Chapitre 1
Le jour de son anniversaire, Claire a perdu sa mère, la seule famille qui lui restait.
Son mari n'était pas là pour célébrer son anniversaire, ni pour assister aux funérailles de sa mère.
— Il était parti à l'aéroport accueillir son Amour Idéal.
Juste après avoir déposé l'urne funéraire de sa mère, Claire a reçu un appel de sa tante Bernadette.
« Claire, maintenant que ta mère n'est plus là, ça m’inquiète que tu sois seule ici. Pourquoi ne viendrais-tu pas vivre avec moi à l'étranger ? »
Claire est restée silencieuse pendant un long moment. Puis, déterminée, elle a prononcé sa décision avec une solennité inhabituelle : « D'accord. »
« C'est vrai ? Je suis tellement heureuse que tu acceptes ! » La voix de sa tante débordait de joie à l'autre bout du fil. « Mais, j'ai entendu dire que tu es mariée. Ton mari sera d'accord de venir aussi ? »
À ces mots, Claire a laissé échapper un rire étouffé : « Ne t'inquiète pas, nous allons bientôt divorcer. »
Avant même qu'elle ne raccroche, un bruit de pas s'est fait entendre dans le couloir, annonçant le retour de François.
Claire a levé les yeux vers la porte, mais contrairement à son habitude, elle n'est pas allée l'accueillir.
C’est d’abord Julie, la sœur de François, l’air triomphant, faisait son apparition : « Voilà, mon frère a ramené Sophie ! Toi, la doublure, tu vas être mise à la porte ! »
Choquée, Claire a froncé légèrement les sourcils : « ...Moi, la doublure ? »
Le mépris de Julie était devenu encore plus flagrant : « Tu comprendras quand tu verras Sophie. »
À peine avait-elle fini sa phrase que François est entré, avec, la fameuse Sophie.
Le chauffeur les suivait, portant plusieurs bagages.
Sophie, quant à elle, tenait un énorme bouquet de roses. La couleur flamboyante des fleurs faisait monter les larmes aux yeux de Claire.
Absent des funérailles de sa belle-mère, il avait tout de même le temps de sélectionner des roses avec soin pour Sophie, alors qu’en cinq ans de mariage avec Claire, il ne lui avait jamais offert ne serait-ce qu’une seule fleur.
« Mademoiselle Sophie Laurent vient de rentrer au pays. N’ayant pas encore trouvé de logement, elle va rester chez nous pendant quelque temps », a annoncé François sans prêter aucune attention à Claire, avec ses yeux rivant tous ces temps sur Sophie. « Va préparer la chambre d'amis à côté de la mienne, c'est là qu'elle se logera. »
Il ne s’agissait pas d’une question, mais d’un ordre.
Comme s'ils n'étaient pas mariés, comme si elle n'était qu'une gouvernante dans cette demeure. Quelqu'un venait s'installer sans qu'on consulte son avis, mais c'était à elle de préparer la chambre.
« François, je peux m'en occuper, pas besoin de déranger Claire », a dit Sophie en levant la tête, permettant enfin à Claire de voir son visage.
Sidérée de ce qu’elle a vu, elle était totalement paralysée.
À cet instant, Claire a enfin compris ce que Julie voulait dire par « contrefaçon ».
Sophie avait un visage très similaire au sien.
Seulement, les traits de Claire étaient plus délicats, son allure plus gracieuse, tandis que Sophie, son regard trahissait une certaine fierté appartenant à une classe sociale supérieure.
Alors c’était pour ça…
Claire s'est mise à rire tout en essuyant discrètement ses larmes : alors c’était pour ça, elle a tout compris.
Elle avait toujours été malchanceuse, le destin ne l'avait jamais favorisée, sa mère, son seul soutien, était même décédée le jour de son anniversaire.
Elle se disait bien que c'était trop beau pour être vrai, qu'une malchanceuse comme elle ne pouvait pas gagner la faveur d’un héritier d'une famille fortunée lors d'une première rencontre, et encore moins de l'épouser...
Maintenant tout s'expliquait.
Elle n'était qu'une remplaçante.
Et rien d’autres.
« Pourquoi pleures-tu ? Tu exagères, non ? Sophie ne va rester que deux jours, ça vaut vraiment la peine de pleurnicher ? Claire, tu es vraiment trop mesquine ! » se moquait Julie.
Claire secouait vivement la tête : « Non, ça n'a rien à voir avec Mademoiselle Laurent... »
Avant même qu'elle ne puisse finir sa phrase, Sophie avait déjà les yeux rougis : « Laissez tomber, je ferais mieux de partir. Je ne veux pas causer de problèmes dans votre couple. »
Le visage de François s'était immédiatement assombri.
« Ne parte pas », a-t-il retenu Sophie, puis a déclaré d'un ton incontestable : « C'est moi qui décide dans cette maison ! Monsieur Jean, montez les bagages à l’étage ! »
M. Jean, le chauffeur, a levé la tête, jetant un regard inquiet vers Claire, sans oser bouger le moindre des choses.
Face à cette hésitation, François s'est également tourné vers Claire.
« Tu as quelque chose à ajouter ? » a-t-il demandé d'un ton hautain.
Sa voix portait même une note de menace.
Claire secouait la tête en guise de non, malgré ses yeux humides, souriant avec amertume : « Je n'ai rien contre, je suis ravie d'accueillir Mademoiselle Laurent. »
Bien sûr qu'elle n'avait d’avis. Puisque le sien ne compte pas.
Étant une personne sur le point de partir, quelle objection pourrait-elle émettre ?
Elle allait se retirer dignement, céder sa place, puis partir pour toujours, sans jamais revenir.
Chapitre 2
François posait sur Claire un regard glacial et sombre avant de lâcher avec un rire sarcastique : « Puisque tu n'y vois pas d'inconvénient, tu peux aider Monsieur Jean à monter les bagages de Sophie à l'étage. »
Il cherchait visiblement à l'humilier, probablement vexé qu'elle lui ait fait perdre la face devant son Amour Idéal.
Le visage de Claire a légèrement pâli, mais elle a vite retrouvé son sourire : « D'accord. »
Sur ces mots, elle s'est retournée pour porter les bagages avec Monsieur Jean.
Elle était si docile et obéissante que François aurait dû en être satisfait. Pourtant, en la regardant monter les bagages si naturellement, il ressentait une irritation indicible.
La chambre a été rapidement mise en ordre. Au moment où Claire s'apprêtait à descendre, Sophie est entrée.
« Claire, merci infiniment de m'accueillir chez toi. » Elle a saisi la main de Claire et a poursuivi d'un air affligé : « Sans François et toi, je ne saurais vraiment pas où aller. »
La main de Sophie étant tournée vers le haut, et un éclat éblouissait les yeux de Claire.
Claire a remarqué que Sophie portait à l'annulaire, une bague de prime abord, identique à son alliance.
Non, pas parfaitement identique — le diamant de celle de Sophie était plus gros, plus brillant, plus éclatant.
En comparaison, son alliance ressemblait à une vulgaire contrefaçon.
Bien qu'elle ait déjà décidé de partir, le cœur de Claire s'est serré malgré elle à cet instant.
Alors même sa bague de fiançailles n'était qu'une pâle copie.
Une doublure portait une contrefaçon... quelle ironie !
À cet instant, la sonnette a retenti et un livreur est entré avec un énorme gâteau.
« Waouh ! Qui a commandé un gâteau ? » S'est exclamée Julie. « Grand frère, c'est toi qui l'as commandé pour Sophie ? »
« L'anniversaire de Sophie aura lieu la semaine prochaine », a répondu François sans lever les yeux. « Je lui ai bien commandé un gâteau, mais la pâtisserie se serait-elle trompée de date ? »
Lorsque tout le monde s'interrogeait, le livreur a soudain lancé : « Est-ce que Mademoiselle Claire Dupont est là ? La destinataire s’appelle Claire Dupont. Mademoiselle Dupont, le gâteau est commandé par votre tante. Elle a également un message à vous transmettre : elle est consciente qu’aujourd'hui est un jour particulièrement difficile pour vous, mais qu'elle ne veut pas vous languissez. Elle est heureuse que vous soyez venue au monde. Joyeux anniversaire ! »
Le salon est devenu silencieux, tous les regards se sont tournés vers Claire.
François a affiché une rare expression de culpabilité et a dit d'un air gêné : « ... C'est ton anniversaire aujourd'hui, pourquoi ne m'as-tu rien dit ? »
Il avait déjà prévu cadeaux et gâteau pour l'anniversaire de Sophie, qui aura lieu la semaine suivante.
Mais le sien, il l'avait complètement oublié.
En même temps, pourquoi se soucier de ces détails pour une simple doublure ?
« Ah, c'est mon anniversaire aujourd'hui ? Je l'avais moi-même oublié », a dit Claire en dissipant habilement le malaise. « Je ne m'attendais pas à ce que ma tante s'en souvienne, je devrai l'appeler pour la remercier. »
Et en profiter pour accélérer les procédures pour partir à l'étranger — elle voulait s'en aller au plus vite.
« François, ce n'est vraiment pas correct d'oublier l'anniversaire de ta femme », a dit Sophie d'un ton mi- réprobateur, mi- affectueux. « Claire, ne sois pas fâchée... Tiens, à l'aéroport, François m'a offert un très beau collier en diamants. »
« Et si l’on te le donnait comme cadeau d'anniversaire de la part de François ? »
Sur ces mots, Sophie a retiré le collier de diamants de son cou, toujours toute souriante, l'offrant à Claire : « Claire, joyeux anniversaire ! »
Chapitre 3
Le collier était magnifique, un diamant rouge rarissime encastré dans un cœur en platine, symbole d’un amour unique.
Malheureusement, cet amour unique n'était pas pour elle.
« Non merci », Claire a secoué la tête en guise de refus, affichant tout de même son sourire : « C'est un cadeau que François t'a offert, je ne peux pas prendre ce qui t'appartient, à toi. »
Ce qui n'était pas à elle, elle n'en voulait pas. Le collier, elle n'en voulait pas, et l'homme qui l'avait offert... elle n'en voulait pas non plus !
« Pourquoi tu es si sarcastique ? » François s'est soudainement mis en colère : « J'étais juste trop occupé par le travail et j'ai oublié ton anniversaire, ce n'est pas la fin du monde ! Tu exagères ! »
Claire ne comprenait pas ce qu'elle avait fait de mal. Elle n'avait ni pleuré ni fait de scène, elle avait été aimable et polie tout le temps… pourquoi n'était-il toujours pas satisfait ?
« Je n’étais pas sarcastique », les paupières baissées, Claire cachait sa fatigue : « François, que veux-tu que je fasse alors ? Que j'accepte le collier ? Si c'est ce que tu veux, je vais le prendre. »
En disant cela, elle a vraiment pris le collier et a cordialement remercié Sophie : « Mademoiselle Laurent, merci pour votre cadeau. »
En tant que doublure, Claire pensait qu'elle avait été assez docile, assez coopérative et avait suffisamment préservé la face de François.
Mais pour une raison inconnue, après son acceptation de collier, François est devenu encore plus furieux : « Claire, tu es complètement incompréhensible ! »
Après avoir lancé ces mots, il est parti en claquant la porte.
Qu’elle accepte ou refuse le collier, il se mettait toujours en colère.
Claire a alors compris que cela n'avait rien à voir avec le collier, quoi qu'elle fasse, il ne serait jamais satisfait.
Les bien-aimés peuvent tout se permettre, tandis que les mal-aimés auront toujours tort, quoi qu'ils fassent.
Le gâteau d'anniversaire offert par sa tante Bernadette était énorme, toutefois, personne n'était là pour partager avec Claire. Ne voulant pas gâcher l’affection de sa tante, elle a terminé, à elle seule, le gâteau à quatre étages, en entier.
À la fin, elle avait tellement mal au ventre qu'elle a passé un long moment à vomir dans la salle de bain.
Quelle ironie, pensait-elle, assise par terre dans la salle de bain, pleurant et riant silencieusement : petite, sans le sou, elle n'avait jamais eu de gâteau d'anniversaire, au lieu de quoi, elle les désirait à travers la vitrine de la pâtisserie. Maintenant qu'elle avait plus de gâteau qu'elle ne pouvait en manger, elle en était malade...
Certaines choses, quand on ne peut pas les avoir immédiatement, n'ont plus de sens lors d’une possession trop tardive. Les désirs inassouvis finissaient par périmer.
Le soir, Claire a fait ses bagages et a déménagé de la chambre principale.
Maintenant que l'Amour Idéal était de retour, elle, la remplaçante, devait savoir se retirer. Elle ne pouvait plus partager la chambre avec François, craignant de contrarier l'Amour Idéal.
Pendant qu'elle déménageait ses affaires, Sophie, portant une nuisette sexy qui ne cachait presque rien, révélant ses épaules sensuelles et ses longues jambes, est sortie de la chambre d'à côté.
« Claire, ne te méprends pas, si François ne te rejoignait pas dans votre chambre, c’est parce qu'il est encore en colère », a dit Sophie d'une voix douce : « Ne t'inquiète pas, nous n'avons rien fait, nous jouions juste aux cartes. »
Claire a souri : « Tu n'as pas besoin de vous justifier. »
Quoiqu’ils fassent, cela n'avait plus d'importance. L’accord de divorce étant prêt, demain, elle trouverait une occasion pour que François le signe, lui aussi.
« Claire, tu te trompes vraiment », Sophie s'est mordu la lèvre, l'air peiné : « François et moi... »
Sans laisser à Sophie le temps d’inventer des excuses, Claire l'a interrompue en souriant : « Je sais, François et toi, vous êtes des amis d'enfance très proches ; maintenant, après tant d'années, tu es enfin rentrée au pays, vous avez sûrement beaucoup de choses à vous dire. »
« Alors profitez bien de vos retrouvailles, je ne vous dérangerai pas. »
Sur ces mots, Claire est partie. Sophie, d'un air pensif, la regardait s'éloigner jusqu’à ce que sa silhouette s’effaçait complètement.