Chapitre 2
Nuit deuxième
La Guilde de l'Aube
_ Beau travail la bleue, la félicita Zack qui était adossé à un arbre. Tu t’es vachement améliorée, dis-moi.
_ Qu’est-ce que tu fais là ? Le questionna Elena avec étonnement. Je croyais que tu avais un lever du soleil à observer ?
Il regarda sa montre de manière ostensible, passa une main dans ses long cheveux blonds et dit :
_ Il me reste encore, sept minutes et trente-huit secondes pour ça. Mais avant, je voulais féliciter ma petite protégée, qui a botté les fesses de ce monstre puant.
_ Je vois, tu as senti sa présence et tu as rebroussé chemin ?
_ Hm, acquiesça Zack en se dirigeant vers le monticule de gravats, et en faisant signe à Elena de le suivre. Malheureusement, il était déjà trop tard pour sa victime, continua-t-il en lui montrant le sol, où gisaient des restes humains. Vu qu’il était bien occupé à se remplir la panse, je me suis dit que je pouvais te laisser gérer, et voir comment tu allais te débrouiller seule face à lui.
_ Ça n’a pas été fameux, ce coup-ci, regretta-t-elle en repensant au combat plutôt passif qu’elle avait mené.
_ Au contraire, tu as bien mis en pratique ce que tu as appris. Cela étant dit, il te manque encore de la force et de la vitesse. Avec de l’entraînement, ça viendra.
L’indulgence de Zack à son égard lui remonta un peu le moral. Elle fera mieux la prochaine fois.
_ Aller viens, je te paie un café, lui proposa-t-il en passant une main autour de ses épaules.
_ Où veux-tu que j’aille dans cet état ? Je suis poisseuse et je pue.
Il fit mine de l’inspecter avant de conclure :
_ Tu sais le commun des mortels ne perçoit pas cette odeur, il te suffit d'essuyer tes mains et...
_ Hors de questions. Moi je la sens, et je suis à deux doigts de dégueuler.
_ Eh ben, retour au Q-G dans ce cas...
Trois bonnes douches et une longue sieste plus tard, Elena quitta l’appartement où elle vivait depuis son arrivée à la Guilde de l’Aube.
Son logement, comme tous ceux de cet immeuble réservé aux patrouilleurs, n’était en réalité, qu’un petit une pièce. Aucune extravagance dans le confort, hormis des w-c, les douches étant sur le palier de l’étage.
Au premier, un réfectoire et un grand salon accueillaient les quinze combattants pour les repas quotidiens et la détente. Au rez-de-chaussée, la conciergerie s’occupait des besoins du petit monde qui vivait là et au premier sous-sol, se trouvaient les salles d’entraînement.
Elena entra dans le vieux monte-charge hydraulique et appuya sur le bouton du second sous-sol.
Mo, le chef-coordinateur du district de Peckham, les y attendait pour le débriefing quotidien. Elle appréhendait la réunion d’aujourd’hui et l’angoisse commençait à lui donner mal au ventre. Il n’était jamais bon d’avoir une victime dans son secteur et le boss n’allait rien laisser passer.
S’il s’avère qu’ils ont eu la moindre négligence, Zack et elle passeraient un sale quart d’heure.
L’ascenseur eut quelques cahots avant de s’arrêter à destination. Elena en sortit et traversa le grand hall immaculé, avant de bifurquer vers la salle de meeting.
Cette dernière était grande ouverte et une partie de ses collègues y avaient déjà pris place.
Par reflex, elle sentit ses bras, avant d’esquisser une moue dégoutée.
_ L’odeur ne partira pas avant ce soir, lui dit Mo qu’elle n’avait pas entendu approcher.
Toujours aussi beau et charismatique, son supérieur la gratifia d’un sourire qui laissa apparaitre une fossette craquante au centre de sa joue.
Troublée par l’attention que l’homme d’une trentaine d’année lui accordait, elle balbutia :
_ Je me mettrais à l’écart dans ce cas.
_ Ne t’isole pas, les autres sauront se montrer compréhensif.
Les patrouilleurs plus expérimentés travaillaient proprement et ne s’en mettaient pas partout à chaque combat. Elena se voyait mal leur imposer ce désagrément olfactif, en squattant les sièges où ils avaient l’habitude de s’assoir.
Zack lui avait assuré, qu’elle aussi, saurait bientôt se débarrasser des Stryges sans se dégueulasser. Que c’était une question de vitesse et d’agilité.
Mais quand ? Cela faisait bientôt une année qu'elle était là.
Une année, déjà, depuis le drame de sa vie.
Si seulement les gens savaient, plus jamais ils ne sortiraient après le coucher du soleil.
La nuit tombée, personne ne se risquerait plus à ouvrir sa porte…
Si seulement, sa mère et elle avaient su…
Chapitre 3
Nuit troisième
La terreur 1
Elena s’en souvenait comme si c’était hier. Elle avait passé la soirée avec des amies, comme il lui arrivait de le faire depuis qu’elle avait fêté ses dix-sept ans et que sa mère l’y autorisait.
Il devait être deux heures du matin, quand elle s’était décidée à rentrer. Dès qu’elle avait franchi le seuil de la porte de la maison, elle eut un drôle de pressentiment. Une espèce de malaise pesant pour ne pas dire autre chose.
Elle appela sa mère, mais cette dernière ne répondit pas. C’était étrange. De nature inquiète, celle-ci ne serait pas montée dormir avant son retour.
La lumière de la télé se réverbérait sur le mur du couloir. Sans attendre la jeune fille se rendit au salon, pour vérifier si elle ne s’était pas assoupie devant une de ces émissions tardives.
En poussant la porte vitrée, les yeux d’Elena s’exorbitèrent et des larmes se figèrent au bord de ses paupières.
Sa gorge se serra violemment et pas un bruit ne put en sortir. Son corps lui, était encré lourdement dans la pièce, mais son esprit s’en était comme échappé.
Dans la pénombre, elle fixait sa mère étendue au sol, baignant dans une toute petite flaque de sang, les yeux révulsés. Sa peau était jaspée de veines sombres et quelque chose d’irréel semblait se produire.
_ Tu arrives juste à temps, petite, susurra une voix à son oreille, pendant qu’elle restait figée. J’avais encore une petite faim…
Une larme coula sur sa joue, tandis que du coin de l’œil, elle aperçut des crocs scintillants et acérés s’approcher doucement d’elle.
Elle n’oubliera jamais la terreur qui l’avait parcouru à cet instant. Ces canines froides qui se frayaient un chemin dans son cou, avant de commencer à aspirer sa liqueur vitale. Elena se sentait pareil au gibier que l’on saigne tandis qu’il se débattait dans son impuissance.
Au moment où sa vision commençait à se troubler, un homme poussa la porte fenêtre déjà ouverte de son salon et y fit irruption.
La créature à l’apparence humaine qui la retenait prisonnière, la lâcha soudainement, pour fuir.
A bout de force, la jeune fille se laissa tomber lourdement sur les genoux.
Le nouveau venu rattrapa son agresseur à une vitesse presque imperceptible pour son œil d’humaine, et le propulsa violemment au sol.
_ J’ai été discret ! Se défendit le meurtrier de sa mère, pris de panique. Je n’ai pas fait de grabuge. Alors que me reproches-tu ?
Elena se sentait défaillir, le peu de sang qui restait en elle, la brulait comme de la lave. Si elle n’avait pas été paralysée, elle aurait hurlé à ne plus pouvoir.
Et ces types qui restaient là à discuter de choses qui la dépassaient.
Qui étaient-ils ?! Qu’est-ce que tout cela voulait dire ?
Alors qu’elle n’avait pas fini de se poser la question, l’inconnu se saisit de la tête de la créature et l’explosa conte le sol.
Cette chose se mua aussitôt en un épais liquide nauséabond. Après s’être approché de sa mère, il lui fit subir le même sort.
Elena que l’effroi venait de saisir, trouva au fond d’elle, la force de hurler.
Elle cria tout son désespoir, et les larmes qui s’étaient figées juste avant, se mirent à inonder ses joues.
Surprit de la voir aussi vivace après ce qu’elle venait de subir, l’inconnu la scruta avant de s’approcher.
Le visage de cet homme était maintenant face à celui d’Elena, et son regard d’un bleu glacial la fit frissonner malgré la chaleur intense qui consumait ses veines.
Elle le sentait en son for intérieur, ce type allait lui faire subir la même chose…
_ Il ne te reste plus beaucoup de temps, fit-il en passant ses doigts froids sur les deux petites plaies qu’avaient fait les crocs de son agresseur. D’ici peu, tu vas finir par te transformer en une créature hideuse, et loin de te souvenir de ta vie passée, tu vas t’attaquer à tes semblables. C’est ce que tu veux ?