Chapitre 2
Chapitre 1 : Une demi-heure avant l’accident
Dans les hauteurs de Pausilippe, à Naples,
Marco voulut retenir Charlène encore un peu, en l’enlaçant tendrement, mais la jeune femme dénoua ses mains d’autour d’elle et lui dit en souriant :
_ Je dois vraiment y aller, je ne peux pas laisser ma sœur passer la nuit seule.
_ Chérie, on est fiancé et on attend un enfant, tenta de la convaincre l’homme, tandis qu’elle se levait du lit et qu’elle se rhabillait, il serait plus logique que tu viennes vivre avec moi. Quant à ta sœur… et bien, elle n’a qu’à emménager ici, la villa ne manque pas de chambres…
_ C’est gentil de proposer, mais tu sais comme moi que les choses ne sont pas aussi simples.
_ Elles le sont pour moi, déclara Marco en se levant à son tour et en allant lui faire face.
_ Ce que je veux dire, c’est qu’il vaut mieux attendre encore un peu, au moins le temps de convaincre ta mère.
_ Charlène, tu es la femme de ma vie et je t’aime à la folie, ce que peut dire cette vieille sorcière concernant notre union me passe au-dessus de la tête. Il n’y aura pas d’autre Madame Alfonsi en dehors de toi, et dès qu’elle apprendra que tu portes mon héritier, crois-moi, elle sera obligée de se soumettre à cette idée.
_ Et quand comptes-tu lui dire, Marco ? Je suis à cinq mois de grossesse et tu ne sembles toujours pas décidé à la prévenir.
Le soupir de sa fiancée en dit long sur les doutes que leur situation insinuait en elle.
_ Ne crois surtout pas que j’ai peur de la peiner en lui apprenant la nouvelle, se défendit l’homme, seulement tant que le conseil d’administration n’est pas encore passé, et que je n’ai pas été nommé nouveau P.D.G, je dois garder ta grossesse secrète.
Charlène le regardait avec une profonde tristesse, et il savait très bien pourquoi. Ayant perdu ses parents, jeune, elle aurait aimé que les choses se passent au mieux entre sa mère et lui.
Et de savoir qu’elle était le sujet même de leur éloignement, la minait au plus haut point.
_ Je suis désolée Marco mais… je ne sais plus où j’en suis avec tout ça. J’aimerais te dire que je comprends les manœuvres que tu déploies pour récupérer le Groupe Alfonsi, mais je n'y arrive pas. Cacher l’existence de notre enfant, qui est tout de même la plus belle chose qui nous soit arrivé, j’ai vraiment dû mal…
_ On a déjà parlé de ce sujet et tu sais que ce n’est qu’une question de temps. Dans un mois au plus tard, on pourra étaler notre bonheur au grand jour…
Marco attira sa bien-aimée à lui et déposa un baiser sur son front.
Elle ne semblait toujours pas convaincue de ses choix, mais elle ne dit rien de plus. Elle se contenta d’opiner légèrement de la tête et lui sourit timidement.
_ Il se fait tard, je dois rentrer…
_ Je vais demander au chauffeur de te ramener dans ce cas.
_ Non ce n’est pas nécessaire. J’ai ma voiture…
En contrebas, dans le quartier de Chiaia,
Lila se releva péniblement après que sa tête a cogné violemment ta table. La gifle que son père venait de lui infliger n’avait apparemment pas suffi à apaiser la rage de sa belle-mère, alors celle-ci s’abattit sur elle à son tour.
Maurine Farola mettait toutes ses forces dans ses coups, et qu’importe que la jeune femme suppliât ou pleurât.
Son père qui était du genre à exécrer les cris, quitta le grand salon et alla s’enfermer dans son bureau insonorisé.
_ Je n’aurais jamais dû te sortir du caniveau où tu pourrissais ! Gronda sa marâtre. À l’heure qu’il est, tu serais là, où ta saleté de mère t’a mis au monde. Comment j’ai pu amener la fille d’une traînée chez moi, pour l’élever avec mes propres enfants ! Une putain ne peut enfanter autre chose qu’une putain !
Tout en la couvrant de qualificatifs honteux et en la calomniant de faits inexistants, Maurine ne relâchait pas sa belle-fille.
Ses longs cheveux noirs enroulés dans ses mains maigres et boursoufflés de veines, cette femme la traîna à travers le salon sous les yeux moqueurs de son fils. Heureusement que sa jeune sœur, elle, était à l’internat, songea Lila en ravalant ses sanglots. Elle n'aurait pas supporté cette scène et aurait essayé d'intervenir.
Quel était le tort de la jeune femme ?
Refuser de servir les intérêts de Maurine, en acceptant de se marier avec un homme qu’elle connaissait à peine et qui était aussi perfide que violent.
Voilà, quel était son tort.
_ Maman, tu vas finir par te casser un ongle, lui dit Alex qui était l’aîné de sa belle-mère et qu’elle avait eut avec un premier mari, tu ne devrais pas te mettre dans un état pareil pour cette idiote.
_ Que vais-je faire si Benito Salvatore rompt leurs fiançailles ? Tu veux me le dire ? Et comment pourrais-je encore résider dans cette ville après l’affront que cette peste lui a fait ?! Tu te crois trop bien pour lui ? Demanda-t-elle avec rage à sa belle-fille. Tu penses que tu peux te refuser à un homme de son statut ?!
Tout en disant cela, elle la jeta au sol et l’écrasa de ses talons, comme on écrase un vulgaire insecte.
_ Je suis désolée, supplia la jeune fille qui espérait que les choses se calmeraient après ses excuses. Je suis désolée…
_ Tu es désolée ? Continua Maurine hors d’elle. Eh bien tu vas avoir de quoi l’être ! Je vais te donner une leçon et après cela tu appelleras Benito Salvatore et tu t’excuseras platement pour ton comportement déplacé. Tu lui diras aussi que tes paroles ont dépassé ta volonté et que tu veux toujours l’épouser. Tu m’entends ?!
Lila avait pris sa décision mais elle acquiesca de la tête pour ne pas envenimer la situation.
Ce soir-là et tout au long de la route qui séparait la demeure de Benito de la sienne, elle avait pleuré tout en se questionnant sur son existence.
À quoi rimait-elle au juste ?
Lila s’était, pour une fois, posée la bonne question et sa réponse fut cinglante : A rien.
En quittant Rione Sanita et la misère qui allait avec, elle ne s’était pas imaginée, une seule seconde, que c’était pour aller tout droit en enfer.
Un enfer entouré de luxe, certes, mais un enfer tout de même…
Chapitre 3
Chapitre 2 : Fuir
Le visage tuméfié et le corps rompu de coups, Lila restait étendue au sol. Sa vision était troublée par les larmes, mais elle distinguait clairement l’expression de mépris de Maurine.
_ Allez maman, je pense qu’elle a compris, lui dit Alex qui devait sûrement avoir besoin d’argent et qui attendait qu’elle ait fini pour lui soutirer quelques milliers d’euros.
Mère et fils s’éloignèrent d’elle et sortirent du grand salon.
« Tu dois te relever, s’ordonna Lila qui savait qu’elle n’aurait peut-être plus la force de prendre cette décision plus tard. Tu dois te relever et partir d’ici. »
Tout en tenant son ventre endolori, elle se redressa en prenant appui sur l’un des fauteuils.
Ses jambes flageolaient et son cœur battait la chamade à l’idée que Maurine ne revienne et ne la voit en train de quitter la maison.
Elle se dépêcha autant que son corps le lui permit et alla prendre son sac qui était toujours dans l’entrée.
Les clés de sa voiture dans la main, Lila regardait autour d’elle, au cas où, puis activa le pas et alla s’engouffrer dans son véhicule.
Elle ne savait pas encore où elle allait se rendre, mais le plus urgent était de s’éloigner et de réfléchir tranquillement à ce qu’elle allait faire ensuite.
« Tout ce que tu feras, même mendier, sera toujours mieux que de rester subir ce que tu subis, lui dit une petite voix à l’intérieur. »
Comment ces gens pouvaient-ils se prétendre être sa « famille » ? Elle était rentrée, bouleversée par son entrevue avec son fiancé, au lieu de prendre son parti et de s’insurger à propos du comportement déplacé de cet homme, on lui donnait raison.
Pire, on faisait fi de sa souffrance et en lui en rajoutait.
Il était vrai que la famille Salvatore était l’une des plus influentes de Chiaia, mais cela ne lui donnait pas le droit de faire ce qu’il avait tenté de faire.
Lila, contrairement à ce que colportait sa belle-mère, n’avait jamais eu personne dans sa vie et elle avait besoin de temps avant d’envisager d’aller plus loin avec cet homme, qu’elle n’aimait pas, soit-dit en passant.
Tandis que la grille de l’entrée s’ouvrait, la jeune femme crut entendre des voix l’appeler. Le cœur battant elle se tourna et vit Maurine et Alex qui accourait dans sa direction.
Puis en voyant qu’elle était prête à sortir, Alex retourna à l’intérieur et Lila comprit que c’était pour récupérer les clés de son propre véhicule.
Tout en accélérant comme une forcenée, la jeune femme sortit de la propriété et fonça droit devant elle.
Alex ne devait pas la rattraper auquel cas, elle passerait un très mauvais quart d’heure. S’il y avait bien une personne qu’elle redoutait plus que Maurine, c’était lui.
Cet homme ne ménageait pas sa force quand il s’agissait de la corriger, et il semblait toujours en tirer un certain plaisir. Les yeux rougis par on ne savait quelle substance, il lui avait dit plus d’une fois que ça lui était agréable de l’avoir ainsi, à sa merci.
Et dire que c’était pour ces gens, qu’elle avait accepté ce mariage tordu.
Elle voulait tellement avoir une famille, dans le regard de laquelle, elle se sentirait exister, qu’elle s’était pliée à toutes leurs exigences.
Quand on lui a interdit de continuer ses études, quand on la relégua aux tâches les plus ingrates de la maison, quand on lui fit signer un renoncement total aux biens qui auraient pu lui revenir un jour… Lila avait toujours baissé la tête et s’était exécutée sans causer le moindre problème.
Elle avait toujours gardé à l’esprit ce que sa belle-mère lui avait dit à son arrivée chez son père : « Tu devrais être reconnaissante, rien ne nous obligeait à t’accueillir chez nous. »
De la reconnaissance elle en avait sincèrement eu, au départ, puis très vite aprèsla mort de sa mère, c'était la servitude qui était exigée d’elle…
Le soir où on lui apprit ses fiançailles avec Benito Salvatore, elle s’était sentie si mal, qu’elle crut défaillir. Seulement en entendant son père lui expliquer que cela allait hisser leur famille à un rang supérieur, la jeune femme n’eut pas le cœur de le priver de ses espoirs.
Et pour ce faire, elle étouffa les siens…
Lila entendit un vrombissement qu’elle connaissait bien, elle jeta un bref coup d’œil à son rétroviseur. Au volant de sa voiture de sport, Alex la rattrapait sans mal sur le boulevard qui longeait la côte.
En même temps avec son vieux tas de ferraille, elle ne risquait pas de rivaliser avec lui. Même en écrasant totalement la pédale, elle avait l’impression de faire du sur-place.
Alex la doubla et lui fit le geste de se garer.
Ses yeux étaient furieux et la jeune femme fut parcouru d’un frisson à l’idée qu’il lui mette la main dessus.
Ce que lui avait fait Benito ou sa belle-mère un peu plus tôt, n'etait rien en comparaison avec ce qui l'attendait.
Quand l’homme se mit devant elle pour l’obliger à ralentir, sa peur fut si vive, qu’elle en troubla ses sens. Son appréciation de l’environnement qui l’entourait et sa prise de décision se perturbèrent grandement.
Et pour échapper à son poursuivant, elle le doubla et fonça droit devant elle, tout en ignorant le feu qui se trouvait à quelques dizaines de mètres….
_ Tenez bon, mademoiselle Farola, il faut que vous vous battiez…
La voix de l’urgentiste continuait de raisonner dans sa tête, même si un voile noir la séparait de la conscience.
Se battre… mais pour quelle raison devait-elle se battre ?
Comme pour lui répondre l’image de Phoebe, lui apparut clairement. Elle était sa demi-sœur certes, mais l’adolescente était la seule qui se souciait d’elle…