Chapitre 2

— Sienna ! Lève-toi ! L’Alpha est en ville et il nous a invitées à un dîner. Il faut qu’on y aille !

J’ouvris les yeux. Ma tante Lana se tenait au pied de mon lit, complètement paniquée. Elle était déjà habillée, coiffée d’un chignon impeccable, digne d’une danseuse classique. Aucun cheveu ne dépassait.

Elle portait un tailleur noir et une chemise rose pâle. Elle avait l’air sévère… mais elle était magnifique.

Je regardai l’heure : seize heures.

J’avais dormi toute la journée. Malgré mes cauchemars, j’étais étrangement reposée.

Je me redressai et lui demandai :

— L’Alpha ? En ville ? Un dîner ? C’est quoi ce bordel ? Pourquoi sommes-nous invitées ? Et pourquoi t’es habillée comme ça ?

— Tu ne comprends pas, Sienna. Quand un Alpha t’invite, ce n’est jamais bon signe. Il se passe forcément quelque chose de grave.

Et je suis habillée comme ça parce que je n’ai rien d’autre de convenable à me mettre pour me présenter devant lui. Dépêche-toi, on doit être là-bas à dix-huit heures !

— Tu peux pas y aller toute seule ? J’ai rien d’autre à me mettre que des jeans et des joggings…

— AH NON ! Hors de question ! Tu te trouves quelque chose de présentable, et tu viens. Refuser l’invitation d’un Alpha, c’est le défier. Et crois-moi, ça peut très mal finir.

Elle quitta la pièce en claquant la porte.

Je soupirai et fouillai mon placard sans succès. Par curiosité, j’ouvris le coffre sous mon lit, où j’avais rangé les vêtements de ma mère. Je n’avais jamais eu le cœur à m’en séparer — ils portaient encore son odeur.

Je tombai sur une longue robe verte. Je l’essayai.

En me regardant dans le miroir, j’eus un choc. La robe m’allait comme si elle avait été faite pour moi.

Elle descendait jusqu’à mes chevilles, dégageait un décolleté raisonnable mais élégant, mettant en valeur mes courbes. Dans le dos, elle était ouverte jusqu’au bas des reins.

J’ajoutai un châle noir léger pour couvrir un peu cette nudité.

Cette robe… elle était parfaite. La couleur se mariait à merveille avec mes cheveux roux et faisait ressortir mes yeux bleus.

Je laissai mes cheveux détachés, tombant en cascade dans mon dos pour m’aider à dissimuler l’ouverture de la robe, au cas où je devais retirer le châle.

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Une fois prêtes, nous prîmes la route vers la maison de l’Alpha.

— MON DIEU ! Je ne sais pas si je dois être excitée ou terrifiée !

Ma tante devenait folle, elle ne tenait pas en place dans la voiture. Elle ressemblait à un enfant fébrile avant d’ouvrir son cadeau… sauf qu’elle avait peur de ne pas aimer la surprise.

— C’est juste un dîner, tata… tentai-je de la rassurer.

— Juste un dîner ? Sienna, c’est l’Alpha. Il n’invite quasiment jamais les gens chez lui ! Quelque chose se trame, j’en suis sûre…

Je réalisai alors qu’en deux ans de transformations, je ne l’avais jamais vu. Et à ma grande surprise, ma tante non plus.

Nous arrivâmes devant un immense portail blanc. Il s’ouvrit automatiquement. La voiture s’engagea sur une allée menant à un magnifique jardin. Tout était parfaitement entretenu, harmonieux… presque irréel.

En descendant de voiture, un homme grand aux cheveux blancs s’approcha de nous d’un pas solennel.

— Bienvenue, mesdames. Si vous voulez bien me suivre jusqu’à la grande salle. L’Alpha vous y rejoindra plus tard.

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Nous traversâmes un salon somptueux. Tout dans la décoration évoquait luxe, ordre et pouvoir.

Dans la salle à manger, une longue table avait été dressée. Trois couverts en or, pas un de plus. Des fleurs, sûrement issues du jardin, trônaient au centre.

Ma tante pâlit.

— Trois couverts ? Il va dîner seul avec nous ? Et ses conseillers, où sont-ils ?… Bordel…

Je pris sa main pour la rassurer, mais elle la serra si fort que je crus qu’elle allait me la broyer.

— Désolée… je m’en suis pas rendu compte, dit-elle en relâchant aussitôt sa prise.

— C’est rien. Je comprends ton stress… mais je suis sûre que tout va bien se passer.

— Merci d’être la meilleure nièce au monde, répondit-elle avec un sourire tremblant.

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Soudain, ma poitrine se serra. Mon cœur s’emballa. Ma respiration se bloqua.

Cette odeur… Elle mettait tout mon corps en feu.

Mon loup voulait sortir, foncer vers elle.

J’agrippai la main de ma tante pour me calmer. Pourquoi cette odeur me faisait-elle autant d’effet ? D’où venait-elle ?

La grande porte s’ouvrit dans un grondement sourd. Trois serviteurs entrèrent avec des plateaux fumants. Mon estomac gargouilla.

Puis il apparut.

Grand. Cheveux noirs. Musculature imposante. Un regard d’un noir profond dans lequel je me perdis instantanément.

Alexander. C’était lui. L’Alpha. Celui de la boîte de nuit. Celui de mes rêves.

Son odeur… C’était celle que je traquais chaque nuit.

Nos regards se croisèrent. En un éclair, ses yeux devinrent rouges.

Ma tante tomba aussitôt à genoux.

Moi, j’étais figée.

— Sienna, tu es folle ! Agenouille-toi ! Tu es en train de le défier ! chuchota ma tante en tirant sur ma robe.

Mais je ne pouvais pas. Je n’y arrivais pas.

Mon regard était plongé dans le sien, comme attiré par une force invisible.

Il me regardait… avec surprise, et… de la joie ?

— Relevez-vous, Lana. ordonna-t-il d’une voix grave mais étrangement douce.

— Et appelez-moi Alexander.

Ma tante se releva, remit sa jupe en place, et répondit timidement :

— C’est un honneur de vous rencontrer, Alpha… Alexander.

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Nous nous installâmes. Le repas débuta dans un silence un peu tendu. Ma tante et Alexander discutèrent un peu du quotidien, de la ville… Rien de bien intéressant.

Au bout d’un moment, je perdis patience. Je posai mes mains sur la table et regardai Alexander droit dans les yeux.

— Qu’est-ce que vous venez faire ici ? J’imagine que ce n’est pas pour parler météo…

Il esquissa un sourire.

— Sacré caractère… Mais tu as raison. Allons droit au but.

Il reprit, plus sérieux :

— Les chasseurs ont repris leur traque. Je suis venu vous avertir.

— Et il fallait un dîner pour ça ? Un simple courrier ne suffisait pas ? demandai-je.

— Non. Parce que tu es la dernière née. Tu as eu ta première transformation il y a deux ans, et tu es en danger. Il est de mon devoir de t’entraîner.

Je haussai un sourcil.

— Et si je ne veux pas ? Je sais me défendre.

— Ce n’est pas une proposition. C’est un ordre.

Tu emménages ici dès demain. Les chasseurs sont des professionnels. Ils ne ratent jamais leur cible. Si tu ne sais pas te battre, tu es fichue.

Je ne répondis pas. Je savais que contester serait vu comme un affront.

Et je ne voulais pas mettre Lana en danger.

Elle n’avait pas ouvert la bouche depuis le début du repas. Elle restait sage, à sa place. Soumise. Craintive.

Le dîner se termina dans un silence pesant. Je sentais le regard d’Alexander sur moi, tout le long. Ça me mettait mal à l’aise.

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Sur le trajet du retour, ma tante ne dit pas un mot. Quelque chose la rongeait, mais visiblement, elle ne voulait pas en parler ce soir.

Une fois rentrée, je me glissai dans mon lit. Mon téléphone vibra.

> 📩 Aiden : "Salut sœurette, pas de nouvelles aujourd’hui. Tout va bien ?"

Je répondis :

> "Hey frérot, oui, tout va bien. Je viens juste de me réveiller, j’ai dormi toute la journée."

Je posai le téléphone à côté de moi et m’endormis presque aussitôt.

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Mais cette nuit, je ne rêvai pas de poursuite.

Je rêvai d’Alexander.

— Sienna… mon amour… tu m’as enfin trouvée. Je suis là pour te protéger de…

Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase.

Une pluie de flèches le transperça de toutes parts. Il disparut dans un cri.

Mon amour… ?

Pourquoi m’avait-il appelée comme ça ? Ça n’avait aucun sens.

Et pourtant, dès qu’il disparut, je me mis à courir.

Mon instinct hurlait : cours, échappe-toi !

Quelqu’un me traquait… et je ne devais surtout pas me faire attraper.

Chapitre 3

Ce matin, au réveil, Lana ne semblait pas dans son assiette. Elle fixait un point dans le vide, perdue dans ses pensées.

— Que t’arrive-t-il ? Depuis hier soir, tu ne m’as pas adressé un mot, lui demandai-je, inquiète.

Elle ne me répondit pas tout de suite. Elle me fixa pendant quelques secondes avant de prendre la parole.

— Dis-moi, Sienna... Tu m’as pris la main quand l’Alpha est entré dans la pièce, et ensuite tu n’as pas arrêté de le fixer dans les yeux. Lui aussi, d’ailleurs. Il était tout mielleux avec toi. Alors, ce n’est pas à moi que tu dois demander ce qu’il se passe... c’est à toi que je devrais poser la question !

Son ton était sérieux, presque sévère. Je ne savais pas quoi lui répondre. Devais-je tout lui dire ? Oui, il le fallait. Son visage marqué et ses cernes me montraient qu’elle n’avait probablement pas dormi de la nuit à cause de ça.

Je décidai donc de tout lui raconter : mes cauchemars, ma sortie en boîte, l’odeur d’Alexander qui me rendait folle... Son visage passa d’une expression préoccupée à un sourire plein d’étoiles dans les yeux.

— Sienna… ce ne sont pas des cauchemars. C’est juste que… tu as trouvé ton partenaire !

— Hein ? Mais je ne le connais même pas ! Je ne l’avais jamais vu de toute ma vie ! protestai-je.

— Certains loups n’ont pas besoin de rencontrer leur partenaire pour le reconnaître. Certains le sentent… d’autres en rêvent.

Je n’en revenais pas. Si j’écoutais ma tante, j’étais en train de tomber amoureuse d’Alexander, l’Alpha, que je ne connaissais même pas. Et le pire… c’est que mon corps semblait d’accord avec elle.

— Désolée, tata, je file ! Je suis en retard pour les cours.

Je coupai court à la conversation. Non pas que je la trouvais inintéressante… mais je n’y croyais pas. Ces histoires de "partenaire", c’était trop. Je retrouvai Aiden devant le portail comme souvent quand il ne passait pas me chercher chez moi.

Pendant les cours, j’avais du mal à me concentrer. Mes pensées revenaient constamment vers ce qu’avait dit Lana, puis au dîner, à cette étrange attirance envers Alexander… Ce soir, j’étais censée commencer mon entraînement chez lui. Un entraînement… pour me protéger de chasseurs ? C’était complètement absurde.

Je regardais par la fenêtre, qui donnait sur la forêt. Derrière les arbres, j’aperçus une silhouette. En plissant les yeux, je vis très clairement un grand loup noir. Il me fixait. Et il savait que je l’avais vu, car dès que nos regards se croisèrent, il s’enfuit.

— Sienna, tu peux répondre à la question, s’il te plaît ?

La voix de Monsieur Pattinson me fit sursauter. Il se tenait penché au-dessus de mon bureau, ses lunettes glissant sur son nez.

— Euh… Excusez-moi, vous pouvez répéter la question ? demandai-je, confuse.

— Qui a inventé la légende du loup-garou ? Ce genre de question sera au programme de l’examen.

— Aucune idée, monsieur…

— Très bien. Tu me feras un exposé complet sur la lycanthropie pour la semaine prochaine.

Super. Comme si je n’avais que ça à faire. Je sentis mon loup s’agiter intérieurement, me poussant presque à lui sauter dessus… mais je me retins. La cloche sonna et je bondis hors de la classe.

Sur le chemin du retour, je me retrouvai soudainement plaquée contre un mur. Par réflexe, je fermai les yeux. Quand je les rouvris…

— Où comptes-tu aller comme ça, princesse ? Tu n’étais pas censée venir chez moi pour démarrer ton entraînement ?

C’était Alexander. Il m’avait collée contre le mur avec force, et il était si proche que je pouvais sentir son souffle sur ma peau. Mon cœur battait la chamade.

— Si, si… je voulais juste passer chez moi me changer et prendre quelques affaires.

— Pas la peine. Lana s’en est déjà chargée. Toutes tes affaires sont chez moi, dit-il avec un sourire.

— Quoi ? Toutes mes affaires ?!

— Oui. Tu ne retourneras pas en cours, et tu ne sortiras pas tant que ton entraînement n’est pas terminé. J’ai déjà prévenu ton école.

— J’ai un exposé à rendre à Monsieur Pattinson !

— Pattinson t’a déjà dans le collimateur. Il n’a pas arrêté de te regarder pendant tout le cours. Cela fait plusieurs jours que je le surveille, et je peux t’assurer que ton prof est un chasseur.

— Quoi ? Comment tu sais ça ?!

Puis, d’un coup, tout s’éclaira dans mon esprit. Le loup noir que j’avais vu plus tôt… c’était lui.

— Peu importe, répondit-il. Ma seule priorité, c’est la sécurité de ma meute. Et toi, tu es une jeune louve sans expérience. Tu es vulnérable.

Il relâcha enfin la pression et marcha jusqu’à sa voiture, garée un peu plus loin. Il me fit signe de monter. Je m’exécutai sans un mot.

En arrivant chez lui, je constatai qu’il ne mentait pas. Toutes mes affaires étaient là. Mes vêtements, mes livres, mes affaires personnelles… Tout sauf les meubles. C’était officiel : j’allais vivre chez l’Alpha.

— On commencera l’entraînement demain matin. Tu fais ce que tu veux ici, sauf partir, dit-il.

— Très bien, répondis-je.

Je n’avais pas le choix. J’installai mes affaires, puis allai dans le jardin, mis mes écouteurs, et m’allongeai sur un transat près de la piscine, espérant que la musique apaise le tumulte dans ma tête.

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