée

-Comment ça ?

-Je suis dans ma période …. Enfin tu vois. Dit-elle en gesticulant sur place

Non, Non, Non, elle n’est pas sérieuse ? C’est quoi cette poisse !

______

Chapitre 3

Chapitre III

Bon, je suppose que le début de leur idylle vient de commencer. Je la sais très incisive et son histoire de fatigue à 22h30 je n’y crois absolument pas.

Je pousse un soupir en balayant du regard la table qu’elle n’a même pas pris le temps de débarrasser et commence à empiler les assiettes et les plats vides avant d’aller vers la cuisine. A mon deuxième aller-retour, je remarque aux pieds de la chaise où se trouvait Shomari, un portefeuille noir. Je le récupère et vérifie l’identité du propriétaire: c’est sans surprise Shomari.

Manquait plus que ça.

Après avoir embaumé ma maison de son parfum, troublé mon regard avec son sourire ravageur, voilà qu’il laisse une trace qui m’assurera à coup sur son retour chez moi. A moins que je le donne à sa nouvelle copine.

Fait chier.

Je vais aller me coltiner la vaisselle, prendre une douche puis me glisser dans le lit, ça vaut mieux pour moi.

Le lendemain, je rejoins difficilement les bancs de l’église et constate avec étonnement que Kala est présente.

-Pourquoi t’es en retard ? Me demande-t-elle pendant que la chorale entonne un cantique religieux

-J’ai eu du mal à me lever. Et toi, qu’est-ce que tu fais là?

-Ah mais c’est quoi cette question bête, je fais quoi à l’église un dimanche matin ?

-Non, mais t’étais sensée être avec Shomari non ?

-C’est ce que je t’ai dit ? Moi je suis partie dormir pour moi. Lance-t-elle agacée avant de se concentrer sur le chant

Je ne la crois pas une minute. Lorsqu’elle a quitté la maison, elle avait ce petit regard malicieux qu’elle arbore toujours lorsqu’elle est sur le point de satisfaire un de ses désirs.

Il a dû se passer quelque chose qu’elle n’a visiblement pas envie de me dire et je le respecte.

De toute façon, je ne suis pas sûre d’être en mesure d’entendre tout ce qu’elle me dira sur eux.

Je reporte à mon tour mon attention sur la chorale et chante le cantique dans mon coeur.

-Le repas est chez qui aujourd’hui ? Me demande Kala lorsque nous sortons de l’église

-Maman Delphine, mais je ne vais pas y aller, je ne me sens pas bien.

-Ohhhh donc tu vas me laisser y aller toute seule ?

-Je te dis que je me sens pas bien !

-Mais tu iras te reposer là-bas, on dirait que les lits manquent chez elle. Allons-y

Je m’arrête et la regarde monter dans sa voiture.

Un jour j’aurai assez de cran pour l’envoyer se faire foutre…. mais ce jour n’est pas encore arrivé.

Je finis par monter et c’est légèrement contrariée que je la laisse nous conduire en silence vers la maison de maman Delphine.

C’est l’une des deux soeurs de ma mère. Pour être plus précise, c’est la cadette, celle qui vient avant ma mère. Je n’aime pas aller chez elle, même si ça n’a pas toujours été le cas.

Quand j’étais plus jeune, j’allais souvent chez elle pour les vacances avec Kala et d’autres cousins. A l’époque maman Delphine n’avait pas d’enfants et se faisait un plaisir de nous accueillir pour remplir sa grande maison de rire, de cris d’enfants et ainsi combler le lourd silence qui y régnait en temps normal. Tous les enfants adoraient aller chez elle, parce que son mari et elle nous traitaient comme des rois et des reines. Tout se passait plutôt bien jusqu’à ce que mes premières formes apparaissent de façon précoce à l’âge de 9ans. C’est à cette époque que je me suis plus renfermée. Je n’aimais pas la façon dont on me regardait, et surtout la façon dont les hommes en général - et le mari de ma tante, en particulier - me regardaient. Leurs regards sur moi avaient changé, ils étaient devenus lubriques et me faisaient froid dans le dos. C’est à cette période que j’ai commencé à coller Kala. Je passais tout mon temps à la suivre comme son ombre afin de ne jamais être seule.

Mais un soir, alors que nous passions les vacances chez ma tante et que nous venions de changer de lit pour permettre à mes cousins nombreux, venus également, de dormir ensemble, je me suis retrouvée dans la chambre solo -celle qui avait un lit pour une personne. C’était un privilège de pouvoir dormir dedans et j’en aurais sûrement eu un bon souvenir si ce soir là, le mari de ma tante n’avait pas pénétré dans la chambre et ne s’était pas glissé dans mon lit. “ça va yaya” m’avait-il demandé en posant une main sur ma hanche. Je savais que si je restais silencieuse comme j’avais l’habitude de le faire, j’allais vivre le pire moment de ma vie, et celui-ci me marquerait à jamais. Je me suis donc mise à hurler de toutes mes forces et ma tante a déboulé dans la chambre.

“Je venais juste voir si elle dormait bien” avait-il dit lorsque j’avais expliqué à ma tante ce qui s’était passé. Elle a préféré le croire et a commencé à me maltraiter. Quand ma mère a été informée, elle est immédiatement venue me chercher. Elle m’a crue, mais pour garder les liens de famille soudés, m’a demandé de garder le silence, et ne m’a plus envoyé chez sa soeur. Plus personne n’a reparlé de cette histoire mais je n’ai pas tiré un trait sur elle et même si aujourd’hui j’ai grandi, je me sens toujours mal à l’aise lorsque je vais chez eux.

Kala le sait, et c’est ce qui m’énerve

-On ne reste pas longtemps, je dois voir Dany. Dans une heure on prend le chemin du retour

-...

Vaut mieux pas que je réponde.

Lorsque nous arrivons chez ma tante, comme à mon habitude, je salue tout le monde d’un vague geste de la main et vais m’asseoir dans un coin du salon. Mais ce n’est pas assez pour échapper aux bavardages de cette femme de petite taille au visage semblable au mien, qui se dirige droit vers moi une main sur la hanche

-Mayé tu as trouvé tes petits frères et soeurs dans cette maison pour saluer tout le monde d’un geste de la main

-Maman….

-Maman quoi? Je n’aime pas ça, lève-toi, tu vas saluer les gens et tu entres en cuisine aider. C’est quoi ces manières ? C’est pour qu’on vienne dire que je t’ai mal élevé !

Est-ce que j’ai le choix ? Pas vraiment à moins que je rêve de me faire laver verbalement par ma mère devant tout le monde !

Je prends sur moi pour saluer les personnes se trouvant dans le salon - et remercie le seigneur de ne pas trouver le mari de ma tante - puis je vais en cuisine et me mets à préparer les brochettes

Une heure elle avait dit non ? En voilà trois que je suis aux fourneaux

-Tu as mangé ? Me demande ma mère en entrant de la cuisine alors que je fais la vaisselle

-Non

-Mais tu attends quoi? Laisse la vaisselle là, bientôt il n’y aura plus rien

J’ai un sourire désabusé en l’entendant. Elle peut me rabrouer un minute et l’autre s’inquiéter pour moi avec une douceur maternelle qui m’attendrit et que je bénis de pouvoir encore jouir à mon âge

-Je vais me faire un “emporter, je vais pas tarder à rentrer

-Tu vas rentrer comment ?

-Kala va me déposer, d’ailleurs tu peux lui demander de venir ?

-Mais Kala est partie depuis un moment. M’informe-t-elle étonnée

-Quoi ?

Non, elle ne m’a pas fait ça ?

Faut croire que si.

Après avoir fait un tour dans le salon, je ne l’ai pas trouvé et j’ai eu confirmation par une autre de mes cousines qu’elle était bel et bien partie. Son mec l’a appelé semble-t-il.

Pourquoi je suis encore surprise, ce n’est pas comme si c’était la première fois.

Je laisse un sourire amer éclairer mon visage alors que je salue quelques membres de ma famille, dont maman Delphine qui me lance un regard noir en me voyant, puis je pars prendre un taxi.

C’était la dernière fois que je me faisais avoir par Kala.

*** Trois semaines plus tard ***

-Tu ne veux pas y aller ?

-Non Kala ça ne me dit rien, mais pourquoi t’y vas pas avec Shomari ?

-Tu me parles de lui pourquoi ? Si je te demande à toi c’est parce que tu es ma cousine et que j’ai envie de t’avoir à mes côtés

-C’est ça …

-Tchiiip, t’es vraiment une go ennui, il faut commencer à changer si tu ne veux pas finir vieille fille

-Merci pour le conseil mais ça ne change rien, je ne viens pas

-Tsss, bon reste là avec tes gâteaux ! Lance-t-elle avant de claquer ma porte d’entrée

Je me félicite ! En temps normal, j’aurais suivi Kala après qu’elle m’ait supplié de venir avec elle mais aujourd’hui, j’ai tenu bon. Je ne digère toujours pas le fait qu’elle m’ait laissée pour aller retrouver son mec, avec qui ça n’a pas l’air d’aller.

A plusieurs reprises, j’ai essayé de lui parler du portefeuille de Shomari - que j’avais complètement oublié, jusqu’à ce que je tombe dessus il y a trois jours- mais dès que je prononce son prénom, elle devient irritable. J’ai dû passer par ya Taliane. D’ailleurs, je vais devoir passer chez elle pour le lui remettre.

Je le ferai demain, pour l’heure, je vais me prélasser devant un vieux film et une bonne part de gâteaux au chocolat que j’ai préparé la veille.

“TOC, TOC, TOC”

Roh, je parie qu’elle revient pour m’inciter à la suivre !

-Je ne viens …. pas.

-Salut ! Tu ne viens pas où ?

-euh, euh, désolée, je pensais que c’était… Qu’est-ce que tu fais là?

-Il semblerait que ce soit toi qui es en possession de mon portefeuille

Oui, mais je pensais aller chez ya Taliane pour le lui remettre et ainsi tu le récupérerais là-bas. Ça m’évitait de te voir et d’empirer la torture mentale que je subis actuellement.

-Mayéla ?

-oh...oui, oui. Je l’ai. Entre

Je m’éloigne de la porte pour faire entrer Shomari et manque de défaillir en humant son parfum qui se répand rapidement dans la pièce avec plus de force que lors de sa première venue. Tout sur lui semble frais, de ses vêtements, à son odeur. Il doit certainement sortir de la douche pour qu’il soit aussi intense.

Je l’ installe dans le salon, l’invite à s’asseoir, ce qu’il refuse, et je pars chercher son portefeuille.

Je le lui remet puis comme à mon habitude, je ne sais pas quoi dire, encore moins soutenir son regard intense qu’il pose sur moi, alors je baisse les yeux et ai regardé mes orteils.

Tiens il faudrait peut-être que je pense à me faire une pédicure, mon vernis commence à s’écailler

-Je suis bien content de l’avoir retrouvé. J’avais déjà entrepris des démarches pour refaire mes papiers qui sont à l’intérieur. Dit-il en montrant son portefeuille. Tu sais comment l’administration congolaise fonctionne

Mon dieu, c’est vrai. J’avais complètement oublié qu’il y avait ses papiers à l’intérieur. En cette période préélectorale, et leur histoire de “mbata ya bakolo”* il n’est pas bon de marcher dans les rues de brazzaville sans ses papiers

-Je suis désolée. Je voulais te le remettre dès que je l’ai trouvé mais ça m’est sorti de la tête. J’allais le remettre demain à ya Taliane. Je peux te rembourser le montant des dépenses déjà engagé. Dis-je en allant vers ma chambre dans le but de récupérer mon chéquier…

-Hey c’est bon, t’inquiète pas, je suis le premier à avoir la tête en l’air, je vais pas t’en tenir rigueur. La prochaine fois, je ferai plus attention à mes affaires ça m’apprendra tout simplement.

-D’accord, d’accord

Un blanc s’installe de nouveau, et ce n’est pas sur moi que l’on peut compter pour le rompre.

-Bon, je vais te laisser retourner à ton sport. Lance-t-il avec un léger sourire en coin

-Mon sport ?

Je suis son regard qui examine ma tenue de la tête aux pieds et étouffe un cri avant de croiser les bras sur mon corps.

Punaise, je suis en brassière et boxer ! J’avais complètement oublié !

Quand je passe une journée devant la télé, j’aime être à l’aise, et étant donné que je vis seule, je vois pas l’utilité de me gêner…

Je cours en direction de ma chambre et enfile rapidement un t-shirt et un pantalon. Pfff, il a vu mes grosses cuisses et mon ventre pas si plat que ça. Je comprends mieux pourquoi il avait se sourire en coin. Il devait repenser au corps svelte de Kala et se demander si on était vraiment de la même famille vu ma quantité de graisses. Ça me saoule qu’il ait pu me voir…

Dépitée, je retourne au salon, où je le retrouve comme je l’ai laissé

-Je m’excuse, pour m’être présentée à toi vêtue, d’une tenue aussi indécente. Ce n’est pas dans mes habitudes

-T’inquiète pas, c’était agréable à regarder

-Pardon ?

-j’ai dit qu’il n’y avait pas de mal. Puis je ne me suis pas annoncé

J’aurai juré qu’il venait de dire que c’était agréable à regarder. Mais qu’est-ce qui serait agréable à regarder ? Mon bidon de bouda?

Non mais n’importe quoi moi ! Faut que j’arrête de prendre mes rêves pour la réalité

-Okay. Encore une fois, je te présente mes excuses pour avoir gardé ton portefeuille. Si e peux faire quelque chose pour me faire pardonner de la gêne que j’ai occasionnée… n’hésite surtout pas à me dire....

-Un gâteau et on oublie tout

-….Euh.. et bien… enfin… j’ai

-Je plaisante.

-Oh, ok… J’avais fait un gâteau au chocolat. Je pouvais t’en couper une part

-Tout compte fait, ce n’était pas une plaisanterie. Lance-t-il en riant

Son rire étant communicatif, sans m’en rendre compte, je le rejoins et me détends légèrement

-Je vais t’en couper une part

Je m’efface de la porte d’entrée et le précède dans le petit couloir. À ma grande surprise, il entre dans le salon et s’installe autour de la table à manger.

Ah.

Je pensais qu’il voulait simplement prendre une part de gâteau, et non la manger sur place.

Bon, autant profiter de sa présence

Je vais dans la cuisine, et prends deux assiettes que j’empile et sur lesquels je dépose deux verres puis prends le tout dans une main, et récupère le gâteau dans l’autre main avant de retourner au salon.

Des cascades acrobatiques comme celle-ci, qui risquent de finir en catastrophe, j’en fais pas tous les jours et connaissant ma maladresse légendaire. Je me demande pourquoi je m’amuse à tenter le diable et surtout aujourd’hui. A croire que mon subconscient veut saboter ce moment.

Étrangement, je ne casse rien sur mon trajet et pose même avec délicatesse tout ce que j’ai amené

-Ça va, t’es plutôt agile. Lance Shomari en me regardant faire

Ah. Ah ! Si tu savais…

Je me contente de sourire - c’est décidément tout ce que je sais faire quand il est là - et prendre place en face de lui. Je nous coupe une part de gâteau chacun et lui propose une des boissons posées sur la table

-J’ai aussi des boissons fraîches dans le frigo si tu veux. Moi je n’aime pas trop, parce que ça me fait mal aux dents…

Mais qu’est-ce qu’il en a à foutre de ce que ça peut faire à mes dents ?

-A oui ? Moi c’est tout le contraire, j’aime sentir quand le froid rentre en contact avec mes dents. J’ai les dents bien solides, d’ailleurs,je mange souvent des glaçons. Mais on va faire une exception aujourd’hui

-Mais non ! J’ai euh…. du jus de mangue, euh… du…

-C’est bon, celui qui est à la papaye devant moi, conviendra parfaitement ! Dit-il en prenant la bouteille de jus.

Je pensais qu’il allait s’en suivre un silence de plomb mais non, on s’est mis à discuter. Enfin il a commencé à parler, je l’ai longtemps écouté - mais surtout regardé - puis j’ai réussi par je ne sais quel miracle à rebondir sur une de ses anecdotes. Et c’est ainsi qu’une heure après son arrivée, on est toujours en train de parler

-Oh là ! Il manque que ça. Fait-il en indiquant une petite quantité avec son pouce et son index. Et tu dètrônes ma mère

-Ah ce point ?

-Je t’assure et il faut prendre ça pour LE compliment suprême, parce qu’il en faut beaucoup pour la détrôner. Ma mère est un chef étoilé méconnu du grand public

-Hummm permets moi d’en douter. Je trouve que c’est pas très objectif

-C’est en toute impartialité que je te dis ça et tu peux demander à toute ma classe de seconde, ils attesteront de la véracité de mes propos

-Ta classe de seconde ?! Répété-je en riant

-Ouaip….Gui-Gui, mon meilleur ami depuis l’enfance, et moi-même avons risqué nos jeunes vies pour leur faire goûter la nourriture de ma mère. C’était pendant la période des fêtes de fin d’année. Elle avait organisé une réception, et s’était préparée en conséquence: Réveil à 4h, tour au marché pour avoir les premiers produits frais et tout ce qui va avec. A midi il fallait voir la quantité de nourriture qu’il y avait, c’était dingue, on aurait dit qu’elle voulait nourir un régimen. De retour pour le déjeuner, Gui-Gui et moi nous sommes introduits discrètement dans la cuisine, lorsqu’elle est partie envoyer la bonne acheter des produits manquants, puis avons embarqué un mix de tout ce qu’elle avait fait avant qu’elle ne revienne. Mais on avait pas été assez rapide. Dit-il d’un ton faussement triste. J’ai jamais décampé aussi vite de la maison. On a enfourché nos vélos comme s’il s’agissait de motos et on a taillé la route

Hein? C’est pas vrai !

Je ne m’attendais tellement pas à cette chute que je me mets à rire sans retenue !

-Arrête, je suis sûre que tu me fais marcher !

-Non, je t’assure que c’est vrai. J’ai fui la maison tout le week-end et la semaine qui a suivi, sous recommandation de mon père “ fils, tu n’aimes pas ta vie, reste chez Guislain jusqu’à la fin de la semaine. Je vais faire en sorte qu’elle ne te tue pas à ton retour”. Mime-t-il avec une voix qui se veut grave

-Quoi, hihi ! Pour quelques plats ?

-Hey, hey ce n’était pas n’importe quels plats. Ils avaient été préparés par ma mère, ils avaient le goût de l’ambroisie, le nectar des Dieux !

-Pffff hihihi

Je ris de plus belle en voyant la tête qu’il prend quand il en parle.

-Ça valait amplement les cinq minutes que nous avions passées à pédaler comme des fous de peur qu’elle nous rattrape, même si c’était impossible. Je me suis senti comme un braqueur qui venait de réussir le casse du ciel. En plus on était tellement cons à l’époque, qu’on avait mis des petites bouteilles d’eau en plastique entre les chaînes de nos vélos, ce qui reproduisait le vrombissements des motos et nous donnait l’impression d’être sur des vraies motos

C’est plus que je ne peux supporter, pensé-je en éclatant de rire de plus belle ! Mes côtes implorent le silence afin que j’arrête de rire mais c’est impossible. Je l’imagine sur son vélo en train de pédaler, un sourire de pritate victorieux aux lèvres malgré le vent qui fouette son visage… Et j’arrive à entendre le bruit ridicule des vrombissements, permis grâce à la bouteille d’eau.

Je repars pour un autre fou-rire

-Roh, je te pensais pas aussi moqueuse…

-Non. Ai-je répondu en essuyant de mon index les larmes qui venaient de s’échapper. Snif, je ne le suis pas..hihi...snif… Pardon, je ne suis pas moqueuse, c’est de vous imaginer ton ami et toi sur vos vélo-moto ya guangzhou* qui me fait rire

Je me stoppe net quand les mots que je viens de dire font écho dans ma tête

Oh mon dieu ! J’ai pas dit ça, seigneur ne me dis pas que j’ai dit ça…

Qu’est-ce qui vient de me prendre là. A coup sûr, il va mal le prendre, se lever et partir sans demander son reste. Mais pourquoi il faut toujours que je foire tout ?

Je baisse la tête, honteuse et m’apprête à me confondre en excuse quand j’entends son rire, sonore et gaie. Je lève la tête pour le regarder jeter la sienne en arrière, me permettant de voir un large sourire sur les lèvres qui dévoile une magnifique dentition. Il semble très loin d’une personne qui a mal pris mes propos. Je l’écoute rire, sans le rejoindre savourant le son rauque faisant écho dans la pièce.

Il hoquette pendant de longues secondes, puis pose une main sur sa poitrine, comme pour se calmer

-Ah on me l’avait jamais faite, celle-là. Pas mal, pas mal

-... Désolée…

-Parce qu’on avait des vélo-moto ya guangzhou ? Lance-t-il avant de recommencer à rire.

Son rire est vraiment communicatif pensé-je quand je finis par rire avec lui quelques secondes avant que mon regard ne se pose sur Kala, debout devant l’entrée du salon un sac MK, porté au pli du coude.

Elle porte une magnifique robe verte à manche courte, qui lui arrive aux les genoux, sur une paire de sandales à talons marrons foncés. Et ses cheveux soigneusement tirés dans un chignon lâche, affinent encore plus les traits de son visage parfaitement maquillé.

Le tout lui donne une allure assez élégante sans trop en faire.

Ça n’en a pas l’air comme ça mais, elle a longtemps réfléchi avant d’opter pour cette tenue. Je n’étais pas avec elle lorsqu’elle l’a choisie mais, je le sais. C’est ce qu’elle fait. Tout le temps. Elle ne se permet aucun “écart” vestimentaire “ Tu ne sais pas qui tu peux rencontrer dans la rue, même en allant chez le boutiquier, il faut toujours être soigné”. Me dit-elle constamment.

En la voyant, j’ai le réflexe de tirer sur mon t-shirt en coton gris, qui me paraissait adapté lorsque je l’ai mis et qui fait tâche maintenant. Ou c’est moi qui fait tâche.

Elle s’avance lentement vers nous et ce n’est que lorsqu’elle se trouve en face de Shomari, que je remarque son sourire contrarié. Celui qu’elle offre lorsqu’elle n’est pas contente

-Salut.

-Bonsoir Mayé…. Ari ? Je suis surprise de te trouver ici. Je pensais que tu devais sortir boire un verre avec un de tes amis ? Dit-elle à l’attention d’Ari

-Humm humm

Mince, elle plisse légèrement les yeux, comme pour observer les moindres réactions de son visage. Comme si elle pensait qu’il allait lui raconter un mensonge.

Je sens qu’elle va lui poser plus d’une question, est à juste titre, ils sont ensemble, alors je décide de discrètement m’éclipser dans la cuisine, en emportant les assiettes vides de Shomari et moi même.

Je vais faire la vaisselle en attendant

*****

Mais elle ne lâche rien celle là ! C’est pas possible ?

Je passais étonnamment un bon moment avec Mayélà, à discuter de tout et de rien et ça me titille un peu qu’elle soit venue l’interrompre.

Ce n’est pas tout le temps que je vois, cette version de Mayéla. Celle où elle est détendue, souriante et surtout bavarde. D’accord, ce n’était pas non plus le bavardage d’une charlataña mais comparé à toutes les fois précédentes où je n’entendais que quelques bouts de phrases, c’était énorme.

J’ai aimé notre échange où j’ai pu enfin entendre le son de sa voix, fluet et doux, sans les tremblements et les bégaiements. Et je ne pensais rester; je devais récupérer mon portefeuille, puis retourner chez moi et végéter devant un programme abrutissant mais je n’ai pas regretté mon changement de programme… Jusqu’à maintenant. Jusqu’à ce qu’elle apparaisse

Ça va faire une semaine que je l’ignore intentionnellement. Celle-là, j’en veux plus comme NPQR, ni même comme mougou pan. C’est le genre de pétasse aussi dangereuse qu’un paludisme cérébral, qu’il faut éviter comme la peste. En temps normal, mon radar flair ce genre de spécimen à 5km à la ronde, mais cette fois, il a été brouillé, sûrement à cause de Mayéla. Je pouvais pas imaginer qu’une fille comme elle marcherait avec ce genre là.

Elle a vraiment cru qu’elle réussirait à me prendre pour sa nouvelle banque.

Je rigole intérieurement en me rappelant nos trois rendez-vous qui ont succédé notre nuit foireuse.

Après m’avoir annoncé qu’elle avait ses choses de femmes, j’ai pris sur moi malgré la “ pression” pour rester le plus courtois possible. Je voulais la raccompagner chez elle est enchaîner les longues minutes sous un jet glacial, mais, elle a tenu à dormir à la maison prétextant qu’il se faisait tard pour qu’elle rentre.

Un rire de gorge m’a échappé. On ne se connaissait pas, c’était la première fois qu’on se voyait, elle venait de me chauffer pour me laisser, coagulé et voulait quand même rester.

La meilleure partie a été le moment où elle m’a proposé de lui faire visiter la maison, “ pour faire passer le temps” avant de regarder des films.

J’ai pas voulu être grossier et lui ai simplement rappelé qu’elle avait ses choses et que je ne disposais de rien pour l’arranger. Elle a paru déçue et irritée quand je l’ai raccompagnée.

Malgré toutes ses péripéties, je l’ai rappelée le lendemain, afin de ne pas passer pour un connard frustré qui ne pense qu’à baiser -même si la veille c’était le cas. On s’est même donnés rendez-vous pour prendre un verre, et c’est à partir de ce rendez-vous que mon radar, c’est lentement mais sûrement remis en route.

En trois rendez-vous, dont le dernier de 10 min, j’ai découvert que la Kala rencontrée au supermarché qui me semblait juste ouverte d’esprit était en réalité une tchoukoumeuse. Une de ces filles dont l’ambition première est d’attraper un homme, un papa a pesa a tala té, disposant de ressources suffisantes pour satisfaire leurs désirs moyennant une prestation en nature. Une sorte de prostitution nouvelle génération que certains qualifie de nouvelle forme d’amour.

Ces filles m’horripilent à un point inimaginable, parce que beaucoup d’entre elles se font passer pour des modèles de vertu, ce qui est le cas de Kala, alors qu’en réalité, elles ne sont pas mieux que les prostituées. Et encore, je trouve les prostituées plus respectables, au moins elles assument clairement ce qu’elles sont.

Je ne juge pas, chacun fait son argent comme il peut, le pays est dur, ses réalités le sont encore plus mais, seigneur ….. préserve ma queue des tchoukoumeuses.

En tant normal, elles ont de multiples clients, pardon, amants, et je pensais qu’après l’avoir autant négligé Kala comprendrait qu’elle ne m’aurait pas dans ses filets, mais il semble que non, elle ne lâche pas.

-Humm, humm ? Ce n’est pas une réponse.

-Je suis venu récupérer mon portefeuille et j’ai mangé une part de gâteau offert par Mayéla. Dis-je simplement

-Tu as récupéré ton portefeuille? Où ça ? Ici ?

-Oui, je l’avais oublié, le soir où on a dîné ici.

Elle fronce des sourcils, l’air énervé puis tourne sa tête en direction de la porte, comme si elle voulait appeler quelqu’un, sûrement Mayéla, avant de se rétracter et reporter son attention sur moi.

-D’accord… Mais du coup tu es disponible là, on peut aller boire un verre ?

-Euh… Non, non, je ne suis pas dispo, je vais pas tarder à le rejoindre

-Dans ce cas, je t’accompagne. Balance-t-elle enjouée

Elle fait exprès de ne pas comprendre ?

Je cogite rapidement pour trouver une formule assez sympa qui voudrait dire “ C’était marrant mais les tchoukoumeuses, c’est pas pour moi ” quand Mayéla revient dans le salon et qu’une idée de génie me traverse l’esprit

-Oui, pourquoi pas, mais on va attendre Mayéla. Tu peux être prête dans combien de temps ? Demandé-je à l’attention de Mayéla

Elle se retourne en posant sur moi de gros yeux ronds, pleins d’interrogations.

-Quoi ? Je...Je...de-de quoi, tu pa-parles ?

_____

*Mbata ya bakolo= la claque/ gifle des aînés

*Guangzhou = canton de chine, mais utilisé pour parler des “chinoiseries”

*Mougou pan= relation sans lendemain

*Tchoukoumeuse= fille qui fait la vie

*Papa a pesa a tala té= papa donne, il ne regarde pas. Ce sont des hommes qui dépensent sans compter

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Kula

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