Chapitre 2
Nous sommes le 1er août 2019, il est 4 h 30, il fait déjà très chaud. La nuit a été pénible. Malgré les fenêtres ouvertes, la température n’est pas suffisamment redescendue et s’est maintenue au-delà des 20 °C. Le mercure montera inéluctablement tout au long de la journée pour atteindre peut-être les quarante degrés. Le réveil de Joe retentit comme chaque matin. Il répète le même rituel. Il se lève le premier, à l’aube, sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller sa femme. Il se débarbouille à la va-vite au lavabo, met un jogging et part en courant à la salle de sports de la police qui se trouve à environ quatre kilomètres de son domicile.
Dès qu’il arrive, il passe au vestiaire pour enfiler un kimono. Sans un mot, il rejoint sur le tatami son adversaire qui est déjà là et qui l’attend.
Ils commencent par se saluer et le combat entre les deux hommes débute. Engagés tous les deux dans une ronde d’observation, la lutte et les premiers coups de pied fendent l’air. Joe soulève son genou en direction de sa cible et laisse sa jambe poursuivre, vers le haut, sa trajectoire verticale et une fois dépliée elle fait mouche. Touché ! L’adversaire contre-attaque et tente de saisir son revers, mais il s’esquive vers l’arrière, rabaisse la main de Joe avec les siennes qui la lui tord pour se libérer.
Et là, Joe dégaine un Tai sabaki qui lui permet de se déplacer. Sa tête tourne et ses bras accompagnent le mouvement qui le cloue au sol en effectuant une clé de coude. Il a gagné !
Les deux karatékas se saluent et un deuxième combat commence. Il saisit le kimono de son adversaire, c’est tout de suite une bataille de la garde. Il le jette sur le tatami, mais il rebondit aussitôt. Joe lui donne un coup avec le pied. L’autre se relève une nouvelle fois et Joe lui assène une série de coups de pied puis il le projette par-dessus son épaule. Il lève la jambe, genou plié, et le frappe avec le plat du talon pour toucher sa cible ! Joe est un combattant technique aérien. Il maîtrise les coups de pied, les projections, les poings, les contres et les remises. Et voici un balayage, cette technique Ashi Baraien japonais suivi d’un Tsuki. Joe a un équilibre et une assise très forte. En plus de son coup d’œil, dès que la jambe arrive, il projette son adversaire au sol. Il déclenche un coup de pied au visage à n’importe quel moment et dans n’importe quelle position. Il poursuit avec un Mawashi-geri, un coup de pied circulaire exécuté en faisant pivoter la hanche puis le pied d’appui. C’est une vraie épreuve de force pour les deux hommes. Les échanges sont maîtrisés mais portés.
Les deux adversaires se saluent une dernière fois. L’entraînement est terminé. Joe se dirige vers les douches, se change puis rentre chez lui en courant.
Au retour, c’est le petit matin. Le jour s’est levé depuis un bon moment déjà. Il court moins vite qu’à l’aller. La fréquence de ses foulées est réglée sur cinq kilomètres à l’heure. Mais il essaie de garder tous les jours le même rythme. La température extérieure augmente petit à petit. D’ordinaire, le soleil chauffe déjà fortement en cette saison. Mais là, la chaleur commence à être écrasante dès l’aurore ce qui suggère encore une nouvelle journée caniculaire. Pourtant, les journalistes météorologues, dans leurs studios bien réfrigérés, n’emploient pas le mot canicule bien que la température ne soit pas descendue en dessous des vingt degrés cette nuit-là. La pente s’élève de près de quinze pour cent. Il n’y a pas grand monde dans les rues. Il grimpe petit à petit, la foulée ralentit quelque peu. Il arrache le bitume dans les premiers hectomètres. Il affronte ensuite les crêtes qui dominent la ville. Il prend sa gourde et boit quelques gorgées d’eau. Il n’est pas question ici de jouer le chronomètre. C’est sans importance. Il entretient juste son rythme cardiaque. Il rejoint un autre coureur à l’allure sympathique avec le crâne rasé et le double. Puis, il croise une grand-mère qui promène déjà son cocker à cette heure matinale. Il sue sang et eau. La sueur perle sur son front. Il maintient toujours la même bonne allure dans cette montée qui n’en finit pas. Son cœur pulse à près de cent quatre-vingts. Il atteint enfin le sommet et arrive chez lui. Il est ruisselant de sueur.
Il passe devant la boîte aux lettres fixée au sol par un mât qui tient par miracle. Elle oscille au gré du vent. La bannière rouge est relevée ce qui lui signifie l’arrivée de son quotidien.
Il rentre, son journal à la main et va prendre une douche. Puis, il enfile une nouvelle tenue et se vautre dans son fauteuil en cuir. Sa tête repose sur un grand coussin et ses bras sur les accotoirs.
Il prend une cigarette qu’il sort de son étui. Il craque une allumette et y met le feu. Il tire quelques bouffées. Sa main gauche atteint un cendrier en céramique posé sur une table basse mais sa cigarette est grillée jusqu’au filtre. Un boudin de cendres froid est prêt à tomber dedans. Il déplie le journal et plonge le nez dans les nouvelles du jour. Il lit dans la lumière diffusée par les rideaux entrebâillés.
Chapitre 3
7 h 30, la température atteint déjà les 28 °C. Le temps est ensoleillé, avec un ciel pleinement dégagé. Le jardinier, le teint buriné par le soleil, vient d’arriver. Comme tous les matins, il arrive à la même heure été comme hiver. Il se dirige tout de suite vers l’allée pavée qui doit être désherbée. Il répand avec son pulvérisateur le produit qu’il a mélangé. Puis, il longe l’allée en direction d’un vieux puits qui lui sert de réserve d’eau. Il remplit au fur et à mesure son arrosoir pour apporter l’eau nécessaire à chaque plante, fleur et arbuste.
Sharon s’est levée, et est seulement vêtue d’une simple nuisette en soie avec de fines bretelles et très transparente. Elle lui moule les seins et ses hanches étroites.
Elle met quelques fleurs, fraîchement coupées que le jardinier lui a déposé devant la porte d’entrée, dans un vase sur la table de la cuisine juste à côté du grille-pain. Puis, elle prépare le café. Elle tartine les toasts avec du beurre frais et de confiture d’abricot maison. Elle a allumé la télévision et écoute les premières informations sur CNN
Trop absorbé par sa lecture des faits divers, Joe n’est pas franchement disposé à écouter sa femme parler.
« Ainsi, quand je parle, tu ne m’écoutes pas, dit-elle d’une voix emplie de rancœur. Tu as entendu à la télévision, selon le bulletin météo du flash info de sept heures trente, l’anticyclone est installé sur Los Angeles. Les vents du sud apportent de l’air très chaud, sec et avec eux une chaleur écrasante. C’est le début d’une vague de chaleur qui va s’abattre sur Los Angeles d’ici le week-end. Les spécialistes ne sont pas en mesure de prévoir la fin de cet épisode caniculaire pour le moment. Le pays va devoir affronter une période de très fortes chaleurs »
Il enlève ses lunettes aux verres cerclés d’une fine monture. Et replie son journal avec soin. Son visage exprime alors une forme de fatalité.
« Je ne vois pas ce qu’il y a de si extraordinaire qu’en cette saison il y ait une vague de chaleur ici, à Los Angeles. Après tout, c’est de saison, non ?»
Sharon opine de la tête. Silencieuse, le visage pensif elle verse le café noir dans les tasses. Il a sorti enfin les yeux de son journal et se lève. Il boit et se sert une deuxième tasse de café.
Sharon, sans un mot, fixe son visage, se lève et lui mordille l’oreille. Elle entoure sa nuque avec son avant-bras. Elle hume son très doux parfum. Elle s’incline vers lui et s’appuie sur son épaule. Elle passe sa main dans sa chemise puis lui effleure le ventre. Elle en défait les trois premiers boutons et l’ouvre. Lui se laisse faire et aucun son ne sort de sa bouche. À son tour, il caresse ses fesses nues sous sa nuisette. Elle ne porte pas de culotte. Puis, il glisse une main entre ses jambes. Elle serre sa main pendant qu’il approche ses lèvres des siennes sans rien dire. Bouches fermées, ils restent muets.Elle relâche ses cuisses et le libère. Elle lui prend la main et l’emmène dans la chambre pieds nus. En un instant, elle quitte sa nuisette. Elle est dans le lit avant même qu’il n’ait rien enlevé. Il la rejoint. Elle monte sur lui. Elle lui susurre des petits mots d’amour à l’oreille. Il lui laisse l’initiative. Elle se penche vers lui pour l’embrasser. Elle souffle doucement. Lui, il l’entoure de ses bras. Il sait qu’elle l’attend pour le moment ultime. Il est trop tôt. Le plaisir doit durer, se dit-il. Leurs corps vont et viennent sous les draps. Ses seins frottent son torse épilé. Elle l’embrasse. Il la caresse. Il sent son souffle sur ses joues. Elle a une sensation de spasme qui naît dans son ventre. Lui accélère le rythme. Elle se cambre en arrière. Elle veut l’accueillir en elle. Lui aussi veut aller au bout des choses. Ils jouissent ensemble. Il passe ses doigts dans ses beaux cheveux lisses. Ils restent un moment comme ça sans bouger l’un sur l’autre. Puis d’un commun accord, ils se lèvent et filent dans la salle de bains. La pièce d’eau s’ouvre sur une magnifique douche à l’italienne où l’on peut d’ailleurs aisément rentrer à deux. Il la savonne. Il fait couler l’eau à bonne température pour la rincer. Puis, il prend une serviette, la sèche, et la ramène au bord du lit. Elle enfile à nouveau sa nuisette et lui ses vêtements. Puis, ils reviennent à table. Elle a une faim de loup. Elle rajoute des toasts, du café et des fruits. Elle lui prépare des œufs brouillés. Et, elle le regarde avec un large sourire. Elle est heureuse. Il lui répond par un « Je t’aime».