Chapitre 2
Je tenais le test de grossesse positif dans ma main tremblante, un sourire timide flottant sur mes lèvres. J'allais enfin pouvoir lui annoncer la nouvelle, à lui, l'homme de ma vie, Marc.
J'imaginais déjà sa réaction, ses yeux brillants de joie, ses bras m'enlaçant pour me soulever de terre. Nous en parlions depuis des mois, de cet enfant qui viendrait sceller notre amour.
Pour immortaliser ce moment, j'ai pris une photo du test et j'ai ouvert Instagram, pensant trouver une idée originale pour lui annoncer. C'est là que je l'ai vue. Une photo publiée il y a à peine une heure.
C'était une photo de Marc.
Il était assis à la terrasse d'un café chic, un sourire radieux sur le visage. À côté de lui, une femme que je ne connaissais pas, incroyablement belle, posait sa tête sur son épaule. La légende, publiée par cette femme, Sophie Martin, disait : « Mon amour, mon futur, mon tout. Bientôt, le monde sera à nous. »
Mon cœur a cessé de battre. Le téléphone m'a glissé des mains et s'est écrasé sur le carrelage. Le bruit sourd a résonné dans le silence de notre appartement. Ce n'était pas possible. Ça devait être une erreur, une mauvaise blague.
Je me suis penchée pour ramasser le téléphone, mes mains tremblaient si fort que j'avais du mal à le tenir. J'ai cliqué sur le profil de cette Sophie. Des dizaines de photos d'elle et Marc. Des week-ends en amoureux, des dîners romantiques, des gestes tendres. Des photos prises pendant ses "voyages d'affaires", pendant ses "réunions tardives".
Un mensonge. Toute notre vie était un mensonge.
La porte d'entrée s'est ouverte. Marc est entré, fredonnant un air joyeux.
« Chérie, je suis rentré ! »
Il a posé ses clés sur la console et s'est approché de moi. Son sourire s'est effacé en voyant mon visage.
« Léa ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu es toute pâle. »
Je n'ai pas pu parler. Je lui ai juste tendu le téléphone, l'écran allumé sur la photo de lui et Sophie.
Il a regardé l'écran, et son expression a changé. Pas de surprise, pas de honte. Juste une sorte de lassitude, de résignation. Il a soupiré.
« Bon, tu l'as découvert plus tôt que prévu. Assieds-toi, il faut qu'on parle. »
Il a parlé, et chaque mot était un coup de poignard. Il ne s'est pas excusé. Il a parlé de Sophie avec admiration, presque avec vénération.
« Léa, tu ne comprends pas. Sophie n'est pas n'importe qui. C'est Sophie Legrand. »
Legrand. Le nom du plus grand magnat de l'immobilier du pays. Un nom qui pesait des milliards.
« Son père va investir dans mon entreprise. Il va me sauver de la faillite. Grâce à elle, je vais enfin avoir la vie que je mérite. »
J'étais abasourdie. C'était donc ça. L'argent. Le statut social. Tout ce qui lui importait.
« Et moi ? Et nous ? Et... »
Je n'ai pas pu finir ma phrase, ma main se posant instinctivement sur mon ventre. Je n'arrivais pas à lui parler du bébé. Pas maintenant. Pas comme ça.
« Nous ? Léa, sois réaliste. Tu ne m'as jamais rien apporté. Tes parents sont des gens simples, tu n'as pas de relations, pas d'argent. J'ai besoin de plus. J'ai besoin de Sophie. »
Je le regardais, mais je ne reconnaissais plus l'homme que j'avais épousé. C'était un étranger, un monstre froid et calculateur.
« Alors tu veux le divorce, c'est ça ? » ai-je demandé, ma voix un simple murmure brisé.
Et c'est là qu'il a dit la chose la plus folle, la plus insultante que j'aie jamais entendue.
« Le divorce ? Non, pas forcément tout de suite. Écoute, j'ai une proposition. Tu restes ma femme aux yeux de tous. Tu gardes la maison. Et je continue ma relation avec Sophie. Elle est au courant pour toi, ça ne la dérange pas. Elle sait que j'ai besoin d'une façade respectable. C'est un arrangement parfait, non ? Tu ne manqueras de rien. »
Un arrangement parfait. Il voulait que je sois le paravent de sa liaison, la gardienne de sa respectabilité pendant qu'il construisait sa fortune sur le dos d'une autre. Il me demandait de regarder, en silence, l'homme que j'aimais en aimer une autre.
La rage a submergé le chagrin. Une fureur froide et pure.
Je me suis levée d'un bond. Ma main est partie toute seule. Le son de la gifle a claqué dans l'appartement.
« Va-t'en. »
Il a porté la main à sa joue, me regardant avec une surprise outrée.
« Léa, ne sois pas stupide... »
« J'ai dit, VA-T'EN ! Sors de ma maison ! »
Ma voix était méconnaissable, stridente de douleur et de colère.
Il a reculé, a pris ses clés et s'est dirigé vers la porte. Avant de partir, il s'est retourné, un regard de mépris dans les yeux.
« Tu le regretteras, Léa. Tu signes ta propre misère. Tu n'es rien sans moi. »
La porte a claqué. Je me suis effondrée sur le sol, le test de grossesse toujours serré dans mon poing. Je n'étais pas seulement trahie. J'étais anéantie. Et je portais l'enfant de l'homme qui venait de me détruire.
Chapitre 3
La nuit a été longue. La pluie s'est mise à tomber, une pluie battante qui frappait les fenêtres comme pour accompagner mes larmes. Allongée dans le lit vide, je repensais à tout ce que j'avais fait pour Marc.
Quand nous nous sommes rencontrés, il était plein de rêves mais sans un sou. Son entreprise de design était au bord du gouffre. J'étais jeune diplômée d'une grande école de commerce, avec des offres d'emploi prestigieuses à l'étranger. Mais j'étais amoureuse. follement amoureuse.
Alors j'ai tout refusé pour lui. J'ai pris un petit boulot d'assistante pour payer nos factures. J'ai utilisé toutes mes économies, l'argent que mes parents m'avaient mis de côté, pour renflouer sa société. Je passais mes nuits à l'aider sur ses projets, à corriger ses propositions, à croire en lui plus qu'il ne croyait en lui-même.
Mes parents n'approuvaient pas notre mariage. "Il n'est pas pour toi, Léa," me disait mon père. "Il ne voit en toi qu'une étape, pas une destination." Je m'étais disputée avec eux, persuadée qu'ils ne comprenaient pas la force de notre amour. J'avais coupé les ponts pendant des mois, trop fière pour admettre qu'ils pouvaient avoir raison.
Et maintenant, j'étais là. Seule. Trahie. Et enceinte.
Je me sentais stupide. Terriblement stupide. Comment avais-je pu être si aveugle ? Tous les signes étaient là : les absences de plus en plus fréquentes, l'irritabilité quand je posais des questions, les cadeaux coûteux qu'il ne pouvait pas se permettre... Je mettais tout sur le compte du stress de son travail.
Le lendemain matin, je n'ai pas bougé du lit. Le monde extérieur n'existait plus. Seule ma douleur était réelle.
Vers midi, j'ai entendu la porte s'ouvrir. C'était Marc. Mon cœur s'est serré. Une partie de moi, la partie la plus idiote et la plus désespérée, a espéré qu'il revenait s'excuser, qu'il allait me dire que tout ça n'était qu'un terrible cauchemar.
Il est entré dans la chambre avec un plateau. Des croissants chauds, du jus d'orange frais. Comme si de rien n'était.
« Je me suis dit que tu aurais faim, » a-t-il dit d'un ton neutre.
Il a posé le plateau sur la table de chevet. Il a évité mon regard. Cette normalité feinte était pire que la colère de la veille. C'était une insulte.
J'ai repoussé le plateau.
« Qu'est-ce que tu fais là, Marc ? »
Mon ton était glacial.
Il a soupiré, l'air agacé, comme si ma douleur était un inconvénient pour lui.
« Léa, il faut qu'on soit raisonnables. J'ai réfléchi. Ma proposition d'hier soir tient toujours, mais si tu refuses, alors il faut qu'on divorce. Et vite. »
Il a sorti une liasse de papiers de sa mallette et l'a jetée sur le lit.
« Un accord de divorce. »
J'ai pris les papiers. Mes yeux ont parcouru les lignes. C'était une blague. Une mauvaise blague. Il demandait le divorce pour faute, m'accusant d'abandon du domicile conjugal. Il gardait l'appartement, la voiture, et tous les biens que nous avions acquis. Pour moi, rien. Pas un centime de pension compensatoire. Il me jetait à la rue.
Et puis, j'ai vu la clause qui a fait déborder le vase. Il renonçait à toute responsabilité parentale future, en échange de mon silence sur notre mariage. Il avait dû se douter. Il avait dû comprendre que j'étais enceinte.
« Tu savais, » ai-je murmuré. « Tu savais pour le bébé. »
Son visage s'est durci.
« Je m'en doutais. Et c'est justement pour ça que tu dois signer. Pense à cet enfant, Léa. Tu n'as pas de travail, pas d'argent. Comment vas-tu l'élever ? Si tu signes, je te donnerai une petite somme, de quoi te retourner pour quelques mois. Si tu refuses, tu n'auras rien. Tu finiras à la rue, avec un gamin sous le bras. C'est ça que tu veux pour lui ? »
C'était du chantage. Il utilisait notre enfant, son propre enfant, comme une arme contre moi. Pour me dépouiller. Pour se libérer de toute contrainte et courir dans les bras de sa riche héritière.
Le visage de l'homme en face de moi était celui d'un prédateur. Froid, sans pitié, sans âme. L'amour que j'avais eu pour lui s'est transformé en une haine pure et glaciale. J'ai réalisé à cet instant que je ne pleurerais plus jamais pour cet homme. Mais je le ferais payer. Oh oui, je le ferais payer.