Chapitre 2
CHAPITRE 2
Lorsque nous entrons dans la maison, une fille d’une dizaine d’années accoure et d’un air souriant me tend la main
- Elle : c’est toi Jenny ?
- Moi : oui c’est moi en lui rendant son sourire
- Elle : suis sophie la petite sœur d’Esther
- Moi : bonjour sophie enchantée de faire ta connaissance
- Sophie : suis toute contente d’avoir quelqu’un avec qui causé hein parce qu’Esther hum
- Tonton Claude : Sophie qu’est ce que tu racontes en la reprenant
- Esther : ha papa laisses là
Mon oncle a regardé la scène d’un air résigné. Pendant ce temps, Esther s’est empressée de se diriger vers une porte. J’ai emboîté le pas à tonton qui a pris mes sacs du coffre du véhicule. Il a demandé à Sophie de me conduire dans la chambre pour ranger mes effets. Apparemment, c’est avec elle que je devrai dormir. Je traverse le salon qui est séparé de la salle à manger par des escaliers. Nous traversons un couloir qui sur mon passage a deux portes. Avec le temps, je saurai de quoi il s’agit. Nous pénétrons dans la chambre où sont installés un grand lit qui peut même prendre trois personnes, une armoire à deux battants et une table d’étude. Sophie me fait visiter la maison qui comporte trois autres chambres, une cuisine, une salle de bains et des toilettes. Je suis entrain d’admirer un tableau lorsqu’une dame entre au salon. Ca fait des années que je ne l’ai pas vu. Je dirai que c’est certainement la femme de tonton Claude, Tata Martine. Je la regarde d’un air intimidé. Elle est de taille moyenne et a un teint clair.
- Elle : bonjour ma fille en me tendant la main
- Moi : bonjour tata
- Elle : comment vas-tu ? et meuma Marie ?
- Moi : elle va bien
- Elle : d’accord Sophie t’a montrée la chambre ?
- Moi : oui oui tata
- Elle : ok
Elle se dirige vers la cuisine. Je suis un peu gênée car ne sachant pas quelle posture prendre. Finalement, je prends la direction qu’elle a empruntée. Je pousse la porte qui grince légèrement. A mon entrée, elle se tourne et me regarde d’un air surpris.
- Tata : oui tu veux quelque chose ?
Je m’approche d’elle.
- Moi : euh excuses moi si je dérange. Je venais juste te proposer mon aide
- Tata : (je lis de l’étonnement dans ses yeux) Merci mais tout es fait. Je t’aurai demandé de dresser la table mais de un tu es fatiguée et de deux tu ne sais pas où est rangée la vaisselle. Tu observeras lorsqu’Esther le fera. En parlant même d’elle…
Elle tire la porte vers elle et s’écrie
- Tata : Esther, Esther, dois je sonner la cloche pour que tu fasses la table ?
Elle revient vers moi en marmonnant. Hum les enfants de la ville. Tu sais à quelle heure le repas est servi mais tu restes dans ta chambre. Je suis debout près du grand frigo. C’est le genre que je voyais à la télévision de Papa Anthon au village. Quelques minutes plus tard, des bruits de pas se font entendre. Mami a horreur de cela. Elle dit que l’on devrait soulever les pieds en marchant plus encore lorsqu’il s’agit d’une femme. Esther entre d’un air courroucé dans la cuisine. Elle va vers le placard pour en sortir la vaisselle tout en faisant du bruit que j’ai l’impression que mon tympan va éclater
- Tata : mais Esther arrêtes avec ce bruit. C’est comment ? Tu penses que tu vas juste t’asseoir et manger ? les autres feront le travail à ta place ? N’importe quoi ?
- Esther (se retournant vers sa mère) : est ce que j’ai dis que je le ferai pas ?
- Tata : (voulant bondir sur elle) : tu me fermes ta bouche là tu entends ? je ne suis pas ton père qui te passe tes caprices hein
Mama, je vois la scène là comme le cinéma du monde entier. Esther ne sait pas qu’elle a de la chance d’avoir ses deux parents vivants. Qu’est ce que je ne donnerai pas pour être comme elle ! Je suis ébahi et ca me fait froid dans le dos. Esther tire la bouche comme le capuchon du bic. On dirait qu’elle va exploser. Elle sort et va mettre la table. Dès qu’elle finit, elle repart dans la chambre. Je m’exclame seulement dans mon cœur. Tata Martine me sort de mes pensées en me disant que nous pouvons aller dans la salle à manger. J’hésite un peu de lui dire cela mais je le fais.
- Moi : euh tata désolée. Est-ce que je peux vous rejoindre à table parce que je veux me laver ?
- Tata : (mécontente) : aka passes ici. Depuis que tu es arrivée, tu ne savais pas que tu devais le faire ? il faut apprendre qu’on ne mange pas sale à ma table. Dépêches toi d’aller te décrasser.
Je sors de là tétanisée. Est-ce que je savais alors que je devais me faire égueulée de la sorte ? Il est vrai que je devais le faire, mais cet environnement est nouveau pour moi. Elle m’a parlé comme si je suis une petite peste. Je cours prendre une robe et mon nécessaire de toilettes et j’entre dans la salle de bains. Waouh, elle est grande plus que ma chambre au village. Il y’a le wc, le lavabo et un autre truc là dont je ne connais pas le nom. A la place de la douche que je vois dans certaines maisons du village, il y’a un objet long et ovale. J’ai l’impression que c’est là où l’on se lave. Je fais travailler mon cerveau. J’avance un pied. Je teste la surface. C’est ferme. Quand je mets le deuxième, bang. Je n’étais pas prête. Aie, j’ai failli tomber. Je m’agrippe au rebord lorsque la porte s’ouvre sur Esther. Elle me lance un regard haineux.
- Esther : qu’as-tu à crier de la sorte ?
- Moi : (en me massant le bras) : j’ai glissé
- Esther : qui t’a envoyée te laver ici ? pour les villageoises comme toi, il y’a les toilettes derrière la maison pour les employés
J’entends un bruit de pas.
- Pourquoi tu es méchante comme ça ?
- Esther ; tsuips
Elle pousse Sophie sur son passage. Oui, c’est elle qui est venue à ma rescousse. Elle vient vers moi. J’ai honte qu’elle me voit comme ca. J’ai grandi sans sœur et habituée uniquement à mami. Je me recroqueville où je suis.
- Sophie : arrêtes jenny tu n’as pas à avoir honte devant moi. Suis ta sœur
- Moi : (honteuse de mon geste) : désolée mais c’est question d’habitude. Merci de m’avoir soutenu tout à l’heure.
- Sophie : pas de quoi. Ne t’inquiètes pas. Esther a ses humeurs et est comme ca. Il faut juste avoir de la force de caractère et ne pas te laisser marcher dessus.
- Moi : merci. Excuses moi mais ca c’est quoi ? en lui montrant où je suis debout
- Sophie : ah c’est la baignoire. Qu’est ce qui s’est passé ?
- Moi : lorsque j’ai mis mon deuxième pied, j’ai failli tomber
- Sophie : (alarmée) : ma chérie fais attention parce que ca glisse et tu peux te faire très mal
- Moi : ok merci je finis de me laver et je viens
- Sophie : oui dépêches toi sinon maman ne va pas te louper
- Moi : oui je l’ai sentie passer tout à l’heure.
- Sophie : hihi c’est margaret tatcher.
- Moi : ok
Avant de sortir, elle m’explique comment fonctionner avec les boutons des robinets. Il y’a de l’eau chaude et l’eau froide. Iki, les choses des blancs. Au village, c’est la rivière hein. Je me frotte avec le cousa (l’éponge) et me rince rapidement. Je sors de là et m’essuie. Je porte ma robe et je sors de la salle de bains. Je fais un tour dans la chambre et au salon suis stupéfaite de trouver que personne n’y est. Je regarde à gauche et tonton Claude est assis au salon entrain de lire le journal. Mince, ils ont fini de manger. Au bruit de mes babouches, il lève la tête
- Tonton : ah tu as fini. Nous pouvons donc passer à table
- Moi : vous m’avez attendu ?
- Esther (venant de la chambre) : nous ne pouvons pas manger parce que nous devons attendre la miss
- Tonton : arrêtes ca Esther. Comporte-toi un peu comme une grande fille de temps en temps
Hum, elle continue sans s’arrêter. Décidément, cette fille a un sale caractère.
- Tonton : Martine, Martine
Tata ne doit pas être loin de là.
- Tonton : (s’adressant à moi) : vas l’appeler. Elle est dans la chambre
- Moi : (faisant le signe des mains pour demander la direction) : c’est de quel côté ?
- Tonton : (se tapant le front) : ah j’oubliais que tu n’as encore tes repères. Refais tes pas en arrière et à l’opposé de ta chambre se trouve la notre
- Moi : j’y vais
Je fais demi-tour. Suivant ses indications, je me retrouve sans difficulté. Je toque, aucun bruit ne filtre. Je mets l’oreille sur la porte et je me sens propulsée à l’intérieur. Avant que je n’ai compris ce qui m’arrive, je reçois une gifle de tata.
- Tata : c’est quelle manière ca ? tu écoutes au porte maintenant ?
Je me relève péniblement en me grattant la joue
- Moi : tata excuses moi. Tonton m’a envoyée te chercher. J’ai toqué à la porte. Mais je n’ai pas entendu du bruit. Alors, j’ai collé mon oreille
- Tata : hum désolée. Mais cela ne se fait pas de coller l’oreille à la porte. Ca prête à confusion
- Moi : j’ai compris tata
Je sors de la chambre les larmes aux yeux. Je ne voulais pas l’épier. Me voilà avec ma joue qui brille. Nous arrivons au salon et tata me montre la place que j’occuperai désormais. Tonton est assis au bout de la table. Tata à sa gauche, Esther à l’opposé de sa mère. Sophie en face de moi et j’ai tata à ma droite. Je prends place. Tonton fait la prière en bénissant le repas. Tata a fait du poulet avec du riz. C’est une joie pour moi parce que le poulet a toujours été synonyme de fête chez nous. Il fallait économiser pour ma scolarité. Je regarde comment les autres se servent pour faire pareil. Tonton se racle la gorge.
- Tonton : Jenny
- Moi : (le regardant) : oui tonton
- Tonton : demain après que je sois rentré du boulot, nous irons chez la couturière pour qu’elle te prenne les mesures pour ta tenue scolaire.
- Moi : oui tonton
Nous avons continué à manger dans le silence. On entendait juste le bruit des assiettes et couverts. De temps en temps, Sophie racontait des histoires pour détendre l’atmosphère mais après tout le monde fourrait son nez dans son plat. Pour une première soirée, j’ai trouvé l’ambiance pas chaleureuse. Je me dis que c’est certainement une mauvaise impression.
Le lendemain, tonton m’a conduit chez la couturière qui a prit mes mensurations et a dit que mes tenues seraient prêtes dans dix jours car elle a beaucoup de commandes. Sur le chemin de retour, mon oncle s’est arrêté dans une boulangerie pour acheter le pain. En plein trajet, il m’explique le fonctionnement de la maison.
- Tonton : jenny ma fille, tu donneras un coup de main à la maison
- Moi : oui tonton. J’ai toujours travaillé dur
- Tonton : (un éclair passe dans son regard lorsqu’il se tourne vers moi) : oui je sais que tu n’as pas eu de moments faciles. Je disais donc que tu t’occuperais des tâches ménagères et tu feras à manger lorsque ta tante sera indisponible car Esther ne sait pas le faire et Sophie est encore jeune.
Hein donc tout ca là madame fait la fière alors qu’elle ne connait rien. Quelle honte.
Chapitre 3
CHAPITRE 3
C’est ainsi que je me suis habituée à effectuer les travaux ménagers. Le matin, je me lève tôt comme au village aux environs de six heures. Je fais ma prière comme mama me l’a apprise et je fais ma toilette avant d’aller faire la propreté au salon. Meuma Marie m’a toujours dit que c’est la première pièce où l’on fait le nettoyage car un étranger peut arriver à toute heure. Il ne faudrait pas que l’endroit soit sale. Lorsque je finis de le faire, je vais balayer la cour. La vaisselle est faite après chaque repas. Nous la faisons à deux Sophie et moi.
Aujourd’hui, j’irai prendre mes tenues chez la couturière. Tonton me l’a fait savoir hier pendant le repas.
- Tonton : Jenny, demain tu iras retirer tes tenues chez la couturière. Tu peux y aller seule non ?
Avant que je n’ai pu prendre la parole, tata Martine avait déjà acheté la réponse
- Tata : et pourquoi ne le pourrait t elle pas ? Elle est assez grande
- Tonton (exaspéré) : toi aussi, nous y sommes allées à deux reprises. La dernière fois, c’était pour les essayages.
- Sophie : papa c’est chez Mme KOUKOU ?
- Tonton : oui
- Sophie (en posant sa main sur mon bras) : t’inquiètes. J’irai avec toi
- Esther : c’est ça ! dorlotez là et vous verrez quel effet ca fera
- Tonton : je trouve qu’elle est assez éveillée
- esther ; normal au village, si tu paresses, ta vie va ressembler à quoi ?
- Moi : (avec vigueur) : est ce que c’est un péché de venir du village ? Qu’as-tu à me le répéter tout le temps ? je suis fière de mes origines
J’ai dis tout cela d’une traite sans me rendre compte que j’ai haussé le ton. Tout le monde est resté figer d’autant plus que c’est la première fois que je sorte de mes gonds. Esther est restée la bouche ouverte. Une mouche pouvait y trouver son chemin.
- Sophie : bien fait pour toi
- Tata (de répliquer) : je ne veux pas d’éclats de voix à table
- Tonton : bon calmons-nous et finissons le repas. Sophie accompagnera Jenny.
Nous avons fini le repas dans un mutisme total. Je revois encore la scène défilé devant mes yeux lorsque j’entends les pas. J’attends que la personne se signale par une salutation mais rien. Je continue mon travail sans prêter attention à celle qui est derrière moi lorsque le bruit de la chaise se fait entendre. Je me redresse et voit Esther qui vient de casser la chaise en bambou qui était sur la véranda. Elle se lève et veut entrer à l’intérieur
- Moi : (en la hélant) : esther, esther
Elle se retourne d’un air dédaigneux
- Esther : c’est quoi ?
- Moi : la chaise que tu viens de casser qui selon toi va ramasser les débris ?
- Esther : hum toi bien sûr
- Moi : et pourquoi moi ? est ce que c’est moi qui l’ai cassée ?
- Esther ; et pardon le matin comme ça, il faut m’excuser. Tu es entrain de balayer. Donc ramasses tout ca
- Moi : je ne suis pas ton esclave hein
- Esther : (claquant les mains) ah oui la villageoise sort déjà ses griffes. Tu pouvais parler fort comme ca dans ton village ?
- Moi : (sentant la fumée sortir par les narines) si je le faisais et plus encore en tapant les filles qui me manquaient de respect
- Esther : ce n’est donc pas le lieu ici et en plus c’est toi qui me dois le respect. Je te donne donc l’ordre de ramasser cela.
- Moi : dans tes rêves madame
- Esther : ok c’est ce que nous allons voir
Elle entre dans la maison. Je continue ma tâche lorsque je sens une tape sur mes fesses.
- Moi : aie c’est qui ça en me retournant
Je vois tata Martine. A côté d’elle se tient Esther qui a un sourire en coin.
- Tata : (en s’adressant à Esther) : c’est ca ici ?
- Esther : oui maman
- Tata : (se tournant vers moi) : donc tu es venue détruire les choses dans ma maison ?
- Moi : non tata ce n’est pas….
- Tata : tais toi fermes moi ta bouche là. Je ne suis même pas sûr que tu l’aies brossée avant de sortir de la chambre
Je reste muette comme une carpe. Hum Meuma je souffre quoi ici ? mieux je restais avec toi
- Tata : je te parle et tu ne dis rien
- Moi : tata tu m’as demandée de ne plus parler
- Tata :c’est ça même. Saches que tu n’auras pas de repas aujourd’hui pour avoir casser ma chaise. C’était le souvenir de mon défunt père
- Moi : tata, je ne l’ai pas cassée. C’est Esther qui veut me faire porter le chapeau
- Esther : (bondissant sur moi) : laisses mon nom en paix tu entends. Petite menteuse
Tonton Claude revient de son footing et pousse le portail. Il est éberlué par la scène qui se présente sous ses yeux. Esther essayant de me molester et moi m’agrippant à elle
- Tonton : c’est quoi tout ce bazar là hein ?
Il s’approche de nous et réussit à maîtriser Esther. Je me redresse et réajuste mon cabas.
- Tonton : vous croyez que vous êtes dans un champ ici ? etant à l’extérieur, je vous entends crier
Il s’adresse à sa femme
- Tonton : mais Martine les filles se crêpent le chignon et tu ne fais rien ?
- Tata Martine : Esther dit que c’est Jenny qui a cassé la chaise en bambou qui était ici et Jenny dit le contraire
- Tonton : La discussion porte sur une chaise ? mais tout est vanité. Les meubles se cassent nous pouvons les remplacer mais l’être humain ne revient jamais. Alors, je ne veux plus en entendre parler
Il se retourne et entre directement dans la maison. Tata le suit en traînant le pas. Je comprends qu’elle soit fâchée mais elle devait me demander ma version des faits. Elle est arrivée au point de vouloir m’interdit la nourriture. Eh dire qu’au village, je mangeais à satiété. Je continue mon balayage pendant qu’Esther fiasque et s’en va à son tour. Elle croit que je vais me laisser faire. Elle m’a montrée son sale caractère. Je vais me comporter avec elle de la même façon qu’elle me traite. Je finis mon travail et entre dans la maison. Sur la pendule, je peux lire qu’il est déjà sept heures du matin. Je passe un coup de balai à la cuisine et va nettoyer la salle de bains. Je fais presque tout dans cette demeure. Cela ne me dépasse pas parce que mami m’a tout appris. Pendant que je lave, la porte s’ouvre sur celle que vous connaissez.
- Esther : (d’un ton autoritaire) sors je voudrais me laver
- Moi : (posée) : tu vas attendre que je termine ce que j’ai commencé
- Esther : tu me parles comme ca pourquoi ?
- Moi : parce que tu n’es pas polie et tu n’es pas de patiente. Donc, tu vas attendre gentiment dehors
- Esther : pfffff n’importe quoi
Fatiguée de son bavardage, je rabats la porte et je continue ma besogne. Elle tambourine sur la porte sans marquer un temps arrêt tout en criant
- Esther : ouvres moi cette porte. Tu me fermes la porte au nez ? tu es qui ? tu penses faire la loi ici ? Petite villageoise comme ça
Je fais la sourde oreille et finit de nettoyer la baignoire. Lorsque j’ouvre la porte, elle est là debout avec sa serviette et tape le pied au sol. Je passe devant elle sans lui prêter de l’attention. Je vais dans la chambre. Yeuch Sophie et le sommeil, c’est quelque chose hein. Je m’assieds sur le lit et pose doucement ma main sur son épaule pour la réveiller.
- Moi : sophie, sophie
- Sophie : …………..
- Moi : il fait déjà jour ma belle
- Sophie : hum j’ai encore sommeil
- Moi : je sais, toi tu as toujours sommeil le matin. Lorsque les classes vont commencer, tu feras comment ?
- Sophie : (ouvrant péniblement les yeux) : tu seras là non ?
- Moi : donc suis ton réveil ?
- Sophie : oui
- Moi : tu dois aller laver tes vêtements que tu as trempé hier avant que tata ne vienne ici te ramasser
- Sophie : (s’asseyant péniblement) : tu as raison. Je ne veux pas son bavardage le matin
- Moi : surtout qu’elle s’est exercée sur moi .
- Sophie (étonnée) : hein, il y’a eu quoi ?
- Moi : rien de grave. Juste Esther qui a cassé la chaise et voulait me faire porter le chapeau
- Sophie : oui le contraire m’aurait surprit
Pour éviter qu’elle ne parler contre sa sœur, je lui ai demandé de se dépêcher. Aujourd’hui, elle va me parler de sa sœur. Demain, elle pourra faire pareil avec cette dernière donc mieux, j’évite. Elle va laver ses habits pendant que je dresse le lit. Sophie est âgée de douze ans et est en classe de cinquième au lycée lelerc. Esther est en terminale dans le même établissement. Je balaie aussi la chambre et à l’appel de tata Martine, je sors de la chambre. Je la trouve devant sa porte.
- Tata : Jenny
- Moi : oui tata
- Tata : je n’ai pas le temps de préparer ce matin car j’ai une réunion urgente à neuf heures. Tu vas aller faire le marché avec Sophie. Tu feras le ntoumba (plantain pilé) avec la sauce de ndo’o (graines de la mangue sauvage). Il y’a de la viande au congélateur. Tu la sortiras avant d’aller au marché et tu la mettras dans de l’eau avec du sel et des citrons
- Moi : oui tata
- Tata : tu as compris tout ce que j’ai dis ?
- Moi : oui tata
- Tata ; (tendant un papier et de l’argent) : tiens la liste des courses et l’argent
- Moi : d’accord tata
Elle se retourne et entre de nouveau dans la chambre. Il y’a pas de ménagère ici. C’est Tata qui fait la cuisine soit le matin avant d’aller au bureau, soit le soir au retour. J’imagine que cela ne soit pas facile pour elle avec toute la fatigue. Si au moins, Esher pouvait déjà apprêter ce qu’il faut mais non fainéante. Elle s’assied et mange. Hum, dans tout cela, je trouve que sa mère ne l’aide pas. Comment fera t elle dans son foyer si elle se marie plus tard ? Bref, je me pose juste les questions.
Tonton est sur le point de partir. En général, il prend le petit déjeuner fait par tata. Mais j’ai comme impression que ce ne sera pas le cas aujourd’hui. Il sort avec le visage fermé. Ca doit être chaud à l’intérieur là bas. Il passe devant moi et revient sur ses pas.
- Tonton : jenny
- Moi : oui tonton
- Tonton : n’oublies pas d’aller prendre tes tenues hein
- Jenny : je ne vais pas oublier tonton
- Tonton : (en me tirant la main) accompagnes moi vers la voiture
Il y’a encore quoi. Il va sûrement me réprimander par rapport à la scène du matin. Seigneur, aides moi sil te plaît. Je n’ai rien fais de mal. Nous arrivons près de la voiture. Il ouvre la portière et prend place.
- Tonton : je veux que tu te sentes à l’aise ici. Si tu as un souci, n’hésites pas à venir m’en parler, d’accord ?
- Moi : oui tonton
- Tonton : tiens dix mille en me donnant le billet
- Moi : oui tonton, c’est pour acheter quoi ?
- Tonton : (souriant) ce que tu veux
- Moi : (joyeuse) : merci tonton
- Tonton : allez bonne journée
- Moi : aurevoir tonton
Il ferme la portière et baisse la vitre
- Tonton : martine, martine je suis déjà en retard
Il dépose tata tous les matins au bureau et elle rentre par le transport public le soir. Malgré son appel, elle n’arrive toujours pas.
- Tonton : weeh les femmes. Elles traînent toujours. Il faut mettre la peinture sur le visage et tout
- Tata : n’est ce pas que si je ne fais pas ça, c’est dehors que tu iras ?
Je ne l’avais pas entendu venir. Je crois que tonton va se mettre en colère avec ce qu’elle a dit.
- Tonton : montes ici. Tu veux chercher les problèmes le matin pour justifier le fait que tu étais entrain de te faire belle
Il se met à rire et tata devient souriante. Je regarde la voiture démarrer et j’entre à la cuisine. Il faut que je sorte la viande comme tata me l’a dit. Je le fais selon ses indications. Aie, mon ventre fait du bruit. Je fais mon petit déjeuner. Tata m’a dit que je peux de temps en temps faire les omelettes mais je n’ai jamais osé. Ca fait à peine deux semaines que je suis là. Il faut que je prenne d’abord mes marques. Tata achete des graines qu’on met dans le lait. Sophie m’a dit que ce sont les corns flaskes. Ca remplace le pain. J’ai goûté. Je préfère de loin manger le pain. Ca ce sont les choses des « tahan » (blancs). Je finis ma tasse et la rince. Je vais retrouver Sophie à la buanderie. Elle fait sa lessive.
- Moi : depuis là maman tu n’as pas encore fini ?
- Sophie : est ce que c’est alors facile ?
- Moi : aka fais vite tata a dit que tu dois m’accompagner au marché
- Sophie : (s’arrêtant un instant) : pour faire quoi ?
- Moi : acheter le plantain et le ndo’o
- Sophie : maman aime de ces nourritures
- Moi : (pensive) : ma grand-mère m’a toujours de ne pas choisir la nourriture car l’on ne sait pas où l’on tomberait demain
- Sophie : hum
Ha c’est une petite fille. Elle y comprend quoi.
Une heure plus tard, nous sommes en route pour le marché. Sophie me dit que nous allons à Mvog Mbi qui est celui qui est à proximité. La maison de tonton est juste après l’ambassade de France. Nous prenons le taxi et je suis surprise que nous payions juste cent francs. Sophie me dit que ce n’est pas aussi loin que cela. Nous arrivons et entrons à l’intérieur du marché. A Obout, le marché est habituellement un jour dans la semaine. Si tu ne fais pas les achats, tu vas attendre la prochaine semaine. A l’aide de Sophie, je trouve le ndo’o que j’achète ainsi que le plantain. Au moment de ressortir, j’aperçois des étalages de vêtements. Je m’y dirige lorsqu’elle attrape mon bras. Je suis surprise et la regarde interloquée
- Moi : y’a-t-il un problème ?
- Sophie (relâchant mon bras) : euh désolée, je me posais juste la question de savoir où tu vas
- Moi : ah oui je vais m’acheter quelques habits
- Sophie : donc tu as de l’argent ?
Je sais alors que je dis quoi ici ? elle semble être gentille mais si elle va répéter tout à sa sœur. J’ai déjà assez de problème comme ca.
- Sophie : tu penses à quoi ?
- Moi : non c’est ma grand-mère qui m’a donnée un peu d’argent en venant ici. Et comme j’ai pas d’habits ni de sous vêtements, je voudrai en achéter
- Sophie : ok allons y
Nous nous rapprochons d’un vendeur qui apparemment a des articles qui plaisent à mes yeux. Je choisis deux robes, deux jupes, un chemisier et un tee shirt. Les prix sont abordables. J’ai eu tout cela pour la modique somme de quatre mille. Il me reste en main encore six mille.
- Moi : Sophie tu ne prends rien ?
- Sophie (avec une moue d’enfant gâtée) : non merci
- Moi : ok saurais tu où je peux trouver des sous vêtements ?
- Sophie : tu trouveras des sous vêtements déjà portés ici
- Moi : mami ca fait quoi ? c’est mon niveau là bas. J’achète et je trempe avec de l’eau chaude et du détergent et le tour est joué.
- Sophie : faut faire attention avec les maladies
- Moi : (réfléchissant) : comme il me reste de l’argent, cherchons un magasin
Nous commençons à silloner le marché de long à large et avons la chance d’en trouver un. La dame nous invite à y entrer. Il est assez vaste et ne contient que des sous vêtements. Je fouille et en trouve à ma taille. Je prends six slips à cinq cents la pièce et je prends deux soutiens gorge qu’elle me laisse à mille cinq cents après réduction. J’ai proposé à Sophie de lui en offrir aussi mais elle a répondu qu’elle en a en stock. Je comptais les payer avec le reliquat de l’argent de tata et ensuite le compléter à la maison. Nous prenons le chemin de retour. Arrivées à la maison, nous a trouvons un jeune homme assis à la véranda avec Esther. Qui ça peut bien être ? je me pose la question intérieurement. Sophie s’est mise à courir vers lui.
- Sophie : tonton.
Elle est toute heureuse. Il l’a fait tournoyer jusqu’en à perdre haleine et la reposer à même le sol.
- Lui : ha ma petite Sophie comment vas-tu ?
- Sophie : (boudeuse) : tonton tu m’as abandonnée
- Lui : pas du tout. C’est juste le travail qui veut ma mort
Je suis restée en retrait. Il se tourne vers moi et me dévisage. Je suis mal à l’aise. Je regarde mes vêtements qui n’ont l’air de rien. J’ai honte tout à coup.
- Lui : Sophie comment s’appelle ta copine ?
- Sophie (souriant) : hé tonton ce n’est pas ma copine mais ma sœur
- Esther : (rugissant comme un lion) : quelle sœur hein ?
- Sophie : tu voulais que je dise ma cousine.
- Lui : les filles arrêtez de vous battre là
Je passe tranquillement et va dans la cuisine. Je commence à préparer. Il est presque onze heures. Nous avons mis du temps au marché à chercher le magasin des sous vêtements. Tonton est le seul qui rentre à midi. J’aurai le temps de finir. Je suis entrain de piler le plantain lorsque le tonton de Sophie entre et une fois de plus me dévisage. Je ne sais plus où me mettre.