Chapitre 2
Chapitre 2
Il était environ vingt heures quand je rentrai chez moi. Mes cheveux en bataille, ma robe blanche tachetée de vert, des brindilles d’herbes encore enchevêtrées dans la broderie, mon maquillage avait coulé, je n’en menais pas large.
La lumière du porche était allumée, signe que mes parents étaient présents et m’attendaient. Ils faisaient toujours ça quand ils ne savaient pas à quelle heure je rentrais. J’avais une boule à l’estomac, j’avais vraiment peur de la réaction de mes parents. Je pris une profonde inspiration et poussai la porte d’entrée.
Ma mère était assise sur le canapé noir en cuir flambant neuf que mon père lui avait offert pour leurs trente ans de mariage. À mon entrée, elle releva la tête, mais ne dit rien, son regard disait tout. Un mélange de colère, de tristesse et de compréhension, je me jetai dans ses bras, et je me mis à sangloter en m’excusant.
— Maman, je suis vraiment désolée de ce qui s’est passé, après tout le mal que tu t’es donné, j’ai tout gâché.
— Kali, allez, calme-toi et explique-moi ce qui s’est passé.
— Tout est allé vraiment trop vite pour moi, je n’avais pas envie de ça, de cette vie toute tracée, j’espère que tu ne m’en veux pas trop, je suis vraiment désolée.
— Jamais je ne pourrai t’en vouloir, certes ton acte était irréfléchi et irrespectueux, mais jamais je ne pourrai te blâmer d’avoir choisi une autre voie, tu aurais juste pu t’en apercevoir un peu avant, c’est tout.
Je ne m’attendais pas à cette parole venant de ma mère, une femme charmante certes, mais intolérante à bien des points. Elle releva ma tête doucement et me fit un baiser sur la joue.
Je calmai un peu mes sanglots avant de reprendre la parole.
— Maman, tu sais que je t’aime et que je n’ai jamais voulu te faire de peine, ni à papa d’ailleurs, j’espère que mon comportement ne nuira pas à l’amitié que Yannick et lui entretiennent depuis tant d’années, mais il fallait que je le fasse, ce n’était pas mon destin. J’aurais dû m’en rendre compte plus tôt, je suis bien d’accord avec toi, mais mes œillères ne voulaient pas se relever.
— Ma chérie, je peux comprendre ce que tu ressens, plus que tu ne l’imagines, mais il faut savoir parfois voir au-delà.
— Je sais maman, et je suis désolée encore, j’espère que papa et toi vous me pardonnerez un jour.
Ma mère me prit dans ses bras et me serra très fort puis me dit les seuls mots que j’avais besoin d’entendre.
— Mon petit chat, nous t’avons déjà pardonné.
Mon soulagement se traduisit par une nouvelle vague de sanglots.
Avec une infime douceur, ma mère me prit la main et me guida jusqu’à ma chambre. Sur le chemin, je m’arrêtai devant la porte du bureau de mon père, je savais qu’il était enfermé ici, c’était son lieu de prédilection pour réfléchir et résoudre les problèmes. Devant mon hésitation pour ouvrir la porte ma mère me prit de nouveau la main et dans son regard je compris « pas maintenant ». Comme une enfant, je me laissai mener jusqu’à ma chambre. Elle défit ma robe, me tourna, m’emmena dans la salle de bain attenante à ma chambre et commença à me démaquiller.
— Maintenant, tu vas prendre une bonne douche, éclaircis-toi les idées, je t’attends en bas, je te prépare une bonne tisane de verveine, ta préférée.
Sans attendre, je m’exécutai.
Une bonne demi-heure plus tard, je descendais en pyjama dans la cuisine pour y boire ma tisane. Mon père était là, assis, il m’attendait. Ne sachant pas trop sa réaction, je m’approchai doucement. À mon grand soulagement, il vint à ma rencontre et me serra fort dans ses bras. Une nouvelle vague de sanglots m’assaillit. Il desserra son étreinte et je pris place à côté de lui, devant ma tisane, tête baissée.
Il prit la parole le premier.
— Mon bébé, ma grande fille, que t’est-il arrivé ?
— Oh, papa ! je ne sais pas.
— Je pense le savoir, ta mère m’a un peu expliqué pendant que tu étais sous la douche, mais j’aimerais avoir ta version.
— Tu sais, papa, je suis vraiment désolée d’avoir réagi ainsi, mais je me suis rendu compte, certes à la dernière seconde, que je ne voulais pas de cette vie-là.
Dans le regard de mon père, je ne vis aucune colère, juste de la tristesse, pour moi ou pour lui, je ne savais pas.
Ma mère nous rejoignit.
— Alors que vas-tu faire maintenant ? me demanda ma mère.
Je pris une profonde inspiration et me lançai.
— Après-demain, je pars.
Le choc et la surprise de mes parents se virent à leur expression.
— Attendez avant de parler, il faut que je me libère maintenant sinon je n’aurai plus le courage de le faire.
Après un hochement de leurs deux têtes, je poursuivis.
— Je dois partir, il le faut, pour mon bien-être et celui de Thomas. Il faut que je parte sans me retourner, mais ne vous en faites pas je vous appellerai tous les jours.
Mon père prit la parole, un peu sceptique.
— Mais où vas-tu aller, et que vas-tu faire ?
— J’y ai déjà réfléchi. Je pense partir dans les Landes, c’est une très belle région. Il faut que je prenne mes distances, j’ai besoin de calme et d’air afin de pouvoir réfléchir en toute liberté.
Demain, j’irai sur internet pour faire quelques recherches, je vais essayer de trouver un logement et un emploi, j’ai mis pas mal d’argent de côté en travaillant à la supérette, et puis il y a l’argent que vous avez mis sur mon compte au fil des années, j’ai de quoi voir venir.
— Très bien, me dit mon père, mais tu pourrais partir plus près pour que nous puissions te rendre visite
Je regardai ma tasse puis levai la tête pour regarder mes parents, si aimants.
— Papa, maman, je vous aime plus que tout, mais il faut que je vole de mes propres ailes maintenant, et si je suis trop proche de vous, au moindre souci je serais tentée de venir vous voir. Non, ma décision est prise, je pars après-demain dans Les Landes.
Mon père et ma mère se regardèrent et je vis un petit hochement de tête entendu.
— D’accord ma chérie, mais tu sais que s’il y a n’importe quel problème, ta mère et moi sommes là.
On continua à parler de mon voyage, de ce que je devais faire ou emporter, il était plus de minuit quand je montai dans ma chambre. Épuisée par cette journée, je n’eus aucun mal à trouver le sommeil.
Ce dimanche, j’ouvris les yeux, mon réveil affichait neuf heures quarante-cinq, d’habitude j’étais matinale, j’avais vraiment besoin de récupérer. Je me levai et m’habillai, un short et un petit débardeur feraient l’affaire, je ne comptais pas sortir, j’avais beaucoup de choses à faire, notamment, préparer mon voyage.
Ma mère était dans la cuisine, elle me préparait mon thé. Mon père lisait son journal.
— Bonjour vous deux.
Je fus accueillie par un petit sourire de ma mère et un gros de mon père qui avait levé les yeux de son journal. En prenant mon petit déjeuner je sentis que quelque chose se tramait, mais quoi, je ne savais pas.
Mon père vint s’asseoir à côté de moi, et ma mère en face.
— Écoute, ma chérie, pour ton mariage nous devions te donner un petit cadeau, mais nous n’en avons pas eu l’occasion, alors tiens.
Mon père me tendit une enveloppe, je la pris et l’ouvris sans attendre. Mon cœur s’arrêta, un chèque, et pas n’importe quelle somme, vingt mille euros.
Je ne pus plus parler, je sentis deux petites larmes couler le long de mes joues.
— Mais, c’est trop, je ne peux pas accepter.
— Oh que si tu vas le prendre ce chèque, je ne veux pas que ma fille vive dans un cagibi, me dit mon père.
Entre larmes et rires, je remerciai mes parents.
Mon petit déjeuner fini, je montai dans ma chambre et commençai à faire mes bagages. Des vêtements, mon nécessaire de toilette, des photos, des petites babioles sans intérêt pour d’autres, mais ayant de la valeur pour moi. Deux grosses valises pleines à craquer attendaient maintenant mon départ.
Je me mis devant mon ordinateur portable et commençai à chercher. Je trouvai un petit village à l’air assez sympathique et isolé. En allant plus loin dans mes recherches, je tombai sur une petite maison en location, je fis défiler les photos, une petite maison rustique, loin de mon confort habituel, mais il fallait que je change d’environnement, de vie.
Je pris mon téléphone et composai le numéro indiqué sur l’annonce. Au bout de deux sonneries, j’entendis une voix féminine et d’un certain âge à l’autre bout du fil.
— Oui, allô !
— Bonjour, madame, je suis désolée de vous déranger, j’appelle pour l’annonce de la maison en location. Est-elle toujours disponible ?
— Oui, bonjour mademoiselle. Elle est toujours disponible, si vous voulez la visiter, je peux cette après-midi.
— Oh, oui, ce serait avec plaisir, mais je ne suis pas encore dans la région, j’arrive demain en fin d’après-midi, mais je ne sais pas encore vers quelle heure, cela dépendra de la route et du trafic.
— Oui, bien sûr je comprends, demain je suis disponible, mais à partir de dix-huit heures trente, je travaille avant.
— Eh bien oui, d’accord, j’espère être arrivée, si je rencontre un problème sur la route je vous appelle.
— Très bien, je vous vois donc demain si tout va bien, bonne journée mademoiselle.
— Également madame.
Je raccrochai. Mon cœur battait vite, un moment d’excitation, d’euphorie, de soulagement, de peur. Qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Non, il ne fallait pas que je cède à la panique, j’étais plus forte que ça, il fallait que je parte et que je change de vie.
Treize heures déjà, mon ventre commençait à gargouiller, je descendis. Ma mère était en train de mettre la table, je l’aidai, et on commença à manger. Rien de bien extraordinaire, taboulé, salade de tomates et tranche de jambon, un yaourt et je me dirigeai de nouveau vers ma chambre. Je continuai mes recherches pour trouver un petit travail, même si j’avais le temps, vu l’argent que j’avais de côté, mais comme disait souvent mon père, le travail c’est la santé.
Après plusieurs heures, je ne trouvai rien qui me correspondait, j’éteignis l’ordinateur et me dirigeai vers mon lit, mes yeux étaient fatigués, un peu de repos avant de descendre pour le repas du soir. J’entendis un petit coup à ma porte, j’ouvris les yeux et regardai mon réveil, dix-neuf heures quarante-trois, mince, j’avais dû m’endormir, en me
Ma mère ouvrit la porte.
— Ma chérie, on va manger, tu as faim ?
Je lui répondis en essayant de me sortir du sommeil.
— Laisse-moi quelques minutes, je vous rejoins.
— Très bien, on t’attend.
Dans un état comateux, je rejoignis mes parents et commençai à manger.
— Thomas a appelé.
Je faillis m’étouffer. Mon père m’avait annoncé ça sans détour.
Ne sachant que répondre, je pris ma fourchette et recommençai à manger ma salade de pâtes.
— Ma chérie, il va falloir en parler avec lui un jour ou l’autre, si tu ne te décides pas à le faire il risque d’en souffrir, il ne comprend pas ta décision, me dit mon père avec calme et sérénité.
— Je sais, papa, je sais, mais pour l’instant je ne peux pas, je me sens vraiment pas prête à l’affronter. Je vais lui écrire une lettre. Pourras-tu lui donner quand je serai partie ?
— Oui, ma chérie, je le ferai.
— Merci papa.
Mon cœur était meurtri, j’avais blessé Thomas, mon meilleur ami.
Mes parents avaient sûrement vu que je n’avais pas envie d’en parler plus, ils me laissèrent tranquille et le repas se finit sans bruit, à part celui des fourchettes sur nos assiettes.
Après avoir débarrassé la table et embrassé mes parents, je remontai dans ma chambre, le cœur lourd. Je pris une feuille, un stylo et commençai à écrire une lettre pour Thomas.
Thomas,
Avant tout, sache que je suis vraiment désolée de la manière dont je t’ai quitté. J’ai adoré tous ces moments passés avec toi, mais je me suis rendu compte que mon cœur ne t’appartenait qu’à moitié, je ne pouvais pas rester auprès de toi en sachant que l’amour que j’éprouvais n’était pas entier. Tu mérites une femme qui t’aimera entièrement et je souhaite de tout mon cœur que tu la trouves. Je serai à jamais ton amie.
Kali
Après avoir écrit, je m’allongeai dans mon lit et me mis à pleurer en silence. Je m’endormis vite, épuisée par tous ces sanglots.
Jour J, mon départ. Je me levai, me lavai à grande vitesse, mes valises descendues, je me mis à table pour prendre mon petit déjeuner. L’aube pointait le bout de son nez. J’entendis quelqu’un descendre, c’était ma mère.
— Bonjour, ma chérie, tu es déjà prête. Un long bâillement s’en suivit.
— Oui, ça y est, je déjeune et je pars, sinon je ne serai jamais arrivée ce soir pour visiter la maison.
— Oh, tu as déjà trouvé quelque chose.
— Oui, j’ai trouvé une petite maison à louer dans un petit bled, rien de grandiose, mais je suis seule donc ça ira très bien pour l’instant.
— Et le loyer ?
— Dans mes cordes, de toute façon, quand je serai arrivée et que j’aurai posé mes bagages je chercherai du travail.
— Très bien, ma fille, je te fais confiance, mais s’il y a un souci tu m’appelles.
Je lui adressai un petit sourire.
— Oui, maman, ne t’inquiète pas.
Après avoir pris mon petit déjeuner, mis les bagages dans ma voiture, donné la lettre pour Thomas et fait de gros bisous à mes parents, je montai dans la voiture. Le cœur lourd, mais à la fois léger, je ne savais pas que deux émotions contradictoires pouvaient se ressentir en même temps. Mon trajet tracé sur le GPS, et c’était parti, ma vie allait changer, le problème c’est que je ne savais pas à quel point. Si seulement j’avais su…
Chapitre 3
Chapitre 3
Le voyage fut long, très long, mais je n’avais rencontré aucun problème particulier. L’avantage de partir en semaine. J’avais suivi l’autoroute jusqu’à Toulouse, ensuite j’avais pris les routes départementales et traversé des petits villages tous plus beaux les uns que les autres. Il y avait des champs de maïs et de tournesol à perte de vue, j’appréciai ce visuel.
J’arrivai donc sans encombre à l’adresse indiquée sur l’annonce avec une demi-heure d’avance. Le portail était ouvert, sûrement une attention généreuse de la dame que j’avais eue au téléphone. Je m’engageai dans la petite allée et me garai sur une place délimitée par des galets, j’arrêtai la voiture et en sortis.
Il faisait très beau, le soleil arrosait le jardin, je sentais une chaleur humide courir sur ma peau. Un doux parfum de fleurs et de nature égayait mes sens. J’étais loin du tumulte de la côte et de l’odeur marine.
Presque sept heures dans la voiture avec trois arrêts seulement pour manger et me dégourdir les jambes, il me fallait étirer mes muscles. Je décidai de faire le tour du propriétaire.
La maison était de taille moyenne, typique des Landes. Les murs extérieurs étaient peints en blanc et striés de poutre de bois. Les volets en bois étaient apparemment neufs ainsi que la porte d’entrée. Devant la maison, l’allée et un joli petit jardin. Tout le domaine était délimité par une jolie barrière également en bois.
Je fis le tour de la maison. Derrière celle-ci, il y avait une jolie terrasse avec une table et quatre chaises de jardin, ainsi qu’un petit portillon pour accéder à un champ gigantesque attenant à une forêt. Du vert, que du vert à perte de vue, mes yeux étaient enchantés de voir pareille merveille. Tous mes sens étaient en éveil. Je fermai les yeux pour me concentrer sur les odeurs, les sons, tout me plaisait, mon cerveau était ravi par les informations qu’il recevait, le bien être total, j’étais dans mon élément.
Ma tranquillité fut bousculée par le bruit d’un moteur et un léger klaxon, je revins sur mes pas, une petite voiture rouge venait de se garer juste à côté de la mienne. Une petite femme aux cheveux châtain courts et frisés en sortit. Je m’élançai à sa rencontre pour lui tendre la main.
— Bonjour, mademoiselle. Je suis madame Gonzalez.
— Bonjour, madame, je suis Kali Deguin, j’étais en train d’admirer les alentours, c’est vraiment magnifique.
Elle me répondit avec un sourire franc.
— Et encore, vous n’avez pas vu l’intérieur de la maison. Allez, venez !
Sans attendre, je la suivis. Je montai les trois petites marches en pierre pour rentrer dans la maison. Elle ouvrit la porte et je me retrouvai dans une maison de conte de fées.
L’entrée donnait directement sur le salon, tous les murs de celui-ci étaient recouverts de galets, c’était vraiment magnifique. Sur la droite se trouvait un canapé trois places au tissu gris anthracite, une table basse que je supposais être en pin et un meuble en bois où trônait une petite télévision écran plat.
Devant moi, il y avait une table et quatre chaises en bois. J’aperçus une porte vitrée qui donnait sur la terrasse. Une belle cheminée se dressait sur le même pan de mur que la porte. Mince j’espérai que la maison avait un chauffage autre que celle-ci, étant frileuse et ne sachant pas allumer un feu je commençai à me faire du souci.
— Alors voilà, ici vous avez le salon, c’est un peu rustique, mais j’espère que ça vous plaît.
— Oui, ça me plaît beaucoup, je ne pensais pas que la maison était meublée.
— Normalement, nous la louons pour les vacances, mais cela ne suffisait plus, donc mon mari et moi avons pris la décision de la louer à l’année, et puis ça m’évite pas mal de paperasse.
Je lui répondis en souriant.
— Je vous avoue que ça m’arrange, je n’ai pas de meubles, il aurait fallu que j’achète tout.
— Eh bien, tant mieux, ma petite. J’espère que le reste vous plaira. Alors voilà la cuisine.
Sur la gauche, une arche de pierre ouvrait sur une petite cuisine. Un plan de travail qui longeait tout un pan de mur surplombait des placards et de l’autre côté se trouvait une table, trois chaises et un frigo. La cuisine était tout de bois et de béton ciré gris anthracite, un mélange d’ancien et de nouveau, une fenêtre donnait sur l’avant de la maison, l’évier juste en dessous, parfait pour faire la vaisselle avec vue sur le jardin.
— Parfait ! m’exclamai-je.
— Alors si ça vous plaît tant mieux, on continue.
Nous sortîmes de la cuisine pour retourner dans le salon, un petit couloir sur la gauche après l’ouverture de la cuisine desservait deux chambres. Dans la première se trouvait un lit, une table de chevet avec une lampe, une armoire encastrée assez grande pour contenir tous mes vêtements. Dans la seconde, il n’y avait qu’un clic-clac, une commode et un petit bureau avec sa lampe. La salle de bain et les toilettes se trouvaient au bout du couloir. Apparemment, la salle de bain avait été refaite à neuf, seule ombre moderne dans cette maison rustique, ce que me confirma madame Gonzalez. La salle de bain se faisait vieille, il fallait tout changer.
Après avoir fait le tour et discuté un peu pour faire connaissance, je décidai de lui poser la question qui me taraudait depuis le début de cette visite.
— La cheminée est-elle le seul moyen de chauffage ?
— Oh non, ma belle, je sais pas si vous l’avez vu, mais le carrelage n’est pas d’origine, avec mon mari nous avons opté pour un chauffage au sol, on ne voulait pas trop moderniser la maison en mettant des chauffages apparents.
J’étais vraiment soulagée d’entendre ça.
Il était presque vingt heures quand on signa le bail. Avec fierté et reconnaissance, je signai au bas de la page. Madame Gonzalez avait tiqué, car je n’avais pas encore de travail, mais en lui disant le travail que faisait mon père et en lui montrant une copie de ses revenus comme garantie, elle avait vite oublié ce désagrément.
Quand elle fut partie, je pris vite mon téléphone pour appeler mes parents. Ils étaient fiers et heureux pour moi, soulagés aussi, je pense, même s’ils n’en avaient rien dit. Après ce bref échange, je défis mes bagages, mangeai un petit sandwich que j’avais acheté sur l’autoroute et pris une bonne douche. Il était vingt et une heures quand je m’allongeai dans mon nouveau lit aux draps qui sentaient bon l’assouplissant à la lavande, encore une attention généreuse de madame Gonzalez, elle avait laissé les draps, serviettes de bain et ustensiles de cuisine qui servaient pour les locations vacances. Je m’endormis sans tarder, fatiguée par le voyage.
Le lendemain, je m’éveillai toute déboussolée, je n’avais pas encore de repères. Je restai dans le lit quelques minutes, le temps de m’acclimater. J’ouvris les volets, ma chambre donnait sur la partie latérale de la maison, la forêt s’étendait à perte de vue, c’était vraiment un magnifique paysage. Le chant des oiseaux m’appelait, il fallait vite que je me prépare pour profiter de cette belle journée de juillet ensoleillée.
Après m’être préparée et n’ayant rien pour le petit déjeuner je décidai d’aller dans le petit village qui se trouvait à environ un kilomètre de la maison. Je m’y rendis à pied afin de profiter de cet air pur.
C’était un petit village, 800 habitants indiquait internet. Je croisai une épicerie ChezAnne-Marie, une boulangerieLes trois petits painsoù je m’arrêtai pour acheter un croissant et un pub Le pub de l’Europeoù je décidai de boire un bon thé pour commencer cette journée. Des petits vieux s’étaient attroupés autour d’une table et échangeaient gaiement sur toutes sortes de sujets devant leurs tasses de café. En face du pub, une presse, peut-être que je pourrais passer une annonce dans le journal local pour trouver un petit boulot.
Après avoir payé, je décidai de me mettre au courant de ce qui se passait dans mon nouveau chez moi en achetant le journal du coin. Sur le chemin du retour, je fis un arrêt à l’épicerie pour acheter de quoi manger en attendant de trouver un supermarché.
Je n’avais pas envie de m’enfermer avec cette belle journée, je me mis donc sur une chaise de la terrasse avec vue sur le champ. Je commençai à lire mon journal.
La fête de Mont-de-Marsan se tiendrait tel jour, la fête d’Hagetmau se ferait tel jour, une page pleine de dates de fêtes et de férias, apparemment les Landais aimaient faire la fête. En plus d’avoir un joli paysage, les habitants étaient joyeux, j’étais contente d’avoir choisi ce coin. La page des évènements récents était plus sinistre, un accident par-ci, un mort par-là, de quoi ternir ma journée. Une page dédiée à un phénomène étrange d’après le journaliste, deux femmes retrouvées dans les vapes et largement anémiées. Pour moi cette étrangeté n’avait rien d’étrange, traduction, deux femmes complètement ivres, qui avaient une carence en fer. Finalement, il n’y avait pas grand-chose pour moi dans ce journal, il y avait bien quelques petites annonces pour du travail, mais c’était trop loin, et ne connaissant pas encore les routes, je préférai m’abstenir.
L’après-midi, je décidai de faire un tour en forêt. Je chaussai mes baskets, mis mon sac à dos dans lequel j’avais mis une bouteille d’eau et mon téléphone portable et me dirigeai vers le portillon derrière la maison.
Je m’engouffrai dans la forêt, avec ses arbres immenses et touffus, le soleil essayait de percer. Des rais de lumière traversaient le feuillage, si j’avais été peintre, j’aurais pu capturer cette beauté sur ma toile. Mais à la place d’un chevalet et de mes pinceaux, je sortis de mon sac à dos mon portable. Une photo s’imposait. J’étais subjuguée par la beauté des lieux, il ne manquait qu’un ruisseau pour donner un petit côté magique. J’étais perdue dans mes pensées quand un bruit me fit sursauter. Je regardai autour de moi, il n’y avait personne, peut-être un animal s’était-il caché en me voyant approcher. Je continuai mon chemin quand j’entendis un autre bruit, mais plus proche de moi cette fois-ci, je regardai de nouveau, essayant de ne plus respirer pour mieux entendre, mais rien en vue. Bizarre, je me sentais observée, peut-être était-ce mon imagination. Étant un peu froussarde, je décidai donc de revenir sur mes pas, je marchai assez vite et me retrouvai à la maison en un rien de temps. Mon cœur battait la chamade. J’avais eu peur d’un bruit, non, mais sérieux, vraiment une froussarde, je rigolai toute seule de ma bêtise. Je restai tout de même sur mes gardes, imagination ou pas, j’avais senti quelque chose.