Chapitre 2

Je lançai un dernier regard au Prince, alias le chien enragé, avant de partir de ce maudit couloir. J'accélérai le pas, et c'est finalement après trente minutes de galère, que je regagnai ma petite chambre d'employée.

Le réveil était dur, et ma tête aussi. Ce maudit bruit de goutte d'eau ne m'avait pas lâchée d'une seule seconde. Le pire était que j'avais essayé de l'arrêter, de mettre un mouchoir et de le coincer, mais rien n'avait fonctionné. Cette goutte retombait et retombait encore. Je poussai un long râle, avant de me décider à me préparer. J'enfilai mon uniforme habituel, et me dirigeai vers la cuisine comme chaque matin depuis déjà deux ans.

Arrivée dans celle-ci, je remarquai immédiatement que ma collègue Safina me regardait étrangement.

Qu'ai-je fait encore ?

- Bonjour Athéna. Hum... On doit changer quelques petites choses pour ce matin... me dit-elle d'une petite voix, en se grattant le cou.

- Ah bon ? Et quelle est-ce ? Le prince ne veut plus son petit café mais désormais un chocolat chaud ? raillai-je, en me souvenant parfaitement de l'épisode d'hier soir.

Certes c'était légèrement de ma faute. Mais il n'aurait pas dû me parler si cruellement. Stupide prince.

Safina secoua sa tête de droite à gauche, en se mordant étrangement la lèvre inférieure.

- Disons que ce n'est pas à moi de faire son petit déjeuner et de lui apporter... Mais bien à toi, Athéna... reprit-elle, alors que je me décomposais littéralement.

On va remettre les choses dans son contexte, là, s'il vous plaît.

- Ah non. Ah non non. Ah non non et non, déclarai-je rapidement, voyant déjà les problèmes arriver, et même courir jusqu'à moi.

- Désolée. On m'a dit qu'il ne demandait que toi ce matin, soupira-t-elle, en ayant l'air sincèrement désolée pour moi.

- Il y a bien d'autres personnes qui se nomment Athéna ici, non ?

Je ne l'ai jamais fait ! Pourquoi serait-ce moi ! Apporter le petit déjeuner de ce prince est une rude épreuve. Tout le monde le sait ici. Il est pénible, clairement. Insupportable, arrogant, tout ce que vous voulez ! À peine va-t-il manquer un peu de cuisson dans son croissant, que hop, monsieur enverra tout valser sur le sol !

- Non désolée... Tu es bien la seule à t'appeler Athéna Samone, continua Safina, en rapprochant le fameux plateau.

- Je peux changer de prénom là, maintenant ? C'est encore possible, non ?

- Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer, essaya-t-elle de me rassurer, alors que je grommelais déjà.

Oh oui c'est sûr. Tout va merveilleusement bien se passer.

Résignée, j'attrapai ce maudit plateau, et commençai à me diriger vers la terrasse du jardin nord, là où avait lieu chaque matin le fameux petit déjeuner. La reine déjeune toujours avant son fils, beaucoup plus tôt ; cela signifie donc que je serai seule avec cet homme. Même s'il sera entouré de gardes, je doute fortement qu'ils oseront venir arrêter leur prince au moment où il lâchera les hostilités.

Je soupirai pour la cinquième fois, puis j'arrivai malheureusement dans le jardin. Je pouvais déjà l'apercevoir au loin, son journal sur la table, son regard étrangement ancré dans le mien. Il me détaillait de haut en bas, et je pouvais même apercevoir un rictus se dessiner au coin de ses lèvres. Je levai discrètement les yeux au ciel, puis arrivai à sa hauteur, je me devais de faire cette révérence.

- Bonjour votre altesse, déclarai-je, en abaissant légèrement ma tête en signe de respect.

Respect de rien du tout, oui.

- Plus de grâce voyons. Plus de légèreté, l'entendis-je soudainement dire, alors que je me relevais.

Il me fixait, et de sa main il m'intima à refaire mon action. Je l'insultai de tous les noms dans ma tête, et refis donc sa stupide révérence.

- Le dos, voyons. Il faut faire cela avec douceur, vous risquerez sinon de vous briser la colonne vertébrale.

- Nous ne sommes pas dans une représentation de Roméo et Juliette, c'est bon, répliquai-je un peu trop sèchement, en le voyant hausser un sourcil.

Athéna, retiens-toi...

Il attrapa son verre de jus d'orange, puis commença à le faire tournoyer autour de ses doigts.

- Nous sommes peut-être dans une représentation du Lac des cygnes ? poursuivit-il, sa voix grave étant légèrement marquée par la moquerie.

- Non, complétai-je, en lui rapprochant le plateau.

Alexeï étudiait tous mes gestes, minutieusement, les sourcils désormais froncés.

- Vous n'avez pas de bague ? me questionna-t-il subitement.

- Quelle bague ? repris-je, perdue.

- Mariage. Fiançailles. Tout ce tralala, je veux dire, poursuit-il, en reposant son verre sur la table et en croisant habilement ses mains.

- Non, répondis-je simplement, en dépliant sa serviette.

- C'est parfait alors.

- Pardon ?

- Vous allez venir avec moi en Chine, déclara-t-il l'air beaucoup trop sérieux, alors que je sentais mon cœur se perdre face à cette annonce.

- De quoi parlez-vous ? demandai-je avec difficulté, en le voyant prendre sa tasse de café fumante.

- Vous allez venir avec moi pour mon voyage d'affaires, reprit-il posément, tandis que je m'étouffais littéralement.

Non. Sérieusement ?

- Avec tout le respect que je vous dois, votre altesse, je suis dans le regret de vous dire que je ne peux pas. Je dois rester ici et accomplir mes tâches.

- Vos tâches vont désormais changer. Vous m'accompagnerez ; votre salaire augmentera. Il n'y a aucun refus toléré, est-ce clair ? répliqua-t-il d'une voix tranchante, alors que je sentais ma chère amie, prénommée colère, monter.

Non mais il rêve celui-là.

- Mais votre mère, la reine...

- Je peux moi aussi décider de ce que je souhaite faire. Je veux que vous m'accompagniez lors de ce voyage, avec l'avis de ma mère ou non.

- Je ne suis qu'une simple employée... avouai-je tout bas, espérant définitivement qu'il se trouve une personne autre que moi.

Pourquoi me choisirait-il ? Je n'ai rien de spécial et je n'ai pas que ça à faire d'aller me balader de pays en pays juste pour son petit bonheur.

- Je m'en contrefiche royalement. Vous préparerez vos affaires et nous partirons donc pour ce soir.

Ah oui mais non. Je ne suis pas d'accord, moi.

- Et puis, cela sera considéré comme étant un payement pour le tableau, continua-t-il, en attrapant son journal et en l'ouvrant d'un geste brusque.

Oui génial. Merci. Je suis super heureuse.

- Et en quoi va consister mon travail ? demandai-je froidement, ne le voyant toujours pas lever les yeux de ce maudit bout de papier gris.

- Vous verrez bien.

J'essayais de réguler ma respiration et surtout ma raison, afin de ne pas lui renverser sa tasse sur son magnifique costume noir. Je restais donc là, debout, à attendre patiemment qu'il déclare autre chose.

- Ah oui. Le café n'est pas assez sucré et il est trop froid. Un autre, je vous prie, annonça monsieur le prince, en poussant avec sa main gauche, la fameuse tasse.

Éternel insatisfait, c'était son surnom que nous lui avions tous donné en cachette au sein du palais.

- Laissez-le un peu au soleil et il se réchauffera, répliquai-je tout bas, en le voyant reposer son journal.

Avais-je parlé trop fort ? Oh mince, Athéna...

- Je n'ai pas envie de perdre mon temps à faire des expériences. Je veux un nouveau café. Et je le veux maintenant, exigea-t-il comme un enfant.

- Tout de suite, votre altesse, murmurai-je avec colère, en lui octroyant un faux sourire et en m'emparant de ce café.

Je me retournai ensuite pour rejoindre la cuisine.

- Roulez vos hanches et travaillez-moi un lys ! entendis-je se moquer, alors que je m'arrêtais net dans ma course.

Chapitre 3

Quoi ? Ai-je bien entendu ? J'ai de sérieux problèmes d'audition avec lui, ou ?

Je me retournai, avant d'apercevoir ce sourire moqueur aux lèvres.

- Était-ce une blague ? osai-je demander, mon cœur commençant à battre de plus en plus vite dans ma cage thoracique.

Monsieur haussa nonchalamment les épaules, sans se départir de son stupide sourire aux lèvres.

- Je ne vous permets pas d'énoncer ce genre de fait ! C'est extrêmement déplacé ! m'exclamai-je, avant de l'apercevoir se lever de sa chaise d'un mouvement.

Il se rapprocha ensuite de moi. D'un pas rapide, d'ailleurs. Arrivé à ma hauteur, il fourra ses mains dans ses poches. Je levai quant à moi ma tête, de sorte à pouvoir le regarder droit dans les yeux, maudissant par la même occasion ma petite taille.

- Je dis ce que je veux. Où je veux. Quand je le souhaite. Personne ne me dit quoi dire, déclara-t-il sèchement, aucune émotion ne traversant ses pupilles noires.

- Non. On ne dit pas ce genre de phrase à une femme ; c'est déplacé, répliquai-je directement, oubliant déjà le fait que je m'adressais au prince de Grèce.

Alexeï commençait à me fixer avec une nouvelle intensité beaucoup plus troublante.

- Bon. Outre votre fessier et votre déhanché assez maladroit, vous avez... Tiens, vous avez de magnifiques yeux. Cela vous va ? dit-il soudainement.

Non mais je rêve...

- Votre hétérochromie sur votre iris droite est vraiment très intéressante. Savez-vous que nous appelons plus communément cela l'œil du dragon ? continua-t-il, visiblement subjugué par mes yeux.

L'iris de mon œil droit est, en effet, différente de celle de gauche. En effet, à la place d'être entièrement marron, comme mon œil gauche, celui-ci avait hérité d'une petite tache bleue qui se mêlait ainsi à ma couleur d'origine.

- Oui je le sais, répondis-je bien plus tard, en le fixant encore.

Alexeï continuait de sourire, puis se pencha soudainement près de mon visage. Désormais séparés de quelques centimètres, plutôt ridicules avouons-nous le, je sentis quelques effluves de son parfum venir titiller mon nez. Ça me chatouillait trop et...

- Magnifique... murmura-t-il, avant que je ne lui éternue complètement dessus.

Nous nous reculions en même temps, moi cherchant prestement un truc pour m'essuyer le nez et lui en jurant et en attrapant un mouchoir en tissu, qui se trouvait dans sa poche. Pas pour me le donner comme un véritable gentleman, rassurez-vous. Mais pour s'essuyer le visage. Après tout, monsieur n'aurait pas eu la décence de le faire.

- Tu as osé faire cela ! s'exclama-t-il, en me tutoyant étrangement.

J'attrapai une serviette en papier qui passait par là, ne me gênant pas pour me moucher dedans.

- Mais je t'en prie ! m'exclamai-je de nouveau, avant qu'il ne me rejoigne en deux mouvements.

- C'est le pollen. Je hais cela, me justifiai-je.

- Une blague... Une bonne blague... marmonna-t-il, en desserrant sa cravate et la jetant à mes pieds.

- Ce n'est pas la saison du pollen, reprit-il d'une voix tranchante et sèche.

Bingo l'intello.

- En effet...

- Vous me ferez le plaisir de nettoyer ma cravate. Et vite. Celle-ci est ma préférée. Vous pouvez également ramener le plateau. Je ne veux plus manger et oubliez donc le café.

- Oui votre altesse.

- Bien. Ce soir, n'oubliez pas de faire vos bagages, reprit-il, avant de se tourner et de partir d'un pas pressé.

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Je te veux Athéna pour la vie

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