Chapitre 2
« Tu sais, je t'admire un peu, » lâcha-t-elle soudain.
« M'admirer ? Moi ? » Il éclata de rire, pensant qu'elle plaisantait.
« Oui, je suis sérieuse. Ça ne doit pas être facile de jongler entre les cours et le boulot. » Mélissa semblait perdue dans ses pensées un instant avant d'ajouter : « Moi, je n'ai jamais eu à m'inquiéter de ça. Mes parents prennent tout en charge, et... je crois que je n'ai jamais réalisé ce que ça pouvait représenter, d'avoir à se battre pour des choses que j'ai toujours tenues pour acquises. »
Évan la fixa, incapable de cacher sa surprise. Elle était la première personne, en dehors de sa famille, à comprendre réellement ce qu'il traversait. Il ne s'attendait pas à une telle sincérité de la part d'une personne comme elle.
« Eh bien, merci, » murmura-t-il, ne sachant trop comment répondre.
Un silence confortable s'installa entre eux. Ils semblaient tous deux absorbés dans leurs pensées, jusqu'à ce que Mélissa prenne à nouveau la parole, l'air songeur.
« Dis-moi... quels sont tes rêves, Évan ? » demanda-t-elle, posant sur lui un regard attentif.
Évan prit une profonde inspiration. Il n'avait jamais eu l'habitude de parler de lui, encore moins de ses aspirations. Cela lui semblait presque déplacé, comme si ses rêves étaient trop modestes comparés à ce qu'elle pouvait envisager.
« Je suppose que... j'aimerais pouvoir faire quelque chose de grand. J'aimerais devenir historien ou enseignant, quelque chose en rapport avec la recherche et la transmission des connaissances. »
Mélissa l'écoutait attentivement, accrochée à chacun de ses mots. « Et tu crois que tu pourras y arriver ? » lui demanda-t-elle doucement.
Il sourit, un sourire teinté de défi. « J'y crois, oui. J'ai dû travailler dur pour chaque petite victoire, mais ça m'a appris à ne jamais abandonner. »
Mélissa sembla absorbée par ses paroles. Il y avait dans ses yeux une étincelle de respect et d'admiration, et cela perturba Évan. Jamais il n'aurait pensé qu'une fille comme elle, qui avait tout, pourrait comprendre l'effort qu'il investissait dans ses rêves.
Au même moment, l'ami de Mélissa, Hugo, capitaine de l'équipe de basket, les interpella en arrivant en trombe vers eux. Évan sentit un pincement de gêne en reconnaissant ce garçon qui semblait incarner tout ce qu'il n'était pas : confiant, populaire et d'une insouciance déconcertante.
« Hé Mélissa, t'es prête pour le cours ? » lança Hugo en lui adressant un sourire charmeur, ignorant complètement la présence d'Évan.
« Oui, j'arrive, » répondit-elle avant de se tourner vers Évan avec un sourire d'excuse. « On se revoit plus tard ? »
Évan hocha la tête, tentant de cacher la petite pointe de jalousie qui l'envahissait.
« Bien sûr. À plus tard, » murmura-t-il, la voix plus rauque qu'il ne l'aurait voulu.
Il les regarda s'éloigner, Hugo passant son bras autour des épaules de Mélissa d'une manière qui semblait presque possessive. Un mélange de colère et de tristesse monta en lui, qu'il refoula en inspirant profondément. Peut-être avait-il été naïf de croire qu'il pouvait avoir un quelconque intérêt pour une fille comme Mélissa. Elle faisait partie de ce monde brillant et insouciant auquel il n'appartiendrait jamais.
Plus tard dans la journée, alors qu'il était absorbé dans ses notes à la bibliothèque, il sentit quelqu'un se glisser à côté de lui. Il leva les yeux et découvrit Mélissa, un grand sourire aux lèvres.
« Surprise ! Je me suis dit qu'on pourrait étudier un peu ensemble. »
« Tu... tu veux dire maintenant ? » balbutia-t-il, incrédule.
« Oui, pourquoi pas ? Hugo est occupé, alors j'ai pensé à toi, » répondit-elle en sortant un cahier de son sac.
Ils passèrent le reste de l'après-midi à travailler ensemble. Évan, d'abord hésitant, se surprit à se détendre au fil des échanges. Ils parlaient des cours, de leurs centres d'intérêt, et Mélissa se montra curieuse à propos de sa vie, l'écoutant avec une attention qu'il n'avait jamais connue.
À un moment donné, elle posa sa main sur la sienne, en toute innocence, pour lui montrer quelque chose dans son cahier. Ce simple geste provoqua un frisson chez Évan, qui tenta de dissimuler sa réaction en toussotant.
« Merci de m'aider, Évan, » dit-elle avec un sourire sincère. « Je crois que j'apprends bien plus avec toi qu'avec n'importe quel prof. »
Il se sentit rougir, incapable de répondre. Sa timidité l'envahissait, mais quelque chose en lui s'épanouissait en sa compagnie. Il n'avait jamais pensé pouvoir se sentir si bien avec quelqu'un, surtout avec une personne comme elle.
Ils continuèrent de travailler, et au fur et à mesure que la lumière du jour déclinait, un sentiment de complicité commençait à naître entre eux, quelque chose de fragile mais de réel. Quand ils quittèrent enfin la bibliothèque, la nuit était tombée, et ils marchèrent ensemble dans le campus, partageant des rires et des confidences.
« Alors, demain, même heure, même endroit ? » demanda-t-elle en lui adressant un regard malicieux.
Évan se contenta de hocher la tête, incapable de trouver les mots pour exprimer à quel point il se sentait chanceux d'être là, avec elle.
« D'accord, alors, à demain, Évan, » dit-elle en lui lançant un dernier sourire avant de disparaître dans l'obscurité.
Évan resta immobile quelques instants, son esprit en ébullition. Un mince espoir se formait en lui, un espoir qu'il essayait de repousser, tout en sachant qu'il en était déjà trop tard pour se protéger de ses propres sentiments.
Le lendemain, Évan arriva en avance à la bibliothèque, une excitation mêlée d'anxiété dans le cœur. La veille, la soirée partagée avec Mélissa avait éveillé en lui des sentiments qu'il avait toujours étouffés, par peur de déceptions. Cependant, la perspective de la revoir l'emportait sur ses doutes. Il s'installa à une table près de la fenêtre, disposant ses affaires dans un ordre méticuleux pour tenter de calmer son impatience.
Alors qu'il s'efforçait de lire une page de son manuel, la porte de la bibliothèque s'ouvrit, et Mélissa fit son entrée, attirant les regards des étudiants autour d'eux. Elle portait une veste en cuir qui lui donnait un air encore plus assurée que d'habitude, et ses cheveux ondulaient librement autour de son visage. En le voyant, un sourire illumina ses traits.
« Salut, Évan ! » s'exclama-t-elle en s'installant en face de lui. « Je vois que tu es toujours aussi ponctuel. »
Il lui répondit avec un sourire timide, tentant de masquer son trouble. « Oui, enfin... j'aime être prêt avant de commencer. »
Elle lui lança un regard amusé. « Tu es bien organisé, c'est impressionnant. Je devrais peut-être apprendre de toi. »
Ils commencèrent à travailler ensemble, leurs voix murmurées se mêlant aux bruissements feutrés des pages et des chuchotements des autres étudiants. Pourtant, Évan ne pouvait s'empêcher de ressentir une gêne inhabituelle. Il se sentait comme pris entre deux mondes : celui de Mélissa, lumineux et insouciant, et le sien, qu'il savait sombre et semé de difficultés.
Après une heure de travail intense, Mélissa referma son cahier d'un geste brusque et soupira. « J'ai besoin d'une pause. Allez, viens, on va se dégourdir les jambes. »
Évan acquiesça, surpris mais heureux de cette initiative. Ils sortirent de la bibliothèque et se promenèrent dans les jardins du campus, profitant de la brise fraîche de l'automne.
Chapitre 3
« Dis-moi, » demanda-t-elle soudainement, un éclat curieux dans les yeux, « tu as toujours été aussi... humble ? »
Évan rit, pris au dépourvu. « Humble ? Je ne sais pas... Je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir accompli quelque chose d'extraordinaire pour être arrogant, si c'est ce que tu veux dire. »
Elle le regarda, pensive. « Peut-être, mais j'admire ta façon d'accepter la vie, même avec tout ce que tu as à gérer. C'est rare, tu sais ? »
Il se gratta la nuque, légèrement gêné par l'intensité de ses mots. « Je n'ai pas vraiment le choix. C'est ça ou tout abandonner. »
« Et abandonner n'est pas une option pour toi, n'est-ce pas ? » fit-elle doucement.
Évan acquiesça, le regard perdu dans le paysage autour d'eux. « Non. J'ai des responsabilités, et même si parfois c'est difficile, je ne veux pas baisser les bras. »
Un silence les enveloppa, un silence dans lequel Évan pouvait presque entendre leurs cœurs battre. Mélissa semblait troublée, et avant qu'il ne puisse comprendre pourquoi, elle posa une main légère sur son bras.
« Évan, je voulais te dire... Merci. Merci d'être comme tu es. »
Son geste, aussi simple soit-il, envoya un frisson le long de la colonne vertébrale d'Évan. Mais avant qu'il ne puisse répondre, une voix interrompit le moment.
« Mélissa ! Alors, on cache son nouveau petit ami ? »
Ils se retournèrent pour découvrir Hugo, le capitaine de l'équipe de basket, qui avançait vers eux d'un pas assuré, un sourire narquois sur les lèvres. Évan sentit ses muscles se tendre. Hugo était le genre de garçon qui attirait l'attention, et pas toujours pour les bonnes raisons. Évan avait déjà été témoin de son arrogance et de sa manière condescendante de traiter ceux qu'il jugeait « inférieurs ».
Mélissa fronça les sourcils, visiblement agacée. « Hugo, ne dis pas n'importe quoi. Évan et moi sommes juste en train d'étudier ensemble. »
Mais Hugo ne sembla pas convaincu. Il se tourna vers Évan, le dévisageant d'un air supérieur. « Juste étudier, hein ? C'est marrant, parce que j'ai l'impression que ce type-là pense pouvoir te séduire. »
Évan serra les poings, ses joues rougissant sous la pression du regard condescendant d'Hugo. Il sentait la colère bouillonner en lui, une colère qu'il s'efforçait de contenir pour ne pas céder à la provocation.
Mélissa s'interposa, croisant les bras et adoptant un ton tranchant. « Hugo, arrête. Tu n'as pas à te mêler de ma vie. Je te rappelle que je suis libre de fréquenter qui je veux. »
Hugo haussa les épaules, un sourire méprisant étirant ses lèvres. « Bien sûr, Mélissa. Mais fais attention à qui tu donnes ton attention. Certains risquent de mal interpréter les choses. »
Avant qu'Évan ne puisse répondre, Mélissa saisit sa main et l'entraîna plus loin, hors de portée de la voix d'Hugo. Il sentit un mélange de gêne et de satisfaction en sentant la chaleur de sa main dans la sienne. Lorsqu'ils furent suffisamment éloignés, elle se tourna vers lui, ses yeux brillants de frustration.
« Désolée pour ça. Hugo... il peut être vraiment insupportable. »
Évan haussa les épaules, tentant de masquer la déception qu'il ressentait. « Il ne me dérange pas vraiment... Je suis habitué aux gens comme lui. »
Elle le regarda avec tristesse, comme si elle comprenait soudain à quel point il devait se sentir constamment jugé. « Tu ne devrais pas avoir à l'être, » murmura-t-elle. « Il n'a aucun droit de te parler de cette façon. »
Évan hocha la tête, touché par sa compassion. Mais une part de lui se demandait s'il n'avait pas été trop naïf. Cette amitié qu'il commençait à développer avec Mélissa semblait pleine de promesses, mais il ne pouvait ignorer les obstacles entre leurs mondes si différents.
Ils continuèrent de marcher en silence, Évan perdu dans ses pensées, Mélissa regardant droit devant elle. Finalement, elle brisa le silence.
« Écoute, Évan... je ne veux pas que tu penses que je me rapproche de toi par pitié ou pour me divertir. Tu es quelqu'un d'unique, et j'apprécie chaque moment que je passe avec toi. »
Ces mots firent naître un sourire timide sur les lèvres d'Évan. Il ne savait pas quoi dire, mais son regard lui communiqua toute sa gratitude. Ils s'arrêtèrent près d'un banc et s'assirent, observant en silence le soleil qui déclinait, projetant des ombres dorées autour d'eux.
Alors qu'ils discutaient de tout et de rien, une complicité naturelle s'installait entre eux. Pour la première fois, Évan sentit qu'il pouvait peut-être se permettre d'espérer, que peut-être leur amitié était réelle, qu'elle pouvait dépasser les apparences et les attentes sociales qui pesaient sur eux. Pourtant, une part de lui restait sur la réserve, consciente que Mélissa était aussi entourée de gens comme Hugo, des gens qui ne comprendraient jamais ce qu'Évan avait enduré pour en arriver là.
Leurs rires résonnèrent dans l'air frais du soir, et en cet instant, rien d'autre ne semblait compter. Pour Évan, cet après-midi représentait bien plus que de simples moments de bonheur partagés. Il réalisait qu'avec Mélissa, il n'avait pas besoin de se cacher, qu'il pouvait être lui-même sans peur ni honte.
Et pour Mélissa, peut-être que cette amitié naissante lui donnait la possibilité d'échapper, ne serait-ce qu'un instant, à la superficialité de son monde. Mais un doute persistant planait dans leurs esprits, une question qu'aucun d'eux n'osait formuler à voix haute : combien de temps cela pourrait-il durer ?
Les jours suivants furent marqués par une routine agréable entre Évan et Mélissa. Ils continuaient de se retrouver à la bibliothèque, étudiant, partageant des moments de complicité, et pour Évan, chaque sourire de Mélissa allégeait un peu plus le poids de ses difficultés. Malgré tout, la méfiance d'Évan restait présente, un murmure sourd qui l'empêchait de se laisser totalement aller.
Ce matin-là, alors qu'Évan rangeait ses affaires dans son casier, un de ses camarades de classe, Paul, s'approcha de lui avec un sourire en coin. Paul était connu pour ses ambitions démesurées et son habileté à manipuler les autres pour arriver à ses fins. Il salua Évan d'un geste exagérément amical.
« Eh, Évan ! Alors, j'ai entendu dire que tu passais pas mal de temps avec Mélissa, la reine du campus. »
Évan se contenta de hocher la tête sans répondre, préférant ne pas nourrir la curiosité de Paul. Pourtant, celui-ci insista, glissant un bras autour de ses épaules d'un geste presque trop familier.
« Tu sais, t'es peut-être sur un bon coup, mon vieux. Mélissa, ce n'est pas juste n'importe quelle fille, elle vient d'une famille aisée. Imagine les opportunités que ça pourrait t'ouvrir si tu joues bien tes cartes. »
Évan s'écarta légèrement, ses sourcils froncés. « Ce n'est pas du tout comme ça que je vois les choses, Paul. Mélissa est juste une amie. »
Paul émit un rire sarcastique. « Bien sûr, bien sûr. Mais laisse-moi te donner un conseil, Évan. Les amitiés, surtout avec des gens comme elle, peuvent se transformer en quelque chose de... lucratif, si tu sais ce que je veux dire. »
Évan serra les poings, agacé par l'insinuation de Paul. Il détestait l'idée que quelqu'un puisse penser qu'il utilisait Mélissa pour ses propres intérêts. Pourtant, Paul, voyant son air irrité, insista avec plus de conviction.
« Réfléchis-y, Évan. Avec ta situation, tu pourrais profiter un peu de ce qu'elle peut t'offrir. Tu te tues à la tâche pour gagner un peu d'argent, mais elle, elle a tout, et elle pourrait facilement t'aider sans même le remarquer. »
Avant qu'Évan ne puisse répliquer, Mélissa apparut au bout du couloir, souriant en apercevant Évan. Paul se redressa aussitôt, affichant un sourire poli avant de murmurer à Évan.