Chapitre 2
La voiture filait à toute allure sur la route bordée de sapins, ses phares déchirant l'obscurité. À l'intérieur, Kai Blackthorn tenait fermement le volant, son visage marqué par une tension qu'il ne laissait habituellement jamais transparaître. Il adorait la vitesse, ce moment suspendu où tout semblait disparaître, où il pouvait enfin échapper à ce poids écrasant qu'il portait depuis toujours. Mais ce soir-là, même les kilomètres dévorés par sa voiture ne suffisaient pas à le calmer. Les mots de son père résonnaient encore dans sa tête, lourds, accusateurs.
« Tu n'es qu'un enfant capricieux, Kai. Quand vas-tu comprendre que ton rôle dépasse tes désirs égoïstes ? Trouve une compagne, prends tes responsabilités, ou quitte cette maison. »
Ces paroles, crachées lors d'un dîner tendu, avaient marqué un tournant. Kai avait explosé, balayant d'un revers de main les couverts et les verres en cristal qui ornaient la table, avant de quitter la pièce sous le regard glacial de son père et les murmures des membres du conseil. Il n'en pouvait plus. Depuis son plus jeune âge, tout dans sa vie avait été dicté par les attentes des autres. Être le parfait héritier. Le futur Alpha Suprême. Et maintenant, trouver une compagne digne de ce titre. Comme si son existence n'était qu'un puzzle à compléter selon les désirs des autres.
Il appuya sur l'accélérateur, le moteur rugissant sous la pression. Pourquoi fallait-il toujours qu'il se plie aux règles ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement être lui-même, vivre sa vie comme il l'entendait ? Il serra les dents, sa mâchoire crispée trahissant une colère qu'il peinait à contenir.
Arrivé en ville, il gara sa voiture devant un bar animé, mais à peine eut-il franchi la porte qu'il sentit l'agitation qui y régnait l'irriter davantage. Les rires, la musique assourdissante, les regards admiratifs des femmes... Rien de tout cela ne parvenait à le distraire ce soir. Il quitta l'endroit aussi vite qu'il y était entré et marcha sans but dans les rues désertes, le froid mordant son visage.
C'est alors qu'il aperçut la lumière tamisée de la bibliothèque, ouverte tardivement ce soir-là. L'endroit semblait étrangement calme, presque hors du temps. Attiré par cette atmosphère paisible, il poussa la porte, et ce qu'il vit à l'intérieur lui coupa le souffle.
Alina Stormheart était assise à une table, plongée dans un livre, ses cheveux sombres tombant en cascade sur ses épaules. Elle était concentrée, son regard fixé sur les pages, comme si rien d'autre n'existait. Kai s'immobilisa, surpris par l'intensité de la scène. Ce n'était pas seulement sa beauté qui le frappait, bien qu'elle soit indéniable. Non, c'était quelque chose de plus profond. Une aura, une énergie différente, presque magnétique. Elle dégageait une force tranquille qui contrastait avec le chaos de sa propre vie.
Il s'avança lentement, prenant soin de ne pas la déranger. Mais lorsqu'il tira une chaise pour s'asseoir en face d'elle, elle releva brusquement la tête, ses yeux ambrés brillant d'une lueur de défi.
« Encore toi, » murmura-t-elle, visiblement agacée.
Kai esquissa un sourire, amusé par son ton. « Tu as une façon de toujours être là où je vais. »
« Ou peut-être que c'est toi qui me suis, » répliqua-t-elle en refermant son livre d'un geste brusque.
Il ne répondit pas immédiatement, se contentant de l'observer. Elle était différente de toutes les femmes qu'il avait rencontrées. Pas de regards aguicheurs, pas de rires forcés. Elle était brute, sincère, et cela le déstabilisait autant que cela le fascinait.
« Tu lis quoi ? » demanda-t-il finalement, brisant le silence.
Elle hésita un instant avant de lui tendre le livre. « Un traité sur les lignées hybrides. »
Kai haussa un sourcil, intrigué. « C'est un sujet qui te concerne, non ? »
Alina le fixa, son regard s'assombrissant légèrement. « Peut-être. Et toi, tu t'intéresses à ce genre de choses, ou tu es juste là pour passer le temps ? »
Son ton était sec, presque provocateur, mais Kai n'en fut pas offensé. Au contraire, il appréciait son audace. Elle ne cherchait pas à le séduire ou à le flatter, et c'était rafraîchissant.
« Je cherchais un peu de calme, » répondit-il honnêtement. « Mais je dois dire que ta compagnie est plus intéressante que je ne l'aurais imaginé. »
Elle soupira, exaspérée. « Écoute, Kai, je ne sais pas ce que tu attends de moi, mais je n'ai ni le temps ni l'envie de jouer à tes petits jeux. »
Il éclata de rire, un rire franc qui résonna dans la bibliothèque vide. « Je crois que tu te méprends, Alina. Je ne joue pas. »
Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, la porte de la bibliothèque s'ouvrit à nouveau. Cette fois, c'était un homme imposant, aux traits sévères, qui entra. Kai se leva immédiatement, son expression passant de détendue à glaciale en une fraction de seconde.
« Père. »
Le mot était chargé de ressentiment. L'homme, qu'Alina reconnut comme étant le célèbre Alpha Suprême, s'avança vers eux, ignorant la tension palpable dans l'air.
« Kai, je t'ai cherché partout. Il est temps que nous parlions. »
Kai croisa les bras, défiant son père du regard. « Parler de quoi ? De mon incapacité à être le fils parfait ? De ton obsession à contrôler ma vie ? »
L'Alpha Suprême serra les poings, mais son visage resta impassible. « Ce n'est pas une question de contrôle, Kai. C'est une question de devoir. Tu as une responsabilité envers notre clan, envers notre espèce. »
« Et si je ne veux pas de cette responsabilité ? » cracha Kai, sa voix tremblant de colère. « Si je veux vivre ma vie comme je l'entends ? »
Un silence lourd s'installa. Alina, bien qu'elle se sente de trop dans cette confrontation familiale, ne put s'empêcher d'être captivée par la scène. Elle voyait en Kai une facette qu'elle n'avait pas soupçonnée. Derrière son arrogance et son assurance, il y avait une douleur, une lutte intérieure qu'elle comprenait mieux qu'elle ne l'aurait cru.
« Tu n'as pas le choix, » répondit froidement l'Alpha Suprême. « Et tu le sais. »
Kai recula d'un pas, le regard flamboyant. « Alors peut-être que je devrais quitter le clan. »
Cette déclaration fit l'effet d'une bombe. Même Alina, qui n'était qu'une observatrice extérieure, sentit son cœur se serrer. Kai, lui, semblait plus déterminé que jamais. Il tourna les talons et quitta la bibliothèque sans un mot de plus, laissant son père et Alina seuls dans un silence pesant.
L'Alpha Suprême la regarda enfin, ses yeux perçants semblant la juger. « Vous êtes Alina Stormheart, n'est-ce pas ? »
Elle hocha la tête, incapable de trouver les mots.
« Mon fils semble s'intéresser à vous. Faites attention, mademoiselle Stormheart. Kai est... complexe. »
Puis il sortit à son tour, laissant Alina seule avec ses pensées. Complexe, oui. Mais il n'était pas le seul. Car en cet instant, elle sentit que leurs destins, d'une manière ou d'une autre, venaient de s'entrelacer.
Chapitre 3
La nuit était silencieuse, presque oppressante. Alina se tourna et se retourna dans son lit, incapable de trouver le repos. Ses rêves avaient été troublés ces derniers jours, des ombres s'infiltrant dans son subconscient pour lui murmurer des choses qu'elle ne comprenait pas. Cette fois-ci encore, elle se réveilla en sursaut, son souffle court et sa peau moite. Elle porta une main à son front, essayant de calmer les battements frénétiques de son cœur.
Elle se souvenait du rêve, vif et inquiétant. Un loup noir, immense, aux yeux incandescents, l'avait fixée au milieu d'une clairière baignée par une lumière irréelle. Sa voix, rauque et profonde, avait résonné dans l'air comme un avertissement.
« Trouve ta voie avant que les ténèbres ne t'engloutissent. »
Ces mots résonnaient encore dans son esprit. Elle se leva, incapable de rester plus longtemps dans cette chambre qui lui semblait soudain trop étroite. Enroulant une couverture autour de ses épaules, elle s'approcha de la fenêtre. La lune, ronde et lumineuse, semblait la surveiller. Elle ressentit un frisson parcourir son échine, un mélange de peur et de curiosité.
Pourquoi ces rêves ? Pourquoi maintenant ? Elle était habituée à ressentir des choses étranges, des intuitions qu'elle ne pouvait expliquer, mais cela... c'était différent. C'était plus intense, plus réel. Et ce loup noir... elle avait l'impression de l'avoir déjà vu quelque part, mais où ?
Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas immédiatement les pas légers qui approchaient derrière elle. Ce fut la voix douce mais grave de sa mère qui la ramena à la réalité.
« Encore ces cauchemars ? » demanda-t-elle doucement.
Alina hocha la tête, se tournant pour faire face à la femme qui l'avait élevée avec une force et une grâce qu'elle admirait chaque jour un peu plus. Sa mère semblait fatiguée, comme si elle portait un fardeau invisible, mais ses yeux brillaient toujours de cette sagesse insondable.
« Ils sont différents cette fois, maman. Plus clairs. Et cette voix... ce loup... » Elle s'interrompit, cherchant les mots justes. « Il veut me dire quelque chose. »
Sa mère la regarda longuement, comme si elle pesait chaque mot avant de parler. « Il est peut-être temps que je te dise certaines choses, ma chérie. »
Alina sentit son cœur se serrer. Elle savait que sa mère cachait des secrets, des choses sur leur famille, sur ses origines. Mais elle n'avait jamais osé poser trop de questions, craignant les réponses.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » murmura-t-elle.
La femme s'assit sur le bord du lit, son regard perdu dans le vide. « Ton père... il n'était pas comme les autres. Il venait d'un monde que tu ne connais pas encore, un monde où les règles sont dictées par la force et la loyauté. Il m'a parlé d'une prophétie avant ta naissance, une prophétie qui te concerne. »
Alina sentit un frisson la traverser. « Une prophétie ? »
Sa mère hocha la tête. « Je ne connais pas tous les détails, mais ce que je sais, c'est que tu as un rôle important à jouer. Et ces rêves... ces visions... elles sont peut-être là pour te guider. »
Alina ouvrit la bouche pour poser une question, mais sa mère leva une main, l'arrêtant. « Ce n'est pas encore le moment de tout savoir. Mais fais-moi confiance, ma chérie. Écoute ton instinct. Il te mènera là où tu dois aller. »
Un mélange de frustration et de peur s'empara d'Alina. Pourquoi ne pouvait-elle pas tout savoir maintenant ? Pourquoi ces secrets, ces demi-vérités ? Mais elle connaissait sa mère. Si elle disait qu'il n'était pas encore temps, c'est qu'il y avait une raison.
Elle passa le reste de la nuit à réfléchir, incapable de trouver le sommeil. Lorsque l'aube arriva enfin, elle se sentait encore plus fatiguée qu'avant, mais une détermination nouvelle brûlait en elle. Elle devait découvrir la vérité, quoi qu'il en coûte.
Le jour suivant, elle retourna à la bibliothèque, espérant y trouver un semblant de normalité. Les livres avaient toujours été son refuge, son échappatoire. Mais à peine eut-elle franché la porte qu'elle sentit une présence familière. Kai était là, assis à une table, feuilletant distraitement un livre.
Elle hésita, ne sachant pas si elle devait l'ignorer ou aller le voir. Mais avant qu'elle ne puisse prendre une décision, il leva les yeux et croisa son regard. Un sourire énigmatique étira ses lèvres, et il lui fit signe de s'approcher.
« Décidément, on dirait que nos chemins se croisent souvent, » dit-il avec un ton moqueur lorsqu'elle s'installa en face de lui.
« Peut-être que c'est toi qui me suis, » répliqua-t-elle, reprenant les mots qu'elle lui avait lancés la veille.
Il éclata de rire, un rire sincère qui adoucit les traits de son visage habituellement si sérieux. « Touché. »
Un silence s'installa, mais ce n'était pas un silence gênant. Il y avait quelque chose dans l'air, une tension, une curiosité mutuelle. Kai la regardait avec une intensité qui la mettait mal à l'aise, mais elle ne détourna pas les yeux.
« Tu sembles fatiguée, » dit-il finalement. « Mauvaise nuit ? »
Elle hésita, se demandant si elle devait lui parler de ses rêves. Mais quelque chose dans son regard la poussa à se confier. « Disons que j'ai eu des... cauchemars. »
Il hocha la tête, comme s'il comprenait parfaitement. « Les cauchemars, je connais. Parfois, ils sont plus qu'ils ne le paraissent. »
Elle le fixa, intriguée. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Il haussa les épaules, mais son regard était sérieux. « Disons que dans notre monde, les rêves peuvent être des messages. Des avertissements. »
Un frisson la traversa. Comment pouvait-il savoir ? Était-il possible qu'il ait vécu quelque chose de similaire ? Mais avant qu'elle ne puisse poser d'autres questions, une voix grave les interrompit.
« Kai. »
Ils se retournèrent pour voir un homme imposant, vêtu d'un costume sombre, se tenir à l'entrée de la bibliothèque. Kai se leva, son expression passant de détendue à méfiante en un instant.
« Qu'est-ce que tu veux, Theron ? » demanda-t-il d'un ton sec.
« Ton père veut te voir. C'est urgent. »
Kai grogna, mais il se tourna vers Alina, son regard s'adoucissant légèrement. « On reprend cette conversation plus tard. »
Et avant qu'elle ne puisse répondre, il était parti, laissant Alina seule avec ses pensées. Elle se sentait étrangement vide, comme si sa présence avait chassé un poids qu'elle ne réalisait même pas porter. Mais elle savait que leur histoire ne faisait que commencer.