Chapitre 2

Tu es vraiment fort ma belle, remarque-t-elle, l'air sérieux.

Je baisse les yeux et commence à jouer avec mes doigts.

— Ce n'est rien, ça va passer, je la rassure en espérant que ce sera le cas.

Elle essuie les larmes qui viennent de s'échapper de mes yeux et commence à caresser le dos de ma main droite.

- Surtout, ne te décourage pas, me conseille-t-elle. Sache que je serai toujours là pour toi.

Je sais qu'elle veut me consoler, elle aimerait trouver les mots justes pour me voir sourire mais bon, elle n'y peut rien. Ce n'est pas sa faute si je vis dans cette situation.

Je la serre très fort dans mes bras puis lui murmure à l'oreille :

- Ce n'est pas le paradis, c'est la vie.

Je passe ma langue sur ma lèvre inférieure.

- Pourquoi tu m'as fait venir.

J'ouvre la bouche pour lui répondre mais la referme immédiatement. Je ne sais pas comment lui dire de me donner quelque chose à manger. Je commence alors à bégayer.

- Juste parce que je..je..je euh... au fait j-j-j-j...

- Depuis quand êtes-vous bègue ?

— Cela fait deux jours que je n'ai rien avalé, dis-je rapidement, la tête baissée.

- Quoi?

- Vous avez entendu, bien sûr.

Elle se lève brusquement et me regarde dans les yeux.

- Comment va ta tête ? Elle crie presque.

- ...

- Comment venir? Ou pensez-vous que je ne vous satisferais pas si vous me l'aviez dit plus tôt ?

- J'avais honte... je réponds simplement, la tête baissée.

- Suffisant pour?

- ...

- Regarde-moi, Safiétou, écoute, dit-elle en se calmant. Tu n'es pas qu'un ami pour moi. Tu es la petite soeur que je n'ai jamais eue...

Elle continue son discours, parle et parle. Mais pour être honnête, je ne l'écoute plus.

Cette situation, les mots d'Adama, les mots qui refusent de sortir de ma bouche et tous ces sentiments qui animent mon être en ce moment me font prendre conscience de la triste réalité : un pauvre orphelin qui n'a pas du tout d'avenir.

Les larmes commencent à couler sur mes joues.

Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? Je me demande à l'intérieur.

D'autres larmes suivent et bonjour les larmes silencieuses ! Je ne fais plus attention à ce que dit mon ami, je suis plutôt perdu dans mes pensées. Un instant plus tard, je la sens me prendre dans ses bras.

- Arrête de pleurer, ça me dérange.

Petit à petit, je me calme et nous nous lançons dans un débat sans tête ni queue. Son but est de me faire rire, alors elle parle de tout ce qui lui passe par la tête et je la suis tantôt en donnant mon point de vue, tantôt en riant jusqu'à ne plus pouvoir supporter mes côtes.

Quelques minutes plus tard, j'entends un cri perçant et strident provenant de la cour.

- Aaaaaaaaaa ! Il est moooooort !! Oh mon Dieu!

Je sursaute et vois Adama écarquiller les yeux, une main collée à sa bouche.

- C'est Tata wouly qui crie comme ça ?!

C'est une déclaration mais sa phrase est sortie comme un point d'interrogation. Mon cœur bat déjà la chamade. Je tremble sur place comme une feuille morte. Pour savoir ce qui se passe dehors, je sors de la pièce mais tombe sur une scène que j'ai déjà vécue. Prise de peur, je perds l'équilibre et me laisse tomber, imitant le geste d'Adama, une main collée à ma bouche. Je n'ai pas pu m'empêcher d'écarquiller les yeux et de laisser couler quelques larmes quand j'ai vu Tata Wouly assise sous le porche, ses deux mains sur la tête. Ma mère avait la même position lorsqu'elle a appris la mort de mon père. Je fond en larmes à cette... scène.

- Que vais-je devenir ? Oh putain de destin que vais-je devenir ? Mon Dieu pourquoi tu me fais ça ? Pourquoi m'as-tu enlevé mon mari ? Pourquoi à moi ? Elle hurle en s'interrogeant dans le vide.

En un clin d'œil, tout le quartier est dans la maison. Je ne sais pas si ma tante est exprès ou non, mais dès qu'elle a vu la foule arriver, elle s'est mise à se rouler par terre et a intensifié ses sanglots. Quelle actrice !

Face à cette scène théâtrale, je suis dégoûté. Adama vient s'asseoir à côté de moi et me demande d'une voix douce de me lever. Je veux lui obéir mais je me sens paralysé. Bouche bée de surprise, je ne peux faire aucun mouvement ; Je suis comme hypnotisée, les yeux rivés sur cette actrice de cinéma qui n'est autre que ma tutrice. Je suis simplement choqué.

Quand mes parents ont quitté ce monde, je n'avais que cinq ans. Tout ce qui s'est passé ce jour-là est encore intact dans ma tête mais cela ne m'a jamais autant choqué. Peut-être parce que j'étais trop jeune pour comprendre ce que signifie vraiment perdre un être cher...

Des cris se font entendre partout, chacun voulant montrer son attachement à mon oncle Badara. À un moment donné, je me sens soulevé et traîné dans ma chambre...

Point de vue du cheikh

J'ai organisé une grande fête d'adieu. Il y avait tous mes amis et mes filles à gogo. Il y en avait de très belles et bien sûr, j'ai profité de ces merveilles de Dieu !

Oh! La Californie cache les filles les plus chaudes du monde.

La fête s'est terminée à l'aube, le jour même de mon départ. Je suis juste fatigué. Baiser quatre filles en une nuit, les gars je vous le dis, ça mérite un repos, un vrai.

Mon père m'a appelé pour que je rentre à la maison car d'après les informations qu'il a reçues, je passe tout mon temps à perdre de l'argent et à jouer aux États-Unis. Bref, de toute façon, je prévoyais de retourner au Sénégal et de voir ce que sont les beautés divines. Un petit changement n'a jamais tué personne. En plus mon père vieillit déjà, je dois l'aider dans l'entreprise familiale, et pourquoi pas la diriger ?!

Je me suis assoupi pendant tout le vol pour la première fois. Au moins, je n'ai pas passé mon temps à séduire des hôtesses de l'air.

Ah pas ceux-là, j'ai déjà goûté leurs saveurs. Ils sont pas mal du tout, mais bon, ils sont un peu trop moches. Ils n'ont pas du tout le profil que je recherche. Ils font carrément profil bas.

Après l'atterrissage, je me précipite vers la sortie. J'ai hâte de retourner dans mon lit et de me perdre dans ce monde que nous appelons "dormir".

Je vois de loin le chauffeur à côté de la limousine et aucun membre de ma famille autour.

Ce n'est pas grave, ils peuvent être occupés.

Je marche vers le véhicule et le conducteur sourit légèrement en guise de salutation. Professionnellement, il m'ouvre la porte et je m'installe confortablement dedans en poussant un soupir de soulagement. Il attend que son collègue finisse de mettre mes valises dans le coffre arrière et après ça, il démarre.

En cours de route, j'ai commencé à ressentir des maux de tête à cause du manque de sommeil. Néanmoins, je contemple le paysage par la fenêtre mais plus la voiture roule, plus le paysage semble s'éloigner et se brouiller à mes yeux.

* * *

* *

- Monsieur? Monsieur? J'entends de mon sommeil.

J'ouvre les yeux et les ferme aussitôt à cause de la lumière intense offerte par le soleil déjà au zénith. Lentement, je les rouvre en fronçant les sourcils et vois le chauffeur se pencher pour me réveiller. Pauvre gars, il n'a pas osé me caresser.

Je sors de la limousine et marche droit vers la villa sans oublier de dire bonjour aux quelques domestiques qui s'affairent ici et là. La porte d'entrée est déjà ouverte, ce qui est bizarre car elle est généralement toujours fermée.

- Surprendre!!!! Il y a des voix entrelacées alors que je ferme la porte derrière moi.

Je lève les yeux et trouve toute ma famille en train de me sourire avant d'ouvrir les bras. Tout le monde est venu m'embrasser sauf mon grand-père Massaer.

- Et toi grand-père ? Je ne t'ai pas manqué ? je lui demande d'un ton taquin, toujours souriant.

- Petit ingrant, c'est moi qui dois me déplacer pour t'embrasser ? Il me répond d'une voix faussement agacée, ce qui suscite chez tout le monde un rire qui devient collectif.

Je m'approche de lui et me penche un peu pour l'enlacer. Il est dans un fauteuil roulant, mais taquine toujours comme d'habitude.

Mon cousin, Sidy, descend les escaliers deux par deux dès qu'il me voit.

- Hé mon frère, tu as enfin décidé de rentrer chez toi, me dit-il en m'examinant, visiblement ravi et surpris.

- Tu sais même, pas besoin de faire un schéma, réponds-je en essayant de lui faire comprendre toute la situation.

- Il était temps en tout cas, ajouta ma mère d'un air satisfait.

Ma petite sœur Marie me serre à nouveau dans ses bras et me murmure à l'oreille :

- Où est mon cadeau?

Elle est mon amie, ma conseillère après grand-père. Elle est la seule de la famille à pouvoir me comprendre à travers un seul regard. Ma petite soeur adorée. Je l'aime beaucoup je l'avoue mais j'aime aussi l'embêter.

- Ne t'inquiète pas, je t'ai ramené ton cadeau mais d'abord je veux un bon massage, très relaxant avant de te le donner, rétorque-je en me frottant les mains. Face à ce geste, elle se dégage de mes bras en boudant.

Et dire qu'elle a vingt trois ans !

- Je ne veux plus de ton cadeau, tu peux le garder, ajoute-t-elle en tirant sa bouche.

- C'est comme tu veux ma petite soeur chérie. Puisque tu boudes, je vais le donner à Arame ! Elle l'acceptera avec plaisir, je souris.

Et il a suffi que je prononce ce nom pour qu'elle dessine encore plus ses lèvres, croisant les bras sur sa poitrine.

- Laisse-la mourir mais elle ne touchera pas à mon cadeau !

- C'est bon, je ris à haute voix. C'est ce qui m'a le plus manqué, un vrai fou rire !

Arame est, en fait, ma petite amie... eh bien, je veux dire la fille que j'ai présentée à mes parents. Mais apparemment ma famille ne l'apprécie pas tant que ça, surtout ma petite sœur. Je me demande même s'il s'est jamais passé quelque chose entre eux. Court...

Je vois qu'elle fait de son mieux pour ne pas sourire et garde toujours les bras croisés. Je lui fais un bisou sur la joue et vais m'asseoir à côté de ma mère sur le canapé.

- Comment vas-tu? Et votre voyage ? demande-t-elle en me caressant la tête du bout des doigts.

Oh la la! ça me donne envie d'y dormir !

- Ça s'est très bien passé maman.

- Dieu merci, souffle-t-elle.

Tout le monde semble ravi de mon retour à la maison. Ils ont tous le sourire aux lèvres. Marie et Grand-père discutent calmement et Sidy y participe de temps en temps car il est très occupé sur son smartphone. Maman et moi parlons de mon séjour aux USA, tout en boissons, jus purs sénégalais et apéritifs. Dans tout cela, je constate que la seule personne manquante est mon père. Je pense qu'il doit être au bureau mais je dois être sûr.

Je lève la tête de l'épaule de ma mère pour lui faire face.

- Mon? Je l'interroge.

- Hmmm?

- Et papa?

- Retour au travail chérie.

Je hoche la tête puis reviens à ma position initiale.

- Cheikh ?

- Oui mon?

- Nous devons parler, tu sais.

- Suffisant pour? je demande en fronçant légèrement les sourcils.

- Va prendre une douche et repose-toi, après on parlera.

- Ok, je rétorque en me levant difficilement du canapé. Disons que je voulais juste qu'elle arrête de me caresser la tête.

Avec un sourire au coin de la rue, je fais un clin d'œil à Marie en disant au revoir aux autres. Elle comprend rapidement mon geste et se lève pour me suivre.

Chapitre 3

Marie, laisse ton frère se reposer, il est abattu par le voyage, demande maman.

- Laisse-la, elle s'en fiche, dis-je.

- D'ACCORD!

Nous montons les escaliers, bras dessus bras dessous en disant des bêtises. Tout ce qu'on s'est dit c'est : "C'est toi qui n'en revenais pas de mon absence", "Non, tu te trompes complètement mon vieux. Je n'ai même pas ressenti ton absence", "Tu as souffert, avoue" , "Mais arrête de te prendre pour le nombril du monde !" Et c'est ainsi que nous sommes arrivés dans ma chambre.

Rien n'a changé. Il est tel que je l'ai laissé il y a deux ans. Mes valises sont même là et il y a une femme de ménage, Lucie je crois, qui range déjà mes affaires dans la loge.

- Leina, s'il te plaît, laisse-nous tranquilles, s'adresse gentiment Marie de sa voix douce.

Ah elle s'appelle Leina !

Elle se retourne, me lance un rapide coup d'œil, puis s'en va.

- Allez-y, allongez-vous. Je vais vous faire votre massage rapidement pour que vous puissiez vous reposer.

- Ne t'inquiète pas, c'était juste pour t'embêter.

- Oh Dieu du ciel ! Merci d'avoir répondu à ma prière, elle est vraiment heureuse. Je ris même.

Certains diront que j'ai un rire facile et c'est vrai. Il ne m'en faut pas beaucoup pour rire jusqu'à ce que je puisse tenir mes côtes. C'est la vie et c'est beau.

J'ouvre une valise pour vérifier que c'est bien celle qui contient ses cadeaux, la ferme aussitôt et la lui tends. Elle arrête de sourire et me regarde dans les yeux.

- Êtes-vous sérieux? me demande-t-elle en regardant la valise.

- Qu'est-ce que je ne ferais pas pour mon soleil ?

- Cheikh, je t'assure que tu es le meilleur, dit-elle en se jetant dans mes bras.

Elle me fait plein de bisous dégoûtants puis quitte ma chambre presque en courant, valise à la main.

Ah les filles !

Je me débarrasse de mes vêtements puis me dirige vers la salle de bain pour un bon bain avant d'aller me coucher.

* * *

* *

J'ai dormi toute la journée. Quand je me suis réveillé et que je suis sorti, j'ai trouvé ma mère déjà en chemise de nuit marchant dans le long couloir menant à sa chambre.

- Maman?

Elle se retourne et sourit largement. Elle est si belle ma maman adorée !

- Oui Cheri? Tu as bien dormi? Dit-elle en s'avançant vers moi et je fais de même mais lentement.

- Oui très bien.

- Tout le monde est au lit en ce moment mais ton père est en bas dans son bureau.

- D'accord, je vais aller le voir.

- Voulez-vous manger quelque chose? Tu dois avoir faim.

- Euh oui, pourquoi pas ?

J'ai faim j'avoue.

Ma mère se retourne et appelle un domestique qui traverse le couloir.

- Fatou, dis à Mouna de préparer quelque chose pour Cheikh, il a faim. Nous serons dans ma chambre.

Elle hoche la tête et court.

- Qu'est-ce qu'on va faire dans ta chambre ?

- N'oubliez pas que nous devons parler.

- C'est la nuit maman et tu dois aller te coucher.

Sans m'écouter, elle me tire, m'entraîne dans sa chambre.

Elle prend place sur son lit King et moi dans un fauteuil que j'affectionne pour son confort.

- Ma, tu me donnes cette chaise s'il te plait ? Je la supplie presque en me mettant à l'aise et en tapotant un bras

- Tu n'as toujours pas grandi, sourit-elle en secouant la tête.

- Si vous pensez...

- Bon Cheikh, que veux-tu faire dans la vie ? me demande-t-elle en s'arrêtant pour sourire.

- Euh... enfin... je ne sais pas encore, je réponds, pris au dépourvu. Mon objectif est de diriger l'entreprise un jour, pourquoi pas, je m'offre.

- Bien. Et qu'attendez-vous ?

- ...

Moi je l'ignore.

- Tu sais, ton père n'est plus ce jeune homme qui pouvait passer toutes ses journées à travailler. Il doit se reposer à cause de son âge avancé. Il en a assez fait pour toi et ta sœur et je pense que tu dois prendre le relais maintenant. Il a besoin de quelqu'un en qui il peut avoir entièrement confiance pour lui confier les rênes de l'entreprise et je pense que cette personne, c'est vous, son fils aîné.

- C'est ce que je pensais plus tôt.

- Vous êtes l'aîné de la famille. Tu es notre espoir et celui de ton grand-père en particulier. Vous ne devez pas nous décevoir. Je te fais confiance.

- Ne t'inquiète pas Ma, j'y ai déjà pensé et je te promets que tu ne seras pas déçue, je rétorque en gardant mon regard dans ses magnifiques yeux de biche.

Elle se lève du lit et vient m'embrasser.

- C'est bien, chérie. Il faut regarder loin dans la vie.

Cette chaleur me manquait tellement ! Elle seule peut me le procurer... Je l'embrasse sur la joue puis la serre dans mes bras de toutes mes forces.

- Hé, je t'ai trop manqué, remarque-t-elle alors que je la libère de mes bras.

- Tu n'imagines même pas à quel point, j'ajoute d'une voix séductrice. Cela lui arrache un rire mélodieux et je pouvais voir ce halo au fond de ses yeux. C'est la plus belle de toutes les mamans, je le jure !

- Vous êtes mariée Mme Konaté et je ne veux pas me faire d'ennemis. Puisque vous commencez déjà à tomber sous mon charme, je vous demande pardon, je suis ironique en prenant du recul.

Ma mère n'arrête pas de rire. J'adore son rire qui a le don de me faire sourire sans raison.

- Sacré Cheikh, tu ne changeras jamais, me dit-elle en essayant de se calmer.

- Je ne veux pas te causer des maux de ventre à cause des rires. Je descends discuter un peu avec papa. Bonne nuit maman.

- D'accord chérie, bonne nuit.

En sortant, je croise la servante d'avant, qui s'apprête à frapper à la porte, ne voyant que la position de ses doigts. Lorsque nos regards se sont croisés, elle a immédiatement baissé les yeux.

— Euh… Monsieur, v-v… vous pouvez maintenant vous asseoir pour manger, bégaye-t-elle.

Je suis une sacrée idole, je sais.

- Bien.

Elle tourne les talons et je la suis. Je ne peux m'empêcher de contempler sa forme généreuse, ses mollets galbés, sa taille coca cola, oh lala !

Maman Afrique !!

Maintenant, il se trouve que je veux l'appeler mais je ne me souviens pas de son prénom. Je ne me souviens jamais des noms des personnes que je ne connais pas très bien, c'est un peu l'un de mes plus gros défauts.

Pas sérieux.

Après avoir bien mangé, je vais au bureau. Je frappe en ouvrant la porte. Au moment où j'entre, mon père lève faiblement les yeux puis me sourit en se levant. On s'embrasse et je m'assieds en face de lui. Nous avons longuement discuté de la vie, des dernières nouvelles de la famille et un instant, je parle des affaires.

- Comment est le bureau ?

- Comme vous pouvez le voir, cela demande beaucoup de travail.

J'ai essayé de le détailler. C'est vrai qu'il est vieux maintenant. Des rides sont présentes sur son visage et sur ses mains, ses cheveux tendent vers le gris... La vieillesse s'installe.

- Papa, euh... J'ai pensé qu'il était temps pour moi de reprendre la direction de l'entreprise. Je veux dire, c'est à moi de prendre le relais et... de faire ma part en tant que fils aîné.

J'ai remarqué que tout au long de mon monologue, mon père n'a jamais cessé de sourire. Ça l'a rendu heureux, je pense.

- Je suis fier de toi fils. Il se lève et fait le tour de son bureau. C'est une sage décision que j'approuve mais...

Il arrête de parler et me regarde droit dans les yeux. Mon silence l'encourage à continuer. Il s'assoit sur le bureau, en face de moi.

- Quel âge as-tu?

- Vingt-cinq ans, je réponds en sachant qu'il le sait déjà.

- Tu es devenu un homme, sauf qu'il y a le gros morceau qui reste.

Je fronce les sourcils, essayant de comprendre de quoi il parle.

- Tu dois d'abord te marier, pour me prouver que tu es assez responsable pour me remplacer, reprend-il en prenant un ton plus sérieux.

Ses paroles me laissent sans voix. Mon esprit n'a jamais touché à une telle chose : le mariage...

- Tu n'es plus un gosse, continue-t-il en s'installant dans son confortable fauteuil.

- J'avoue que je n'y avais pas pensé avant.

- Je sais, répond-il en appuyant ses doigts sur son front.

- Mais c'est un peu tôt papa, tu ne trouves pas ?

- Non.

Un silence s'installe, moment pendant lequel je réfléchis à un moyen d'en sortir. Je ne me vois pas avec la même fille pendant deux semaines et avec des enfants qui crient tout le temps. Je suis encore jeune, j'ai toute la vie devant moi.

— Laisse-moi un peu de temps pour y réfléchir, je suggère. Cela me permettra d'élaborer un plan pour ne pas me marier.

- Je ne te demande pas d'y penser, je l'exige.

Je lève un sourcil pour lui demander s'il est vraiment sérieux.

- Vous avez assez joué Cheikh Bamba. Elles m'ont raconté toutes vos aventures avec les filles en Californie, ces fêtes que vous organisiez tous les soirs, les dépenses désastreuses que vous y faisiez chaque jour. Pensez-vous que cet argent que je vous donne me tombe dessus ? C'est une des raisons pour lesquelles je t'ai amené ici. Maintenant, il est grand temps que vous vous comportiez en homme responsable. Tu es un Konaté et je ne te permettrai jamais de salir mon nom...

- Mais le mariage de papa est une affaire très sérieuse, je le coupe. Vous devez prendre le temps de choisir la fille que vous...

Il lève son index, ce qui me fait taire.

- Temps? Cheikh, nous vous en avons assez donné. Marie-toi et honore ta mère, fais plaisir à ton grand-père qui n'a plus que quelques mois à vivre....

- Attends, je crois que j'ai mal entendu.

Il baisse les yeux puis regarde dans le vide.

- Votre grand-père a une tumeur au cerveau qui le ronge de jour en jour. Désormais, ses jours sont comptés.

- Pourquoi personne ne me l'a dit ?

- ...

J'ai soudainement eu une énorme bouffée de chaleur. J'ai tellement chaud que j'ai besoin de plus d'air alors que la pièce est climatisée. Les questions tourbillonnent dans ma tête mais aucun mot ne peut sortir de ma bouche.

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Forcés de se marier

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