Chapitre 2
En voyant mon ventre plat, Marc a eu un moment de stupeur, puis a aussitôt froncé les sourcils.
« Élise, même si tu es très proche de Claire, tu n'aurais jamais dû collaborer à sa comédie en lui faisant une césarienne anticipée. Prendre la chirurgie à la légère comme ça… Tu ne mérites même pas d'être médecine ! Le bébé est où, d'ailleurs, je… »
Il n'a pas fini sa phrase. Taïs l'a appelé. Elle lui a dit qu'il restait encore un chiot dans le ventre de la chienne.
Marc s'est mis à paniquer. « Claire, tu as vraiment dépassé les bornes cette fois. Quand j'aurai fini d'aider Taïs pour l'accouchement de sa chienne, on réglera ça ! »
Et il est parti à la hâte.
Élise, folle de rage, a voulu le retenir pour qu'il s'explique.
Mais son mari, Adrien, est arrivé et l'a arrêtée.
« Élise, si tu veux faire n'importe quoi, très bien, mais laisse ma belle-sœur en dehors de tes histoires. Elle est enceinte, tu veux vraiment qu'elle se prenne la tête avec Marc dans son état ? Tu réfléchis ou pas du tout ? Même cinq ans de relation, ça tiendra pas si tu continues à tout foutre en l'air. Tu veux divorcer ? Cette fois, je fais comme si j'avais rien entendu. Mais y aura pas de deuxième chance. »
Il a rattrapé Marc, et les deux frères sont partis ensemble, en toute hâte.
Peu après, ils sont apparus en direct dans le livestream de Taïs, en train de s'occuper de la chienne et de ses petits.
Les internautes, ravis de voir les deux frères, ont inondé les commentaires du live :
【Wow, Taïs va trop bien avec ces deux frères.】
【Un médecin doux, un PDG autoritaire… deux mecs de rêve, et Taïs les a tous les deux !】
【Leur regard attendri envers les chiots… on dirait qu'ils regardent leurs propres enfants.】
Rougissante, Taïs a lancé un regard aux deux hommes. « Mes fans racontent n'importe quoi. Si ça vous dérange, je peux cadrer la caméra sur moi seule. »
Marc a souri gentiment : « Pas de souci, ça ne me dérange pas. »
Adrien a secoué la tête : « Moi non plus, ça me va. »
Élise a à peine regardé quelques secondes du live avant de refermer l'application, furieuse.
« Donc les chiots passent avant leur propre fils et neveu ? C'est du délire ! »
J'avais les yeux si gonflés qu'ils me brûlaient. « C'est normal… c'est le chien de leur précieuse amour de jeunesse. »
Élise a tourné la tête vers moi, le regard rempli de tristesse. « Le pire, c'est pour ce bébé. Tu l'attendais depuis si longtemps… »
« Il a donné sa vie pour me rappeler qu'il était temps de mettre fin à cette mascarade à trois. »
J'avais tant pleuré que mes larmes s'étaient taries.
Après la douleur, il ne restait plus que le vide. Je ne voulais plus qu'une chose : divorcer, et vite.
Élise aussi avait perdu tout espoir en Adrien.
Nous avons engagé un avocat pour rédiger l'accord de divorce. Mais impossible de joindre les deux frères. Introuvables.
Ce n'est qu'à une heure du matin, incapable de dormir, que je suis tombée sur une story de Taïs.
【Il dit que le chiot est son fils aîné légitime, et que son propre enfant devra l'appeler « grand frère ». Est-ce que ça compte comme aimer jusqu'à la niche ?】
Le post était accompagné d'une courte vidéo :
On y voyait Taïs en peignoir, tenant dans ses mains un minuscule chiot encore tout doux. En fond sonore, on entendait le bruit de l'eau qui coulait. Deux vêtements de Marc traînaient au sol.
J'ai senti une douleur me traverser la poitrine.
Marc avait toujours eu un faible pour Taïs. Leur relation avait toujours été floue. Qu'ils aient fini par franchir la ligne, ce n'était pas vraiment une surprise.
J'ai pris une capture d'écran et je la lui ai envoyée.
【Rappelle-moi. Ou je dépose une demande de divorce pour adultère. C'est toi qui choisis.】
Il ne s'est pas écoulé longtemps avant qu'il m'appelle, complètement affolé.
« Claire, ne te méprends pas ! Je faisais juste une douche chez Taïs, rien de plus ! »
J'ai pris sur moi pour ne pas hurler : « On n'a pas de salle de bain chez nous ? Les hôtels, ça n'existe plus ? Tu serais mort si tu t'étais lavé ailleurs que chez elle ? »
La panique de Marc n'a duré qu'une minute. Très vite, elle s'est transformée en colère.
« Tu peux arrêter d'être aussi méchante, à la fin ? La chienne de Taïs allait pas bien après avoir mis bas, je suis juste resté pour l'aider un peu, c'est tout ! On a grandi ensemble, je la considère comme une petite cousine de quartier. Y a que toi, avec ton esprit tordu, pour mal interpréter ça ! »
« Une 'petite cousine' dont le chien compte plus que ta femme et ton enfant, c'est ça ? Marc, notre bébé est mort. Moi, j'ai failli mourir sur la table d'opération. Deux vies ! Et dans ton cœur, même ça ne vaut pas plus que le foutu chien de Taïs ! »
En arrivant à la fin de ma phrase, ma voix s'est brisée. Je n'ai pas pu me retenir, et j'ai éclaté en sanglots.
Chapitre 3
Marc a serré les dents. « Tu comptes continuer à jouer la comédie encore longtemps ? Taïs est si inquiète pour son chien qu'elle n'ose même plus dormir. Et toi ? T'es juste jalouse, alors tu balances des malédictions sur l'enfant qu'on a attendu si longtemps. Tu te rends compte de ce que tu dis ? T'as encore une once de conscience ou pas ? »
Je n'avais même plus la force de me justifier.
« Marc, je veux divorcer. Élise aussi. Appelle ton frère, qu'il vienne avec toi. Et si vous refusez de venir, je rends publique toute l'histoire entre Taïs et vous deux. On verra qui osera encore sortir la tête haute. »
Dès que j'ai mentionné Taïs, Marc, qui était encore en train de m'accuser à l'instant, a immédiatement accepté.
C'est fou, quand on y pense. Aimer ou pas aimer… la différence est si claire.
Je me suis souvenue du jour où j'avais découvert que j'étais enceinte. Ma première réaction avait été de vouloir l'annoncer à Marc.
Il ne répondait pas au téléphone, alors je m'étais renseignée auprès de ses amis et j'avais fini par aller le chercher.
Il était en pleine fête… en train de célébrer l'anniversaire de Doudou, la chienne de Taïs.
Cette chienne était maline. Taïs lui a juste lancé un regard, et elle s'est jetée sur moi comme une folle.
Je suis tombée au sol, et j'ai commencé à saigner.
Marc m'a grondée : « Doudou ne t'aime pas. Qu'est-ce que tu fais là ? Tu l'as effrayée, tu viens de gâcher toute sa fête ! »
« Je voulais juste te dire… que j'attends un enfant. »
J'ai réussi à prononcer ces mots malgré la douleur. Je pensais qu'il serait surpris, qu'il m'aiderait à me relever immédiatement.
Mais non. Il n'a pas levé un doigt. Il s'est contenté d'écouter Taïs dire : « Oh, regarde Doudou, elle a le ventre tout gonflé… On dirait qu'elle est enceinte, elle aussi ! » Et Marc l'a suivie, tout content, pour faire passer un examen de grossesse à la chienne.
C'est un autre invité, gêné par la scène, qui a fini par me conduire à l'hôpital.
En fait, c'est ce jour-là que j'aurais dû tout arrêter.
Si je l'avais fait, peut-être que j'aurais pu garder mon enfant.
Le lendemain matin, Marc et Adrien sont retournés dans la maison familiale.
Taïs était avec eux.
Élise et moi leur avons remis directement nos accords de divorce, en deux exemplaires.
Marc m'a lancé un regard sombre. « Claire, on est ensemble depuis des années. Ce bébé, on l'a attendu si longtemps. Pour lui, je suis prêt à te laisser une dernière chance : tu présentes tes excuses à Taïs, et on tourne la page. »
Adrien a pris la parole, la voix glaciale : « Et toi aussi, Élise. »
Tous les deux ont pris le parti de Taïs. Élise et moi étions simplement… épuisées. Lasses. Amères.
Taïs a battu des cils, faussement gentille : « Mais oui, je suis pas comme vous, moi. Je suis très tolérante. Un petit 'pardon' et on n'en parle plus. »
Je lui ai rétorqué, le ton mordant : « Effectivement, on n'est pas comme toi. On n'a pas ton culot. »
Élise a renchéri : « Allez, ayez un peu de dignité et signez ces papiers. Vivez ensemble, tous les trois, j'en ai plus rien à faire. »
Marc a explosé, me traitant d'insupportable.
Adrien a ricané froidement.
Nous sommes allés ensemble au bureau de l'état civil, pour déposer la demande de divorce.
Les deux frères ont hésité plusieurs fois, mais Élise et moi les avons poussés à signer.
Une fois sorties, mon amie nous attendait devant, entièrement vêtue de noir.
« Allez, Claire, Élise. Il est temps d'enterrer le bébé. Il a déjà trop attendu. »
J'ai hoché la tête, prête à partir.
Mais Marc s'est précipité, m'a agrippée par le bras. Sa voix tremblait. « Le bébé… il est vraiment mort ? »
« Ton fils-chien, lui, va très bien. C'est mon fils à moi qui est mort. Alors non, t'as pas besoin d'être triste. » Je lui ai arraché le bras d'un geste brutal, pleine de dégoût.
Adrien, lui aussi, a complètement perdu contenance.
Refusant d'y croire, Marc a appelé un collègue à l'hôpital.
Son interlocuteur a répondu, déconcerté : « Dr. Marc, vous n'étiez pas au courant ? Il y a trois jours, votre femme a fait une embolie amniotique et une hémorragie massive. Élise a fait un miracle en la sauvant. Mais… votre fils n'a pas survécu. Il manquait un médicament vital. »
Crac.
Le téléphone de Marc est tombé au sol. L'écran s'est fissuré d'un coup, en une multitude d'éclats minuscules.