Chapitre 2
Il était là, vêtu d'un costume gris impeccable, son allure dégageant une autorité naturelle. Il était encore plus impressionnant que dans mes souvenirs de la veille. Je restai figée, espérant qu'il ne me remarque pas, mais son regard balaya la pièce, s'arrêtant brièvement sur moi.
Son expression était indéchiffrable. Ni sourire, ni chaleur. Juste une froideur professionnelle qui me glaça.
- Bonjour à tous, commença-t-il d'une voix calme mais ferme. Je suis Daniel Calloway, votre nouveau PDG. Je suis ici pour m'assurer que cette entreprise atteint son plein potentiel.
Sa voix résonnait avec une assurance qui me troubla autant qu'elle m'intimidait. Pendant tout son discours, il évita soigneusement de croiser mon regard à nouveau, comme si notre brève rencontre au gala n'avait jamais eu lieu.
Après son départ, les murmures reprirent de plus belle. Clara s'approcha de moi, visiblement excitée.
- Emilie, tu as vu ça ? C'est lui, n'est-ce pas ?
Je hochai la tête, incapable de parler.
- Mon dieu, c'est une dinguerie. Le type du gala est ton patron maintenant ?
- Je ne sais pas ce que ça change, murmurai-je. Il ne m'a même pas reconnue.
Clara fronça les sourcils, comme si elle n'était pas convaincue.
- Ou peut-être qu'il fait semblant. Je parie qu'il t'a reconnue.
Je ne répondis pas, mais son hypothèse me troubla. Pourquoi agirait-il ainsi ?
L'après-midi passa dans une lenteur exaspérante. Chaque fois que je passais près du bureau de Daniel, je sentais mon cœur s'accélérer, bien que je m'efforçais de ne pas montrer ma nervosité. Il était dans une réunion la plupart du temps, mais sa présence pesait sur tout le monde.
À la fin de la journée, Clara apparut à nouveau, un sourire malicieux sur les lèvres.
- Tu sais qui il est vraiment ?
Je secouai la tête, confuse.
- Daniel Calloway, lança-t-elle comme si elle révélait un secret d'État. Héritier d'une des familles les plus riches du pays. Ils possèdent des hôtels, des entreprises de luxe... Et tu sais quoi ? Il y a quelques mois, il a rompu avec une femme célèbre. Un mannequin ou une actrice, je sais plus.
Cette révélation fit l'effet d'une bombe dans mon esprit. Tout à coup, son allure élégante et son assurance prenaient tout leur sens.
- Comment tu sais tout ça ? demandai-je, incrédule.
- Internet, bien sûr ! répondit-elle avec un clin d'œil. Tu devrais essayer parfois.
Je restai silencieuse, le flot d'informations m'étourdissant. Clara sembla remarquer mon trouble et posa une main sur mon épaule.
- Ne te prends pas la tête, Émilie. Peut-être que c'est juste une coïncidence. Mais si ce n'en est pas une, alors... tu as un sacré roman en cours.
Elle rit, mais moi, je n'étais pas sûre de trouver ça drôle. Mon esprit était en ébullition, et je savais que cette journée n'était que le début de quelque chose qui allait bouleverser ma vie.
Et dans un coin de mon esprit, une question persistait : pourquoi Daniel agissait-il comme si je n'existais pas ?
La journée suivante débuta dans un étrange mélange de nervosité et d'appréhension. Après les révélations de Clara sur l'identité de Daniel, je ne pouvais m'empêcher de me demander pourquoi un homme avec une vie aussi incroyable se retrouvait ici, à diriger cette entreprise modeste. Et pourquoi, surtout, il m'avait regardée comme une inconnue totale alors que je pouvais encore sentir la chaleur de ses yeux sur moi lors du gala.
J'arrivai tôt au bureau pour éviter de croiser Daniel dans les couloirs. Mais mes efforts furent rapidement anéantis lorsqu'un courriel apparut dans ma boîte de réception, marqué d'un symbole urgent. Le message venait directement de lui. Mon cœur fit un bond incontrôlable.
> **Objet** : Affectation du projet Wintergreen
> Bonjour,
> Vous êtes désignée comme coordonnatrice principale pour le projet Wintergreen. Merci de vous rendre dans mon bureau à 10h00 pour un briefing.
> Cordialement,
> Daniel Calloway.
Mon estomac se noua instantanément. Pourquoi moi ? Il y avait des dizaines d'autres employés plus qualifiés pour ce genre de responsabilité. Pourtant, l'idée d'aller le voir déclencha un mélange d'excitation et de terreur que je ne savais pas comment gérer.
Quand 10h arriva, je me retrouvai devant la porte de son bureau, mes mains moites serrant un calepin inutile. Je pris une grande inspiration avant de frapper doucement.
- Entrez, dit-il d'une voix ferme à travers la porte.
Je poussai timidement la porte et entrai. Son bureau, comme lui, était impeccable, minimaliste, mais sophistiqué. Il se tenait derrière son bureau, les bras croisés, son regard glacé fixé sur moi.
- Asseyez-vous, dit-il en désignant une chaise devant lui.
Je m'assis, évitant son regard direct.
- Vous êtes probablement surprise que je vous choisisse pour ce projet, commença-t-il, sa voix dénuée d'émotion.
- Un peu, admis-je, ma voix plus tremblante que je ne l'aurais voulu.
Il hocha légèrement la tête, comme s'il s'y attendait.
- Je crois en l'efficacité et en la précision, continua-t-il. J'ai examiné vos précédents rapports, et malgré leur... simplicité, ils montrent un potentiel certain.
Sa remarque, bien que formulée poliment, ressemblait davantage à une critique déguisée.
- Merci, répondis-je, mes joues chauffant sous le mélange d'embarras et de frustration.
Il se pencha légèrement en avant, posant les mains sur son bureau, son regard bleu perçant capturant le mien.
- Ce projet est crucial. Nous devons le mener à bien sans erreurs. Compris ?
- Oui, compris, répétai-je, tentant de maintenir mon calme sous son regard intense.
Le briefing fut rapide mais précis. Daniel parlait avec une autorité naturelle, chaque mot soigneusement choisi. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de remarquer une tension étrange entre nous, un fil invisible qui semblait tirer nos émotions dans des directions opposées. Chaque fois que nos regards se croisaient, c'était comme une bataille silencieuse, un mélange de défi et de quelque chose de plus profond, plus inexpliqué.
***
La journée passa dans un flou de tâches administratives et d'appels incessants liés au projet. Vers 18h30, la plupart de mes collègues avaient quitté le bureau. J'étais encore plongée dans des documents lorsque Daniel passa devant mon bureau, un dossier épais sous le bras. Il s'arrêta, me fixant avec un mélange de surprise et d'approbation.
- Vous travaillez encore ?
- Oui, répondis-je, tentant de masquer ma fatigue. Je voulais avancer sur le projet.
Il hocha la tête, son regard adouci pendant une fraction de seconde avant de reprendre son expression neutre.
- Très bien. Suivez-moi, dit-il soudainement.
Je le suivis jusqu'à la salle de réunion principale, où il déposa le dossier sur la table.
- Nous avons besoin de finaliser ces points ce soir, ajouta-t-il, en s'asseyant et en m'invitant à faire de même.
L'idée de passer une soirée entière avec lui dans une salle de réunion vide me mit mal à l'aise, mais je n'avais pas vraiment le choix.
Le travail avança lentement. Nos échanges étaient ponctués de tensions, d'accrochages mineurs. Chaque fois que je posais une question, il répondait avec une patience froide qui me faisait me sentir idiote. Pourtant, il y avait des moments où son ton changeait légèrement, où une chaleur inattendue transparaissait dans ses mots.
- Vous êtes plus déterminée que je ne l'aurais pensé, lâcha-t-il à un moment donné, presque pour lui-même.
Je levai les yeux vers lui, surprise par ce compliment inattendu.
- Merci... je suppose, répondis-je, incertaine de la manière dont je devais interpréter ses paroles.
Il esquissa un léger sourire, presque imperceptible, mais suffisant pour envoyer une vague d'émotions contradictoires à travers moi.
Nous finîmes par travailler jusqu'à près de 22h. Alors que je rassemblais mes affaires, il m'observa en silence, son regard chargé d'une intensité que je ne pouvais ignorer.
- Bonne soirée, dit-il finalement, sa voix basse résonnant dans la pièce vide.
Je hochai la tête, incapable de répondre, et quittai la salle, mon cœur battant à tout rompre.
***
Le lendemain, Clara se précipita vers mon bureau avec une énergie débordante, son téléphone à la main.
- Tu ne vas jamais deviner ce que j'ai trouvé, dit-elle, presque haletante.
Je levai un sourcil, curieuse malgré moi.
- Alors ?
- Caroline, l'ex de Daniel. Elle connaît des gens ici. En fait, elle a déjeuné avec un des directeurs hier, juste après être passée devant l'immeuble.
- Caroline ? répétai-je, mon estomac se tordant à l'entente de ce nom.
- Oui, répondit Clara, ses yeux brillant d'excitation. Et je parie qu'elle ne fait pas ça par hasard.
Cette nouvelle jeta une ombre inquiétante sur ma journée. Pourquoi Caroline serait-elle impliquée ici ? Et pourquoi cela semblait-il soudainement me concerner ?
Chapitre 3
Les jours qui suivirent furent tout sauf tranquilles. Depuis que Clara avait mentionné Caroline et ses possibles connexions au sein de l'entreprise, une étrange pression semblait peser sur mes épaules. Je tentais de me concentrer sur le projet Wintergreen, mais l'ombre de Caroline rôdait dans mes pensées. Chaque fois que je croisais Daniel, ses regards froids et calculés ne faisaient qu'ajouter à ma confusion.
Ce matin-là, la tension monta d'un cran. Je terminais de rédiger une proposition pour un sous-projet du Wintergreen lorsque Daniel entra brusquement dans la salle de réunion où toute l'équipe était rassemblée. Sa présence imposante fit taire instantanément les discussions animées autour de la table.
- Puis-je voir les résultats du travail de chacun ? demanda-t-il d'un ton sec, ses yeux balayant la pièce.
L'un après l'autre, mes collègues lui présentèrent leurs dossiers. Quand vint mon tour, je tentai de garder une contenance, bien que mes paumes soient moites d'appréhension. Daniel prit mon rapport et le feuilleta rapidement. Ses sourcils se froncèrent légèrement.
- Mademoiselle Dupont, commença-t-il en me fixant d'un regard perçant, il y a ici une erreur flagrante dans les chiffres de projection. Comment avez-vous pu laisser passer cela ?
Je sentis mon visage s'empourprer sous le poids de ses mots. Les murmures autour de la table amplifièrent mon malaise.
- Je... je vais corriger cela immédiatement, balbutiai-je, tentant de masquer ma gêne.
- Non, répondit-il fermement. Vous devriez vous assurer que ce genre d'erreurs n'arrive pas avant de soumettre un document. L'ensemble du projet repose sur une exactitude irréprochable.
Sa voix glaciale résonnait dans la salle, et je n'osais plus lever les yeux. Une fois la réunion terminée, je m'attardai quelques instants, attendant que tout le monde soit parti. Daniel, toujours absorbé dans ses notes, ne leva même pas les yeux lorsque je m'approchai.
- Vous savez, commençai-je, ma voix teintée d'une colère contenue, vous auriez pu me corriger en privé au lieu de me ridiculiser devant tout le monde.
Il leva enfin les yeux, surpris par mon audace.
- Ce n'était pas personnel, dit-il calmement. C'était une question de professionnalisme.
- Ah, bien sûr, répondis-je, croisant les bras. Parce que humilier quelqu'un est la meilleure façon de montrer son professionnalisme ?
Un éclat traversa ses yeux, comme s'il hésitait entre irritation et amusement.
- Si vous passez autant de temps à perfectionner votre travail qu'à argumenter, nous n'aurons plus ce genre de discussions, conclut-il avant de tourner les talons.
Je le regardai partir, bouillonnant de frustration. Mais au fond de moi, je ne pouvais nier l'étrange mélange de colère et de respect qu'il éveillait en moi.
***
Plus tard ce soir-là, Clara m'appela avec une énergie débordante.
- Écoute, je sais que t'as eu une journée pourrie, mais j'ai une idée pour te changer les idées, dit-elle d'un ton conspirateur.
- Si ton idée inclut de rester à la maison avec une pizza et un film, je suis partante, répondis-je en soupirant.
- Pas question ! J'organise un dîner improvisé ce soir. Viens !
Je tentai de protester, mais Clara était une force de la nature lorsqu'elle avait une idée en tête. Quelques heures plus tard, je me retrouvai chez elle, entourée de quelques visages familiers... et d'un visage que je ne m'attendais absolument pas à voir. Daniel Calloway, vêtu de manière décontractée, était là, un verre de vin à la main.
Je me tournai immédiatement vers Clara, qui arborait un sourire innocent.
- Ne me regarde pas comme ça, chuchota-t-elle. C'est un ami d'un ami. Hasard total.
- Hasard, vraiment ?
Avant que je ne puisse lui demander plus de détails, Daniel s'approcha, son regard toujours aussi difficile à lire.
- Mademoiselle Dupont, dit-il avec un sourire en coin. Quelle surprise.
- Une surprise pour moi aussi, répondis-je, tentant de garder un ton neutre.
Les heures qui suivirent furent ponctuées d'échanges subtils entre Daniel et moi. À chaque remarque sarcastique que je lançais, il répondait avec une précision calculée, ses mots habilement choisis pour me déstabiliser. Pourtant, il y avait des moments où l'atmosphère devenait presque légère, comme lorsque Clara insista pour jouer à un jeu de société absurde.
- Allez, Daniel, montre-nous si les grands PDG savent aussi perdre, plaisanta-t-elle en lui tendant un jeu de cartes.
Il esquissa un sourire rare avant de répondre :
- Je ne perds jamais, Clara.
- On verra ça, ajoutai-je, un sourire défiant aux lèvres.
À ma grande surprise, il joua le jeu, et pendant quelques instants, le mur froid qu'il érigeait constamment sembla se fissurer.
***
La soirée terminée, je rentrai chez moi, épuisée mais étrangement revigorée. Alors que je m'apprêtais à me coucher, une notification illumina mon téléphone. C'était un email anonyme. Le sujet était court, mais glaçant :
> **Objet** : Faites attention.
> Méfiez-vous de Caroline.
Il n'y avait aucune explication, aucun détail. Seulement ces mots énigmatiques. Je relus le message plusieurs fois, essayant de comprendre qui aurait pu l'envoyer. Une chose était sûre : ce dîner m'avait laissé bien plus de questions que de réponses.
La soirée avait mal commencé avant même que je mette les pieds dans ce fichu restaurant. Clara m'avait envoyé pas moins de cinq messages pour s'assurer que je ne décommande pas, ajoutant même des émojis menaçants à base de couteaux et de regards furieux.
- Émilie, tu DOIS venir. Ce dîner est une occasion en or pour te détendre un peu et... qui sait, peut-être rencontrer quelqu'un ? avait-elle insisté dans son dernier appel.
- Clara, je doute que discuter factures et présentations PowerPoint avec des collègues soit particulièrement "relaxant", avais-je rétorqué en luttant pour enfiler ma robe noire toute simple.
Je savais déjà qu'elle ne lâcherait pas l'affaire, et à vrai dire, après l'email anonyme que j'avais reçu la veille, rester seule chez moi avec Toby, mon fidèle chien, me semblait étrangement oppressant.
Quand j'arrivai enfin au restaurant, l'ambiance chaleureuse des lieux n'aida pas à apaiser ma nervosité. Clara m'accueillit avec un large sourire et me tira presque par le bras pour rejoindre une table déjà bien remplie.
- Émilie, tu connais tout le monde ici, pas vrai ? lança-t-elle en agitant la main vers les visages familiers des collègues.
Tout le monde... sauf lui.
Daniel Calloway était assis à l'extrémité de la table, un verre de vin à moitié vide posé devant lui. Son expression était neutre, mais il avait ce regard qui semblait tout voir, tout analyser. Je déglutis et essayai de masquer mon malaise en prenant place le plus loin possible de lui.
- Alors, Émilie, prête pour une soirée mémorable ? ajouta Clara avec un clin d'œil exagéré avant de filer rejoindre Alex, un autre collègue à l'air jovial.
Je n'étais pas prête. Pas le moins du monde.
***
Les conversations autour de la table étaient animées, et j'essayai tant bien que mal de m'y mêler. Cependant, à chaque fois que je me permettais de rire ou de parler un peu plus fort, je sentais le regard de Daniel peser sur moi. Il ne disait pas grand-chose, se contentant d'intervenir ici et là avec des remarques incisives qui faisaient taire les plus bavards.
- Vous êtes bien silencieuse ce soir, Émilie, finit-il par dire après un moment. Quelque chose vous tracasse ?
Je relevai les yeux, tentant de lire dans son expression. Était-ce une pique ? Une tentative de gentillesse mal déguisée ?
- Je suis simplement fatiguée, répondis-je d'un ton neutre. Pas facile de jongler entre les erreurs flagrantes et le perfectionnisme exigeant de certains.
Un sourire imperceptible effleura ses lèvres, mais il ne répondit rien, se contentant de lever son verre à ses lèvres.
C'est à ce moment qu'Alex, qui s'était assis à côté de moi, se pencha légèrement pour engager la conversation.
- Émilie, tu fais un travail impressionnant sur le projet Wintergreen, vraiment. Je voulais te le dire depuis un moment, mais on dirait que tu es toujours absorbée dans tes dossiers.
- Merci, Alex, répondis-je en souriant. C'est gentil de le noter, surtout venant de toi.
Il était charmant, avec ses cheveux en bataille et son sourire sincère. Parler avec lui me fit oublier un instant la tension que Daniel imposait à la soirée.
- Tu devrais prendre un café avec moi un de ces jours, continua-t-il. Promis, je ne parlerai pas de boulot.
- C'est une offre intéressante, plaisantai-je, me sentant soudain plus légère.
Je ne remarquai pas immédiatement que Daniel observait notre échange, mais lorsque nos regards se croisèrent brièvement, je fus frappée par la lueur étrange dans ses yeux. De la jalousie ? Non, c'était impossible. Il n'avait aucune raison de ressentir quoi que ce soit pour moi.