Chapitre 3
Marc a serré les dents. « Tu comptes continuer à jouer la comédie encore longtemps ? Taïs est si inquiète pour son chien qu'elle n'ose même plus dormir. Et toi ? T'es juste jalouse, alors tu balances des malédictions sur l'enfant qu'on a attendu si longtemps. Tu te rends compte de ce que tu dis ? T'as encore une once de conscience ou pas ? »
Je n'avais même plus la force de me justifier.
« Marc, je veux divorcer. Élise aussi. Appelle ton frère, qu'il vienne avec toi. Et si vous refusez de venir, je rends publique toute l'histoire entre Taïs et vous deux. On verra qui osera encore sortir la tête haute. »
Dès que j'ai mentionné Taïs, Marc, qui était encore en train de m'accuser à l'instant, a immédiatement accepté.
C'est fou, quand on y pense. Aimer ou pas aimer… la différence est si claire.
Je me suis souvenue du jour où j'avais découvert que j'étais enceinte. Ma première réaction avait été de vouloir l'annoncer à Marc.
Il ne répondait pas au téléphone, alors je m'étais renseignée auprès de ses amis et j'avais fini par aller le chercher.
Il était en pleine fête… en train de célébrer l'anniversaire de Doudou, la chienne de Taïs.
Cette chienne était maline. Taïs lui a juste lancé un regard, et elle s'est jetée sur moi comme une folle.
Je suis tombée au sol, et j'ai commencé à saigner.
Marc m'a grondée : « Doudou ne t'aime pas. Qu'est-ce que tu fais là ? Tu l'as effrayée, tu viens de gâcher toute sa fête ! »
« Je voulais juste te dire… que j'attends un enfant. »
J'ai réussi à prononcer ces mots malgré la douleur. Je pensais qu'il serait surpris, qu'il m'aiderait à me relever immédiatement.
Mais non. Il n'a pas levé un doigt. Il s'est contenté d'écouter Taïs dire : « Oh, regarde Doudou, elle a le ventre tout gonflé… On dirait qu'elle est enceinte, elle aussi ! » Et Marc l'a suivie, tout content, pour faire passer un examen de grossesse à la chienne.
C'est un autre invité, gêné par la scène, qui a fini par me conduire à l'hôpital.
En fait, c'est ce jour-là que j'aurais dû tout arrêter.
Si je l'avais fait, peut-être que j'aurais pu garder mon enfant.
Le lendemain matin, Marc et Adrien sont retournés dans la maison familiale.
Taïs était avec eux.
Élise et moi leur avons remis directement nos accords de divorce, en deux exemplaires.
Marc m'a lancé un regard sombre. « Claire, on est ensemble depuis des années. Ce bébé, on l'a attendu si longtemps. Pour lui, je suis prêt à te laisser une dernière chance : tu présentes tes excuses à Taïs, et on tourne la page. »
Adrien a pris la parole, la voix glaciale : « Et toi aussi, Élise. »
Tous les deux ont pris le parti de Taïs. Élise et moi étions simplement… épuisées. Lasses. Amères.
Taïs a battu des cils, faussement gentille : « Mais oui, je suis pas comme vous, moi. Je suis très tolérante. Un petit 'pardon' et on n'en parle plus. »
Je lui ai rétorqué, le ton mordant : « Effectivement, on n'est pas comme toi. On n'a pas ton culot. »
Élise a renchéri : « Allez, ayez un peu de dignité et signez ces papiers. Vivez ensemble, tous les trois, j'en ai plus rien à faire. »
Marc a explosé, me traitant d'insupportable.
Adrien a ricané froidement.
Nous sommes allés ensemble au bureau de l'état civil, pour déposer la demande de divorce.
Les deux frères ont hésité plusieurs fois, mais Élise et moi les avons poussés à signer.
Une fois sorties, mon amie nous attendait devant, entièrement vêtue de noir.
« Allez, Claire, Élise. Il est temps d'enterrer le bébé. Il a déjà trop attendu. »
J'ai hoché la tête, prête à partir.
Mais Marc s'est précipité, m'a agrippée par le bras. Sa voix tremblait. « Le bébé… il est vraiment mort ? »
« Ton fils-chien, lui, va très bien. C'est mon fils à moi qui est mort. Alors non, t'as pas besoin d'être triste. » Je lui ai arraché le bras d'un geste brutal, pleine de dégoût.
Adrien, lui aussi, a complètement perdu contenance.
Refusant d'y croire, Marc a appelé un collègue à l'hôpital.
Son interlocuteur a répondu, déconcerté : « Dr. Marc, vous n'étiez pas au courant ? Il y a trois jours, votre femme a fait une embolie amniotique et une hémorragie massive. Élise a fait un miracle en la sauvant. Mais… votre fils n'a pas survécu. Il manquait un médicament vital. »
Crac.
Le téléphone de Marc est tombé au sol. L'écran s'est fissuré d'un coup, en une multitude d'éclats minuscules.