Chapitre 1
Cela fait bientôt six ans que Hugo Fontaine et moi sommes ensemble.
« Hugo, je vais me marier. » Lui disais-je.
Il a eu un sursaut, comme réveillé de ses rêveries, affichant un air gêné, « Tu sais, Iris, dans notre entreprise, on vit un moment crucial de financement. C'est pour ça que je n'ai vraiment pas le cœur pour ce genre de chose… »
Je souriais calmement. Il n'a pas compris le sens de ma phrase – je vais me marier, mais pas avec lui…
« Maman, tu peux dire à Papi que je suis d'accord pour le mariage arrangé », disais-je au téléphone.
« C'est vrai ?! » Ma mère était agréablement surprise, toutefois, elle restait dubitative, « Attends, et ton copain de longue date ? Certes, on te souhaite quelqu'un de bonne famille, mais si tu te forces… »
« Non, on s'est déjà séparé. Vous pouvez commencer à préparer le mariage. »
Ma mère, gardant son sang-froid, m'épargnait davantage de questions à ce sujet, « Tu as encore du temps pour réfléchir, même si ton grand-père a sélectionné cet homme parmi des milliers pour toi – ce remarquable jeune homme dirige déjà une entreprise qui appartient à ses parents. Toutefois, on ne plaisante pas avec un mariage, c'est sérieux et c'est pour la vie, tu comprends ? »
« Oui, Maman, ce n'était pas un coup de tête, j'ai mûrement réfléchi. »
Hier au téléphone, mon frère cadet, sans faire exprès, m'a fait comprendre que l'entreprise de notre famille traversait une mauvaise période, un financement de l'extérieur était nécessaire pour sauver les affaires.
Et un mariage arrangé était la meilleure solution.
Dans le temps, une passionnée comme moi, grande amoureuse de mon copain, aurait défié toute ma famille pour rester à côté de lui ; aujourd'hui, j'acceptais un mariage arrangé.
Car mon amour pour lui était mort pour toujours. Il était temps de redevenir lucide.
À travers la grande vitre, j'ai vu sur qui Hugo s'est fixé depuis un moment. Je me moquais amèrement.
Il n'y avait pas si longtemps, c'était moi qu'il regardait avec autant d'attention.
Quand on était à la fac, il courrait après moi durant trois ans. Je lui posais souvent la question : pourquoi tu m'aimais ? À chaque fois, il souriait candidement, « Tu es belle ! Tu es la plus belle fille que j'ai jamais vue ! »
Je n'étais pas particulièrement attirée par les gens naïfs, toutefois, sa sincérité a fini par me toucher. Mais je ne lui ai pas dit « oui » tout de suite, et Hugo, il restait persévérant malgré mon hésitation.
Tous les jours, il me ramenait mon petit-déjeuner ; chaque fois, je tombais malade, c'était lui qui s'occupait de moi.
Une fois, après avoir vu mon regard désireux en voyant un beau collier hors de prix, il a accumulé deux petits jobs pour me le payer.
Aucun froncement de sourcils sur mon visage n'échappait à ses yeux, il était toujours là pour me remonter le moral.
Néanmoins, notre relation ne valait rien comparée à son premier amour.
Il y avait deux mois, son premier amour, qui datait de son enfance, Yveline Huet, a surgi de nulle part. Elle est même venue à Toulouse où nous vivions. Dès la première fois que je l'ai vue, je l'ai trouvée sans-gêne, et trop proche avec mon copain.
Je n'ai rien dit, car à mon avis, elle n'y resterait pas longtemps. Cependant, à ma grande surprise, elle était devenue la secrétaire de Hugo, qui le collait comme son ombre ; elle a même emménagé à Toulouse.
Enfin, j'ai exigé une explication de la part d'Hugo pour cette histoire d'ex-copine-secrétaire. Il s'est contenté de se justifier par les compétences professionnelles de son premier amour.
À partir de ce moment-là, il restait souvent tard dans son bureau, et partait de plus en plus en voyages d'affaires.
Il rentrait de moins en moins à la maison pour dormir.
Avant-hier, je suis allée à l'administration pour vérifier le pointage des personnels. Avec grand désarroi, j'ai découvert que ces deux-là, Hugo et Yveline, sont tout le temps inséparables.
Ils partaient en voyage d'affaires comme un couple, en fournissant une facture d'une seule chambre double à la comptabilité.
Sans parler de toutes ces heures supplémentaires qui coïncident.
Je sortais du bureau d'Hugo, l'air égaré. Yveline m'a vue et s'est levée de son fauteuil, montrant un sourire affecté, « Iris, comment tu te sens ? Tu es toute pâle ? Vous vous êtes pris la tête ? »
Ayant le moral dans les chaussettes, je l'ignorais en la contournant.
« Iris Girard ! » Elle m'a interpellée dans mon dos, « Tu auras bientôt 30 ans, n'est-ce-pas ? Tu ne peux plus faire qu'à ta tête ! Tu sais, Hugo était déjà préoccupé avec cette histoire de financement du Groupe Bertrand. Ne pas l'embêter est le moindre des choses que tu puisses faire pour lui, si tu ne pouvais pas l'aider ! »
Je fronçais légèrement les sourcils, la fixant calmement, « Yveline Huet, je te préviens que cette entreprise appartient à Hugo et à moi, nous l'avons fondée tous les deux. Il pouvait t'embaucher, et moi, je pourrais te virer si je le veux. »
« Tu … » Yveline n'attendait pas que je sois si dure avec elle, choquée pendant quelques seconds, puis me répondait de manière rancunière, « Je, je te donne des conseils en pensant à toi. Si ça ne te plaît pas, tu n'as qu'à ne pas m'écouter, au lieu de vouloir me virer… »
« Qui voulait te virer ? » Hugo sortait de son bureau, nous parlait d'un ton glacial, « Iris, Yveline est une petite fille, et elle n'est pas originaire d'ici. Tu ne peux pas te montrer plus tolérante avec elle ? Même si elle n'est pas parfaite, comme tout le monde ? »
Petite fille. Quelle blague. Elle n'était que trois mois de moins que moi.
Sentant les larmes qui montaient dans mes yeux, je respirais profondément pour m'apaiser, « Hugo Fontaine, tu vas devoir choisir, qu'une seule d'entre nous pourrait rester dans cette entreprise, elle ou moi ? »
« Iris Girard, arrête ton cinéma », répondait Hugo d'un air blasé.
N'attendant pas qu'il réagisse ainsi, je restais médusée. Je cherchais, en vaine, dans ma mémoire la dernière fois qu'il m'appelait ainsi.
« Iris, je pense que tu t'imagines des trucs entre Hugo et moi ; en fait, on est juste des amis d'enfance proches. » Les yeux d'Yveline étaient maintenant rouges d'émotion. Elle se tournait vers Hugo, le regardant d'un air battu, « Hugo, j'ai entendu dire qu'Iris est issue d'une famille très aisée, elle a dû être gâtée, en ayant tout ce qu'elle voulait. Il faut que tu sois plus indulgent avec elle, ne t'en prends pas la tête avec elle à cause de moi… Et moi, j'ai tellement l'habitude d'être inférieure ! Je peux partir si cela fait plaisir à Iris. Je peux même quitter Toulouse… »
« Yveline ! Ne dis pas ça. » Hugo la regardait avec plein de tendresse, cachant mal son empathie envers cette pauvre fille.
Je mordillais les lèvres, quittant la pièce aussitôt.
Toute ma vie, j'étais choyée par ma famille. Une fois diplômée, j'ai été sollicitée par mon père pour reprendre notre entreprise familiale, à condition de rentrer à Paris, ma ville natale.
Toutefois, aveuglée par mon amour pour Hugo, je voulais coûte que coûte rester à Toulouse. Cela a déclenché une grande dispute avec mon père, car ce dernier disait : « Qu'est-ce que ce sans-le-sou pourrait t'offrir comme avenir ! »
Et moi, pour prouver qu'il avait tort, avais tout fait pour monter notre propre business. Je dînais souvent avec des partenaires potentiels, puis leur tenais compagnie dans des bars jusqu'aux petits matins. En buvant de bouteilles entières d'alcool fort.
Mais en contrepartie, je n'ai pas eu la fidélité d'Hugo ; au lieu de quoi, un estomac bien abîmé. Pour mes maux de ventre, je devais prendre tous les jours des médicaments.
J'entendais ma mère soupir l'autre bout du fil, « Bon, quand est-ce que tu comptais rentrer à Paris alors ? »
« Dans deux semaines. »
En raccrochant, je me retournais pour regarder l'immeuble dans lequel se trouvait notre entreprise, souriais amèrement.
Hugo Fontaine. Je t'ai donné l'occasion de choisir, entre elle et moi. Tu l'as foiré. Et moi, je ne veux plus de toi non plus.
Chapitre 2
En rentrant à la maison, je restais assise sur le canapé, muette, pendant un long moment.
En ruminant les souvenirs, je réalisais que les choses entre Hugo et moi avaient commencé à changer il y a un mois.
Au début, j'ai du mal à comprendre : pourquoi un amour pourrait se péricliter si vite. Chaque fois, je doutais de quelques choses entre lui et Yveline, il me consolait avec cette excuse bidon, « Tu cogites là. Pour moi Yveline est comme ma sœur-cadette, je prends soin de ma famille, tu vois. »
Je l'ai cru de tout mon cœur. Il était tellement attentionné et dévoué envers moi que je ne soupçonnais pas une seconde son sentiment pour moi.
Jusqu'au jour où j'étais obligée d'aller le chercher en voiture, car il était dans un état d'ivresse, du jamais vu, après un dîner entre ses amis d'enfance.
Et là, j'ai croisé un ami à lui, bien soûlé aussi, qui m'a avoué la vérité.
« Tu sais… Hugo et Yveline, ils ont pratiquement grandi ensemble. Il était épris d'elle depuis toujours, et il lui a demandé d'être sa petite amie. Mais elle l'a refusé, c'était pour ça qu'il s'est tourné vers toi. »
« Parce que ton sourire lui rappelle celui d'Yveline Huet. »
« Mais ne t'inquiète pas. Nous, ses amis de longue date, on voulait tous qu'il soit avec toi plutôt qu'Yveline. Car, tu sais, Mlle Huet l'a refusé puisqu'il n'avait pas assez d'argent à son goût. Et là, cette nana revenue vers lui, pourquoi ? Ben, parce qu'il a du fric maintenant ! »
J'étais médusée par cette révélation.
« Di-di-di », le réveil sonnant, me retirait de mes pensées.
C'était l'alarme que j'ai mise pour me rappeler la prise des médicaments contre mes maux au ventre.
Les médicaments ont un goût écœurant, provoquant un haut-le-cœur. Je parcourais des yeux notre maison que j'ai décorée avec beaucoup de soin, puis, en prenant un stylo, mettais une croix sur la date d'aujourd'hui sur le calendrier.
Encore 14 jours à tenir avant de partir à Paris.
Après avoir pris mon médoc, j'ai commencé à faire le tri de mes affaires.
Toulouse et Paris, plus que 600 km qui les séparent. Je n'allais pas tout ramener du sud au nord.
Le reste, poubelle.
Je n'aime pas que les autres touchent à mes affaires ; de plus, cette autre personne sera la nouvelle copine d'Hugo.
Après deux aller-retours au local de poubelles, je suis déjà épuisée. Affalée sur le canapé, je comptais reprendre demain de faire ma valise.
Sortie de la douche, je suis tombée sur un poste d'Yveline sur Facebook.
— Mon boss a beau l'air sévère et pro le jour, mais le soir, il fait la queue pour acheter mon gâteau préféré ! Il a même dit qu'il voulait rattraper toutes ses années qu'on a perdues !
Avec une photo d'elle arborant un beau gâteau à la fraise. Sur son poignet levé, on voyait une montre, trop large pour elle, appartenant clairement à un homme.
Cette montre-là, je la connaissais assez bien, car elle allait de pair avec la mienne : c'était une édition couple.
Je m'en souvenais, c'était comme hier, Hugo et moi avions travaillé jour et nuit pour conclure la première grande affaire de notre jeune entreprise. Pour la première fois, on commençait à avoir une petite notoriété.
Hugo a été tellement excité que, malgré le manque de sommeil, il m'a entraînée jusqu'aux Halles pour acheter ce duo de montres que j'ai convoité depuis longtemps.
À la vue du prix, je ne voulais pas qu'il nous les achète.
Mais il insistait, me la mettant immédiatement après l'achat. Ensuite, il me serrait dans ses bras, déclarant d'un ton solennel : « Iris, tout ce qui te plaît, TOUT, c'est à moi de te l'offrir. »
Sa montre à lui ne le quittait jamais à part que lorsqu'il reprenait une douche ou dormait. Il a même viré son ancien assistant puisque ce dernier avait renversé un verre d'eau sur la montre.
C'était une notoriété publique qu'Hugo était très amoureux de moi.
Et maintenant, tout ça avait l'air d'être une mauvaise blague. Car personne ne savait que, lorsqu'il me regardait, il pensait à une autre.
Je respirais profondément, enlevant ma montre, la mettant à vendre sur Vinted.
Encore une nuit sans Hugo à la maison.
Le lendemain, j'ai dormi jusqu'au midi. Puis, j'allais franchir une étape importante : j'allais poser ma démission.
Ces deux dernières années, avec la prospérité de l'entreprise, je m'occupais plutôt du Département de design. Sur mon chemin vers le bureau administratif, de plus en plus de gens venaient me féliciter.
Je me demandais ce qui se passait, quand Marie Charles, la responsable des ressources humaines, m'a tirée dans son bureau. « Dis-moi la vérité, est-ce que toi et Hugo allez bientôt vous fiancer ? »
« Quoi ? » J'étais abasourdie.
Elle était une ancienne de l'entreprise et ne prenait pas de gants avec moi. « Ce n'est pas vrai ? Vous en êtes déjà à ce point, et tu veux encore me le cacher ? Tout le monde sait qu'Hugo prépare quelque chose d'énorme, personne n'ignore qu'il va te demander en mariage ! »
Je fronçais les sourcils. « Non, mais de quoi tu parles ? »
Elle a mis la main sur sa bouche. « Tu ne sais vraiment pas ? Ce ne serait pas une surprise qu'Hugo te prépare ? »
« Non, je n'en sais rien. Explique-toi clairement. »
« C'est que… »
Elle hésitait, puis finalement, elle a décidé de me le dire. « Quelqu'un a vu tout à l'heure un fleuriste livrer des fleurs à Hugo. Le coffre de sa voiture était rempli maintenant de roses ! Ce n'est pas ton anniversaire, ni la Saint-Valentin, alors si ce n'est pas pour une demande en mariage, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? »
Des roses.
Je me souvenais qu'il y a deux mois, quand Yveline Huet était venue à Toulouse, Hugo avait acheté des roses claires pour l'accueillir.
Mes doigts enfonçaient silencieusement dans ma paume. Je mordillais les lèvres sans rien dire. Puis Marie a vu les documents dans ma main, « Qu'est-ce que c'est ? »
« Je viens pour démissionner. »
« Je le savais ! »
Elle a soudain compris. « C'est pour le mariage, c'est ça ? Tu te prépares à te retirer et à devenir une épouse modèle. Allez, je vais te signer ça. »
« D'accord, Merci. »
Je n'ai pas donné plus d'explications et lui ai tendu les documents.
Tout en signant, elle râlait : « Hugo aurait pu me prévenir quand même, je dois maintenant trouver en urgence un nouveau directeur pour le Département de design. »
« Il te reste à faire signer Hugo, et ce sera réglé. »
Elle m'a rendu les papiers signés et m'a dit en toute sincérité : « Iris, je ne sais pas si tu fais le bon choix en te dévouant à la vie de famille, mais en tant qu'amie de longue date, je te souhaite bonne chance ! J'espère qu'Hugo ne te décevra pas. »
« Merci, je suis sûre que je serai heureuse. »
Mais ce bonheur n'aurait rien à voir avec Hugo.
Chapitre 3
Avant d'entrer dans le bureau d'Hugo, j'ai hésité un instant.
Ce n'était pas de l'indécision, mais je ne savais pas comment le convaincre de signer sans prise de tête. Après la réorganisation des ressources humaines de l'entreprise, même moi, fondatrice de la ferme, j'avais dû signer un contrat de travail.
De plus, le poste de directeur du design était tout de même sensible, et les affaires de ma famille étaient liées à ce secteur. Si je ne démissionnais pas selon les règles, je risquerais d'avoir des ennuis en retournant à Paris.
J'ai poussé la porte et, avant même de prononcer les mots que j'avais préparés, j'ai vu Yveline Huet assise en face d'Hugo. J'ai compris alors pourquoi son poste de travail devant la porte était vide ; elle s'était déjà installée ici.
Yveline m'a vue en premier et, avec une familiarité excessive, elle a tapoté affectueusement la tête d'Hugo en l'interpelant d'une voix douce : « Hugo ! »
Hugo a répondu avec tendresse, « Ça suffit, arrête ton jeu, laisse-moi finir ce contrat. »
« Mais je ne joue pas là… », a répondu Yveline. Elle m'a lancé un regard provocateur avant d'ajouter gentiment, « C'est Iris qui est là. »
Hugo s'est reculé brusquement, mettant de la distance entre eux, et m'a regardée, l'air perturbé. Nos regards se sont croisés.
J'ai ignoré la sensation désagréable dans ma poitrine et j'ai dit calmement : « Hugo, j'ai un document à te faire signer. » Je lui ai tendu le dossier.
Voyant que je ne pointais pas du doigt leur complicité, il a soupiré légèrement, soulagé, et a hoché la tête, « Pas de souci. »
« Hugo, je vous laisse travailler, à toute », a dit Yveline en se levant.
Au moment où Hugo ouvrait le dossier, et j'allais lui donner l'explication que j'avais préparée, Yveline s'est tordu soudain la cheville. Elle s'est écriée, « Aïe ! J'ai mal ! »
« Yveline ! » s'est exclamé Hugo, qui s'est levé d'un bond, prêt à se précipiter vers elle.
Je l'ai arrêté en disant, « Attends, signe d'abord, ça ne te prendra que quelques secondes. »
Il a froncé les sourcils. « Iris Girard, depuis quand es-tu devenue si insensible ? Ce document est-il vraiment si important ? »
« Ah, Hugo… » Yveline était accroupie par terre, pleurant en se tenant la cheville.
Hugo n'avait d'yeux que pour elle et ne voulait pas perdre davantage de temps avec moi. Sans même regarder de quel document il s'agissait, il a signé rapidement à l'endroit que je lui indiquais.
C'était exactement ce que je voulais. Je souhaitais juste finaliser ma démission et quitter cette ville, pour retrouver ma vie d'avant.
Hugo a porté Yveline jusqu'au canapé, puis lui a tenu la cheville pour l'examiner. « Ça va, ce n'est pas enflé, mais si tu as vraiment très mal, je t'emmènerai quand même à l'hôpital. »
« Ce n'est pas si grave… », a dit Yveline, retirant timidement son pied et me jetant un coup d'œil.
J'ai quitté la pièce sans montrer la moindre colère.
Alors que j'allais monter en voiture, Hugo m'a rattrapée. « Iris, ne te méprends pas, il n'y a rien entre elle et moi. Je m'occupe d'elle juste parce que nous avons grandi ensemble. »
« D'accord », ai-je répondu calmement, regardant sa main qui tenait la portière, lui faisant signe de la lâcher. « J'ai des choses à faire. »
Il a semblé surpris un instant. « Tu n'es pas en colère ? »
J'ai souri. « Pourquoi le serais-je ? »
« Avant, tu te serais fâchée si j'avais fait des choses pareilles… »
« Mais tu l'as fait quand même, non ? Sachant que cela pourrait m'énerver. »
J'ai levé les yeux et j'ai vu la panique dans son regard, disant : « Enfin, c'était juste une blague. Tu reviens dîner à la maison ce soir ? »
« Je… », a-t-il dit, cachant son malaise. Puis, il m'a pris la main. « J'ai un dîner d'affaires ce soir, mais je rentrerai après. C'est promis. »
J'avais envie de rire, mais je n'y parvenais pas.
C'était comme si même son retour à la maison était devenu une faveur. Ne le croyant pas, j'ai dîné à l'extérieur, toute seule, avant de rentrer juste pour continuer à préparer ma valise. C'était à ce moment-là que j'ai réalisé que, lorsqu'une déception est devenue trop grande, il n'y a plus de place pour le moindre espoir.
Je m'appliquais à effacer toute trace de mon vécu dans cette maison. J'ai même trié à la place d'Hugo, en ne jetant que quelques objets que j'avais achetés pour nous deux : des brosses à dents, des verres, des pantoufles, des sous-vêtements…
Alors que je n'avais pas encore fini, prenant une pause, j'ai reçu un message d'Yveline sur WhatsApp.
« Iris, regarde, après toutes ces années, Hugo se souvient encore que mes fleurs préférées sont les roses claires. Il est encore plus attentionné qu'avant. »
« Merci de l'avoir si bien éduqué POUR MOI. »
« C'est tellement agréable de profiter de l'ombre d'un arbre planté par quelqu'un d'autre. »
Elle joignait une photo de la Porsche que j'avais choisie pour Hugo, le coffre duquel étant rempli de fleurs et décoré de guirlandes lumineuses.
À cet instant précis, j'ai compris clairement que tout l'amour que j'avais reçu ces dernières années appartenait, de fait, entièrement à quelqu'un d'autre.