Chapitre 2
Debout devant le miroir de sa chambre, elle ajusta nerveusement la robe simple que l'on lui avait fournie. Ce n'était pas la robe blanche qu'elle avait imaginée porter le jour de son mariage. Pas de dentelles délicates, pas de longues traînes, ni de sourire sur les lèvres. Juste une robe sobre, presque austère, qui témoignait de la nature transactionnelle de cette union. Elle attrapa son bouquet, des roses blanches – ironie du sort – symbole de pureté, alors qu'elle s'apprêtait à entrer dans une vie où l'innocence n'aurait plus sa place.
« Maya ? » La voix douce de sa mère derrière la porte lui fit tourner la tête.
« Oui, maman ? » Elle lutta pour garder une voix calme, mais son cœur battait si fort qu'elle avait du mal à respirer.
La porte s'ouvrit lentement, laissant apparaître sa mère, les yeux humides. « Tu es magnifique, ma chérie. »
Maya tenta un sourire, faible, presque un mensonge. « Merci, maman. »
Sa mère s'approcha d'elle, les yeux plongés dans les siens, cherchant à déceler une quelconque lueur de joie. Mais Maya savait qu'il n'y en avait aucune à trouver. Ce n'était pas un mariage de rêve, et elles le savaient toutes les deux. « Tu n'es pas obligée de faire ça, tu sais... »
Maya baissa la tête, ses mains crispées sur le bouquet. « Si je ne le fais pas, on perdra tout. Je ne peux pas laisser Laura sans avenir. »
Sa mère passa doucement une main sur sa joue. « Je suis désolée de t'infliger ça. Si seulement ton père... »
« Ne parle pas de papa, s'il te plaît. » La voix de Maya trembla légèrement. Elle ne voulait pas raviver les rancœurs. Pas maintenant.
Un klaxon se fit entendre depuis l'extérieur, et le visage de sa mère se tordit de chagrin. « Ils t'attendent. »
Maya hocha la tête et se dirigea vers la porte. Le moment était venu. Sans un mot de plus, elle sortit de la maison, se sentant comme un automate, ses pas lourds et mécaniques. Le chauffeur en costume noir lui ouvrit la portière avec un signe de tête respectueux. Elle jeta un dernier regard à la petite maison qui avait été son refuge, avant de monter dans la voiture qui l'emmènerait vers une toute autre réalité.
Le trajet se déroula dans un silence oppressant. Le paysage urbain défilait rapidement, comme un flou indistinct. Maya avait l'impression que le monde autour d'elle continuait de tourner, indifférent à son sort. Les mains tremblantes, elle serrait son bouquet, cherchant un réconfort dans ce simple geste, mais la peur grandissait en elle.
Bientôt, la voiture s'arrêta devant un grand manoir en pierre, imposant et mystérieux, à l'image de l'homme qu'elle allait épouser. La demeure d'Adrian Castellano se dressait telle une forteresse, entourée d'un jardin parfaitement entretenu mais étrangement dépourvu de vie. Le portail de fer forgé s'ouvrit lentement, et Maya sentit son cœur s'alourdir. Il n'y avait ni invités, ni fleurs, ni musique. Seulement le silence.
Le chauffeur lui ouvrit à nouveau la portière, et Maya descendit, presque étourdie par l'immensité de l'endroit. Elle se tenait là, seule, devant cette bâtisse qui ressemblait davantage à une prison qu'à une maison.
« Par ici, mademoiselle. » Le chauffeur la guida vers l'entrée principale, où une grande porte en bois massif s'ouvrit devant elle.
En entrant, elle fut accueillie par un froid glacial. L'intérieur du manoir était à l'image de ce qu'elle avait imaginé : luxueux mais sombre, décoré avec un goût impeccable mais sans aucune chaleur. Les murs étaient ornés de tableaux anciens, et des lustres en cristal suspendus au plafond illuminaient faiblement les lieux.
Un homme attendait déjà dans le hall. Adrian Castellano.
Maya le reconnut immédiatement. Grand, les épaules larges, il portait un costume noir parfaitement taillé, qui renforçait l'aura de puissance qu'il dégageait. Ses cheveux noirs étaient peignés en arrière, et son visage, bien que d'une beauté glaciale, restait fermé, impassible. Mais c'était ses yeux qui la frappèrent le plus : froids, presque inhumains, comme deux pierres de glace fixées sur elle. Aucune émotion ne transparaissait. Il la scrutait simplement, comme un prédateur observant sa proie.
« Vous êtes prête ? » demanda-t-il d'une voix grave, rauque, qui résonna dans le hall silencieux.
Maya déglutit, tentant de maîtriser son tremblement intérieur. « Oui. »
Adrian s'approcha d'elle, lentement, chacun de ses pas semblant peser une tonne. Il tendit la main vers elle, mais il n'y avait rien de tendre dans ce geste. C'était un geste de contrôle, une manière de lui signifier que désormais, elle lui appartenait.
« Bien. Suivez-moi. »
Sans attendre de réponse, il tourna les talons et la mena dans une salle attenante, où un homme en robe de cérémonie les attendait. Pas de prêtre, pas de décorations florales. Simplement un homme chargé de les unir légalement.
Le cérémonial fut expéditif. Adrian répondit d'un ton ferme et détaché à chacune des questions posées, sans même jeter un regard à Maya. Quand vint son tour, elle murmura à peine son « oui », trop paralysée par la situation pour parler plus fort.
Le moment fatidique arriva.
« Vous pouvez embrasser la mariée », annonça l'officiant, comme une formalité.
Adrian ne bougea pas. Il la fixa un instant avant de lui prendre la main, non pas avec tendresse, mais avec une fermeté calculée. Il se pencha, effleurant à peine ses lèvres contre les siennes. Ce n'était pas un baiser d'amour. Ce n'était pas non plus un baiser de désir. C'était un pacte. Un accord scellé par un simple contact.
Lorsque ce fut terminé, Adrian la lâcha immédiatement et s'adressa à l'officiant. « C'est fait. Vous pouvez partir. »
L'homme hocha la tête, rassembla ses affaires, et quitta la pièce sans un mot de plus.
Maya resta là, figée, ne sachant que faire. Le poids de l'anneau en argent autour de son doigt semblait soudain si lourd. Elle venait de sceller son sort, mais elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendait. Elle releva les yeux vers Adrian, espérant trouver un signe de réconfort ou même une explication, mais son regard restait aussi froid et imperturbable que lorsqu'elle était arrivée.
« À partir de maintenant, vous vivrez ici », déclara-t-il d'un ton neutre, presque professionnel. « Vous aurez vos propres quartiers, et je m'attends à ce que vous respectiez les règles de cette maison. »
Maya hocha la tête, incapable de trouver ses mots. Tout était si irréel, si mécanique.
Adrian s'approcha d'elle une dernière fois, baissant légèrement la tête pour murmurer à son oreille : « Vous avez fait un choix. N'oubliez jamais que maintenant, vous êtes à moi. »
Ces mots la glaçèrent. Il s'éloigna sans attendre de réponse, laissant Maya seule dans la grande salle vide. Le silence retomba, pesant, et elle sentit une larme couler le long de sa joue. Elle l'essuya rapidement. Ce n'était pas le moment de pleurer. Pas maintenant.
Elle se tenait là, d'ns sa robe, avec son bouquet fané entre les mains. Le manoir Castellano, sombre et silencieux, l'avait engloutie. Elle était maintenant l'épouse d'Adrian Castellano, l'homme surnommé le Démon.
Et elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais revenir en arrière.
Chapitre 3
Maya déambulait dans le couloir interminable du manoir, ses pas résonnant sur le marbre froid. Le silence pesait lourdement autour d'elle, amplifié par la grandeur des lieux. Chaque mur, chaque porte, chaque recoin semblait surveiller ses mouvements, comme si la maison elle-même était consciente de son intrusion.
Lorsqu'elle était arrivée ici, elle n'avait aucune idée de ce à quoi s'attendre. Adrian l'avait à peine regardée après la cérémonie, se contentant de la guider vers ses quartiers avant de disparaître sans un mot de plus. Désormais, elle se retrouvait dans cette prison dorée, seule et sans la moindre idée de ce que son avenir lui réservait.
Alors qu'elle passait devant une grande porte en bois massif, un léger bruit attira son attention. Une voix, basse, autoritaire, provenait de l'intérieur. Elle s'approcha à pas de loup, curieuse malgré elle. La porte était entrouverte, laissant entrevoir une pièce luxueuse au décor sombre et élégant. Un bureau imposant trônait au centre, et derrière celui-ci, Adrian Castellano, au téléphone.
Maya n'avait pas l'intention d'écouter, mais ses paroles la figèrent sur place.
« Oui, tout est en place », disait-il d'un ton calme mais tranchant. « Le mariage s'est déroulé comme prévu. Elle n'est pas un problème, elle suivra les règles. »
Le cœur de Maya se serra. Elle n'était pas un problème ? C'est ainsi qu'il la voyait ? Comme une simple pièce dans un plan plus vaste, un obstacle à éviter. Elle aurait dû s'y attendre. Ce mariage n'avait jamais été basé sur des sentiments, mais sur une nécessité. Pourtant, entendre Adrian parler d'elle de cette manière la blessait plus qu'elle ne l'aurait cru.
« Oui, j'ai signé les documents. La dette est couverte. La famille Arlen n'a plus rien à craindre », ajouta-t-il, avant de raccrocher sèchement.
Maya se recula doucement, tentant de reprendre son souffle. Alors, tout était vraiment réglé. Sa famille était sauvée, du moins financièrement. Mais elle, que devenait-elle dans tout ça ? Une mariée sans âme, enfermée dans un manoir glacial avec un homme qui ne la considérait même pas comme une personne à part entière.
Elle décida de retourner dans ses quartiers, mais avant qu'elle ne puisse s'éloigner, la porte s'ouvrit brusquement. Adrian la fixait de ses yeux perçants, une lueur de surprise passant rapidement dans son regard avant de disparaître derrière son masque d'indifférence.
« Qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda-t-il d'une voix basse mais tranchante.
Maya, prise de court, balbutia une réponse. « Je... je me promenais, je suis tombée sur cette pièce par hasard. »
Il la scruta un instant, semblant évaluer si elle disait la vérité, puis ses lèvres se plissèrent légèrement en une expression indéchiffrable. « Il y a des endroits dans cette maison où il vaut mieux ne pas errer. »
Elle hocha la tête, mal à l'aise. « Je suis désolée. »
Adrian ne répondit pas, se contentant de la fixer en silence. Le poids de son regard était presque insupportable, mais Maya refusait de détourner les yeux. Elle voulait comprendre qui était vraiment cet homme, ce mari avec qui elle devait partager sa vie.
Finalement, il soupira doucement, brisant la tension. « Vous devez être perdue. »
Ce n'était pas une question, mais une simple constatation. Il s'éloigna légèrement, faisant signe à Maya de le suivre. « Je vais vous montrer vos quartiers. Vous ne les avez sûrement pas encore vus dans leur entièreté. »
Elle le suivit sans protester, sentant à chaque pas la froideur de la maison l'envelopper. Adrian la mena à travers plusieurs corridors avant d'arriver devant une grande porte en bois sculpté.
« Voici vos appartements », annonça-t-il en ouvrant la porte.
Maya entra dans une pièce spacieuse, presque aussi imposante que le hall d'entrée. Les murs étaient recouverts de tentures aux motifs anciens, et un grand lit à baldaquin trônait au centre, entouré de meubles en bois massif. Il y avait un coin salon avec des fauteuils confortables, et même une grande baie vitrée donnant sur le jardin, baigné dans la lumière pâle du crépuscule.
« Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin ici », déclara Adrian, se tenant à l'entrée. « Si vous avez des demandes, vous pouvez en informer le personnel. »
Maya tourna lentement sur elle-même, observant chaque détail de la pièce. C'était magnifique, mais incroyablement oppressant. Tout semblait si parfait, si ordonné, comme si sa vie elle-même était devenue une vitrine figée dans le temps.
« Pourquoi cette chambre est-elle si loin de la vôtre ? » demanda-t-elle soudainement, se surprenant elle-même par l'audace de sa question.
Adrian la fixa, impassible. « Parce que c'est ainsi que les choses fonctionnent ici. »
Cette réponse ne la satisfaisait pas, mais elle n'insista pas. Elle savait qu'il n'avait aucune intention de lui offrir plus que le strict minimum.
« Vous n'êtes pas une prisonnière, Maya », ajouta-t-il, un éclat étrange dans les yeux. « Mais vous devrez vous adapter à certaines règles. »
Elle le regarda, confuse. « Quelles règles ? »
Adrian fit un pas en avant, son regard devenant plus intense. « Vous n'êtes pas libre de circuler où vous voulez dans cette maison. Certaines pièces, certains couloirs vous seront interdits. »
Maya fronça les sourcils. « Pourquoi ? »
Un sourire froid effleura ses lèvres. « Il y a des affaires dont vous n'avez pas besoin de vous occuper. Contentez-vous de rester à votre place, et tout se passera bien. »
Cette réponse ne faisait qu'ajouter à son malaise. Elle n'aimait pas cette idée de zones interdites, de secrets bien gardés entre ces murs. Mais que pouvait-elle faire ? Elle était piégée ici, au cœur de cette forteresse, avec un homme qu'elle ne connaissait pas et ne comprenait pas.
« Bien. Je resterai dans ma chambre », finit-elle par dire, résignée.
Adrian la regarda un instant de plus, puis tourna les talons sans un mot, la laissant seule dans cette vaste pièce.
Le silence retomba, aussi lourd que le poids de la situation dans laquelle elle se trouvait désormais. Maya se laissa tomber sur le grand lit, fixant le plafond richement décoré. Cette maison, aussi belle soit-elle, ressemblait de plus en plus à une cage.
Alors qu'elle fermait les yeux, un sentiment de solitude la submergea. Sa nouvelle vie venait de commencer, et elle ne savait pas si elle était prête à affronter ce qui l'attendait.
Le lendemain, Maya se réveilla dans la même atmosphère glaciale, son esprit embrouillé par les événements de la veille. Après avoir passé une nuit agitée dans ce grand lit étranger, elle se leva lentement, ses muscles raides de tension. Le silence du manoir était assourdissant, lui rappelant à chaque instant qu'elle était seule dans cet endroit imposant.
Elle ouvrit les rideaux de la baie vitrée, laissant entrer la lumière du matin. Le jardin qui s'étendait à perte de vue derrière le manoir semblait parfaitement entretenu, mais étrangement vide. Pas un oiseau, pas une fleur épanouie, seulement des buissons taillés au millimètre près, comme si la nature elle-même avait été domptée et contrôlée, à l'image de cette maison.
Maya soupira et décida de sortir prendre l'air. Elle avait besoin de s'éloigner de ces murs étouffants, même si ce n'était que pour un moment. Peut-être que le jardin lui offrirait un peu de répit, loin de l'aura oppressante d'Adrian.