Chapitre 2

La pièce était silencieuse. Un silence lourd, épais, que l'on pouvait presque toucher. Les murs, d'un gris terne, semblaient rétrécir autour de moi, me comprimant dans cet espace clos. L'air, chargé d'une odeur persistante de cuir et de bois ciré, m'étouffait. Un parfum étrange, légèrement métallique, flottait aussi dans la pièce, comme un écho discret de la violence du monde extérieur. Je me tenais là, en face de lui. Dominic Valenti. L'homme qui allait changer ma vie à jamais.

Ses yeux, sombres comme une nuit sans lune, me fixaient. Pas de colère, pas de passion. Juste un vide glacial, une absence totale d'émotion. Pourtant, quelque chose dans son regard, une lueur furtive qui traversa ses pupilles, me fit frissonner. Peut-être une forme de défi, une promesse secrète, ou peut-être quelque chose de plus sinistre. Mais peu importait. Je savais au fond de moi que tout ce que j'avais connu jusque-là, tout ce qui faisait de moi Elena Bellucci, allait se dissoudre ici, dans cette pièce froide, entre ces murs froids.

Le bruit du stylo glissant sur le papier me fit sursauter. Un simple geste, mais c'était comme si chaque courbe du stylo inscrivait une nouvelle page dans un chapitre que je n'avais pas choisi d'écrire. Le contrat. Il était là, sur la table, entre nous deux. Ses mots, pourtant simples, me condamnaient à un avenir que je ne pouvais même pas imaginer. L'accord était clair : je devais l'épouser, ce mari que je n'avais pas voulu, pour sauver la vie de mon père. Rien de plus, rien de moins.

Je regardai mes mains, tremblantes malgré moi, posées sur le dossier de la chaise. Il fallait que je signe. C'était ma seule issue. Ma seule chance de sauver ce qui restait de ma famille. L'injustice de tout cela m'enserrait la poitrine, me coupait la respiration. Mon père, l'homme qui m'avait toujours dit que la famille était sacrée, était désormais à la merci d'un homme qu'il avait, en son temps, sûrement considéré comme un simple rival. Un homme qui, à présent, devenait mon sauveur et mon geôlier. La poésie de ma situation me laissait sans voix. Comment en étais-je arrivée là ? Où étaient les jours heureux, les rires innocents, les promesses faites par mon père ? Tout cela semblait si lointain, comme un son lointain qui ne cessait de s'éloigner.

« Tu sais ce que cela signifie, Elena », dit Dominic d'une voix calme, mesurée, presque détachée. Ses yeux restaient fixés sur moi, attendant ma réponse. « C'est ta seule chance de revoir ton père. Il n'y a pas de retour en arrière. »

Je serrai les dents. Il avait raison. Il savait exactement comment me manipuler, comment jouer sur ma peur. Parce qu'au fond, il n'avait aucune pitié. Pas pour moi, pas pour mon père. Juste une décision froide, calculée, comme toute sa vie. Il n'y avait rien de personnel là-dedans. Juste des choix stratégiques, des pièces de monnaie échangées sur un échiquier bien plus grand que moi.

« Je sais », répondis-je, ma voix tremblante, mais déterminée. Si je devais le faire, je le ferais sans regrets. C'était pour mon père. Pour ma famille. Tout ce que j'avais.

Je pris le stylo qu'il me tendait, et sans plus de cérémonie, je signai. Le bruit du papier froissé sous ma main me donna l'impression d'être prisonnière de ma propre décision. Chaque mouvement semblait dénué de sens, comme si je n'étais plus que le pantin d'un jeu auquel je n'avais pas participé. Mais il n'y avait pas de retour en arrière.

Dominic ne dit rien pendant quelques instants. Il leva la tête, me regardant comme s'il me voyait pour la première fois. « Tu n'es pas comme je pensais », dit-il enfin, sa voix grave, presque fascinée. « Tu es plus... résistante que ce que je croyais."

Je ne répondis pas. Mon esprit était ailleurs. Les mots résonnaient dans ma tête, mais je ne pouvais pas les attraper. Tout ce qui comptait, c'était mon père, enfermé dans un endroit dont je n'avais aucune idée, prêt à mourir si je ne faisais pas ce que je devais faire. « Qu'est-ce que vous attendez de moi maintenant ? » demandai-je, la voix basse, presque une supplique.

Dominic se leva de son siège, et je le suivis du regard, nerveuse. Il se dirigea vers la fenêtre, les rideaux tirés, laissant la lumière de l'après-midi filtrer à peine. Son dos était droit, imposant, et pour la première fois depuis que je l'avais rencontré, j'aperçus un léger mouvement, comme une secousse, une fissure dans son apparence parfaitement maîtrisée. Mais il la cacha presque immédiatement.

« Je veux que tu saches, Elena », dit-il sans se retourner, « que ce mariage n'est pas pour toi. Ce n'est pas pour nous. C'est une formalité. Un outil. Un moyen d'obtenir ce que je veux. Et toi, tu n'es qu'une pièce dans ce jeu. »

Je ne répondis pas. Les mots me brulaient la langue, mais je les laissai se dissiper. Ce n'était plus mon problème. Ou peut-être que si, après tout. Peut-être que tout cela finirait par me détruire, mais pour l'instant, je n'avais pas le choix. Si je m'attardais à réfléchir à la signification de ses paroles, je ne ferais jamais le pas suivant.

Dominic se tourna alors vers moi, ses yeux noirs me transperçant comme une lame bien affûtée. « Tu veux savoir pourquoi je fais cela ? Pourquoi je prends le risque d'un mariage avec quelqu'un comme toi ? »

Je n'eus même pas la force de répondre, mais j'eus l'impression que ma voix s'était perdue dans un abîme d'indifférence. Il s'approcha alors de moi, sans précipitation, chaque mouvement parfaitement mesuré. « Parce que je suis fatigué, Elena », murmura-t-il enfin, comme une confession. « Fatigué d'être celui qui contrôle tout, fatigué de me battre pour tout. Je suis fatigué de cette guerre, et tu es la seule solution. Pour tout finir. »

Je ne comprenais pas. Cette voix dure et glacée, capable d'imposer le silence à quiconque se dressait devant lui, semblait soudainement fragile, comme si un voile de fatigue s'était posé sur lui, bien qu'il ne montre rien de tout cela. Mais je ne pouvais pas me laisser émouvoir. Pas maintenant. Pas quand tant était en jeu.

Il se rapprocha encore, et l'espace entre nous sembla se réduire à une simple ligne invisible. « Je ne suis pas un homme gentil, Elena. Tu apprendras vite que dans ce monde, il n'y a pas de place pour les faiblesses. »

Ses mots s'ancrèrent en moi comme une marque brûlante. Il ne cherchait pas la compassion. Il n'en voulait pas. Il voulait un mariage qui soit aussi sec et fonctionnel qu'un contrat. Et moi, je n'étais rien de plus qu'un instrument dans ce jeu de pouvoir.

Je ne savais pas combien de temps j'étais restée là, silencieuse, à l'observer. Son regard me transperçait, mais je refusais de lui accorder la moindre émotion. Ce que j'avais accepté n'était qu'un moyen de sauver ce que je pouvais. Et, pourtant, une étrange sensation de vide s'installa au fond de moi. Quelque chose d'inexplicable, de sombre, qui me disait que ce contrat n'était pas qu'une simple formalité. Il allait nous lier d'une manière bien plus profonde que je ne l'avais imaginé.

« Je veux que tu sois prête, Elena », dit-il d'une voix qui n'admettait aucune hésitation. « Le mariage n'est que le début. Ce qui viendra après, tu n'as aucune idée de ce que cela impliquera. »

Et à cet instant, je compris. Ce n'était pas un contrat de mariage comme les autres. C'était un piège. Un piège dont je ne pourrais jamais m'échapper.

Chapitre 3

Je n'avais jamais imaginé que ma vie prendrait une tournure aussi radicale, aussi brutale. La maison était immense. Une véritable forteresse de verre et d'acier, où chaque pièce semblait conçue pour me rappeler que je n'étais qu'une invitée, une intrusion dans un monde qui ne m'appartenait pas. Mais je devais m'y faire, n'est-ce pas ? C'était ce que j'avais choisi, ce que j'avais accepté, du moins en apparence.

L'odeur de bois ciré et de marbre me frappait à chaque pas. L'air, frais, comme si chaque souffle ici était calibré, contrôlé, avait une odeur métallique, presque stérile. Les grandes fenêtres laissaient entrer une lumière crue, mais froide. Rien ici ne ressemblait à la chaleur d'un foyer. C'était un espace sans âme, où chaque détail avait été pensé pour détenir son propre pouvoir. Tout était parfait, soigné. Chaque objet, chaque meuble semblait avoir été placé là pour m'observer. C'était une maison d'apparence, mais pas de vie. Pas de vie, du moins, pour moi.

Je me tenais dans le hall d'entrée, mes mains posées sur le sac que j'avais emporté avec moi. La pièce était vaste, presque démesurée, avec un grand escalier qui serpentait au centre, comme une colonne vertébrale imposante, menant à un étage inconnu. La grande porte en bois massif, gravée de motifs raffinés, s'était refermée derrière moi, me coupant définitivement du monde d'avant. Un monde qui m'avait vu grandir, avec ses bruits familiers, ses odeurs rassurantes. Ici, tout était étranger.

Je me souviens de la dernière fois où j'avais posé mes pieds dans une maison si grande, si froide. C'était l'été. J'avais quinze ans. Une autre époque. Le jardin de ma grand-mère, les herbes hautes, le soleil brillant. C'était un endroit où j'avais l'impression de pouvoir respirer, m'étendre, et être... moi. Les murs de cette maison étaient remplis de rires, les fenêtres s'ouvraient sur un ciel d'azur, et la chaleur de la famille me réchauffait l'âme. Ces souvenirs, doux et lumineux, m'envahissaient maintenant avec une douleur sourde. Tout cela semblait être une vie étrangère, un autre temps. Le goût de la nostalgie était doux, mais sur ma langue, il était amer. Trop loin, trop révolu.

Je secouai la tête, tentant de chasser ces pensées. C'était de ma faute, après tout. Je n'avais qu'à pas signer ce contrat. Mais il fallait bien que je fasse face à la réalité.

Un bruit de pas m'éveilla de mes réflexions. Dominic. Il était là. Derrière moi, comme une ombre qui se déplace toujours silencieusement.

« Tu t'habitueras à cet endroit », dit-il, sa voix un peu plus douce que d'habitude, mais sans chaleur. « C'est plus que ce à quoi tu étais habituée, je suppose. »

Il n'avait pas tort. Jamais je n'aurais cru que je finirais ici. Mais il y était, me l'imposant. Une partie de moi, étrange et insensée, en ressentait presque une forme de... plaisir. Une attraction étrange pour cette froideur. Il m'intriguait d'une manière que je ne pouvais expliquer. Son pouvoir, sa présence, me déstabilisaient, mais m'attiraient aussi. C'était une contradiction de chaque instant. Il était tout ce que je détestais, et pourtant je n'arrivais pas à détourner les yeux.

Il se tenait dans l'embrasure de la porte, les bras croisés, me fixant. « Tu n'as pas l'air satisfaite », remarqua-t-il, un léger sourire en coin, qui ne semblait jamais vraiment atteindre ses yeux.

« Je ne m'attendais pas à ça », répondis-je, ma voix trahissant une faiblesse que je ne voulais pas révéler. J'avais toujours pensé que tout ça resterait un mauvais rêve. Mais c'était bien réel. Trop réel.

Il s'approcha de moi d'un pas mesuré. Il y avait quelque chose dans sa démarche, une sorte de contrôle parfait. Comme s'il savait exactement où il allait, même s'il n'avait aucune idée de ce que je ressentais. "Tu te feras à tout ça, Elena. Avec le temps, tu comprendras que la vie ici n'a rien à voir avec ce que tu connaissais avant. Ici, il faut simplement... obéir. »

Ses mots me frappèrent, comme une claque dans le visage. Je pouvais sentir ma mâchoire se tendre. Obéir ? Mais qui était-il pour me dire cela ? Qui se croyait-il pour m'imposer de telles règles ? C'était presque insupportable. Mais au fond, je savais qu'il avait raison. Dans ce monde, l'obéissance n'était pas seulement un choix, mais une nécessité. Le choix m'avait été enlevé dès que j'avais signé ce contrat.

Je tournai la tête vers lui, mes yeux cherchant à capter quelque chose, une faille, une hésitation, un fragment de son humanité, quelque chose de... réel. Mais il restait là, aussi indifférent qu'un bloc de glace. « Ce n'est pas juste, Dominic », murmurai-je presque pour moi-même. « C'est injuste. »

Un éclat d'amusement traversa brièvement ses yeux. « La vie est injuste. Il n'y a pas de place pour la pitié, Elena. » Il avança encore un pas, et sa proximité m'écrasa. « Tu apprendras vite que dans ce monde, tout se paye. »

Sa voix, douce mais pénétrante, me fit frissonner. Je détestais ce qu'il disait. Je le détestais pour m'avoir enfermée ici, dans cette cage dorée, mais en même temps, une partie de moi ne pouvait s'empêcher d'être attirée par lui, par cette froideur calculée, par cette distance. Chaque geste, chaque mot qu'il prononçait semblait calculé, comme une pièce de puzzle parfaite, comme un acteur jouant son rôle avec une maîtrise inquiétante. Et moi, je n'étais rien de plus qu'une spectatrice, à peine capable de comprendre le jeu dans lequel je m'étais engagée.

Dominic se tourna alors vers la grande porte-fenêtre qui donnait sur le jardin, un jardin impeccable, presque irréel. Les buissons taillés avec précision, les arbres parfaitement alignés. Tout était parfait. Trop parfait.

« Viens », dit-il, son ton plus ferme, une autorité calme qui ne souffrait aucune objection. « Il est temps que tu apprennes à comprendre comment fonctionne ce monde. Tu n'as plus de place dans ton ancien monde, Elena. Il est trop tard pour ça. »

Je le suivis sans un mot, mes pas lourds derrière lui. Chaque mouvement semblait plus difficile que le précédent. Était-ce la maison, cette atmosphère oppressante qui pesait sur moi, ou était-ce moi, moi qui devenais une prisonnière, m'enfermant chaque jour un peu plus dans cette situation que je haïssais ?

Il m'emmène à l'extérieur, et le contraste entre la chaleur du jardin et la froideur de la maison me frappe de plein fouet. L'air est plus doux ici, mais il y a une sensation étrange, comme si même ce jardin, si parfait soit-il, était un piège. Pas un coin de nature, mais un espace contrôlé, surveillé. Chaque plante, chaque arbre, chaque fleur est sous contrôle. Même la nature, ici, doit se soumettre à des règles.

Nous marchons dans le silence. Je suis perdue dans mes pensées, essayant de trouver un moyen de sortir de cette spirale, mais tout m'échappe. Je sens l'inconfort me saisir, un frisson glacial qui me traverse tout entier.

Soudain, un bruit, léger mais distinct, m'arrête dans mes pensées. Un chuchotement presque imperceptible. Une présence. Quelqu'un d'autre, là, juste derrière nous. Mais personne n'est visible. Le souffle coupé, je jette un coup d'œil furtif autour de moi, mais rien. Pourtant, quelque chose ne va pas. C'est comme si des yeux invisibles nous observaient, comme si l'air était chargé d'une tension palpable.

« Tout va bien ? » demanda Dominic, se tournant vers moi, une lueur de curiosité dans son regard froid.

Je hochai la tête, mais un frisson me secoua. Il y avait quelque chose de plus ici, dans cette maison, quelque chose que je n'arrivais pas encore à comprendre. Et ça me terrifiait autant que cela me fascinait.

Un événement était imminent, je le sentais au fond de moi, mais je n'avais aucune idée de ce qu'il serait.

Lire toute l'histoire dès maintenant
Soutenez l'auteur et inspirez d'autres histoires incroyables Moboreader
Débloquer tous les chapitres

Sous Contrat avec l'Alpha

Chapitre 2
Chapitres
Personnaliser
Chapitre suivant