Chapitre 2
2: les larmes
Je ne savais plus comment mes jambes arrivaient encore à me porter. Tout semblait flou autour de moi. Mon souffle était court, irrégulier, mes mains tremblaient, mon cœur battait si fort que j'avais l'impression qu'il allait éclater dans ma poitrine.
Je n'avais même pas pris la peine de récupérer mes vêtements. J'avais juste attrapé ce que je pouvais, enfilé rapidement un haut et un pantalon, et j'étais sortie en courant, pieds nus, sans un regard en arrière.
L'air froid de la nuit me frappa en pleine face dès que je franchis la porte de l'immeuble. Mais je ne m'arrêtai pas. Je marchai vite, puis plus vite encore. Mes larmes coulaient déjà, brouillant ma vision, mais je ne voulais pas m'arrêter. Je voulais juste fuir.
Ethan... Mon Ethan.
L'homme avec qui j'avais partagé des années. Celui en qui j'avais placé toute ma confiance, celui que j'aimais de tout mon être. Comment avait-il pu me faire ça ? Comment avait-il osé ?
Je rentrai chez moi en titubant presque, le souffle saccadé, la gorge nouée. J'ouvris la porte de mon appartement d'un geste tremblant, puis je la refermai derrière moi avec fracas, comme si je voulais définitivement l'éloigner de moi.
Dès que j'atteignis ma chambre, mes jambes cédèrent sous mon poids. Je m'effondrai sur mon lit, le visage enfoui dans les draps, et un hurlement silencieux se bloqua dans ma gorge. Puis, les sanglots explosèrent.
Je pleurais toutes ces années, tous ces souvenirs qui défilaient dans ma tête comme un film cruel.
Nos fous rires. Nos voyages. Nos nuits blottis l'un contre l'autre. Ses "je t'aime" murmurés dans le creux de mon oreille. Les promesses qu'il m'avait faites.
Tout était un mensonge.
- Pourquoi, Ethan ? Pourquoi tu m'as fait ça ? soufflai-je, la voix brisée.
Je revoyais encore cette image insupportable. Son corps contre le sien. Leurs souffles saccadés. Leur peau collée sous l'eau.
J'aurais voulu oublier. J'aurais voulu me réveiller et réaliser que tout cela n'était qu'un cauchemar... Mais c'était bien réel.
Je roulai sur le côté, ramenant mes genoux contre ma poitrine, comme si me recroqueviller pouvait atténuer la douleur. Mais elle était là, partout, brûlante, insupportable.
J'essayais de comprendre. À quel moment avait-il cessé de m'aimer ? Quand avait-il décidé que je n'étais plus suffisante pour lui ?
Je repensai aux fois où il semblait distrait ces derniers temps, aux messages qu'il envoyait en souriant sans jamais me dire à qui. À ces soirs où il rentrait plus tard que d'habitude, prétextant la fatigue.
J'aurais dû voir les signes.
Mais j'avais confiance en lui.J'aurais donné ma vie pour lui.
Et lui, en retour, m'avait poignardée en plein cœur.
Un sanglot plus fort que les autres secoua mon corps. Je frappai le matelas du poing, submergée par l'injustice de cette situation.
Comment allait-il oser me regarder en face après ça ?
Mon téléphone vibra soudain sur la table de nuit.
Je tendis la main d'un geste hésitant, les larmes toujours coulant sur mes joues.
C'était lui. Ethan.
Un message.
"Maya, je suis désolé. S'il te plaît, parle-moi."
Je sentis ma gorge se serrer encore plus. Désolé ?
Un rire amer m'échappa entre deux sanglots. Comment pouvait-il croire qu'un simple "désolé" suffirait ?
Je fixai l'écran en tremblant, mon pouce planant au-dessus du clavier.
Et puis, dans un élan de douleur et de rage, je balançai mon téléphone à l'autre bout de la pièce.
Il ne méritait même pas une réponse.
J'enfouis mon visage dans l'oreiller et laissai les larmes couler encore et encore. Je l'aimais. Je l'aimais tellement.
Mais ce soir, quelque chose en moi venait de mourir.
Et plus rien ne serait jamais comme avant.
Je ne savais pas depuis combien de temps j'étais là, recroquevillée sur mon lit, noyée dans mes larmes. Mon corps tremblait encore sous l'effet du choc, et ma poitrine se soulevait violemment à chaque sanglot.
J'avais mal. Si mal.
J'aurais voulu disparaître, effacer cette soirée de ma mémoire, retourner quelques heures en arrière et ne jamais ouvrir cette foutue porte de salle de bain.
Soudain, j'entendis la porte de ma chambre s'ouvrir doucement.
- Maya... ?
C'était ma sœur, Lina.
Sa voix était douce, mais inquiète. En la voyant entrer, je me redressai légèrement, les yeux rouges et gonflés.
- Maya, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures comme ça ?
Je baissai la tête, incapable de parler pendant quelques secondes. Puis, d'une voix brisée, j'articulai enfin :
- C'est Ethan...
Rien que prononcer son nom me fit monter une nouvelle vague de larmes. Lina s'approcha rapidement et s'assit à côté de moi sur le lit. Elle posa une main réconfortante sur mon dos, son regard plein de sollicitude.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait ? demanda-t-elle, la mâchoire déjà serrée, comme si elle sentait que la réponse allait l'énerver.
J'essuyai mes joues d'un revers de main tremblant avant de tout lui raconter. Chaque détail.
Comment j'avais voulu lui faire une surprise. Comment j'avais entendu l'eau couler et m'étais imaginé une soirée parfaite. Comment j'avais retiré mes vêtements en souriant, impatiente de le retrouver sous la douche.
Et comment, en ouvrant la porte, je l'avais vu avec une autre femme. Nus. Enlacés.
À mesure que je parlais, je voyais le visage de Lina changer. Son regard doux s'assombrissait, ses sourcils se fronçaient, et sa respiration s'accélérait. Lorsqu'elle serra les poings, je sus qu'elle était enragée.
- Ce fils de... Elle se retint de finir sa phrase, mais ses yeux lançaient des éclairs. Je vais le tuer.
Je reniflai, mes larmes coulant toujours, et secouai la tête.
- À quoi bon, Lina ? C'est fini... Tout est fini...
J'aurais voulu que ma voix soit forte, assurée. Mais elle n'était qu'un murmure brisé.
C'est alors que mon téléphone, toujours jeté à l'autre bout de la pièce, se mit à vibrer.
Nous avons toutes les deux tourné la tête vers l'écran qui clignotait dans la pénombre.
Ethan.
Il appelait.
Mon cœur se serra douloureusement. Pourquoi insistait-il ? Il voulait quoi ? M'expliquer que c'était "une erreur" ? Me supplier de l'écouter après ce que je venais de voir ?
J'étais paralysée. Incapable de bouger, incapable de répondre.
Mais Lina, elle, n'hésita pas.
Elle se leva brusquement, traversa la pièce d'un pas rapide et saisit mon téléphone avant que je puisse l'en empêcher.
- Lina, non...
Trop tard. Elle décrocha et porta le téléphone à son oreille.
- Espèce de sale connard ! lâcha-t-elle d'une voix tranchante, remplie de colère.
Je l'entendais respirer fort, la mâchoire crispée, ses doigts serrant mon téléphone comme si elle voulait l'écraser.
- T'as osé tromper ma sœur, enfoiré ?! siffla-t-elle. T'as osé la trahir après tout ce qu'elle a fait pour toi ?!
Je n'entendais pas ce qu'il disait à l'autre bout du fil, mais Lina ne lui laissa même pas le temps de parler.
- Ferme ta gueule, Ethan ! Je veux pas entendre tes excuses de merde ! cracha-t-elle. T'es qu'un pauvre type, un lâche, un salaud sans honneur !
Elle fit quelques pas dans la pièce, bouillonnante de rage, tandis que moi, toujours recroquevillée sur mon lit, j'écoutais sans rien dire, le cœur brisé.
- Tu perds ton temps à appeler ! Elle veut plus jamais entendre parler de toi, t'as compris ?!
Elle attendit à peine une seconde avant d'ajouter :
- Va te faire foutre.
Et elle raccrocha violemment.
Le silence tomba dans la chambre, seulement troublé par mes sanglots étouffés. Lina s'approcha de moi et posa mon téléphone sur la table de nuit. Puis elle s'assit à nouveau près de moi et me prit dans ses bras.
- Il ne mérite pas tes larmes, Maya... Il ne mérite rien de toi. murmura-t-elle doucement en caressant mon dos.
Je m'accrochai à elle, laissant mes pleurs couler sur son épaule. Elle avait raison. Mais alors... Pourquoi ai-je si mal ?
Chapitre 3
3: UNE ERREUR
LE POINT DE VUE DE MAYA
Les jours avaient passé, mais la douleur, elle, restait là. Tapie au fond de ma poitrine, lourde et oppressante, comme un poids que je n'arrivais pas à soulever.
Chaque matin, je me réveillais avec cette sensation de vide, ce trou béant dans mon cœur. La nuit, je luttais contre les souvenirs qui me hantaient, contre l'image d'Ethan et cette femme sous la douche. Même quand je fermais les yeux, tout me revenait en boucle.
Mais ce soir-là, allongée sur mon lit, fixant le plafond d'un regard perdu, quelque chose en moi changea.
J'en avais marre de souffrir.
Marre de pleurer pour un homme qui ne m'avait pas respectée.
Marre de laisser cette douleur m'enchaîner et m'empêcher d'avancer.
Je pris une profonde inspiration et me redressai. Pour la première fois depuis des jours, je ne me laissai pas tomber en arrière pour m'enfermer dans mon chagrin. Non. Cette fois, je me levai.
Je me dirigeai vers le miroir accroché au mur et m'observai.
Mon reflet me renvoya l'image d'une femme fatiguée, les yeux cernés, le visage marqué par la tristesse. Ce n'était pas moi. Pas la Maya forte, celle qui s'était toujours battue pour sa famille, pour Lina, pour elle-même.
J'étais l'aînée, et depuis toujours, j'avais porté le poids des responsabilités sur mes épaules.
Maman et papa vivaient loin, dans le village où nous avions grandi. Ils n'avaient jamais eu les moyens de nous offrir une vie confortable en ville, alors quand Lina avait voulu entrer à l'université, j'avais pris les choses en main.
J'avais trouvé un travail comme assistante dans un petit bureau, pas très loin d'ici. Le salaire n'était pas énorme, mais il nous permettait de payer le loyer, la nourriture, et une partie des frais de Lina pour ses études. Ce n'était pas facile. Parfois, on devait sauter des repas, faire des sacrifices, mais on tenait bon.
J'avais tout donné pour que Lina puisse réaliser ses rêves.
Et pendant tout ce temps, j'avais cru qu'Ethan était mon refuge. Mon équilibre. Celui avec qui, malgré toutes les difficultés, je pouvais être heureuse.
Mais je m'étais trompée.
Je ne pouvais plus continuer comme ça. Je ne pouvais plus me permettre d'être faible. Lina comptait sur moi. Moi, je devais compter sur moi-même.
Je passai une main sur mon visage, essuyant les larmes qui menaçaient de couler. Non. Ce soir, je ne pleurerai pas.
Je pris une grande inspiration et ouvris mon armoire. J'en sortis un jean, un t-shirt propre et me changeai. Ensuite, je me dirigeai vers la salle de bain et me regardai à nouveau dans le miroir.
J'avais besoin de voir une autre version de moi. Pas la femme brisée, mais celle qui se relève.J'attachai mes cheveux en une queue de cheval haute, me lavai le visage et inspirai profondément. C'était décidé. À partir de maintenant, je reprends ma vie en main.
Ethan ne méritait plus une seule larme. Je ne vivrais plus pour un homme qui ne m'a jamais vraiment aimée. Je vivrais pour moi.
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Les jours passaient, et je restais fidèle à ma décision. Je voulais me relever.
Je m'étais promis de ne plus pleurer pour Ethan, alors j'avais enfoui ma douleur sous une nouvelle routine. Je travaillais plus, je rentrais tard, j'évitais de trop penser.
Mais malgré tout, l'argent manquait toujours.
Le salaire que je gagnais comme assistante ne suffisait pas. Lina avait encore des frais pour l'université, le loyer était une charge lourde, et les factures ne cessaient de s'accumuler.
C'est là qu'ils sont venus me voir.
Tout a commencé un soir, au bureau. J'étais restée tard pour finir des dossiers quand mon patron, Monsieur Vargas, un homme aux allures respectables mais dont les affaires étaient troubles, est entré dans mon espace de travail.
- Maya, j'ai une proposition pour toi.
J'ai levé la tête, intriguée.
- Quel genre de proposition ?
Il a souri, s'asseyant sur le coin de mon bureau.
- Je sais que tu galères financièrement. Que tu prends soin de ta sœur toute seule. Je peux t'aider.
Mon cœur s'est serré. Comment savait-il tout ça ? Depuis combien de temps m'observait-il ?
- Aider comment ? ai-je demandé d'une voix prudente.
Il a sorti une enveloppe épaisse et l'a posée devant moi.
- Un petit travail en plus. Simple. Tu continues de faire ce que tu fais ici, mais parfois, tu fais passer des transactions. Des paiements en liquide que tu ne notes pas dans les registres officiels. Des documents que tu classes sans poser de questions.
J'ai senti mon estomac se nouer.
- C'est illégal, n'est-ce pas ?
Il a ri légèrement, haussant les épaules.
- C'est juste du business, Maya. Des gens riches qui veulent que leur argent passe inaperçu. Tu ne fais que du papier, tu ne touches même pas à l'argent directement. Et en échange... tu reçois des primes généreuses.
Il a poussé l'enveloppe vers moi.
- Ceci, c'est juste une avance.
J'ai regardé l'enveloppe, hésitante. Il y avait sûrement plusieurs milliers à l'intérieur.
J'aurais dû dire non.
Mais Lina avait besoin de cet argent. Moi, j'avais besoin de cet argent. Alors, j'ai tendu la main et j'ai pris l'enveloppe.
C'est comme ça que tout a commencé.
D'abord, ce n'étaient que de petits documents à signer sans lire. Des dossiers à ranger sans poser de questions. Puis, j'ai commencé à recevoir des colis à déposer dans certaines adresses.
Les premiers jours, mon cœur battait à tout rompre. Je savais que c'était dangereux.
Mais à chaque fois que je rentrais et que je voyais Lina réviser sereinement, sans se soucier de notre situation, je me disais que c'était nécessaire. Je faisais ça pour elle. Pour nous. C'est ce que je me répétais. Mais au fond, une partie de moi savait que j'étais en train de me perdre.
Ce soir-là, tout devait bien se passer.
J'avais suivi les consignes à la lettre depuis des semaines. Je faisais ce qu'on me demandait, sans poser de questions. Et en retour, l'argent tombait, me permettant de tenir le coup, de payer le loyer, les factures, et d'assurer à Lina un semblant de stabilité.
Mais ce soir-là, tout a basculé.
J'avais reçu une somme importante à faire transiter. Beaucoup plus que d'habitude. Je ne savais pas exactement combien, mais l'enveloppe était bien plus lourde que les précédentes. Une partie devait être discrètement répartie dans différentes transactions pour être "propre", et le reste livré à une adresse précise.
Mon cœur battait un peu plus vite que d'habitude lorsque je suis sortie du bureau, l'enveloppe soigneusement cachée dans mon sac. Je savais que je jouais à un jeu dangereux. Mais jamais je n'aurais imaginé ce qui allait arriver.
Il était tard, la rue était presque vide. J'avançais d'un pas rapide, pressée de terminer cette mission et de rentrer chez moi. Mais à peine avais-je tourné au coin d'une ruelle que je les ai vus.
Trois hommes, capuches abaissées, silhouettes menaçantes.
Je n'ai même pas eu le temps de réagir.L'un d'eux s'est avancé brusquement et m'a agrippée par le bras.
- Donne le sac.
Sa voix était grave, sèche, sans une once d'hésitation. Un frisson glacé m'a parcouru l'échine.
- Je... Je n'ai rien, laissez-moi tranquille ! ai-je balbutié, tentant de reculer.
Un autre homme a ri doucement.
- Écoute, on sait ce que tu transportes.
Mon estomac s'est noué. Comment pouvaient-ils savoir ?Quelqu'un avait parlé.
- J'ai dit, donne le sac.
Cette fois, sa voix s'est faite plus menaçante, et j'ai senti quelque chose de froid contre mon ventre. Un couteau.
Un frisson d'horreur m'a traversée. Je ne pouvais rien faire.
J'ai serré les dents, les larmes aux yeux, et j'ai lentement tendu mon sac. L'homme l'a arraché de mes mains, l'a ouvert rapidement, puis a hoché la tête à ses complices.
- Bonne fille.
Ils ont reculé doucement, s'assurant que je ne bouge pas, puis ont disparu dans l'obscurité de la ruelle.
C'était fini.
Je suis restée figée quelques secondes, le cœur battant à un rythme incontrôlable. Mon souffle était saccadé. Mon corps tremblait.
Puis, la panique m'a submergée. J'ai perdu tout l'argent. Une somme énorme. Mon cerveau s'est emballé. Qu'est-ce que j'allais faire ?
Monsieur Vargas n'allait jamais accepter ça. Ils allaient me tuer. J'ai reculé contre un mur, le souffle court, ma tête tournant sous le choc.
J'étais foutue.