Chapitre 3
Sarah recula, haletante, et cria :
- Qu'est-ce que tu veux ? Laisse-moi tranquille !
Charles s'avança, un sourire insistant aux lèvres.
- Tu ne m'en veux pas vraiment, pas vrai ? Tu dis m'aimer, mais tu refuses de me suivre...
Elle secoua la tête, incapable de formuler une réponse. Il s'approcha encore, trop près, l'enveloppant d'une présence qu'elle ne pouvait ignorer. Terrifiée, Sarah recula et leva les mains.
- Arrête ! Ne t'approche pas !
Il continuait de s'avancer, sa voix douce et insistante semblant chercher à la convaincre. Sarah se sentait paralysée par la peur et la confusion, déchirée entre la colère et une réticence qu'elle ne comprenait pas. Son cœur battait trop vite, ses pensées se bousculaient. Elle avait envie de fuir, mais son corps trahissait son trouble.
- Pourquoi tu te mens à toi-même ? murmura Charles, presque pour lui-même, ses yeux fixant les siens.
Sarah secoua la tête, sanglotant. Elle sentait la détresse l'envahir, une sensation de perte et d'impuissance face à sa manipulation. Chaque mot, chaque geste de Charles l'épuisait, mais elle refusait de céder.
- Lâche-moi ! Tu te moques de moi !
Charles resta immobile un instant, observant sa détresse. Il sembla hésiter, un instant, avant de se lever brusquement et de tourner le dos. Le bruit de ses pas et bientôt de l'eau qui coulait dans la salle de bain la laissa seule, tremblante et épuisée. Sarah resta allongée sur le lit, les larmes coulant, puis se tourna et s'enveloppa dans le drap, tentant de reprendre son souffle. Elle était perdue. Elle l'aimait encore, rêvait d'un vrai amour, mais lui continuait à la traiter avec froideur et distance.
L'ombre de ses pensées persistait, lourde, dans la faible lumière de la chambre. Elle se sentait coincée entre affection et trahison, incapable de dissiper la douleur qui pesait sur son cœur.
Le lendemain, dans le quartier le plus huppé de la ville, l'imposant immeuble de la Thomas Corporation se dressait sur quatre-vingts étages. La circulation dense et la concentration de commerces rendaient l'emplacement si précieux que seule cette entreprise pouvait se permettre d'y installer son siège social. À quatre heures de l'après-midi, c'était l'heure de pointe dans les bureaux. Le bourdonnement des claviers et le va-et-vient des employés pressés formaient un rythme constant.
Dans la salle de conférence au dernier étage, Charles présidait une réunion avec la direction. Sarah attendait dehors, dossier en main, adossée au mur, les yeux rivés sur l'horloge. Elle ne savait pas comment gérer ses sentiments pour lui. Après toutes ces années, il était évident qu'il ne se souciait guère d'elle autrement que comme d'une présence dans sa vie, peut-être simplement pour l'admiration ou l'intérêt qu'elle représentait. Elle, en revanche, éprouvait pour lui un attachement sincère et profond.
Sarah resta là, immobile, laissant le temps s'égrener. L'obscurité et la faible lumière ne parvenaient pas à dissiper l'inquiétude qui pesait sur son cœur. Elle savait que ce jeu, cette incertitude entre eux, pouvait durer encore longtemps, mais elle n'avait aucun moyen de savoir combien. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était attendre et tenter de garder un peu de dignité face à quelqu'un qui semblait n'en jamais tenir compte.