Chapitre 6

Dans la voiture, Marie était encore en colère. En voyant Claire la tête baissée sur son téléphone, elle pensait qu’elle était triste. Elle l’a alors prise dans ses bras :

« Claire, ce n’est rien, ça ira mieux. »

Claire, prise dans cette étreinte, était à la fois surprise et émue, mais la pression sur son omoplate lui a infligée une douleur vive qui la fait gémir malgré elle.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » a demandé Marie, effrayée. Depuis le mariage de Claire, elle ne l’avait jamais vue pleurer.

Claire a froncé les sourcils et a répondu :

« Rien… C’est juste mon épaule, elle me fait mal. »

Marie est restée figée un instant, se rappelant soudain que la main de Thomas avait bloqué Claire exactement à l’endroit de l’omoplate.

Comme le chauffage fonctionnait dans la voiture, elle a rapidement tiré sur le col des vêtements de Claire. Les yeux de Marie se sont instantanément embués.

L’os de l’omoplate de Claire était déjà tout violacé.

Thomas, en tant qu’assistant de Gabriel, avait été formé ; sa force était énorme. Et comme Claire s’était débattue, il avait exercé encore plus de pression, ce qui avait causé une blessure directe.

La peau de Claire était si pâle qu’une toute petite éraflure s’y voyait. Alors cette ecchymose, sombre et large, paraissait encore plus effrayante.

« Une bande de salauds ! Comment ont-ils pu te faire ça ? » Marie était furieuse, elle a déjà commencé à pleurer de tristesse.

« Ça va, ça va, ce n’est rien. Je mettrai un peu de pommade et ce sera vite guéri. » Claire l’a rassurée. Comme elle voyait que son amie était encore très affectée, elle a sorti son téléphone et l’a agité devant Marie.

« Regarde, qu’est-ce que c’est ? »

Les larmes au coin des yeux, Marie a regardé avec étonnement ; ses yeux se sont aussitôt illuminés. À la fois surprise et ravie, elle s'est exclamée :

« Mais... les photos n’ont pas été supprimées ? »

L’écran affichait justement les photos intimes de Gabriel et Sarah, que Claire avait supprimé sous le regard insistant de Thomas.

Claire a refermé le col de sa veste, souriante :

« N’oublie pas que j’ai étudié l’informatique. »

Même si Claire avait appris l’informatique à l’origine pour Gabriel, et bien qu’il ne s’en soit jamais soucié, elle avait travaillé sérieusement. Son niveau était tel qu’on pouvait la considérer comme une experte dans le domaine. Récupérer des photos était pour elle un jeu d’enfant.

Marie est restée un moment sans voix, puis a répondu :

« C’est vrai ! Tu es vraiment trop forte ! »

Elle a alors évité soigneusement l’omoplate blessée de Claire et l’a de nouveau prise dans ses bras avec une infinie précaution.

Marie savait que Claire n’aimait pas vraiment l’informatique. Elle l’avait étudiée uniquement pour Gabriel, mais il ne l’appréciait pas.

Marie admirait toujours sa meilleure amie, parce que Claire avait réussi à devenir experte dans un domaine qui ne l’intéressait même pas !

« Tu peux compter sur moi, Même si ces photos, à elles seules, ne suffisaient pas à constituer une preuve clé, je ferai de mon mieux. Même si je ne suis pas spécialisée en divorces, je demanderai l’aide de mes profs à la fac s’il le faut. Je ferai tout pour que tu divorces et obtiennes des compensations. Il est hors de question de laisser Gabriel et Sarah s’en sortir si facilement ! »

Marie, la main sur le cœur, a promis avec colère :

« Ce salaud, on n’en veut plus ! Il y a tellement d’hommes bien meilleurs que lui ! »

Claire a esquissé un sourire, en essayant d’ignorer cette douleur lancinante au fond du cœur. Puis elle s’était inquiétée :

« Mais la menace de Thomas aujourd’hui... ta carrière... »

Marie a balayé la question d’un geste large, l’air de s’en moquer royalement :

« Si je ne suis même pas capable de défendre mon amie, alors je ne mérite pas d’être avocate. Alors je ferais mieux de rentrer gérer la boîte de la famille. »

Claire a bien compris que Marie disait cela uniquement pour la rassurer.

Elle savait bien que devenir avocate était toujours le rêve de son amie. En tant que fille de bonne famille, elle n’avait jamais eu besoin de subir tant d’épreuves, mais elle l’a fait, par conviction, gravissant chaque marche par ses propres efforts. Ce n’était sûrement pas quelque chose qu’on laissait tomber à la légère.

Comme elle venait de parler aussi fermement, Claire n’osait plus refuser. Sinon, Marie allait sûrement s’énerver.

Elle lui a souri et, en lui caressant affectueusement la tête, elle a dit :

« Je compte sur toi alors. De toute façon, j’ai décidé de retourner dans le design artistique. Et si jamais ça ne marche pas... je t’embaucherai avec un super salaire comme avocate privée. »

Les yeux de Marie se sont aussitôt illuminés, remplis de joie et de surprise :

« Tu as enfin changé d’avis ! »

Claire a toujours été un génie dans le domaine du design artistique.

Même en informatique — un domaine dans lequel elle disait ne pas avoir de talent particulier, elle est devenue une experte. Alors dans le design, où elle avait déjà connu un certain succès à l’adolescence, elle portait depuis longtemps le titre de jeune prodige.

Sa professeure était une figure renommée du design de mode à l’esthétique, célèbre sur la scène internationale.

Elle faisait partie des fondateurs de l’une des treize grandes maisons de haute couture au monde : une mentore aux ressources abondantes et à l’influence considérable.

Malheureusement, en raison de sa famille, et plus tard, à cause de son mariage avec Gabriel, Claire avait abandonné ce qu’elle aimait vraiment pour se tourner vers des études approfondies en informatique.

Mais avec le talent de Claire, il suffisait qu’elle décide de revenir pour que l’avenir s’ouvre grand devant elle.

Comme elles travailleraient toutes les deux le lendemain, elles se sont séparées après avoir discuté un moment.

À peine rentrée dans son appartement près de son entreprise, le téléphone de Claire a vibré... Elle a été surprise de recevoir un message si tard.

Elle l’a ouvert avec un peu d’inquiétude, et s’est figée.

C’était un message de Julie.

Dans la journée, elle n’avait pas osé appeler Julie. Elle lui avait envoyé un message sans grand espoir, et pourtant, elle a reçu une réponse le jour même.

Elle s’est empressée de l’ouvrir :

« Je suis à l’étranger pour la Fashion Week de Milan. Ensuite, je vais enchaîner avec la Haute Couture à Paris. On parlera de ton affaire à mon retour à la fin du mois. Apporte-moi alors tes dernières créations. »

Sept ans s’étaient écoulés, et Julie a gardé son style direct et efficace.

Mais puisqu’elle a répondu, cela voulait dire qu’il y avait une chance que leur relation s’améliore.

Claire, dont les nerfs ont été tendus toute la journée, a enfin pu relâcher un peu la pression.

C’était enfin une bonne nouvelle.

Il restait encore une dizaine de jours avant la fin du mois. En plus de s'occuper de son travail actuel, elle devait bien se préparer.

Julie était toujours stricte et professionnelle, ne jugeant que sur les créations. Elle ne relâchait pas ses exigences sous prétexte qu’elles étaient parentes.

Après avoir réfléchi à tout cela, Claire a pris une douche, s’est appliqué du baume sur l’épaule, puis s’est couchée.

Juste avant de s’endormir, elle a eu l’impression d’avoir oublié quelque chose. Mais elle était tellement fatiguée qu’elle n’a pas résisté au sommeil.

Villa Morel, Rue des Lilas.

Linette était déjà couchée, il n’y avait que Théo qui restait éveillé dans sa chambre à jouer à des jeux vidéo.

Il jouait jusqu’à tard dans la nuit, puis n’avait plus envie de continuer.

Il ne voulait pas appeler sa mère : à chaque fois, sa mère lui demandait d’arrêter de trop jouer, et il la trouvait vraiment ennuyeuse.

Mais tout seul à la maison, il s’ennuyait terriblement.

Il voulait voir Sarah, il était toujours heureux avec elle.

Il trouvait que sa mère était beaucoup trop sérieuse.

En outre, dans l’après-midi, quand il était passé au bureau de son père, il avait enfin pu rester un moment avec Sarah.

Mais son père avait rapidement demandé au chauffeur de le ramener, parce que son père et Sarah avaient du travail.

Il lui avait pourtant promis de rentrer dans la soirée.

Mais maintenant, son père n’est toujours pas rentré.

Théo a pris son téléphone et a appelé Gabriel.

Ce n’était qu’après un long moment que ce dernier a répondu.

Théo, très mécontent, a dit :

« Papa, tu rentres quand ? »

Gabriel a répondu d’un ton neutre :

« Ta mère n’est pas rentrée ? Laisse-la rester avec toi ce soir. »

« Elle n’est pas rentrée ! » a répliqué Théo, encore plus agacé. « Papa, tu mens ! »

Gabriel a été surpris.

Elle n’était-elle pas déjà revenue de son déplacement ? Aujourd’hui elle l’avait même suivi et pris en photo en cachette. Et pourtant, elle n’était toujours pas rentrée chez elle ?

Il s’est dit qu’elle était probablement fâchée à cause de ce qui s’était passé dans la soirée.

Mais pour lui, la suivre et le prendre en photo en cachette méritait une punition.

Il trouvait Claire vraiment déraisonnable.

Mais il est persuadé que dans quelques jours, elle reviendrait comme d’habitude, docilement. Alors, il n’y a plus pensé.

« Elle n’est pas rentrée ! » a crié Théo, furieux. « Et je ne veux pas qu’elle reste avec moi, elle est trop chiante ! Papa, rentre vite ! »

Théo, maintenant hors de lui, a entendu soudain une voix féminine de l’autre côté du téléphone :

« Gabriel, c’est qui au téléphone ? »

Chapitre 7

En entendant la voix de Sarah, les yeux de Théo se sont soudain illuminés.

« Sarah ! », criait-il à haute voix.

« Papa, tu est un menteur ! Tu ne tiens jamais ta parole, je ne te parlais plus. Sarah, papa m’a menti ! »

Il s’est plaignant à Sarah.

De l’autre côté, Sarah, en entendant sa voix, a pris le téléphone et l’a consolé doucement.

Elle a fait semblant de gronder Gabriel, puis lui a promis de venir le voir ce week-end, de jouer avec lui et de l’accompagner pour des jeux vidéo. Théo a alors éclaté de rire, tout joyeux.

C’était encore Sarah qui savait toujours les mots pour rassurer.

Autrefois, quand son père le grondait ou le rendait mécontent, aller voir sa mère ne servait à rien. Son père ne prêtait jamais attention à ce que disait sa mère.

Il avait mis un bon moment avant de raccrocher à regret.

Après avoir raccroché, il s’est soudain souvenu de ce que son père avait dit plus tôt, il semblait que sa mère était rentrée.

Ça voulait dire qu’elle rentrait ce soir-là.

Il n’était pas content du tout.

Si sa mère était revenue, elle allait encore le surveiller et lui interdire de jouer aux jeux vidéo. C’était trop nul !

Son père n’aimait même pas passer du temps avec sa mère. Alors pourquoi c’était toujours à lui de rester avec elle ? Papa est méchant !

Et Théo, il ne voulait pas rester à sa place, avec sa mère.

Il voulait aller chez sa grand-mère. Comme ça, même si sa mère rentrait, il pourrait l’éviter.

Théo s’est aussitôt levé du lit, s’est habillé tant bien que mal, a pris sa console de jeu et est descendu frapper à la porte de la chambre de Linette au rez-de-chaussée.

Réveillée par le bruit, sans comprendre ce que ce petit prince mijotait encore, Linette, les yeux à moitié fermés, a appelé le chauffeur, et a accompagné Théo jusqu’à la maison de sa grand-mère.

Claire ne savait pas ce que Théo avait fait en pleine nuit.

Mais même si elle l’avait su, cela ne lui aurait plus importé. Avec les années, elle devenait de plus en plus déçue.

De toute façon, elle avait déjà pris sa décision : divorcer, et renoncer à la garde.

Le lendemain, elle s’est levée tôt, comme d’habitude.

Elle a d’abord regardé sur son ordinateur les dernières vidéos de la Fashion Week, puis, en allant au travail, elle a acheté son petit-déjeuner au pied de l’immeuble de son entreprise.

Elle n’a plus eu à se lever tôt pour préparer un petit-déjeuner nutritif pour Gabriel et Théo. Et comme elle ne faisait que séjourner ici temporairement, elle mangeait dehors depuis quelques jours. Elle disposait donc de beaucoup plus de temps, qu’elle pouvait consacrer à ses propres affaires.

Cette journée, elle a passé son temps à interviewer de nouveaux candidats, tout en mettant de l’ordre dans les tâches et dossiers récents, afin de faciliter la passation.

Malgré elle était occupée, elle quittait quand même le travail à l’heure.

À la fin du mois, Julie allait revenir, et elle devait avoir terminé son portfolio avant son retour, avec les créations de mode les plus récentes. C’était son objectif principal, son emploi du temps restait donc très chargé.

Vers six ou sept heures du soir, c’était l’heure de pointe.

Claire avait conduit pendant plus de deux heures avant d’entrer dans un quartier de villas en banlieue, Rue de Jouvières.

Elle a traversé une bambouseraie, puis s’est arrêtée devant une villa à deux étages. Sur une plaque à côté de la porte, on a gravé : « Atelier Élan ».

C’était une maison qu’elle avait achetée avec des années d’économies et l’argent gagné grâce aux commandes privées qu’elle réalisait pour la haute société. Elle l’avait transformée en atelier.

Elle se consentait sur la famille ces dernières années, tout en poursuivant des études en informatique. Mais elle n’abandonnait jamais vraiment le design artistique.

Gabriel détestait toujours la voir s’exposer en public. À l’époque, il avait refusé qu’elle est entrée dans le groupe Morel, non seulement parce qu’il la méprisait, mais aussi parce qu’il voulait qu’elle se consacre entièrement à la famille, en parfaite épouse au foyer.

Mais Claire n’était pas du genre à baisser les bras.

Elle s’était donc tournée vers l’informatique, domaine que Gabriel affectionnait, et avait passé sept ans à l’accompagner avec soin, faisant tout pour lui plaire, mais sans jamais parvenir à entrer dans son cœur. À cet instant, elle se retrouvait le divorce dont elle ne tirerait rien de la part de Gabriel.

Mais heureusement, elle a toujours gardé le cap.

Alors elle avait discrètement fondé son propre atelier, « Atelier Élan », en s’appuyant sur le bouche-à-oreille de quelques clients fidèles et amis proches. Elle se spécialisait dans les créations sur mesure.

Grâce à la confidentialité de ses services, son intégrité irréprochable, son style raffiné mêlant luxe et mystère classique, et surtout son savoir-faire en broderie artisanale traditionnelle — un art rare aujourd’hui — elle se faisait un nom dans les cercles huppés.

Mais, par manque de temps, elle n’avait pas encore l’occasion de participer à de plus grands événements internationaux. Pour l’instant, l’un de ses modèles faits main sur mesure était généralement estimé à quelques centaines de milliers d’euros, et dépassait rarement le million.

Cela a dit, elle pouvait désormais consacrer tout son esprit à la création artistique, ce qui promettait une progression bien plus rapide.

Elle a déverrouillé la porte de la villa et l’a doucement poussé, le hall spacieux s’ouvrait devant elle.

Aux murs, il y avait des toiles accrochées : des peintures à l’huile, des encres — presque toutes des portraits. Un peu partout, on pouvait voir aussi des croquis de vêtements à moitié terminés.

Des portants couvraient le sol, chargés de tissus divers, de pièces de vêtements en cours de réalisation, de mannequins, ainsi que d’autres outils ou objets liés à son travail.

Durant les deux jours du week-end qui suivaient, elle pouvait se consacrer entièrement à cet endroit.

Claire est montée directement à l’étage, où on entreposait les pièces finies, les objets précieux et les portfolios.

Elle a poussé une porte et s’est arrêtée, en voyant un mannequin couvert d’un drap dans la pièce.

Elle se rappelait cette tenue.

Elle a soulevé le tissu : sur le portant se trouvait un costume noir brodé pour homme. Au niveau des poignets, un motif de nuage en fis dorés et argentés, brodé selon la technique du double-face, arborait la signature de l’Atelier Élan.

En plus, sur l’épaule, reposait une grue blanche aux ailes déployées, brodée en fils d’argent, dont le bec portait sertie une précieuse pierre rouge, un diamant rare, placée exactement au niveau du cœur, qui scintillait sous la lumière, mêlant élégance et luxe discret.

En voyant cette tenue, Claire a ressenti une douleur aiguë dans sa poitrine.

C’était une création qu’elle avait réalisée pour Gabriel. Elle avait dessiné les croquis jusqu’à l’aube pendant ses heures libres, avait choisi avec soin les tissus, avait découpé chaque pièce elle-même, avait brodé chaque détail avec soin, et avait acheté ce diamant rouge rare auprès d’un expert.

Elle avait passé plus de trois mois à confectionner cette œuvre.

Elle avait initialement prévu de l’offrir à Gabriel pour leur huitième anniversaire de mariage, et pourtant c’était de Gabriel et de Théo qu’est venu le coup le plus dur.

En regardant cette tenue à cet instant, et en repensant à l’humiliation qu’elle avait subie la veille en pleine rue, Claire a soudainement ressenti une envie irrépressible de déchirer cette tenue devant elle.

Les ciseaux en main, prête à passer à l’action, Claire a pourtant hésité.

Elle savait que cette tenue ne parviendrait jamais à Gabriel, et elle ne voulait plus la lui offrir, mais elle ne pouvait pas s’en séparer. C’était une œuvre à laquelle elle avait consacré des mois de travail acharné.

Finalement, Claire n’a pas détruit la tenue et l’a recouverte d’un drap.

Elle comptait bien trouver un moyen de la faire disparaître autrement.

Les créations sur mesure étaient par définition uniques, taillées pour la morphologie spécifique d’une seule personne, il n’y en avait pas deux identiques dans le monde.

Mais il n’était pas difficile de trouver un autre acheteur, tant que le nom du créateur en vaut la peine.

La nuit.

Dans la villa Morel, Rue des Lilas.

Après avoir terminé sa journée de travail à l’entreprise, Gabriel est rentré chez lui en voiture, mais Claire ne l’a pas accueilli comme d’habitude.

Il a demandé négligemment à Linette :

« Où est Claire ? »

Linette, qui ne comprenait pas trop la situation, a répondu avec hésitation :

« Monsieur, Madame est partie en voyage d’affaires il y a quelques jours, elle n’est toujours pas rentrée. »

Cela l’a étonné, car il l’avait pourtant vue la veille au soir.

Mais il ne s’en est pas soucié. Après tout, Claire n’avait nulle part où aller.

Il se souvenait qu’avant leur mariage, elle s’était déjà brouillée avec sa famille, au point de ne plus avoir de contact depuis toutes ces années.

Dans la ville de Montjoie, elle ne connaissait que quelques amis, et n’avait aucune famille à qui se tourner. Il était donc peu probable qu’elle soit partie ailleurs.

Cette maison était le seul endroit où elle pouvait revenir, le seul endroit où elle pouvait rester.

Gabriel a ensuite appris que Théo se trouvait à Manoir Morel, alors il est reparti.

D’ailleurs, il est revenu uniquement pour venir chercher Théo. Il lui avait promis, pour le week-end, de l’emmener jouer avec Sarah.

Chapitre 8

Atelier Élan

Claire était de retour dans une autre pièce de l’atelier. Elle a allumé la lumière.

Dans cette pièce, elle avait entreposé un costume pour homme de style, en soie brodée d’un violet profond. Il s’agissait d’une commande sur mesure pour un grand client.

Ce client restait très mystérieux. Bien qu’il s’agît d’une confection personnalisée, Claire ne le voyait jamais en personne. Il lui avait simplement fait parvenir une fiche détaillée de ses mensurations à travers de quelqu’un. Elle a trouvé que ce client avait une bonne morphologie et un goût raffiné.

Si son amie ne le lui avait pas recommandé personnellement, Claire n’aurait probablement pas osé accepter la commande au départ.

D’ailleurs, ce client lui a offert une rémunération généreuse : rien que l’acompte s’élevait à un million, ce qui montrait l’importance qu’il accordait au projet.

Elle aussi y attachait une grande importance : c’était jusqu’à présent la plus grosse affaire qu’elle ait conclue, et cela représentait une véritable avancée dans sa carrière.

La livraison de ce costume était prévue dans quelques jours. Il ne lui restait plus que quelques détails à vérifier et à ajuster. Elle a donc prévu de se concentrer pleinement sur les finitions durant les deux jours à venir.

Ce soir-là, elle a décidé de dormir à l’atelier.

Le lendemain, elle a passé toute la journée dans son atelier, à finaliser ce costume et à peaufiner le portfolio de ses créations de ces dernières années.

Le temps a filé sans qu’elle ne s’en rende compte.

Elle n’a réalisé qu’elle avait faim que lorsque Marie l’a appelée pour l’inviter à dîner. En se levant, elle a eu un léger vertige.

Elle a rapidement pris un bonbon qu’elle gardait toujours sur elle, puis elle a pris la voiture pour se rendre au restaurant réservé par Marie.

Après avoir garé la voiture, elle s’apprêtait à descendre quand elle se figeait.

Un peu plus loin, en diagonale devant elle, se trouvait une voiture qu’elle connaissait bien.

Elle a vu Sarah et Gabriel en descendre.

Elle n’a pas encore eu le temps de réfléchir à cette coïncidence, qu’elle a déjà aperçu son fils, Théo, qui sortait de la voiture à son tour.

Il s’est précipité dans les bras de Sarah, tout joyeux, l’air très complice.

Soudain, Claire a eu la gorge nouée, comme si une pierre énorme venait de s’écraser contre son cœur.

Elle a bien senti que voir de ses propres yeux n’était pas la même chose qu’entendre à travers un appel.

Elle a réprimé le haut-le-cœur qui lui montait à la poitrine, et, la main tremblante, elle a entrouvert la vitre de la voiture.

Aussitôt, la voix encore enfantine de Théo a infiltré dans la voiture :

« Sarah, pourquoi tu ne me réponds pas ? Puisque tu es revenue, pourquoi je ne peux toujours pas vivre avec toi ? Moi, je veux être avec toi tout le temps, tous les jours. »

Sarah a caressé doucement la tête de Théo. Un sourire radieux s’est dessiné dans ses beaux yeux, et sa voix était douce, pleine de chaleur :

« Ce jour viendra, ne sois pas pressé. »

« C’est vrai ? » a demandé Théo, les yeux brillants d’espoir.

Sarah a levé les yeux vers Gabriel. Comme il ne disait rien, elle a hoché la tête avec un sourire :

« Bien sûr. »

À ce moment-là, quelques jeunes hommes tout aussi éblouissants se sont approchés de l’autre côté, en saluant de loin Gabriel et Sarah :

« Gabriel, Sarah, on vous attend depuis longtemps. »

« Allez, on y va. Sarah, aujourd’hui, c’est Gabriel qui nous a invités pour te souhaiter la bienvenue et fêter ton retour au pays ! »

Claire les a reconnus : ils faisaient partie des amis d’enfance de Gabriel, tous issus du même cercle.

En réalité, ces personnes étaient aussi les amis d’enfance de Sarah.

Sarah et Gabriel grandissaient ensemble, leurs familles se connaissaient bien, et les aînés des deux familles supposaient toujours qu’ils se marieraient un jour.

Même si, une fois adultes, ils n’avaient jamais officialisé leur relation amoureuse, leurs proches les considéraient déjà comme un couple de fiancés.

Mais personne ne s’attendait à l’arrivée soudaine d’une troisième personne qui allait tout changer.

Finalement, ce brillant jeune homme qu’était Gabriel s’était marié avec une jeune fille inconnue du milieu.

C’était Claire.

À cette époque-là, Sarah poursuivait ses études à l’étranger.

Quand elle avait appris que Gabriel s’était marié avec Claire, elle ne revenait plus jamais au pays pendant les années qui suivaient.

Quant à leurs amis communs, ils n'acceptaient jamais Claire. À leurs yeux, elle était méprisable. S’ils en parlaient, c’était toujours pour affirmer que, sans recours à des moyens honteux, elle n’aurait jamais été digne de Gabriel, et que c’était elle qui a humilié Sarah.

Pendant toutes ces années, ils ne se privaient pas de lui mettre des bâtons dans les roues, de l’humilier ouvertement ou en douce.

Gabriel, après leur mariage, ne prenait jamais la peine de la présenter à ses amis. Peu importe à quel point avait essayé Claire de s’intégrer dans ce cercle, elle en restait exclue. Et à force d’être rabaissée, elle avait fini par renoncer.

Depuis le début, elle restait une étrangère complète.

En observant de loin cette scène harmonieuse et animée, Claire a esquissé un sourire amer, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir ridicule.

Elle avait fait des efforts pendant sept ans, mais cela ne valait pas le retour triomphal de Sarah.

Tout ce qu’elle avait désiré autrefois était à portée de main pour Sarah.

Même le fils qu’elle avait porté pendant dix mois semblait aimer Sarah avec une affection spontanée.

Elle a pensé que ce mariage était vraiment un échec pathétique et risible.

Lorsqu’ils sont entrés dans le restaurant et ont disparu de son champ de vision, Claire est restée longtemps figée, incapable de reprendre ses esprits.

Ce n'était que lorsque Marie l’a appelée qu’elle s’est rendue compte qu’elle était en sueur :

« Je suis arrivée, je monte tout de suite. »

Claire a repris son souffle, puis elle a répondu avec calme. Ensuite, elle est descendue de voiture avec un air tranquille et est montée au troisième étage, dans la chambre réservée de Marie.

En entrant, elle a tout de suite remarqué l’expression sombre de Marie et a demandé :

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Marie a poussé un soupir agacé et a dit :

« Même pour un simple repas, on tombe sur ce connard. Ils n’ont pas d’autre endroit où aller ?»

Claire a été surprise. Après avoir posé quelques questions, elle a compris que la chambre réservée par Gabriel et ses amis se trouvait exactement sur le même étage, juste en face de la leur.

En l’apprenant, elle n’a pu que soupirer avec résignation.

Marie a observé ses réactions avec prudence, puis a demandé d’un ton hésitant :

« Et si on changeait de restaurant ? »

Claire a secoué la tête :

« Pourquoi devrait-on changer ? »

Marie a tapé alors sur la table, indignée :

« Voilà, exactement ! Ce sont eux les fautifs, alors pourquoi on devrait se planquer! »

Lorsque les plats arrivaient, Marie a abordé enfin le sujet principal.

« Au fait, pour ton divorce, j’ai consulté un avocat spécialisé dans les affaires familiales. Il t’a préparé un accord de divorce adapté à ta situation. C’est pratiquement prêt, tu pourras entamer la procédure dans les jours qui viennent. On commence par une négociation. Si ça ne marche pas, on passera par une plainte. »

Claire est restée un instant figé, puis a hoché la tête pour montrer qu’elle a compris.

Marie a repris :

« Et puis… le Nouvel An approche. Tu comptes le passer comment cette année ? »

Quand Marie a abordé ce sujet, elle a ralenti le rythme de son repas. Elle connaissait la situation familiale de Claire.

Les parents de Claire, sans scrupules, avaient failli la vendre à l’époque. Plus tard, elle avait payé un appartement pour eux à Saint-Claire, ce qui lui avait permis de transférer son enregistrement de résidence. Depuis, ils n’étaient presque plus en contact, vivant comme s’ils avaient coupé les liens familiaux.

Maintenant qu’elle allait divorcer, il était certain qu’elle ne pourrait pas retourner chez ses parents.

Voyant Claire manger en silence, la tête baissée, Marie a poussé un soupir intérieur avant d’ajouter :

« Et si tu venais passer le Nouvel An chez moi, comme à l’université ? Ma mère me parle encore de toi ces derniers jours. Elle a dit que tu lui manquais, elle voulait savoir quand tu reviendras la voir. Elle te considère vraiment comme sa propre fille. »

Claire n’a pas pu s’empêcher de sourire, une chaleur douce l’envahissant.

Elle s’est dit que, si tout se passait bien, la procédure de divorce pourrait être réglée avant le Nouvel An. Elle n’avait donc plus besoin de passer les fêtes dans Manoir Morel.

Il ne devait pas y avoir de problème.

Vu les sentiments de Gabriel pour Sarah et son attitude, si elle lui proposait le divorce, il y consentirait sans doute.

Divorcée et oubliée, elle a ébloui le monde

Chapitre 6
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