Chapitre 3

L’univers

Alors que les heures, captives du néant,

Gardiennes des futurs, dans le matin du temps,

Attendaient patiemment pour sonner l’univers,

À l’ombre de la nuit d’un effrayant désert,

Le silence éternel de l’infini, cloîtré,

Explosa sur lui-même : ainsi, de la nuée

Plus vieille que la vie, et berceau de la mort,

Surgit la traînée d’or du premier météore.

Il n’y avait rien : et d’un coup il y eut tout. Le feu

Des astres, brusquement éveillé, parcourait

L’espace, remplissait le vide, illuminait

Des voies lactées ! D’un coup l’ouragan fabuleux

Déchaînait le chaos et inventait les cieux :

Allumant d’une main les forges des Enfers,

Et de l’autre y fondant l’avenir de la Terre.

Ô hasard improbable !

Ou bien œuvre d’un dieu ?

Ce big-bang inconscient était-il sous l’égide

D’un titan tout puissant et du Foudre divin ?

Ou n’est-il que le fruit d’un alliage stupide

Entre atomes troués et neutrons orphelins ?

Sommes-nous tous enfants d’un lointain créateur ?

Les verrons-nous un jour resplendir dans le ciel,

Dieu Le Père et Son Fils, et couvrir de leurs ailes

Nos âmes chagrines des morts et des malheurs ?

Ô Univers, ô toi sépulcre ! Cimetière

De tant de cœurs, de pleurs, de rires et de fleurs,

Broyés dans ta froideur, univers, univers

Terrible, impitoyable : où se terre l’Auteur ?

Tandis que nous rêvons et songeons aux mystères,

Le corps cloué dans ce cercueil à ciel ouvert,

L’horreur vide de sens qui surplombe nos têtes

Perce nos poitrines de cent questions muettes.

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Quelques larmes pour un phénix

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