Chapitre 2
Hardin – Je suis désolé. Richard respire difficilement. Tout son corps est en sueur, et il essuie le vomi sur son menton. Appuyé au montant de la porte, je me demande si je ne vais pas me tirer de là et le laisser mariner dans sa crasse. Toute la journée il n’a fait que ça, vomir, trembler, transpirer, gémir. – J’aurai tout éliminé de mon organisme bient... Il se penche de nouveau sur les toilettes et se remet à vomir, comme un geyser. Super, putain ! Au moins, cette fois, il a réussi à atteindre les toilettes. – J’espère bien. Je sors de la salle de bains, j’ouvre la fenêtre de la cuisine pour laisser entrer l’air froid et j’attrape un verre dans le placard. Quand je tourne le robinet pour le remplir, la tuyauterie grince. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de lui ? Il est en train de se désintoxiquer dans ma salle de bains, putain ! Je me dirige vers lui avec un verre d’eau et un paquet de crackers que je pose sur le lavabo. Je lui tape sur l’épaule. – Mange ça. Il acquiesce d’un hochement de tête, à moins que ce soit le délirium tremens ou la crise de manque. Sa peau est si pâle et moite qu’on dirait de l’argile. Je ne suis pas convaincu que les crackers vont y changer quelque chose, mais on peut toujours essayer. – Merci. Je ressors de la salle de bains pour le laisser continuer à vomir partout. La chambre – ma chambre – n’est plus la même sans elle. Le lit n’est jamais fait correctement quand je me couche le soir. J’ai essayé à maintes reprises de coincer les coins du drap sous le matelas comme le fait Tessa, mais rien à faire. Mes affaires, propres et sales, sont éparpillés dans toute la pièce. Des bouteilles d’eau et des canettes de soda vides encombrent les tables de chevet. Et il fait froid. Le chauffage est allumé, mais la pièce est gelée. Je lui envoie un dernier texto pour lui souhaiter une bonne nuit et ferme les yeux, en espérant un sommeil sans rêves... pour une fois. – Tessa ! Je crie depuis le couloir pour lui annoncer que je suis rentré. L’appartement est silencieux, à part quelques sons étouffés. Est-ce qu’elle est au téléphone ? – Tessa ! J’ouvre la porte de la chambre et là, le spectacle me fige sur place. Tessa est étendue sur la couette blanche, les cheveux collés sur le front par la sueur, une main agrippant la tête de lit, l’autre une poignée de cheveux noirs. Elle roule des hanches, mon sang se glace dans mes veines. La tête de Zed est enfouie entre ses cuisses à la peau d’un blanc laiteux. Ses mains se baladent sur son corps. Je veux m’approcher pour lui sauter à la gorge et le fracasser contre le mur, mais mes pieds refusent de m’obéir. J’essaie de crier, mais mes lèvres restent soudées. – Oh, Zed ! gémit Tessa. Je me bouche les oreilles mais rien n’y fait. Sa voix parvient directement à mon cerveau, pas moyen d’y échapper. – Tu es si belle. Il roucoule et elle gémit de nouveau. Il pose la main sur sa poitrine et la caresse du bout des doigts tout en pressant sa bouche sur la sienne. Je suis pétrifié sur place. Ils ne me voient pas. Ils n’ont même pas remarqué que j’étais là. Tessa prononce son nom encore une fois et, quand il relève la tête, il finit par me remarquer. Sans détourner le regard, il l’embrasse en remontant jusqu’à ses joues, la mordillant au passage. Je ne peux détacher les yeux de leurs corps nus. J’ai l’impression d’être vidé de toute substance. Les regarder m’est insupportable et pourtant je suis obligé de le faire. – Je t’aime, lui dit-il en me souriant d’un air narquois. – Je t’aime aussi... murmure Tessa. Elle enfonce ses ongles dans son dos tatoué quand il la pénètre. Finalement, ma voix revient et mon hurlement couvre leurs gémissements. – Bordel ! En criant, j’attrape le verre sur la table de nuit. Il va s’écraser sur le mur dans un fracas épouvantable.
Chapitre 3
Hardin Je fais les cent pas, tirant furieusement sur mes cheveux trempés de sueur, piétinant au passage les vêtements et les livres qui jonchent le sol. – Hardin ? Il y a un problème ? La voix de Tessa me parvient, tout ensommeillée. Je suis si heureux qu’elle ait répondu. J’ai besoin qu’elle soit là avec moi, même au téléphone. – Je... je ne sais pas. – Qu’est-ce qui se passe ? – Tu es couchée ? – Oui, il est trois heures du matin. Où veux-tu que je sois ? Qu’est-ce qui ne va pas, Hardin ? – Je n’arrive pas à dormir, c’est tout. Je regarde fixement dans le noir de notre – de ma – chambre. – Oh... tu m’as fait peur. Elle pousse un long soupir de soulagement. – Est-ce que tu as reparlé à Zed ? – Quoi ? Non, je ne lui ai pas reparlé... depuis notre conversation. – Appelle-le et dis-lui qu’il ne peut pas venir te voir. Elle doit me prendre pour un dingue, mais je m’en tape. – Je ne vais pas l’appeler à cette heure-ci, qu’est-ce qui te prend ? – Rien. Laisse tomber – Hardin, dis-moi ce qui se passe. Elle a l’air inquiète. – Rien, c’est... rien. Je raccroche et garde le doigt appuyé sur l’interrupteur jusqu’à ce que l’écran devienne noir.