Chapitre 7
Voyant sa mère passer devant lui comme s'il n'existait pas, les sourcils de Léo se sont froncés de plus en plus.
Maman était rentrée ?
Depuis quand ? Et comment se faisait-il qu'il ne l'ait même pas su ?
Avant, dès que Maman rentrait à la maison, la première chose qu'elle faisait était de le chercher partout dans la villa.
Quand elle le trouvait, elle lui souriait tendrement, le prenait dans ses bras et posait un baiser sur son front.
Mais depuis qu'il avait commencé à aimer la compagnie de tata Camille, il avait remarqué qu'à chaque fois qu'il se montrait proche de Maman, Camille avait l'air triste.
Peu à peu, il s'était éloigné de Maman et n'aimait plus qu'elle le couvre de baisers.
Et pourtant, même ainsi, Maman continuait à l'accueillir avec les yeux pleins de joie.
Jamais elle n'avait été aussi indifférente qu'à cet instant.
« Loulou ? Tu es toujours là ? » La voix de Camille a résonné dans l'appareil.
« Tata Camille, on parlera demain, d'accord ? »
Léo a raccroché, puis a appelé : « Maman ! »
Claire s'est arrêtée, a tourné la tête d'un air impassible.
Léo a sauté du canapé, les mains derrière le dos, et s'est avancé avec un sérieux un peu trop adulte pour son âge.
« Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais rentrée ? »
Claire a marqué une pause, sa voix parfaitement neutre : « Je ne voulais pas te déranger pendant que tu parlais avec ta tata Camille. Ce n'est pas ce que tu as toujours voulu ? »
Les lèvres de Léo ont tremblé.
Maman a raison.
Pouvoir voir tata Camille tous les jours, discuter avec elle sans se soucier de l'humeur de Maman, c'était la vie dont il rêvait.
Et pourtant, aujourd'hui, devant une Maman aussi docile, il se sentait tout à coup étrange.
Mal à l'aise.
Léo a froncé les sourcils, visiblement contrarié : « Maman, c'est parce que je suis proche de tata Camille que tu fais la tête à Papa et à moi ? »
Le cœur brûlant de Claire s'est glacé d'un coup.
Elle a esquissé un sourire las : « Dorénavant, je n'interviendrai plus dans ta relation avec elle. Au contraire, j'espère que vous continuerez à bien vous entendre. »
Après tout, c'est ta future belle-mère.
« Bonne nuit, Léo. Au revoir. »
Le ton de Claire était grave, comme une véritable cérémonie d'adieu à l'enfant qu'elle avait protégé cinq ans durant.
À peine avait-elle fait un pas que Léo, le visage soudain sérieux, l'a rappelée : « Maman ! »
La détermination de Claire s'est figée un instant.
Elle croyait que, même sans cadeau, son fils allait au moins lui dire joyeux anniversaire.
Cela aurait suffi pour ne pas regretter de l'avoir élevé.
Mais la phrase qui a suivi lui est tombée dessus comme un seau d'eau glacée, lui transperçant les os : « Aujourd'hui, à l'hôpital, tata Camille a pleuré à cause de toi. Je pense que tu devrais l'appeler pour t'excuser. »
Voyant que Claire ne réagissait pas, Léo a durci le ton : « Maman, tu me dis toujours qu'il faut assumer ses actes et reconnaître ses erreurs. Pourquoi toi, tu n'en es pas capable ? »
« Oui, je te l'ai dit. Mais seulement quand on a vraiment tort. Moi, je n'ai rien fait de mal. Pourquoi devrais-je m'excuser ? »
Les yeux ambrés de Claire se sont glacés : « Celui qui doit s'excuser aujourd'hui, c'est toi, Loulou. Pourquoi as-tu menti devant tout le monde ? Et accusé à tort Georges ? »
Léo a levé les yeux vers le beau visage plein de dignité de sa mère.
Son petit visage a pâli et une inquiétude sourde l'a envahi.
Maman avait toujours été douce…
Mais quand elle devenait sévère, son autorité n'était pas moindre que celle de Papa.
Il en avait un peu peur.
Décidément, tata Camille était mieux !
Peu importe ce qu'il faisait, elle le soutenait toujours ; il pouvait manger ce qu'il voulait, elle ne le grondait jamais.
« Si tu n'avais pas fait pleurer tata Camille, je n'aurais pas menti ! »
Léo a reniflé et a lancé d'un ton vexé : « Tu n'aimes jamais que je sois avec elle. À chaque fois tu te fâches, et moi je suis coincé entre vous deux… c'est trop dur ! »
« Tu as menti pour protéger ta tata, mais tu aurais pu choisir une autre façon. Tu as préféré celle qui était la plus mauvaise, la plus honteuse. »
Le regard de Claire s'est glacé peu à peu alors qu'elle fixait son fils : « Si tu veux vraiment la protéger, commence par être un garçon droit et honnête. Sinon, tu n'en es pas digne. »
Elle ne l'a pas grondé davantage.
D'ailleurs, sa colère s'était apaisée.
Après tout, elle n'aurait sans doute plus l'occasion de l'éduquer.
Il était l'héritier des Charon ; leur famille ne laisserait jamais une femme 'inutile' comme elle guider leur futur petit maître.
Sans un mot de plus, Claire a ouvert la porte et est sortie.
Léo, immobile, a regardé la silhouette solitaire de sa mère s'éloigner, traînant sa grande valise. Ses lèvres se sont entrouvertes ; il voulait lui demander où elle allait…
Mais les paroles de son père lui sont revenues : « Ne montre pas tes émotions trop facilement. Sois mûr. Ne sois pas ce gamin qui pleure dès que Maman n'est pas là. »
Alors il a fait demi-tour, s'éloignant dans la direction opposée.
De toute façon, peu importe où elle allait, elle finirait bien par revenir.
Elle n'avait nulle part où aller.
*
Les trois jours suivants, Claire est restée chez elle pour se rétablir.
Pas un seul appel de la part d'Adrien ni de Léo.
Et, contre toute attente, cela lui a convenu : elle avait enfin la paix.
Elle n'était plus contrainte de se perdre dans les corvées domestiques, de se plier en quatre pour tout le monde sans jamais recevoir le moindre retour.
Enfin, elle pouvait se consacrer à la recherche et à ses projets, faire ce qu'elle aimait.
« Ma demoiselle, l'accord de divorce… tu l'as déjà remis à Adrien ? »
La voix claire de l'homme est sortie du téléphone posé sur la table.
« Oui, mais je ne sais pas quand il le signera. »
Claire, concentrée, ajustait les pièces de la maquette de voiture posée devant elle.
Même à l'état de modèle réduit, la carrosserie avait déjà fière allure.
« Chaque fois que tu m'appelles comme ça, j'ai l'impression que tu vas te mettre à me danser Bonne nuit, ma demoiselle, comme dans une vieille série télé. »
L'homme a éclaté de rire, un sourire dans la voix, chaque syllabe était teintée d'une tendresse profonde : « Tu aimes ? Je te la danse en direct si tu veux. »
Claire a continué d'assembler les pièces, ses doigts fins allaient vite et avec précision : « Laisse tomber. Tes bras et tes jambes ne suivent pas le rythme. Je préférerais encore regarder les bonshommes gonflables qui se trémoussent devant les supermarchés. »
L'homme en a ri, soulagé : « Clairou, tu reviens à ton vrai toi : piquante, mordante, pleine d'esprit. Ça fait du bien. »
Les doigts de Claire ont tremblé légèrement ; ses lèvres pâles se sont arquées en un sourire amer.
Pour épouser Adrien, elle avait renoncé à l'opportunité de poursuivre un doctorat dans l'une des meilleures universités à l'étranger.
Elle avait abandonné son rêve de recherche, son cercle social, et s'était dissimulée sous un nom inconnu pour travailler au poste le plus banal du groupe Charon, à un emploi qui, pour elle, était une pure perte de temps.
Avec ses compétences et son talent, elle aurait pu intégrer le cœur de l'équipe de recherche et développement, et mettre l'intelligence artificielle au service de la gamme de véhicules électriques de Charon, propulsant leurs produits à un tout autre niveau.
Mais Adrien ne lui avait jamais donné cette chance.
Au début, il l'avait placée au service administratif ; il avait fallu qu'elle le supplie encore et encore pour qu'il consente enfin à la laisser rejoindre le département de recherche et développement.
Pendant deux ans, Claire avait travaillé sans relâche, endurant un harcèlement professionnel que peu auraient supporté, tout cela dans l'espoir de rester là, et peut-être, un jour, d'accéder au cercle restreint.
À cette époque, elle se figurait encore que si elle se montrait obéissante, qu'elle trouvait l'équilibre parfait entre maison et travail, peut-être Adrien finirait-il par la voir autrement.
La réalité avait prouvé le contraire —
Elle avait jeté ses œillades à un aveugle.
Ou peut-être que, dans les yeux d'Adrien, il n'y avait de place que pour Camille, et pour personne d'autre.
« Clairou… tu vas divorcer. Adrien sait-il seulement qui tu es vraiment ? » La voix de l'homme a coupé net le fil de ses pensées.