Chapitre 2
Partie 1
3 Mois plus tard
Je suis le major de ma promotion et à ce titre je prête le serment au nom de toute la promotion :
“ Je n’aurai pas d’autres dieux, Tu seras mon seul Seigneur. Faire ton oeuvre et obéir à ta volonté sont aujourd’hui à jamais ma raison de vivre, Donne moi ton esprit, ta sagesse et ton discernement afin de ne perdre aucun de ceux que tu me confieras, sois mon rempart et ma forteresse au jour de l’épreuve et que ma vie entière témoigne que tu es Seigneur à la Gloire de Dieu le père au nom de jésus”
Tout mes collègues crient “AMEN”, ça y est! Après trois ans d’étude et de pratique, je viens aujourd’hui d’être officiellement diplômé en Théologie et consacré Pasteur. Je promène mon regard vers l’assemblée des familles et amis, je la vois là bas, ma Raï en pleine discussion avec le pasteur Adams à côté d’elle, Yann, Yann Alindé, le jeune homme de la dernière fois. Nous nous sommes beaucoup rapprochés, et je l’ai invité à cette cérémonie. je me dirige vers le petit groupe qu’ils constituent, et je reçois les chaleureuses félicitations.
Le pasteur Adams est le pasteur principal d’une église du Connecticut, il recherchait un pasteur de la jeunesse et au cours de ma deuxième année, il faisait parti du jury de prédication. Nous avons sympathisé et avec le temps je lui ai partagé ma vie et il a fini par me proposer le poste si j’arrivais à obtenir la Green Card et si je me mariais entre temps. Je ne lui ai pas caché ma situation avec la famille de Raïssa mais il nous a dit de demeurer dans la prière et de regarder Dieu agir.
Quelques heures plus tard nous quittons l’université et nous dirigeons vers un petit restaurant pour fêter mon diplôme et le début de notre nouvelle vie accompagnés de Yann. L’ambiance est agréable, il veut entendre notre témoignage, je laisse ma Raï lui raconter :
- J’étais une petite fille pourrie gâtée au collège, mon père travaillait à l’ambassade des USA et bien entendu nous avions une vie de rêve. J’étais en seconde quand j’ai remarqué Roland au coin de photocopie en face de mon école..
- Moi je l’avais remarquée depuis au moins un an!
- Je pensais qu’il travaillait et j’avoue que j’ai été surprise de le voir un vendredi soir en habit d’école, rentrant dans son quartier, je suis spontanément allée vers lui et nous sommes devenus amis. Je passe sur les détails...
- Et surtout le petit ami qu’elle avait à l’époque!
Nous éclatons de rire
- Et quand les grandes vacances sont arrivées, Il a eu son bac, et lorsque nous nous sommes vus il m’a avoué ses sentiments en disant qu’il voulait rencontrer mes parents avant de me fréquenter. J’ai trouvé sa demande bizarre, mais j’ai accepté. Je trouvais ça pas mal, mais c’était sans compter sur mon père!
- Je n’oublierais jamais ses propos : Jeune homme je vais chercher mon fusil dans ma chambre, si je vous trouve ici à mon retour il ne me faudra qu’une balle pour vous émasculer!
- lol! J’ai juste eu le temps de le mettre dehors de peur que mon père ne mette sa menace à exécution et j’ai encaissé sa colère toute seule. J’ai été privée de tout, de téléphone, d’internet, de sortie, d’argent de poche. Une semaine plus tard lui et moi étions dans l’avion, direction New York. Je me suis retrouvée en pensionnat et pendant deux ans je n’ai pas eu le droit de contacter mes anciens amis. Quand j’ai eu le bac, je suis revenue à Abidjan et je n’ai pas pu retrouver Roland, et l’année qui a suivi...
- Dieu a conduit nos chemins dans la même entreprise, elle en stage et moi étant employé.
- Cette fois ci nous avons pris le temps de nous connaître, il m’a partagé sa foi et ses convictions et j’ai compris pourquoi il insistait pour avoir la bénédiction de mon père. Avant mon départ nous avons fait une nouvelle tentative avec l’aide de ma mère. Cette fois-ci, Roland n’était plus un jeune homme de famille modeste, mais un jeune en début de carrière. Il nous a reçus, a accepté les cadeaux de Roland et à commencé à lui poser les questions. Quand il a su qu’il était de père inconnu, mon père est rentré dans une colère noire et l’a mis dehors. Mais cette fois ci je ne me suis pas laissé faire après son départ j’ai fait comprendre à mon père que s’il ne revoyait pas sa position sur Roland, je disparaîtrais dans les USA et qu’il n’aurait plus de fille. Mon chantage a marché, car depuis il nous tolère même si nous n’avons pas son plein accord.
Nous nous regardons pendant un moment.
- Je suis resté en contact avec elle après son départ, nous avons juste constaté que son père avait considérablement réduit l’aide qu’il lui apportait, donc même pour nous parler au téléphone ce n’était pas aisé. Nous n’avions que le mail. Les vacances qui ont suivi elle n’est pas rentrée, elle travaillait pour se prendre en charge.
- Et là, on a diagnostiqué un cancer du sang à ma mère et toute ma famille s’est retrouvée ici, je me voyais déjà perdu sans aucune chance de revoir Roland. Et puis il y a eu ce concours organisé par TBN (Trinity Broadcasting Network) pour offrir des bourses d’études a des jeunes gens qui ressentaient l’appel du Seigneur dans leur vie,
- Il a postulé et il a été retenu, C’est comme ça qu’il est venu ici il y a trois ans. Il a brillamment fini ses études et est officiellement Pasteur.
- Et comme notre prière était de ne plus être séparé, nous avons confié nos projets au Seigneur, et depuis l’année dernière, j’avais une promesse d’embauche à plein temps comme pasteur de la jeunesse à New Haven. Ça n’a pas été évident mais par la grâce de Dieu j’ai obtenu ma Green Card et...
- Nous croyons que cette fois c’est la bonne, nous allons nous marier.
Yann nous regarde attentivement avant d’ajouter :
- J’admire votre fois et votre persévérance vous savez... Vous devez vous aimer vraiment pour avoir enduré tout ceci sans jamais baisser les bras...
Nous nous regardons tendrement, Il est vrai que l’amour se fortifie dans l’épreuve et que le nôtre a ployé sous bien des tempêtes mais n’a pas cédé, aujourd’hui nous avons la ferme assurance que si nous restons ancrés en Christ nous ferons des exploits ensemble.
Deux Semaines plus tard
New Haven
Le train qui entre en garde de New Haven marque un nouveau départ dans ma vie. J’ai empaqueté les quelques effets personnels que j’avais dans mon studio, rendu mes clés à mon bailleur et nous voilà, Raïssa et moi entrain de faire mon déménagement.
La semaine dernière je suis venu visitée la jolie petite maison que l’église nous octroie pour la durée du contrat. Elle est située sur Dudley Street, juste à proximité d’un espace vert et pas très loin de l’Eglise, la Chapelle de la Grâce. Jamais dans mes rêves je n’avais pu imaginer cela. Un jolie petit duplex avec trois belles chambres, un jolie salon et une cuisine plus grande que mon ancien studio.
Nous prenons un taxi et en quinze minutes nous sommes devant la maison. Raïssa est émerveillée, elle découvre chaque pièce avec des étoiles dans les yeux en bénissant le Seigneur. Au bout de quinze minutes, elle retrouve ses esprits, nous rangeons mes quelques affaires et partons à la découverte de la ville. J’ai reçu ma dernière paie hier. Ma seule richesse, environ 1200$. Heureusement que je n’ai pas de loyer à payer et pas non plus de transport car l'Église me donnera un véhicule. Mais ça reste insuffisant pour épouser Raïssa, mais j’ai la fois que Dieu pourvoira selon sa richesse.
Nous sortons en ville faire les courses, nous avons un accord. Raï tient à prendre en charge l’alimentaire, elle m’a fait une démonstration biblique sur le fait c’était son rôle (proverbes 31:10-31) et je n’ai pu que bénir Dieu pour sa sagesse. Elle charge donc le chariot au maximum de tout ce qu’elle estime nécessaire, et moi je ne prends que le strict nécessaire pour moi. Nous rentrons à la maison et pendant qu’elle me cuisine quelques petits plats à réfrigérer, je continue mon rangement. J’ai tellement hâte que nous soyons mariés! Cette maison va me paraître bien vide sans elle... Mais j’y suis presque j’y crois.
Nous partageons ensemble l’excellent gâteau au chocolat qu’elle a cuisiné avant que je ne la raccompagne à la gare pour qu’elle rentre à New York. En rentrant, je m’arrête à l’église pour informer le pasteur Adams de mon installation. Il est ravi de l’apprendre et nous échangeons très vite sur le sujet qui nous tient à coeur :
- Pasteur, j’avoue que j’ai un peu peur de rencontrer à nouveau le père de Raïssa.
- Ce qui est compréhensible vu les derniers échanges que vous avez eus, mais je pense que ta persévérance paiera. Il faut que tu agisses avec la ferme assurance que ce que tu as demandé d’un coeur sincère t’a déjà été accordé dans le ciel!
- Effectivement.
- Pour quand est ce que le rendez vous est fixé?
- Pour la semaine prochaine.
- OK je suis disposé à prier avec toi tout les jours jusqu’à ce rendez-vous pour que la volonté de Dieu se fasse dans vos vies.
- Merci beaucoup Pasteur, je n’osais pas te le demander.
- Il ne faut pas tu sais. Une chose est fondamentale quand on est un homme de Dieu, ne pas cacher ses faiblesses et ses peurs. Il faut toujours les dénoncer pour éviter qu’elles aient de l’emprise sur nous, tu me suis?
- Pas vraiment
- Je te donne un exemple. Un homme de Dieu reste un homme avant tout. S’il a un problème de colère par exemple il ne doit pas le cacher mais le dénoncer afin que l’on prie pour lui, parce que sinon un jour à force de lutter par ses propres forces, il finira par céder. Cela donne par exemple des hommes de Dieu qui battent leurs épouses!
- Mon Dieu!
- Oui mais ne pense pas qu’ils le font exprès, simplement un jour ils ont laissé les choses de l’ombres les dominer jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus se contenir...
- Je comprends maintenant.
- Alors tu vois, je ne suis pas ton Dieu mais la Bible nous exhorte à nous soutenir mutuellement, alors quelle que soit la faiblesse qui se présente devant toi, vient ici dans ce bureau et nous prierons...
- OK.
- J’ai déjà entendu bien des choses donc ne te gène surtout pas : femme, alcool, drogue, mensonge, cupidité... N’importe quoi, il vaudra mieux que nous prions en amont plutôt que d’avoir la surprise de te voir chuter un jour. Tu es désormais un berger et les brebis ont le regard fixé sur toi. Prends garde à ne pas être une pierre d’achoppement.
Ces propos pleins de sagesse me raccompagnent alors que je rentre dans ma petite maison.
1 semaine plus tard
Je suis installé dans la voiture du Pasteur Adams, le père de Raïssa ainsi que sa mère nous attendent pour dîner. Je ne sais pas ce qui va se passer, j’ai peur alors j’ai tout abandonné entre les mains du Seigneur, lui seul pourra faire aboutir favorablement cette rencontre.
Le trajet dure presque deux à cause des embouteillages à l’entrée de New-York, mais nous sommes encore dans les délais, j’ai choisi des cadeaux. Pour sa mère une belle édition de la Bible et pour son père un joli presse-papiers en forme de poisson (le symbole des Chrétiens). J’ai aussi pris des orchidées, Raï m’a dit que c’est les seules fleurs que sa maman supporte encore depuis sa maladie. Je les ai prisse en pot pour qu’elles ne meurent pas en quelques jours.
Je ferme les yeux et je pense à la dernière fois que mes pieds ont franchi la porte de cet appartement. Le père de Raïssa m’a simplement dit qu’il ne pensait pas que je puisse un jour m’occuper de sa fille et il trouvait mes principes de foi complètement rétrogrades et refusait que sa fille devienne une dévote sans ambition. Pour lui je masquais mon manque d’ambition derrière un Dieu qui avait mieux à faire que de s’occuper de nous donner le pain quotidien... Bref, j’ai enduré tout en silence, par amour et par les compassions du Christ...
Le Pasteur Adams finit par garer la voiture devant l’immeuble des parents de ma Raï, j’en profite pour lui faire mes dernières recommandations sur la bienséance à l’africaine, pour le reste je fais confiance à sa sagesse. Quelques minutes plus tard, nous sonnons à la porte de l’appartement au 17ème étage. J’entends des pas étouffés et la porte qui s’ouvre. La femme de ménage s’efface pour nous laisser entrer. Elle prend nos manteaux avant de nous introduire dans le salon où sont installées la mère et la fille. Raïssa se lève pour nous accueillir et nous installer tandis que sa mère reste assise. Après les salutations d’usage et le verre d’accueil, sa mère nous demande de patienter un moment le temps que son père, arrive.
Pendant ce temps, nous échangeons des mondanités, de manière détendue:
- Raïssa m’a dit que tu es maintenant installée dans le Connecticut?
- Oui maman, c’est vraiment une grâce que le Seigneur nous a accordé
- Oui, Dieu est toujours fidèle! Mais c’est pas un peu loin ça?
Nous rions, car je sens qu’elle appréhende un peu l’éloignement de sa fille, son principal soutien depuis toutes ses années de maladie. J’en suis conscient et je ferais tout pour qu’elle ne perde pas sa fille, même si elle doit venir s’installer avec moi à New Haven.
La sonnerie retentit, je vois Raïssa se lever pour aller accueillir son père. Leurs voix nous parviennent depuis l’entrée. Nous attendons en silence, j’avoue que là tout de suite je suis mort de peur, même les prières mentales que j’adresse au Seigneur ne sont d’aucune efficacité pour m’aider à me relaxer. Il entre dans le salon, nous nous levons, il arrive à notre niveau, embrasse chaleureusement son épouse. Je me surprends à admirer le regard d’amour qu’il porte sur elle malgré le fait que je le connaisse comme un homme dur et sévère. Il se tourne vers nous et nous serre la main. Il s’excuse quelques instants et va vers les chambres.
Cinq minutes plus tard il s’installe. Il s’est sûrement rafraîchi. Il prend la main de sa femme, et lui parle à voix basse, elle lui répond, il hoche la tête et s’adresse à nous :
- Bonjour messieurs, excusez moi pour le retard, je vois que mes femmes vous ont bien reçus. Tout va bien alors.
- ...
- Comme on dit chez nous, soyez les bienvenus dans notre maison. Quels sont les nouvelles?
Heureusement que j’ai briefé le Pasteur Adams sur les civilités de chez nous parce que connaissant son père, une petite faute de convenance là et la visite va tourner court directement.
- Merci pour l’accueil Monsieur Sanogo, comme on dit chez nous, il n’y a rien de grave, nous passions dans le quartier et nous nous sommes arrêtés pour vous dire bonjour et prendre de vos nouvelles et de celles de votre famille.
Je vois un grand sourire se dessiner sur son visage, j’avoue que je suis un peu surpris car c’est la première fois qu’il sourit en ma présence. Il doit apprécier le fait que les convenances soient respectées. Il se tourne vers sa femme et prend la parole :
- Leila, voilà la nouvelle.
Elle hoche la tête. Il continue :
- Merci beaucoup pour la nouvelle. Nous aussi nous allons bien. Et nous sommes heureux de vous recevoir ce soir. Soyez les bienvenus. Mais nous n’allons pas vous laisser repartir comme si de rien n’était, accepteriez vous de partager notre dîner?
- Bien entendu...
- Alors soit, Raïssa si tout est prêt on peut y aller?
- Oui papa.
Je les regarde dans leurs échanges, aïe? et la deuxième nouvelle? (En côte d’ivoire la première nouvelle est toujours banale, c’est dans la deuxième nouvelle que l’on donne le motif réel de la visite). Pourquoi il est si prévenant???
Nous passons à table. les parents de Raïssa et le pasteur Adams devisent joyeusement, alors que moi je suis incapable d’avaler quoique ce soit. Je jette un oeil à ma Raï, elle est sereine et semble me demander de me calmer.
Nous quittons enfin la table pour boire le café au salon. le dîner n’aura duré qu’une heure de temps, mais pour moi il a duré une éternité. Nous nous installons, pendant que Raïssa fait le service du café, puis elle se retire. Je la regarde partir quand j’entends son père dire :
- Alors Pasteur Adams, quelle est la deuxième nouvelle?
................ Mon coeur vient de s’arrêter de battre...
Chapitre 3
Partie 2
Je ferme les yeux et dans mon coeur je me dis quand il faut y aller, il le faut! J’entends la voix de mon porte parole ce soir de loin, comme dans un rêve :
- Merci beaucoup, Monsieur Sanogo. La deuxième nouvelle, quoique sérieuse est une bonne nouvelle.
- Ah vous m’en voyez rassuré! On vous écoute!
Et Raïssa qui ne revient toujours pas...
- Si je suis devant vous ce soir avec ce jeune homme c’est d’abord pour vous présenter les excuses de Roland. En effet, avec toute la fougue de sa jeunesse, il a cru bien faire en ne faisant pas comme les jeunes de son temps, mais il n’a pas non plus fait les choses dans leur ordre normal.
Je vois le père de Raïssa acquiescer de la tête.
- Il vous a importuné plusieurs fois au sujet de votre fille Raïssa, sans tenir compte du fait que votre rôle en tant que père était de l’éduquer et de la préparer à être une femme de qualité, et à ce titre de la préserver de toute perturbation.
- En effet.
- Donc pour toutes les fois où il est venu vous voir en dehors de tout protocole je vous demande pardon.
- Vous parlez sagement, le pardon est accepté.
- Ensuite, il y a une chose qu’il n’a pas comprise. Moi étant un père je pense que vos inquiétudes étaient fondées. En effet, nous sommes conscients que lorsque notre fille épouse un homme, elle n’est plus sous notre responsabilité, et il est de notre devoir de prendre les précautions en amont pour éviter le pire.
- Effectivement
- Je le lui ai expliqué et il a compris, qu’il était inutile de songer à certaines choses tant qu’il n’était pas prêt. Aujourd’hui, il a fini ses études, il a pu par la grâce de Dieu obtenir une situation régulière ici, et de plus il a signé un contrat de travail à durée indéterminée.
Il secoue juste la tête.
- Il a emménagé dans sa maison de fonction à New Haven il y a deux semaines. Et depuis un an il m’avait fait part de son désir de venir vous voir, et je lui avais dit qu’au bon moment, je viendrai en personne. Mais pas au bon moment selon lui, mais au bon moment selon Dieu. Et aujourd’hui je suis là.
- Je vous ai bien entendu, mais quel est le but de tout ceci.
- Roland ici présent, aime sincèrement votre fille depuis 8 ans maintenant. D’un amour sincère et pur, et il souhaite vivement obtenir votre bénédiction pour unir sa vie à la sienne.
Je sens que les carottes sont cuites, ça passe ou ça casse. Il échange dans un murmure avec sa femme avant de se retourner vers moi :
- Alors jeune homme, pour le moins qu’on puisse dire vous êtes persévérant!
- ... (je n’arrive même pas à structurer ma pensée)
- Qui est le monsieur qui parle en votre nom?
- ... euh, c’est mon mentor, mon père et mon patron.
- Bien, vous avez pris le soin de ne pas vous présenter seul cette fois-ci?
- ... euh, oui...
- Bien, comme le Pasteur l’a si bien dit, en tant que père nous élevons nos enfants et les préparons pour affronter leur vie d’adulte, et lorsque vous avez une fille, la dernière grande décision que vous avez à prendre concerne l’homme à qui elle unira sa vie.
- ...
- Ma femme et moi sommes mariés depuis 32 ans aujourd’hui. Malgré les turpitudes de la vie, la maladie, les problèmes, les incompréhensions, etc. Si je devais refaire un choix aujourd’hui, les yeux fermés ce serait avec et elle seule que je referai ma vie. Ce n’est pas juste une question d’amour, c’est aussi une question de vision. Nous marchons dans la même direction depuis toutes ces années. Vous dites que vous aimez ma fille sincèrement depuis 8 ans déjà, je n’en disconviens pas. Mais tout ce que j’entends là, ce sont les battements de votre coeur et je sais que c’est insuffisant, pour bâtir un foyer heureux, dans lequel des enfants s'épanouiront. Qu’avez vous d’autres que votre amour à mettre dans la balance...
Mon regard passe du pasteur Adams à lui, je ferme les yeux et je prends une profonde inspiration avant de lancer d’un trait.
- Vous avez raison Monsieur Sanogo, l’amour comme peut le ressentir un homme est imparfait, et n’est en aucun cas gage de bonheur. Mais l’homme qui craint Dieu, dépose tout ce qu’il ressent au creux de l’amour le plus parfait, celui que Dieu ressent pour nous, et se laisse impacter, transformer et renouveler dans son coeur et dans ses sentiments. Depuis le début, j’ai refusé de me conformer au siècle présent, je n’ai pas voulu vivre comme les jeunes de mon temps. J’ai silencieusement observé Raïssa pendant un an, sans jamais lui manquer de respect, elle vous le dira. Le jour où je me suis présenté chez vous la première fois, devait marquer le jour où respectueusement j’aurais commencé à la fréquenter avec votre bénédiction.
Je marque un arrêt.
- Je n’ai pas eu de haine dans mon coeur ou même le désir de vous désobéir ou d’emmener votre fille à le faire. La Bible enseigne d’honorer son père et sa mère pour vivre des longs jours sur la terre. Je l’aime et je voudrais qu’elle vive longtemps. L’amour que j’ai pour votre fille m’a poussé à me surpasser, à me demander quel genre de vie je voulais lui offrir, j’ai vécu petitement ces 3 dernières années, pour arriver à cet objectif. J’ai pu obtenir l’autorisation légale de rester ici, car il était primordial qu’elle puisse continuer à prendre soin de sa maman. J’ai aussi compris qu’en tant qu’homme, assurer son logis et son entretien de même que la préparation de l’avenir de nos enfants comme vous l’avez si bien fait est de ma responsabilité. Alors j’ai un travail, un salaire, une maison, une vision que j’ai partagée avec votre fille et elle y adhère. Ensemble, nous envisageons d’unir nos vies dan un projet commun avec des principes et l’aide de Dieu, je crois que nous ferons des exploits.
Je m’arrête et constate qu’un silence pesant règne dans le salon qui devient d’un coup trop petit pour nous tous, il ne peut pas m’arriver pire que ce que j’ai déjà vécu, je ferme les yeux et lance :
- Monsieur Sanogo, je vous demande de reconsidérer votre position, et de m’accorder la main de votre fille.
Je baisse les yeux, et j’attends. Pendant une éternité, en fait quelques secondes, il ne se passe rien, puis j’entends.
- Laisse tomber les monsieur Sanogo, tu peux m’appeler Papa...
1 semaine plus tard
Raïssa et moi sommes assis devant Miss Marble, la wedding Planner de l’église. Nous planifions la petite cérémonie que nous voulons pour nos voeux. Quand je repense au dénouement inespéré de notre visite chez les Sanogo je n’en reviens toujours pas. Il y a eu un véritable miracle, car contre toute attente Papa Sanogo (je me sens drôle de l’appeler comme ça) m’a écouté attentivement avant de de m’accueillir à bras ouverts. Mon Dieu est vraiment efficace! Il m’a posé des questions et donné des conseils pour tenir aussi longtemps que son épouse et lui dans un foyer heureux et stable malgré les difficultés de la vie.
Sur la question de la cérémonie, il a souhaité nous soutenir mais a approuvé mon idée de ne pas vivre au dessus de mes moyens. Aussi nous aurons une cérémonie que je peux payer, mais je laisse à leur discrétion tout ce qui concerne Raïssa. Ce sera leur contribution à notre épanouissement ce jour là. Et pendant que l’atmosphère se détendait, elle est enfin revenue, le sourire aux lèvres, un plateau et des flûtes de champagne et son père a sorti une bouteille... Au delà de toutes mes espérances...
Pour en revenir à ce que nous dit miss Marble. Apparemment, l’église prend en charge les mariages des pasteurs, donc nous avons à choisir certains éléments sur la décoration et la réception. C’est une aubaine, car je n’imaginais pas m’endetter pour le mariage mais en même temps je tenais vraiment à faire plaisir à ma Raï, ma perle précieuse. Je suis étonnée de voir cette enfant de riche s’adapter aussi simplement à moi, au lieu d’être chez un chef pâtissier à goûter différentes composition de gâteau, la voilà entrain de choisir un “red velvet” (gâteau rouge) sur une image, un gâteau fait maison par une des mamans de l’Eglise, avec un grand sourire comme sil elle ne pouvait pas avoir mieux que ça.
Nous avons établi des règles avec les parents de ma fiancée, notamment pour qu’ils apprennent à me connaître pendant les 2 mois qui nous séparent de la cérémonie. Ils viennent tous les dimanches au service à New Haven et déjeunent chez moi en compagnie de Raissa, et les mardis soirs je leur rends la politesse en partageant leur repas. C’est Maman Leila, qui en a fait la proposition, et à ma grande surprise son époux a accepté.
Le dimanche dernier a inauguré ce nouveau mode de fonctionnement, j’étais stressé je l’avoue, mais Raissa elle a tout géré comme une pro. Samedi elle a fait le ménage et les courses, elle a précuit le dîner. A 6H du matin, elle a pris le premier train direct, pour tout finaliser et tout s’est bien déroulé. Après le déjeuner, Papa Robert et moi nous sommes installés dans le jardin, pendant que les femmes se sont installés au salon pour se détendre. Nous avons eu une discussion à bâton rompus, c’était agréable.
1 mois et demi plus tard
Raissa
Manhattan
Maman ne peut pas faire les courses en ville avec moi pour m’aider à préparer mon trousseau et je ne voulais pas le faire avec quelqu’un d’autre qu’elle. Cette femme c’est mon modèle, quand je vois le drôle d’oiseau qu’est mon père, autoritaire, rigoureux, sévère, carré, rétrograde... oui oui je sais c’est trop pour un seul homme mais c’est vrai... Il n’y a que maman qui arrive d’un seul regard à le faire fléchir, 32 ans que cela dure... Et même si elle ne peut pas marcher longtemps qu’elle est trop faible pour cela, ce n’est pas grave, j’ai trouvé une solution.
J’entends sonner à la porte d’entrée, voilà Maisha, la jeune styliste qui m’a aidé à trouvé une solution. Elle traîne des lourds montants de vêtements et des box d’accessoires. Il a même fallu que notre concierge l’aide tellement elle est chargée. Je l’installe au salon sous le regard ébahi de maman qui n’en revient pas. Et voilà c’est parti pour des essayages à n’en plus finir en papotant et en buvant le thé. Nous nous chamaillons pour savoir ce qui me met le plus en valeur, finalement ma robe est choisie ainsi que tout mes accessoires pour le jour J.
Pendant encore 2Heures de temps j’essaie des tenues de villes, des tenues pour aller à l’église, pour recevoir à la maison et même quelques tenues de soirées. Elle m’aide à coordonner les sacs et les chaussures, je ne m’inquiète pas du prix c’est papa qui paye, et je compte bien faire chauffer sa carte de crédit. Ce n’est pas que j’aime particulièrement ces choses, mais je sais qu’il va falloir vivre petitement et bien, alors je préfère ne pas avoir à faire peser ce genre de dépense dans un premier temps sur mon budget. Nous finissons par la lingerie, je ris aux éclats devant l’air hagard de ma mère devant certains modèles...
Il est 17H45 quand Maisha nous quitte non sans avoir tout caler pour le jour J, elle viendra avec la maquilleuse et la coiffeuse pour faire de moi la plus belle pour devenir Madame Raïssa VALLEY. Je range le salon en échangeant à bâton rompus avec maman :
- C’est déjà dans une dizaine de jours ma puce, tu te sens prête?
- Maman, je ne serai jamais totalement prête mais j’ai foi en Dieu et je sais que Roland m’aime sincèrement et qu’il prendra grand soin de moi...
- C’est déjà pas mal Raïssa... Tu sais pourquoi ton père et moi sommes encore ensemble 32 ans après?
- ...
- Le jour de notre mariage nous avons adopté certains principes de vie : Le mot divorce ne fait pas parti de notre vocabulaire, on a pas d’autres choix que de rester ensemble jusqu’à ce que la mort nous sépare, alors nous avons le choix être malheureux ensemble ou se battre pour être heureux...
Je regarde ma mère, pleine de sagesse quand elle me dit ces mots.
- Quand ton père et moi nous sommes connus, nous étions loin de Dieu mais nous étions conscients de nos faiblesses. Faites attention, à ne pas prendre ces choses comme acquises Rai, il n’y a pas de foyer Chrétien, tous sont avant tout des foyers, et subissent les mêmes problèmes! Ne considère jamais ton mari comme un acquis! Re-séduit le chaque jour, par ta beauté, par ta douceur, par ta soumission par ton intelligence. Ne néglige jamais ton homme pour les enfants, la maison ou du boulot, tu le jetterais dehors! Ne néglige jamais ses faiblesses, identifie les et traite avec elle avec sagesse...
- Je ne te suis pas maman
- Exemple, si ton mari a des amis pas très recommandables, c’est une faiblesse. Ils peuvent l’attirer dans des vices. Ne les chasse pas, et ne deviens pas autoritaire. Crée un cadre sécurisé, reçois les chez toi, cuisine pour eux, fais en sorte que ton mari ne les voit pas sans toi mais aussi qu’ils aient du respect pour toi, car c’est à ce seul prix que ton mari résistera à la tentation, qu’il viendra te parler et qu’il se séparera de ceux d’entre eux qui sont une menace pour vous..
- C’est ce que tu as fait maman?
Elle me fait un clin d’oeil espiègle et nous entendons quelqu’un applaudir. A notre grande surprise, papa est debout dans l’entrée, la moquette a étouffé le bruit de ces pas. Il me fait un câlin avant d’embrasser son épouse avec une douceur infinie, avant d’ajouter :
- C’est ce qu’elle a fait, pour les amis douteux, pour les secrétaires aux jupes trop courtes et j’en passe.. Et je lui en suis reconnaissant, car dans aucune situation je n’ai perdu la face. Ta mère a raison, ton Roland là, il a l’air bien, mais méfiance. Moi vos histoires de Pasteurs qui sont des saints sur la terre là je n’y crois que moyennement! Fais attention ma fille! J’ai vu des midinettes à l'Église qui lui tourne déjà autour là....
- Papa c’est le pasteur de la jeunesse, c’est normal...
- Chut! Tu n’écoutes pas ce que ta mère dit. Fais toi respecter en tant que sa compagne et fais le respecter en temps qu’homme, chef de famille et époux. Je suis un homme je sais de quoi je parle, sois vigilante.
- D’accord Papa.
- C’est mieux ainsi! Et gère tes problèmes avec ton mari. Le jour où tu viens ici te plaindre, je prends mon arme à feu et j’émascule ton mari! Donc si tu penses qu’il y a quelque chose qui peut encore être fait pour sauver la situation fait, le sinon, tu n’auras plus de mari!
Nous éclatons de rire, mais dans mon coeur je sais que jamais une telle chose n’arrivera, je fonde mon foyer sur la vérité et sur des principes bibliques et avec Dieu je ferai des exploits!
10 jours plus tard
Debout devant la chaire, j’ai les yeux fixés vers la porte qui va bientôt s’ouvrir pour laisser entrer la femme que Dieu a faite pour moi Raïssa Sanogo, pour encore quelques minutes, avant qu’elle ne devienne totalement mienne et porte désormais mon nom. L’orgue retentit et les porte s’ouvre, le cortège se mets en marche... Elle est tellement belle, tellement, tellement... Les mots me manquent, je détourne le regard pour écraser discrètement une larme... Je n’ai vraiment pas les mots pour traduire l’état de mon coeur à cet instant.
Pendant les minutes qui suivent, je suis comme dans un cocon d’amour et de joie. Je ne reviens à moi que lorsque j’entends :
“Par les pouvoirs qui me sont conférés par l’Etat du Connecticut, je vous déclare unis par les liens du mariage, vous pouvez embrasser la mariée”
Devant la communauté de la Chapelle de la Grâce, nos amis et parents , je soulève le magnifique voile et dépose un baiser chaste sur les lèvres de celle qui est désormais mon épouse.
Une nouvelle vie commence.
La vraie vie commence...