Chapitre 2
•× Chapitre 2 ו
~ Témoin ~
Le petit T2 de Monsieur Scott s'était rapidement rempli. En effet, toute une équipe d'enquêteurs avaient investi les lieux pour relever d'éventuels indices. Je les laissai faire, tout en restant en retrait sous ordre de ce qui devait être le plus gradé d'entre eux. Je m'installai sur le sofa, encore nauséeuse - c'était bien la première fois que je voyais un cadavre dans cet état ! - et appelai le client suivant pour annuler mon intervention. Je prévins par la suite ma direction, leur exposant la situation dans laquelle je me trouvai. Ils me proposèrent de récupérer la totalité de mes heures avec un jour de repos le lendemain, mais je refusai leur offre, travailler me changerait les idées !
Quand j'eus fini, l'inspecteur que je soupçonnai être le plus gradé s'était approché de moi à pas de velour. Armé d'un bloc note, il prit place à mes côtés et sortit un crayon.
L'homme en question pouvait rivaliser haut la main avec les play-boy qui défilaient pour les élections de Mister univers. Une coupe coiffée / décoiffée de boucles d'un noir de jaie, une barbe bien taillée, des yeux d'un bleu électrique, un bon mètre quatre-vingt de muscles saillants... il était réellement à tomber. Sa voix, à la fois suave et rocailleuse me donnait des frissons de plaisir, autant que ses lèvres pleines me faisaient de l'oeil. Dans une situation différente, j'en aurais certainement eu des vapeurs, peut-être même me serais-je permis de saliver sur quelques fantasmes incluant ce beau trentenaire ! Mais l'heure était grave, nul doute que Monsieur Scott n'était pas décédé de mort naturelle, il s'agissait très certainement d'un meutre !
Un meutre étrange ceci-dit, j'avais parlé à mon client quelques heures plus tôt et le cadavre laissait paraître qu'il était mort depuis plusieurs jours déjà. Comment cela pouvait-il être possible ?
- Je suis le lieutenant Franotti, comment vous sentez-vous ? me demanda-t-il.
- Vaseuse, avouai-je.
Il hocha la tête et écrivit quelque chose sur son bloc note.
- Pouvez-vous déclinez votre identité et définir les relations que vous entreteniez avec la victime ?
- Je suis Wilson Alessandra, née le 18 Novembre 1995 à Clermont-Ferrand.
Je donnai mon adresse ainsi que mon numéro avant d'entrer dans le vif du sujet. Il nota toutes les informations données, sans dire un mot.
- J'interviens comme aide à domicile depuis environs deux mois à raison de 6h par semaine répartie en fonction des besoins de Monsieur Scott. Je venais travailler quand j'ai découvert le corps, terminai-je.
- Quand avait vous vu Monsieur Scott pour la dernière fois ? Demanda-t-il.
- Je l'ai vue hier, pour une simple visite de courtoisie, mais aussi pour lui faire signer divers documents. Je l'ai aussi eu au téléphone ce matin pour décaler mon intervention, répondis-je.
Le lieutenant arqua un sourcil, sa moue dubitative me permis de savoir que, comme moi, il pensait que Monsieur Scott était mort depuis plusieurs jours déjà. Il nota tout de même ma réponse avant de se relever et de me tendre la main.
- Je vous remercie Madame...
Il regarda son bloc note et ajouta :
- Madame Wilson. Je vous recontacterai dans les prochains jours, quand nous aurons plus d'éléments. En attendant, je vous libère. Bonne fin de journée.
Je me relevai à mon tour, lui serra la main - il avait une poigne de fer, faisant passer la mienne pour mollassonne - et le saluai également.
Mon Dieu, quelle journée ! J'y réfléchirai à plusieurs reprises maintenant, avant d'aider qui que ce soit !
Chapitre 3
•× Chapitre 3 ו
~ Les croque-mort ~
Encore sous le choc de ma découverte et intriguée par l'aspect du corps, je me rendis à l'agence de pompe funèbre que tenait mon père.
L'entreprise était présente dans ma famille depuis plusieurs générations, elle était transmise de père en fils depuis le commencement il y avait au moins deux siècles. Petite, mon père m'amenait souvent dans ce qu'il disait être sa seconde maison, je ne voyais pas les corps, évidement, mais j'étais présente dans les locaux, souvent dans son bureau. En grandissant, il m'avait demandé de le seconder, j'avais alors effectué plusieurs stages entre 16 ans et 18 ans. La tradition voulait que le premier né hérite de cette affaire, et j'avais grandi au beau milieu de larmes et des fleurs. Pas vraiment la place d'une petite fille ! Je ne m'étais jamais faite à ce métier, trop dur, trop éprouvant pour moi. Finalement, mon frère de 3 ans mon cadet, ne voyait pas d'inconvénients à prendre la relève, à condition que sa compagne assure la relève de la prolongation de l'entreprise. Qu'est-ce que cette prolongation ? Eh bien, ma mère était fleuriste, elle avait implanté son entreprise à côté de celle de mon père et ils avaient fini par fusionner leurs affaires. Délestée du poids que représentait cette relève, j'avais pu suivre ma voix et venir en aide aux personnes dans le besoin.
Arrivée aux pompes funèbres, j'ouvris la porte qui tinta grâce à la clochette suspendue. Mon père était plongé dans un livre de compte non loin de la caisse enregistreuse, il releva la tête au moment où j'entrai.
- Sandy ! Quel bon vent t'amène ?! Me salua-t-il en venant vers moi pour me prendre dans ses bras.
- Bonjour papa, ce n'est pas le bon vent qui me fait venir ici, hélas, soupirai-je.
- Que se passe-t-il ?
- Un client est mort, j'ai découvert le corps mais... sa mort ne correspond pas à l'état du corps.
Il m'interrogea du regard, perdu. Je soufflai à nouveau, il me fallait des réponses !
- Je ne suis pas légiste mais, toi et moi, on a vu bon nombre de corps et je peux différencier certaines choses désormais. Mon client paraissait être mort depuis plus de 24 h, probablement plusieurs jours, alors que je l'ai vu hier et plus étrange encore, je lui ai parlé au téléphone pas plus tard que ce matin, vers 11h.
- Beaucoup de chose peuvent altérer la décomposition d'un corps... La chaleur et l'humidité par exemple ! Mais, même ainsi cela me paraît étrange. Explique-moi tout !
Je passai un certain temps à lui relater les moindre détails allant de l'odeur au corps lui même que j'avais trouvé. J'empiétai très certainement sur une enquête, mais j'étais bien trop intriguée, presqu'autant que j'étais choquée.
Finalement, mon père ne sut pas me répondre. Il n'avait aucune explication, mais tout comme moi il était arrivé à la conclusion que le cadavre semblait mort depuis plus longtemps.
Je profitai d'être sur place pour prolonger ma visite et dîner avec eux pour tenter de retirer cette image funeste de mes pensées... Mais rien à faire, allongée dans mon lit 3 heures plus tard, la vision du corps sans vie de Monsieur Scott me hanta toute la nuit.