Chapitre 2

PDV de Gabrielle :

Le froid de la cellule s'infiltrait dans mes os, mais ce n'était rien comparé à la dévastation qui broyait mon cœur.

Ils m'ont relâchée avec un avertissement et une amende salée. La première chose que j'ai faite fut de héler un taxi pour l'appartement de Cédric, par habitude.

L'appartement était étrangement silencieux quand je suis entrée avec ma clé secrète. J'ai trouvé Cédric dans son bureau, un verre d'alcool ambré à la main, fixant les lumières de Paris.

Il se tourna à peine quand j'entrai. Son expression était soigneusement neutre.

"Gabrielle", dit-il, sa voix plate. "J'ai entendu dire que tu as fait une scène ce soir."

Ma mâchoire se contracta. "Une scène ? Cédric, j'ai été arrêtée ! Tes vigiles m'ont frappée ! Le monde entier pense que je suis une harceleuse folle. Et tu as juste regardé !"

Il soupira, posant son verre. "C'est le business, Gabrielle. Tu le sais. Mon père pousse pour la fusion avec les De Maistre. Célia joue son rôle. C'est une façade."

"Une façade ?" raillai-je. "Une façade où vous êtes 'fiancés' ? Où je suis humiliée publiquement ?"

Il passa une main dans ses cheveux. "Tu n'aurais pas dû venir. Célia est... nécessaire pour l'instant."

Il parlait d'elle comme d'une marchandise. Mais ses mots sonnaient creux.

Mes yeux scannèrent la pièce et s'arrêtèrent sur un petit coffre-fort mural dissimulé derrière un tableau. C'était nouveau.

"Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ?" demandai-je en pointant le coffre.

Il se raidit. "Ce ne sont pas tes affaires. Juste des... documents."

Je marchai vers le tableau et l'écartai. "Ouvre-le", exigeai-je.

Il hésita, puis composa le code. La lourde porte s'ouvrit, révélant une pile de papiers. Mon regard tomba immédiatement sur un document légal : "CONTRAT DE MARIAGE - CÉDRIC DE BEAUMONT & CÉLIA DE MAISTRE".

Mon souffle se coupa.

En dessous, un autre document : "FONDS FIDUCIAIRE - FUTURS ENFANTS DE CÉDRIC DE BEAUMONT & CÉLIA DE MAISTRE".

La pièce se mit à tourner. Ce n'était pas une façade. C'était une vie. Une vie qu'il construisait avec elle.

Je reculai, une plainte sourde s'échappant de ma gorge. "Tu... espèce de salaud. Tu m'as menti. Tout ce temps."

Il resta silencieux, le visage fermé. "C'était pour ta protection, Gabrielle. Tu ne survivrais pas dans mon monde."

"Ton père ?" hurlai-je. "Ce n'est pas ton père qui a signé un contrat avec une autre femme ! C'est toi, Cédric ! Toi !"

Les larmes coulaient sur mon visage, brûlantes. "C'est fini. Je veux divorcer."

Il eut un rire méprisant. "Ne sois pas ridicule. Tu n'as rien. Tout ce que tu possèdes, les vêtements sur ton dos, le toit au-dessus de ta tête, c'est grâce à moi. C'est ma charité."

Ses mots me tranchèrent l'âme. "Ma charité".

Une colère froide et pure remplaça mon désespoir.

Je courus vers la chambre, arrachant la robe émeraude qu'il m'avait offerte, les boucles d'oreilles en saphir, le bracelet en diamant. Tout atterrit sur le parquet dans un bruit de verre brisé.

"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda Cédric, alarmé.

Je lui fis face, vêtue seulement d'une nuisette en soie. "Je te rends ta charité, Cédric ! Je ne veux rien de toi !"

J'attrapai mon vieux sac en cuir – la seule chose qui était vraiment à moi – et je courus hors de l'appartement, pieds nus, dans la nuit glaciale de Paris.

Chapitre 3

PDV de Gabrielle :

Le vent mordant fouettait ma peau nue. Je n'étais qu'un spectre dans cette métropole impitoyable, fuyant l'appartement de Cédric.

Je trébuchai devant des vitrines illuminées, grelottante. Dans le reflet d'un taxi qui passait, je vis Cédric. Il était à l'arrière, le bras autour de Célia, riant aux éclats. Ils étaient radieux. J'étais invisible.

Mes jambes cédèrent et je m'effondrai sur un banc glacé dans un parc sombre. La neige fondue trempait ma nuisette. Je n'avais rien.

Mes doigts cherchèrent le médaillon à mon cou. Disparu. Je l'avais jeté sur lui.

Je sortis un vieux carnet de mon sac, un cadeau de mon ami d'enfance, Killian Rousseau. J'arrachai une page et écrivis les derniers mots de Cédric : "C'est ma charité." Puis je rayai son nom avec rage.

Une lueur attira mon attention. Mon dernier billet de vingt euros, caché dans une poche secrète.

Je me traînai jusqu'à un petit bistro ouvert tard. J'y commandai la soupe la plus moin chère, savourant chaque gorgée brûlante.

Les jours suivants furent un flou de survie. Je dormais sur des bancs, mangeais des restes. La honte était mon unique manteau.

Pendant ce temps, les tabloïds s'enflammaient. Cédric et Célia étaient partout. "L'HÉRITIER BEAUMONT : FIANÇAILLES IMMINENTES !"

Un autre article attira mon regard : "La Harceleuse des Beaumont : Où est-elle ?" Les commentaires étaient un cloaque de haine. "Bon débarras." "Elle a eu ce qu'elle méritait."

Je fermai les yeux, les larmes gelant sur mes joues. Il m'avait effacée.

Mon téléphone jetable, acheté avec mes derniers centimes, vibra. Un message d'un numéro inconnu.

C'était une photo. Une photo de moi, grelottante sur le banc, prise il y a quelques jours. En dessous, un mot : "Gabrielle ?"

Puis : "Est-ce que ça va ? Je te cherche partout."

Mon souffle se bloqua. Ce numéro. C'était Killian. Killian Rousseau. Mon protecteur d'autrefois.

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Mon mariage, sa chute publique

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